La police utilise un « taser » contre un enfant de onze ans. Ce ne devrait pas être permis, disait la BBC, il y a quelques jours.
L’information disait aussi que l’enfant menaçait les policiers avec un couteau.
L’information de la BBC ressemble souvent à cela. D’un côté, elle dénonce les agissements de la police, mais, de l’autre, sans s’en rendre compte ?, elle décrit un pays sans foi ni loi. Ce qui est très inquiétant pour le gros de la population.
Cela peut donner une idée des raisons d’un phénomène souvent décrit par la systémique : l’énantiodromie. (Nos actions donnent le contraire de nos intentions.)
L’autre jour, j’entendais Steve Wozniak déclarer que le danger de l’Intelligence artificielle n’est pas le chômage, mais la confusion (informations de BBC 4). ChatGPT peut faire passer des vessies pour des lanternes. Avec tout ce que cela signifie en termes d’escroquerie.
Le nom du changement que vit notre humanité est peut-être là.
Nous découvrons que nous sommes dans un monde extraordinairement hostile. Pour être trivial, les Russes et les Chinois veulent notre peau, les Américains, les Turcs, les Indiens et quelques autres, notre chemise. Et pourtant nous ne pouvons que travailler avec eux. Nous en sommes dépendants. Et cette situation se retrouve à toutes les échelles de la société. Les achats de la grande entreprise, par exemple, ne rêvent que d’essorer leurs fournisseurs.
Après le temps du marché mondial, de concurrence parfaite et de vente de corde pour se faire pendre, nous en arrivons à celui de la confiance ? Nous devons construire des réseaux de coopération, qui permettent de combiner à la fois efficacité et sécurité ?
Apparemment Kant aurait voulu être le Newton de la morale. D’où ses impératifs.
J’ai lu que lorsqu’un pilote militaire est poursuivi par un missile, il doit débrancher sa raison, qui lui dit qu’il est fichu. Il est alors possible qu’il trouve une issue à la situation.
J’ai aussi noté quelque-chose d’approchant lorsque j’écrivais mon premier livre sur le changement. La systémique mathématique, qui m’avait séduit un instant, décrivait le changement a posteriori, et non a priori. Les mathématiques justifient, mais n’expliquent pas. La conduite du changement est une question d’intuition et de technique.
Je me demande s’il n’y a pas là une loi que n’a pas vue Kant.
En me déplaçant pour une formation, je me suis demandé pourquoi je devais aller si loin. Il ne semble qu’il n’y a rien qui puisse m’intéresser dans mon département. Les départements qui sont à son opposé, par rapport à Paris, se sont mieux débrouillés. Nos hommes politiques avaient-ils pour projet d’en faire une banlieue dortoir ?
Seulement, ce qui m’a aussi frappé, en revenant dans le Val d’Oise, est que la raison pour laquelle ma famille s’y était installée, le train, ne fonctionnait plus. Notre ville est devenue une maison de retraite ? D’ailleurs, elle en abrite un grand nombre.
Notre politique est-elle une véritable politique ? Nous ne constatons les conséquences des choix faits par nos élus qu’après coup. D’où probablement le mécontentement actuel. Comment inventer une politique « systémique » ? Une politique qui exprime clairement les « choix de société » qu’elle fait, et les conséquences que l’on doit en attendre ?
Notre eau est contaminée. « L’Anses vient de publier un rapport préoccupant, mettant en lumière la présence dans l’eau potable d’éléments chimiques jusqu’alors non recherchés. » (Article.)
Raison ? Les pesticides utilisés par l’agriculture. Le gouvernement ne veut pas les interdire, car cela serait nuisible pour nos paysans.
Leçon d’écologie ? L’écologie est une question systémique. Celui qui veut donner l’exemple est le dindon de la farce. S’il veut rendre l’humanité « durable », il doit susciter une action collective.
Après la BBC, Christine Ockrent et ses Affaires étrangères se penchaient sur l’Iraq.
On est bien moins correct que les Anglais. Il était dit que ce qui avait motivé les Américains était, outre le désir des néoconservateurs d’établir la pax americana partout dans le monde, le pétrole iraquien. C’aurait été le moyen de remettre à sa place l’Arabie saoudite, grand fournisseur de terroristes.
Et, comme dans toutes les histoires de ce blog, cela a donné le contraire de ce qui était attendu. Les Iraniens, qui devaient être gagnés par la contagion iraquienne, ont pris le contrôle du pays, qui est devenu leur plaque tournante. Quant aux USA, ils ont perdu la face, et tout crédit. L’hyper puissance a démontré son impuissance.
(On peut d’ailleurs se demander si ce n’est pas aussi l’histoire de la Chine. Les Américains auraient-ils cru la convertir au capitalisme en déversant sur elle tout leur savoir-faire ? Ce qui, d’ailleurs, était bon pour leurs affaires. Jusqu’à ce qu’ils comprennent qu’ils avaient bradé la corde pour les pendre ?)
Apparemment, le mea culpa ne serait pas à l’ordre du jour.
Ce témoignage met le doigt sur ce qui ne va pas dans notre pays. Ce qui fait que, à cause de sa fragilité, une erreur de notre gouvernement pourrait le plonger dans l’anarchie.
Nous avons un Etat qui a infantilisé les dirigeants d’entreprise (et probablement la nation) à tel point qu’ils n’ont pas conscience de la nature de leurs responsabilités. Conséquence : l’action de l’Etat produit l’envers de ses intentions.
Mon article « Ruralité nouvelle » me plonge dans un abîme de réflexions.
Il pourrait illustrer, exactement, les théories de Hegel sur le changement. L’utopie produit le contraire de ce qu’elle désirait.
C’est, sans doute, le mal de notre Etat jacobin. D’une part, parce que, contrairement aux Etats démocratiques, qui sont conçus pour rendre impossible la dictature, il a un pouvoir considérable. D’autre part, parce qu’il est dirigé par des êtres de « raison pure ». Des illuminés ou des innocents.
Autre point curieux : le Bobo. Au fond, c’est le produit du changement : l’urbain, bien dans sa peau. Et il pense que ceux qui ne sont pas heureux ne méritent pas de vivre, ils sont inadaptés.
Ce comportement évoque une théorie de Durkheim sur le suicide : une condition qui augmente sérieusement la chance de suicide est d’être le meilleur élève d’une culture…
Je découvre Comenius. Un théologien protestant d’Europe du nord, victime des guerres qui la ravageaient au 17ème siècle et qui a réformé l’éducation.
Paradoxalement, il semble avoir préparé les Lumières, tout en s’opposant à leur esprit.
Ce qui me semble intéressant dans son oeuvre est qu’il a voulu réconcilier les hommes en leur montrant qu’ils faisaient parti d’un tout (« pansophie »). D’où un enseignement qui présentait le « spectacle du monde ».
Ce qu’en dit wikipedia : « Jean Piaget présente ainsi les fins que Comenius entendait poursuivre à travers son programme :
unification et propagation du savoir grâce à un système scolaire perfectionné placé sous la direction d’une sorte d’académie internationale;
coordination politique par une direction d’institutions internationales ayant pour but le maintien de la paix entre les peuples;
réconciliation des Églises sous le signe d’un christianisme tolérant. »
Aurions nous, et nos enseignants les premiers, beaucoup à apprendre de Comenius ?
Circuit court, RSE, impact, Web3.0, réseau social… les « éléments de langage » changent de sens.
Exemple : le concept d’entreprise. Il est central. Mais n’a plus le sens GAFA : non le moyen d’affirmation de soi d’un démiurge façon Elon Musk, mais l’Agent de la transformation durable du monde. Une forme d’ONG !
J’entendais une émission sur le « changement copernicien » selon Kant. Le changement copernicien est un changement de point de vue. La Terre au centre, ou le soleil au centre. J’ai l’impression qu’il se passe quelque-chose de semblable : l’individu/business au centre ou la nature au centre. Nouvel humanisme dirait un ami. Yang au Yin, dirait un autre.
Mais le business n’a pas disparu, dans les deux cas, c’est l’alpha et l’omega.
Ce qui me ramène à une autre émission. Son sujet était la transition du poisson au tétrapode. Dans un premier temps le poisson développe des « fonctions » qui l’avantagent en termes de sélection naturelle – dans son milieu. Puis il découvre qu’il peut faire autre chose de ces fonctions.
Ce qui demeure curieux est que dans les deux phases on utilise les mêmes concepts (circuit court, etc.), comme si les deux « systèmes de pensée » tentaient d’exprimer une même réalité, ou de résoudre un même problème… Cela se comprend bien en ce qui concerne le scientifique qui étudie le système solaire. Seulement, dans notre cas, qui concerne la façon dont l’humanité choisit de vivre, il semble que l’on puisse se permettre un peu d’imagination. Passer d’un système à l’autre ne devrait-il pas changer la nature de nos préoccupations collectives ?
J’émets une tentative d’explication :
Le premier système se trouve confronté à des problèmes existentiels. Contradiction interne qui le force à un changement de « principe directeur ». Mais il est toujours confronté aux mêmes problèmes… Comme le poisson, qui développe des membres, il lui faut du temps pour prendre conscience des horizons qu’ouvrent ses nouvelles capacités ?
Pas convaincant ? Aurais-je besoin de réussir un « changement copernicien » ?
(Ps. Les émissions que je cite ici appartiennent à la série In our time de BBC 4. Et la transformation dinosaure / oiseau semble obéir au même mécanisme que le passage du poisson au tétrapode.)