Changement final ?

Le libéralisme a quelque-chose de bizarre. Si l’on revient aux origines, c’est une des solutions proposées à la question que posent les Lumières : comment faire que l’homme n’asservisse pas l’homme ? Réponse libérale : le marché. Il s’organise tout seul.

En trois siècles, personne ne semble, sérieusement, s’être demandé si l’asservissement au marché ne pouvait pas être pire que la pression que l’homme peut imposer à l’homme… C’est Raminagrobis appelé par la belette et le petit lapin, pour un différend de voisinage.

Plus curieux : on lit que le combat de l’humanité a consisté à se libérer de la nature. Mais pourquoi la nature serait-elle pire que le marché ?

D’ailleurs, à y bien réfléchir, la nature n’est-elle pas la question de départ ? L’homme a commencé par vouloir s’en libérer (des aléas climatiques, des prédateurs, de la maladie, de la faim…), puis, avec Descartes, il a crû en être le maître. Et, maintenant, il juge être allé trop loin.

Et s’il se « réinscrivait » dans les cycles naturels ? Mais, pas comme un vaincu, façon altermondialiste. Comme un égal, à ses conditions. Je me demande, en relisant ce que dit ce blog, si ce n’est pas ce qui est en train de se passer.

Quand à la liberté et au marché, c’est peut-être aussi la nature qui est la solution, car l’humanité occupant la place qui lui revient dans la nature est un dispositif dans lequel tout le monde est dépendant de tout le monde. N’est-ce pas cela la véritable liberté ? (Dans l’égalité et la fraternité, de surcroît.)

La malédiction du coût (du travail)

Notre coût du travail est le plus cher au monde. Pourquoi alors que tout le monde en parle. Pourquoi rien ne bouge Medef, Cpme, etc. Paroles, paroles mais rien ne bouge ?

Question qui m’est posée. Mon opinion, que l’on trouvera tout au long de ce blog :

Le problème est celui du chômage. Alors qu’après-guerre, on pensait que le chômage avait créé le nazisme, et donc qu’il ne devait pas y en avoir, depuis un demi-siècle, on s’est mis à licencier, en pensant qu’ainsi on ne garderait que les meilleurs, ou qu’ainsi on pourrait abaisser les salaires. On n’a pas compris que, du fait de l’indemnité chômage, cela faisait remonter le coût du salarié. La solution (…) : au lieu de faire entrer au chausse-pied un être humain dans une entreprise inefficace, ce qui produit la démobilisation dont on parle tant, il faut partir du génie humain pour en faire profiter l’entreprise.  

(Au passage, on voit ici un des effets pervers dont se délecte la systémique : c’est parce que l’on a voulu abaisser les salaires qu’on les a augmentés ! Il est tentant de soupçonner une conséquence d’une forme de paresse intellectuelle : le dirigeant a trouvé fatigant de faire son travail d’innovateur, d’entrepreneur à proprement parler, il a cherché à améliorer la rentabilité de son entreprise par des moyens moins éprouvants.)

La transition climatique de M.Poutine

« L’isolation d’une maison au Royaume-Uni ne réduit la consommation de gaz que pendant la première ou la deuxième année, toutes les économies d’énergie disparaissant à la quatrième. C’est ce dit une étude de Cambridge, qui suggère que toute économie réalisée par l’installation d’une isolation écoénergétique est annulée par une augmentation constante de la consommation d’énergie. » (Nouvelle de l’Université de Cambridge)

Est-ce différent chez nous ?

Les systèmes naturels ressemblent à des thermostats. De même qu’il ne sert à rien d’ouvrir une fenêtre pour faire baisser la température d’une pièce qui en possède un, de même, une réforme qui ne comprend pas le système qu’elle veut changer échoue.

Résultat de systémique qui n’est pas enseigné à l’ENA. Mais certainement au KGB : M.Poutine a été plus efficace que toutes les réformes. Il a trouvé le levier du changement.

La France en panne

Qu’est-ce qui caractérise notre pays ?

L’autre jour j’ai dû aider une personne qui ne savait pas lire à trouver une bouteille de cidre, dans une grande surface. Et pourtant, elle ne répondait pas au signalement traditionnel de l’analphabète : un français du crû d’une quarantaine d’années à l’ère raisonnablement prospère. Nos institutions se sont effondrées. Elles résultaient de la 3ème République. C’était peut-être notre principal sujet de satisfaction. Elles ont été proprement liquidées.

Voilà qui illustre un des grands théorèmes de la résilience : l’espérance de vie d’une institution est fonction de son âge… Et les travaux de l’esprit sont particulièrement fragiles.

Plus frustrante encore est l’apathie générale. Je soupçonne qu’elle est due à un double phénomène. D’abord un environnement hostile, en particulier à l’entreprise et à l’entrepreneur, ou encore à la « classe moyenne », et à tous ceux qui n’appartiennent pas à « l’élite », autrement dit à la quasi totalité de la société. La France n’est pas que la fabrique du crétin, elle est surtout celle de la dépression. Elle épuise les volontés à la façon de la torture de la goutte d’eau. En commençant par l’école, dont le principe est l’échec, et en se poursuivant par la société, qui fait de son mieux pour user l’initiative. Second phénomène, paradoxal, c’est aussi, un monde particulièrement confortable, où l’on est sans cesse secouru. Ainsi, selon moi, si le dirigeant fait si peu d’efforts pour céder son entreprise, c’est, tout simplement, qu’il peut compter sur la retraite. Pourquoi demanderait-il plus ? S’il a monté une entreprise, ce n’était pas pour être riche, mais pour être libre.

Une entrepreneuse me disait qu’elle avait l’impression que l’Etat voulait la garder en enfance : il lui avait donné beaucoup d’argent pour lancer son entreprise, mais, maintenant, il faisait tout ce qu’il pouvait pour l’empêcher de se développer. (Depuis, elle a liquidé sa société.)

Bug systémique ?

Dictature de l’individu ?

Que l’Anglo-saxon est sensible ! Une interview peut être un grand moment d’émotion (écoutez la BBC). Et il n’en faut pas beaucoup pour qu’il vous confie des secrets intimes.

Paradoxalement, il a la réputation d’être un infect exploiteur.

Et si sa culture individualiste ne lui faisait voir que l’arbre et pas la forêt, l’injustice minoritaire criante, et non la souffrance majoritaire muette ? Et si c’était, conséquence imprévue, une recette de domination ?

Les outils de l’ingénierie sociale

C’est curieux comme la société perd la mémoire. Une génération se passionne pour un sujet, la suivante l’oublie. C’est le cas de ce que j’ai appelé « l’ingénierie sociale ».

Il y a plusieurs façons d’attaquer le sujet, si l’on est un scientifique.

On peut vouloir modifier les structures, elles-mêmes, de la société. C’est ce qu’a cherché à faire la « dynamique des systèmes ». C’est à elle que l’on doit « les limites à la croissance », dont il est toujours question aujourd’hui. Pour le reste, elle n’est plus qu’un laboratoire au MIT. Son idée était de modéliser les phénomènes sociaux, pour trouver les moyens de les faire changer. Ce type de raisonnement aurait pu montrer à nos gouvernants que l’économie est un système, et qu’on ne peut pas faire faire n’importe quoi à un système, sous peine de surchauffe. Ce que l’on appelle aussi « inflation ».

(Quant au structuralisme de Lévi-Strauss, il semble avoir été un déterminisme : un anti-changement.)

Il y a aussi ceux qui ont voulu améliorer le système. Notamment Kurt Lewin et Emile Durkheim. Durkheim avait quelque-chose d’un mathématicien, et Lewin était un empirique. Tous les deux ont bâti les fondations d’une science, qui a été oubliée.

Leurs successeurs n’ont-ils pas compris qu’ils devaient être des chercheurs ? Ont-ils cru qu’ils avaient trouvé ? A moins que chaque génération ait des motivations qui lui sont propres. Celle d’après guerre avait vu l’apocalypse de près et voulait nous l’éviter, la nôtre était mue par son intérêt, et a utilisé ce qu’elle avait appris pour sa fortune et sa gloire ?

Agression systémique

M.Poutine est le « fléau de Dieu », en quelque-sorte. Il cherche la faille de l’ordre mondial pour abattre l’Occident.

Au fond, il est dans l’air du temps.

Depuis quelques décennies, il y a tout un mouvement, qui consiste à attaquer les cultures nationales dans ce qu’elles ont de plus fondamental. Cela se fait au nom de « droits de l’homme », qui ne sont plus entendus comme ils le furent initialement. (Ce qui intéresse les ONG, au Qatar, est-ce le sort des ouvriers qui meurent sur les chantiers, ou celui des Qatari qui ne peuvent pratiquer ouvertement leur sexualité ?)

Peut-être serait-il temps de marquer une pause et de s’interroger sur l’efficacité du procédé ?

Changer pour ne pas changer

« Réactionnaires et révolutionnaires daubent ensemble sur les réformistes. Ils ont peur d’eux. Une réforme réussie ridiculise leurs lamentations et imprécations. » (J.de Bourbon-Busset.)

Constatation intemporelle. Paradoxe propre à la systémique : les professionnels du changement défendent, en fait, le statu quo ! Leur fonds de commerce c’est de s’opposer à l’ordre établi.

Autre question, systémique : certaines cultures ont-elles besoin de contre-cultures ? Cela donne l’apparence de la démocratie ?

Complexité et politique

La morale aurait perdu M.Trump. (Article.) « Les Républicains, depuis plusieurs décennies déjà, ont cherché à déplacer le débat politique vers des enjeux sociétaux ou culturels dont le plus emblématique était le droit à l’avortement. Pendant longtemps ce calcul a joué à leur avantage. (…) Mais pour avoir poussé cet avantage trop loin, avec des nominations controversées de juges très conservateurs à la Cour Suprême, ils se retrouvent aujourd’hui pris en porte-à-faux. »

Un des analystes que citait ce blog avait probablement vu juste : en mettant un terme au droit à l’avortement, ils ont perdu leur meilleur atout. Démobilisation de leurs troupes, mobilisation de l’adversaire ? Victoire à la Pyrrhus eut-on dit dans un autre temps.

Complexité ! La politique n’est que rebondissements et conséquences imprévues. D’abord l’extrême gauche démocrate commet de tels excès qu’ils conduisent à la remise en cause du droit à l’avortement, ce qui paraissait, au moins d’ici, inconcevable. Puis les Républicains sont entraînés dans l’excès inverse. Tous ont, cependant, un point commun : la morale… Une leçon ?

Feed-back positif

Et si notre gouvernement était victime d’un biais systémique ? Vous savez, ce qui enferme les nations dans un cercle vicieux…

Il compare nos entreprises avec l’étranger. Ce qui l’amène, sans surprise, à nous enjoindre de nous conformer au modèle américain (Start up / deeptech) et allemand (ETI / production industrielle automatisée). Il considère, aussi, implicitement, que l’initiative individuelle fait le succès économique. En conséquence de quoi il juge que nos patrons ont besoin, pour se mettre à niveau, de formations de type MBA. De même, l’usine, qu’il aime, désormais, ne peut-être qu’allemande, avec beaucoup de machines, et consommant beaucoup d’énergie.  

Y-a-t-il une autre façon de penser ?

Si l’on part des forces culturelles de nos entreprises, l’histoire n’est plus la même.

Je constate que nos patrons sont des “entrepreneurs purs”. Ils vont où les Allemands ont peur d’aller. Et ils sont stimulés par la contrainte, la crise. Mais ils ont un potentiel qu’ils ignorent.

Ce potentiel ignoré, quand il est exploité, produit une différenciation unique (changement à coût quasi nul). Comme en Suisse, la contrainte, pénurie RH, énergie, CO2… doit être le moteur de changement. Seulement, elle conduit à l’émergence d’un type d’entreprise qui n’a rien d’allemand : il est biosourcé, à faible énergie… son innovation est « organisationnelle » plutôt que mécanique. A l’allemande, mais sans les moyens allemands !

Le gouvernement interprète mal l’exemple allemand, d’ailleurs : l’ETI allemande, en particulier, résulte d’un plan national, c’est le collectif qui est l’avantage concurrentiel d’une nation, pas le “génie” individuel.

Bref, la clé du changement dont nous avons besoin, c’est de reconstituer la solidarité locale. Pour cela, je constate l’efficacité du conseil de pairs (« cerveau collectif”), et l’intérêt de “placer le patron sur ses forces” : métier / produit. En lui adjoignant des managers professionnels pour réaliser son potentiel. (L’entreprise allemande est dirigée par 4 personnes.)  

En ces temps de crises internationales, nos champions nationaux sont en danger, et nous aussi. Et si notre planche de salut était la France de l’intérieur ? Et si notre gouvernement adoptait le feedback positif américain, plutôt que le feedback négatif de la maman française ?