Retournement

On ne l’entend pas dire et pourtant, c’est curieux. La première victime de la guerre d’Iran est la plaque tournante même de la globalisation, les pays du Golfe et le noeud des échanges internationaux. Cela ressemble à la dialectique de Hegel, l’histoire évoluant en passant d’un régime à son opposé. Mais ce n’est pas une explication.

Je pensais que, sauf accident, la Chine finirait, comme le Japon, par se replier sur elle-même. Et si, encouragée par l’affaiblissement des USA, qui dégarnissent leurs défenses et lâchent leurs alliés les uns après les autres, elle envahissait Taiwan, et imposait sa main de fer à l’économie mondiale, nous étranglant au passage ? En tous cas nous en arrivons à un moment où rien ne va plus, et où la puissance bien organisée peut changer l’histoire du monde.

Vincent Lindon disait un jour que ses parents lui avaient donné un sentiment de sécurité qu’il avait perdu. Je me demande si cela n’est pas vrai pour l’Europe. Nous sommes restés en enfance. Contrairement à des pays comme l’Inde, la Turquie, la Russie, qui ont commencé à jouer leur propre jeu, en profitant au maximum de leur pouvoir de nuisance, nous croyons à une justice immanente. L’UE est faible et, paradoxalement, alors qu’elle se veut la patrie des bons sentiments, universellement haïe. (Seule la force est respectée ?)

Pouvons-nous retrouver un esprit de corps ? Un élan vital qui nous amène à saisir l’ordre du monde en création et à le faire basculer dans un sens qui nous soit, et peut-être lui soit, favorable ?

(Réflexions venues d’Affaires étrangères.)

Maurice Merleau-Ponty

Maurice Merleau-Ponty fut le philosophe de la « phénoménologie de la perception » et de la « non coïncidence »…

Qu’entendre par là ? Ce que nous appelons « philosophe » est un diplômé, qui a acquis une culture, un vocabulaire, qui nous est incompréhensible. C’est la raison, d’ailleurs, pour laquelle il nous fascine. Nous soupçonnons un savoir caché. C’est un avatar de Nostradamus.

Maurice Merleau-Ponty semble avoir pensé que les obsessions de la philosophie et, en particulier, des philosophes de son temps étaient erronées, et même dangereuses. La raison ne peut pas comprendre le monde. Surtout, elle est incapable de guider l’action.

Mais le philosophe est aussi un simple mortel. Maurice Merleau-Ponty a fait partie du gai Saint Germain d’après guerre. Les célébrités intellectuelles du moment se retrouvaient pour faire la fête, « se bourrer la gueule », et finissaient la nuit à coups de poing ! Voilà qui est surprenant et qui en dit long sur la censure à laquelle nous sommes soumis ?

(Emission de France culture.)

Jeux artificiels

Nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Voici un emploi de l’intelligence artificielle, pour réseaux sociaux.

Le plus simple. Réinventer un processus industriel, faire croire qu’il existe. Plus subtil : jouer sur la crainte de l’intelligence artificielle, en lui prêtant des pouvoirs maléfiques. Nouveau jeu : détecter la main invisible de l’intelligence artificielle.

L’intelligence artificielle, virus qui profiterait de la disparition du système immunitaire d’une société libérale ?

Eloquence

Qu’est-ce que l’éloquence ? Une émission de France culture. Il me semble qu’elle n’a pas traité du sujet, mais, plutôt de l’art de convaincre.

Il s’agirait, d’abord, d’amener l’interlocuteur à s’interroger, dans son for intérieur, sur la question que l’on désire traiter. Pour convaincre, il ne faudrait pas affirmer, mais, au contraire, réfléchir tout haut, avec les hésitations et les incertitudes que cela suppose. C’est, en quelque sorte, une « recherche en marche », selon l’expression du Collège de France.

Sauvages !

1946, des explorateurs qui, semble-t-il, sortent d’une guerre lors de laquelle ils ont fait preuve de courage, s’entretiennent des « sauvages ». Et s’ils étaient plus heureux que nous ? Et s’ils l’étaient parce qu’ils n’ont que des besoins qu’ils savent satisfaire ? Mais l’argument ne semble pas clore le débat. D’ailleurs, le terme « sauvage » est-il le bon ? « Primitifs » ? Et, comment nous perçoivent-ils ? Comme des sauvages ? Pire : et si nous ne présentions aucun intérêt pour eux ?

Je m’attendais à être choqué. Le présentateur de France culture de la rediffusion de l’émission m’avait prévenu que les propos que j’allais entendre étaient d’un temps où l’on n’avait pas encore était éclairé par la vérité.

Et si le bien pensant moderne était le seul primitif ? me suis-je demandé. La véritable pensée serait-elle sauvage – au sens de Lévi-Strauss ?

Tout en cadmium

Le Français serait rempli de cadmium. Les conséquences seront graves. Mais, il n’est pas possible de se sauver, car cela vient de notre nourriture. Les procédés qu’utilisent nos agriculteurs sont en cause. (Article.)

Il y a des années, j’ai étudié les « limites à la croissance ». Une équipe du MIT avait déduit de ses modélisations que l’humanité allait à la catastrophe, du fait de son obsession de la croissance. Mais est-ce la croissance qui est en cause ou le productivisme ? Le productivisme est l’alpha et l’oméga de l’économiste. Or, à quoi rime-t-il sinon à l’élimination de l’homme remplacé par la machine et le traitement chimique.

Et si au lieu de vouloir réduire nos coûts de production, c’est à dire le salaire humain, la nature pouvant être bousillée gratuitement, on cherchait à en améliorer l’utilité ? On en augmenterait le coût direct, mais on en réduirait le coût indirect, celui du traitement d’une humanité malade. Même en ne dépassant pas l’horizon de l’apothicaire, on y retrouverait son compte.

Les tâches de Galilée

J’ai appris que, si Galilée fut révolutionnaire, c’est avant tout pour son travail sur les tâches solaires. Grâce à la lunette qu’il avait conçue, il a découvert ses tâches. Elles révélaient que le soleil tournait sur un axe incliné sur l’écliptique, et qu’il n’était pas homogène. Ce qui torpillait les thèses d’Aristote qui postulaient l’incorruptibilité des astres. Du coup, tout le système de ce dernier, donc le géocentrisme et le géostatisme, s’effondrait.

En fait, Galilée savait ce qu’il faisait. C’était un combattant, qui voulait abattre les thèses adverses.

Depuis, on a découvert que ces tâches suivent des cycles, et que leur activité varie au cours du temps, sans, me semble-t-il, que l’on sache pourquoi. Mais cela pourrait avoir un effet sur la Terre, car les émissions d’énergie varieraient d’un pourcent.

L’émission (ancienne) qui parlait de ceci était précédée d’un avertissement : attention, n’allez surtout pas croire qu’il y ait là la raison du réchauffement climatique ! Plus ça change, plus c’est la même chose, comme on dit en anglais ?

Raisons de la colère

J’écoutais l’explication que donnaient des intellectuels allemands de la montée du nazisme… Ils parlaient du comportement du peuple comme s’il s’agissait d’une question de physique atomique. Ils nageaient dans des concepts plus abstraits les uns que les autres. Pourtant, la cause de la crise était évidente : des gens qui crevaient de faim. Or, quand nous sommes désespérés, il ne faut pas nous demander d’obéir à la raison.

La phénomène Trump n’est rien d’autre que cela. La classe intellectuelle prend la direction de la nation. Désormais, c’est « l’élitisme » qui va décider de l’ascenseur social. Mais pas n’importe quel élitisme, celui qui a des idées « socialement avancées ». En plus, la mauvaise gestion du pays par « l’élite » provoque la détérioration des conditions de vie du peuple. Lorsqu’il proteste, on lui dit qu’il est un oppresseur des minorités, et que ses valeurs traditionnelles sont condamnables (de même que celles des minorités, d’ailleurs). Pas étonnant qu’il voie rouge.

Mais sans de telles conditions, il n’y aurait pas de lutte fratricide. En 68, les intellectuels n’étaient pas différents d’aujourd’hui, mais cela ne gênait personne, parce qu’ils ne dirigeaient pas le pays.

Dans tous les cas, on ne naît pas intellectuel, on le devient. Sans en arriver aux procédés de Mao, peut-être faudrait-il envisager une autre formation pour l’intellectuel ? Par la pratique, plutôt que par le concept ?