L’Europe est certes dans une situation difficile, les prochaines années sont d’élection, et les barbares sont aux frontières, mais elle a des atouts. Elle est le dernier îlot de civilisation avec un modèle social unique, le « populisme » qui la menace n’est rien d’autre que la manifestation d’un peuple qui désire se faire entendre, elle a un potentiel de reconstruction économique, donc de croissance, à exploiter (destruction créatrice économique) en adoptant la flexisécurité des pays du nord, de façon à ce que l’adaptation soit indolore pour la société, et négocier avec la Chine sur le mode « donnant donnant ».
M.Trump annonce qu’il va juger M.Maduro. Apparemment, il l’accuse d’être un baron de la drogue. Ce qui apparemment est faux, ou ridicule en comparaison avec ce que pratiquent des gens que M.Trump trouve sympathiques.
M.Trump semble singer ce que d’autres ont fait avant lui concernant Noriega, les armes de destruction massive irakiennes… Mais alors, soit on avait des preuves, soit on a étouffé l’affaire.
Dans ce cas, que peut dire la justice américaine ? Soit elle nest plus une justice, alors qu’elle est la fondation de la société américaine, soit elle blanchit M.Maduro…
En tous cas, s’il y a une leçon à retirer de tout cela, c’est qu’il ne fait pas bon vivre isolé sans arme de destruction massive sous la main. Sage Corée du nord ? (Et qu’il serait bon de remettre en marche un droit international, si nous voulons éviter d’être le prochain Vénézuela – bien que nous ayons la bombe atomique mais pas de pétrole.)
President Donald Trump’s capture of Venezuelan leader Nicolas Maduro sparked widespread discussion on Chinese social media, with some users saying the operation offered a template for how Beijing could handle tensions with Taiwan
J’ai encore tort. En réfléchissant au comportement de Trump, en début d’année dernière, j’en étais arrivé à penser qu’il allait utiliser son armée, la plus puissante au monde. Mais j’ai cru qu’il n’irait pas jusque-là. Erreur.
C’est d’autant plus idiot que son coup de main au Vénézuela est dans la plus pure tradition nationale. Bien sûr, d’ordinaire les excuses sont un peu mieux travaillées. Mais l’esprit doit être le même.
Alors, pourquoi le Vénézuela ? Il semblerait que la raison soit celle dont parlait un précédent billet. Les USA sont en guerre avec la Chine et lui signifient que l’Amérique latine, qu’elle a envahie, est leur Lebensraum. Pour le reste c’est « business as usual » : il y aurait du pétrole à récupérer et probablement des affaires immobilières pour la famille Trump.
Enseignement ? La loi de Poutine ? Lorsque je perds à la loyale, je me fâche et je fais appel à mon armée ?
Je suis entouré de gens très intelligents, très bien éduqués, avec, en outre, une expérience pratique hors du commun, et je suis surpris de la façon dont ils utilisent chatgpt.
Dernièrement l’un a demandé à chatgpt ce qu’il devait faire de sa vie professionnelle. Celui-ci lui a répondu « effet miroir pour dirigeant de PME ». Il était enchanté.
Je lui ai fait remarquer que le dirigeant de PME, qui a généralement le profil d’un chef d’atelier, était inaccessible et qu’il n’achetait pas de conseil, encore moins de ce type là. Ce dont il a convenu.
Autre exemple. Cette fois, on utilise chatgpt pour évaluer son entreprise, unipersonnelle, qui vivote. Il lui trouve une grande valeur. Seulement, il semble oublier que les prix sont faits par l’offre et la demande. Et qu’à l’heure de Trump il ne fait pas bon être faible.
Depuis le début, je pense qu’il serait intéressant de chercher à comprendre les lois auxquelles le comportement de chatgpt obéit. En attendant, il me semble qu’il a un talent fou pour exploiter nos prejugés et nos faiblesses. Le champion du « biais comportemental » ? Le super intelligent serait-il un super escroc ?
Tentative pour comprendre ce qu’est le capitalisme, son histoire, ou plutôt celle de l’économie, et les mécanismes à l’oeuvre. 3 conférences données, en 1976, sur l’oeuvre qui a pris dix ans de la vie de Fernand Braudel.
Il distingue trois niveaux, il y a « la vie matérielle de tous les jours », « l’économie de marché » et le « capitalisme ». Le capitalisme semble une forme de parasitisme dû aux imperfections du marché, à un contrôle déficient, qui laisse à une petite minorité la capacité d’exploiter une faille du système, d’établir des monopoles et d’accumuler du capital. Etre capitaliste, brasseur d’argent, est la seule profession non spécialisée.
Pour que le capitalisme émerge, il faut, donc, que la société le tolère (ce n’aurait pas été le cas en Chine) et une masse critique de conditions favorables, en particulier une grande prospérité matérielle. Il aurait commencé au Moyen-âge, passant successivement de Venise à Anvers, puis à Gènes, à Amsterdam, à Londres, à New York.
Le capitalisme se caractériserait par des sortes de zones concentriques. Au centre, le coeur du système, et, plus on s’en éloigne, plus on est exploité (voire réduit en esclavage) – sans en connaître la cause.
N’exploite pas le monde qui veut. Il lui faut une puissance préalable lentement mûrie. Mais il est certain que cette puissance, si elle se forme par un long travail sur elle-même, se renforce par l’exploitation d’autrui, et, au cours de ce double processus, la distance qui la sépare des autres s’augmente.
Voilà qui plonge le lecteur dans un abîme de réflexions. Le capitalisme, à ne pas confondre avec l’économie de marché, serait-il la cause, inutile, de bien des maux de l’humanité ? Tiendrait-il à quelques cultures qui laissent s’épanouir les prédateurs ?
Je prends conscience de ce que j’ai oublié notre président dans mon bilan annuel.
Cela tient à ce que j’ai fini par le prendre pour un cas désespéré. J’ai eu tort : j’ai cru qu’il était capable d’apprendre de ses erreurs, alors qu’il n’écoute rien. Sa stratégie internationale se défend, certes. En outre, conséquence de son passage chez Rothschild ? il est probablement le premier président français qui ait adopté les codes comportementaux internationaux. En conséquence de quoi il n’est pas pris pour un clown embarrassant par ses collègues. Mais, il n’a apparemment que mépris pour la population, qu’il juge certainement « deplorable », selon le mot de Mme Clinton.
Mais voilà que Le Monde écrivait (avant hier) : « Les neuvièmes vœux d’Emmanuel Macron, le début d’une course contre la montre pour réhabiliter son bilan« .
Que faut-il en attendre ? Au tie-break du dernier set, notre président va-t-il nous sortir un ace ? Ou, quelque décision géniale qui nous fera regretter la dissolution ? Dans un domaine où il a encore un pouvoir – en politique étrangère ? Ou en France ?… Toujours est-il que, pour parler comme Edgar Schein, son « anxiété de survie » est élevée, une condition nécessaire au changement.
Mon précédent billet sur Fernand Braudel me fait penser à Sartre.
Sartre dit « on ne naît pas, on devient ». Fernand Braudel constate l’énorme influence de la naissance. Et je crois que nul plus que Sartre n’illustre cette influence : il a été élevé en frère de sa mère, et il me semble avoir voulu reconstituer cet environnement béni, en adoptant sa jeune compagne.
Le naturel revient au galop. Et il est hérité. Devenir homme n’est peut-être pas donné à beaucoup.
Une émission sur Fernand Braudel m’a fait relire ce recueil de courts articles. Ils racontent la naissance de ce que les anthropologues me semblent appeler « artefacts ». C’est-à-dire les rites qui organisent une société. « Il n’y a pas de religion sans rites », dit-on, il en est de même des sociétés. Objet d’étude : la Méditerranée.
A titre d’exemple, le chapitre concernant « l’histoire ». On y voit l’âge d’or de la Méditerranée, les nations qui l’ont successivement dominée, puis son effacement, torpillée par les Anglais et les Hollandais. Cette histoire est sous-tendue par des sortes de lois naturelles. Il y a la civilisation, la politique et l’économie.
La civilisation semble être ce que les anthropologues nomment « culture ». Elle est liée à la géographie. La volonté des hommes, la politique, peut vouloir l’éradiquer, mais elle n’y parvient jamais. L’influence de 7 siècles de domination de l’Espagne par les Arabes s’est évanouie instantanément, de même que celle de Rome sur le sud de la Méditerranée. Trois civilisations se partageraient les côtes méditerranéennes : musulmanes, chrétiennes et orthodoxes. Quant à l’économie, elle paraît faire l’heur et le malheur des civilisations…
Socrate était, au fond, un pauvre type. Il croyait dur comme fer aux superstitions de son temps. Il a seulement essayé de faire des dieux à son image. Comme souvent, « c’est celui qui le dit qui l’est » : il ne se connaissait pas lui-même, il était prisonnier d’idées reçues. C’est pourquoi il a bu la cigüe. Quant à Platon, il s’est trompé sur toute la ligne. Mais il a eu le mérite de poser de bonnes questions.
Et les Grecs se sont emparés de l’empire romain. Revanche de l’intellectuel sur le rustre.
Paul Veyne ou l’histoire de « l’aliénation » ? L’homme est entre les mains d’a priori dont il n’a aucune conscience ? Ou encore de la séduction trompeuse de l’idée ?
Un programme pour 2026 ? A l’origine, un hasard et une question : 68 avant 68 ? Ecrit en 66, ce livre annonce 68. Un dialogue épistolaire entre un vieil homme et un jeune révolté. L’occasion de comprendre pourquoi l’on s’est rebellé ?
En fait, la raison de la mutinerie est affligeante. Un degré zéro de la pensée. Le monde dont hérite le jeune homme est « sordide » et « absurde ». Il faut tout détruire, sans autre forme de procès.
Pour l’auteur, c’est un mal de gosse de riches. La grande bourgeoisie « ne se tient plus ». Classe intellectuelle, elle n’est pas parvenue à digérer les courants de pensée qui se succèdent depuis trois générations (surréalisme, structuralisme, existentialisme…). Or, ils ont pour caractéristique commune d’être anti humanistes. Ils ont détruit les valeurs de la société. Mais, sans de telles valeurs, éventuellement mises à jour, la vie est, effectivement, absurde. Le jeune homme, surtout si l’échec de sa révolte l’amène à rentrer dans le rang (on ne parlait pas encore de Bobo), et l’Occident ont-ils un avenir ?
Au fond, ce livre est un exercice d’humanisme. Le vieux se met à la place du jeune. Effectivement les constats de celui-ci sont justes. Mais il oublie qu’il est un héritier. Non seulement, il ne serait rien sans la société, qui lui a donné infiniment plus qu’à ses ancêtres (le vieux a passé 5 ans dans les camps nazis, et ceux de 14 ont été sacrifiés), mais, surtout, cette société est riche du potentiel d’un progrès sans précédent. La mission du jeune est, justement, de l’utiliser pour en faire une oeuvre à son goût. En revanche, le nihilisme infantile apparent dans ses moeurs (qui, au fond, n’est que provocation) n’est pas le terreau dont a besoin l’être humain pour se réaliser.
En y réfléchissant, je me demande si l’erreur de la génération du vieux n’a pas été de vouloir se reposer, la conscience du devoir accompli, en pensant que les jeunes allaient lui succéder. Au lieu de se limiter à des admonestations, aurait-elle dû donner un coup de rein supplémentaire et utiliser l’énergie contestataire pour entamer la construction du monde nouveau ? Voilà qui est difficile quand on est en fin de vie. Mais peut-être est-ce le sort de tout être de ne jamais avoir droit à la « retraite » ? Principe premier d’humanisme ?