Mal français

Ce témoignage met le doigt sur ce qui ne va pas dans notre pays. Ce qui fait que, à cause de sa fragilité, une erreur de notre gouvernement pourrait le plonger dans l’anarchie. 

Nous avons un Etat qui a infantilisé les dirigeants d’entreprise (et probablement la nation) à tel point qu’ils n’ont pas conscience de la nature de leurs responsabilités. Conséquence : l’action de l’Etat produit l’envers de ses intentions.

Le nom du changement : responsabilité !  

Hegel et le changement en France

Mon article « Ruralité nouvelle » me plonge dans un abîme de réflexions.

Il pourrait illustrer, exactement, les théories de Hegel sur le changement. L’utopie produit le contraire de ce qu’elle désirait.

C’est, sans doute, le mal de notre Etat jacobin. D’une part, parce que, contrairement aux Etats démocratiques, qui sont conçus pour rendre impossible la dictature, il a un pouvoir considérable. D’autre part, parce qu’il est dirigé par des êtres de « raison pure ». Des illuminés ou des innocents.

Autre point curieux : le Bobo. Au fond, c’est le produit du changement : l’urbain, bien dans sa peau. Et il pense que ceux qui ne sont pas heureux ne méritent pas de vivre, ils sont inadaptés.

Ce comportement évoque une théorie de Durkheim sur le suicide : une condition qui augmente sérieusement la chance de suicide est d’être le meilleur élève d’une culture…

Comenius

Je découvre Comenius. Un théologien protestant d’Europe du nord, victime des guerres qui la ravageaient au 17ème siècle et qui a réformé l’éducation.

Paradoxalement, il semble avoir préparé les Lumières, tout en s’opposant à leur esprit.

Ce qui me semble intéressant dans son oeuvre est qu’il a voulu réconcilier les hommes en leur montrant qu’ils faisaient parti d’un tout (« pansophie »). D’où un enseignement qui présentait le « spectacle du monde ».

Ce qu’en dit wikipedia : « Jean Piaget présente ainsi les fins que Comenius entendait poursuivre à travers son programme :

  • unification et propagation du savoir grâce à un système scolaire perfectionné placé sous la direction d’une sorte d’académie internationale;
  • coordination politique par une direction d’institutions internationales ayant pour but le maintien de la paix entre les peuples;
  • réconciliation des Églises sous le signe d’un christianisme tolérant. »

Aurions nous, et nos enseignants les premiers, beaucoup à apprendre de Comenius ?

(Découverte due à In our time, de la BBC.)

Révolution copernicienne

Circuit court, RSE, impact, Web3.0, réseau social… les « éléments de langage » changent de sens.

Exemple : le concept d’entreprise. Il est central. Mais n’a plus le sens GAFA : non le moyen d’affirmation de soi d’un démiurge façon Elon Musk, mais l’Agent de la transformation durable du monde. Une forme d’ONG !

J’entendais une émission sur le « changement copernicien » selon Kant. Le changement copernicien est un changement de point de vue. La Terre au centre, ou le soleil au centre. J’ai l’impression qu’il se passe quelque-chose de semblable : l’individu/business au centre ou la nature au centre. Nouvel humanisme dirait un ami. Yang au Yin, dirait un autre.

Mais le business n’a pas disparu, dans les deux cas, c’est l’alpha et l’omega.

Ce qui me ramène à une autre émission. Son sujet était la transition du poisson au tétrapode. Dans un premier temps le poisson développe des « fonctions » qui l’avantagent en termes de sélection naturelle – dans son milieu. Puis il découvre qu’il peut faire autre chose de ces fonctions.

Ce qui demeure curieux est que dans les deux phases on utilise les mêmes concepts (circuit court, etc.), comme si les deux « systèmes de pensée » tentaient d’exprimer une même réalité, ou de résoudre un même problème… Cela se comprend bien en ce qui concerne le scientifique qui étudie le système solaire. Seulement, dans notre cas, qui concerne la façon dont l’humanité choisit de vivre, il semble que l’on puisse se permettre un peu d’imagination. Passer d’un système à l’autre ne devrait-il pas changer la nature de nos préoccupations collectives ?

J’émets une tentative d’explication :

Le premier système se trouve confronté à des problèmes existentiels. Contradiction interne qui le force à un changement de « principe directeur ». Mais il est toujours confronté aux mêmes problèmes… Comme le poisson, qui développe des membres, il lui faut du temps pour prendre conscience des horizons qu’ouvrent ses nouvelles capacités ?

Pas convaincant ? Aurais-je besoin de réussir un « changement copernicien » ?

(Ps. Les émissions que je cite ici appartiennent à la série In our time de BBC 4. Et la transformation dinosaure / oiseau semble obéir au même mécanisme que le passage du poisson au tétrapode.)

Changement final ?

Le libéralisme a quelque-chose de bizarre. Si l’on revient aux origines, c’est une des solutions proposées à la question que posent les Lumières : comment faire que l’homme n’asservisse pas l’homme ? Réponse libérale : le marché. Il s’organise tout seul.

En trois siècles, personne ne semble, sérieusement, s’être demandé si l’asservissement au marché ne pouvait pas être pire que la pression que l’homme peut imposer à l’homme… C’est Raminagrobis appelé par la belette et le petit lapin, pour un différend de voisinage.

Plus curieux : on lit que le combat de l’humanité a consisté à se libérer de la nature. Mais pourquoi la nature serait-elle pire que le marché ?

D’ailleurs, à y bien réfléchir, la nature n’est-elle pas la question de départ ? L’homme a commencé par vouloir s’en libérer (des aléas climatiques, des prédateurs, de la maladie, de la faim…), puis, avec Descartes, il a crû en être le maître. Et, maintenant, il juge être allé trop loin.

Et s’il se « réinscrivait » dans les cycles naturels ? Mais, pas comme un vaincu, façon altermondialiste. Comme un égal, à ses conditions. Je me demande, en relisant ce que dit ce blog, si ce n’est pas ce qui est en train de se passer.

Quand à la liberté et au marché, c’est peut-être aussi la nature qui est la solution, car l’humanité occupant la place qui lui revient dans la nature est un dispositif dans lequel tout le monde est dépendant de tout le monde. N’est-ce pas cela la véritable liberté ? (Dans l’égalité et la fraternité, de surcroît.)

La malédiction du coût (du travail)

Notre coût du travail est le plus cher au monde. Pourquoi alors que tout le monde en parle. Pourquoi rien ne bouge Medef, Cpme, etc. Paroles, paroles mais rien ne bouge ?

Question qui m’est posée. Mon opinion, que l’on trouvera tout au long de ce blog :

Le problème est celui du chômage. Alors qu’après-guerre, on pensait que le chômage avait créé le nazisme, et donc qu’il ne devait pas y en avoir, depuis un demi-siècle, on s’est mis à licencier, en pensant qu’ainsi on ne garderait que les meilleurs, ou qu’ainsi on pourrait abaisser les salaires. On n’a pas compris que, du fait de l’indemnité chômage, cela faisait remonter le coût du salarié. La solution (…) : au lieu de faire entrer au chausse-pied un être humain dans une entreprise inefficace, ce qui produit la démobilisation dont on parle tant, il faut partir du génie humain pour en faire profiter l’entreprise.  

(Au passage, on voit ici un des effets pervers dont se délecte la systémique : c’est parce que l’on a voulu abaisser les salaires qu’on les a augmentés ! Il est tentant de soupçonner une conséquence d’une forme de paresse intellectuelle : le dirigeant a trouvé fatigant de faire son travail d’innovateur, d’entrepreneur à proprement parler, il a cherché à améliorer la rentabilité de son entreprise par des moyens moins éprouvants.)

La transition climatique de M.Poutine

« L’isolation d’une maison au Royaume-Uni ne réduit la consommation de gaz que pendant la première ou la deuxième année, toutes les économies d’énergie disparaissant à la quatrième. C’est ce dit une étude de Cambridge, qui suggère que toute économie réalisée par l’installation d’une isolation écoénergétique est annulée par une augmentation constante de la consommation d’énergie. » (Nouvelle de l’Université de Cambridge)

Est-ce différent chez nous ?

Les systèmes naturels ressemblent à des thermostats. De même qu’il ne sert à rien d’ouvrir une fenêtre pour faire baisser la température d’une pièce qui en possède un, de même, une réforme qui ne comprend pas le système qu’elle veut changer échoue.

Résultat de systémique qui n’est pas enseigné à l’ENA. Mais certainement au KGB : M.Poutine a été plus efficace que toutes les réformes. Il a trouvé le levier du changement.

La France en panne

Qu’est-ce qui caractérise notre pays ?

L’autre jour j’ai dû aider une personne qui ne savait pas lire à trouver une bouteille de cidre, dans une grande surface. Et pourtant, elle ne répondait pas au signalement traditionnel de l’analphabète : un français du crû d’une quarantaine d’années à l’ère raisonnablement prospère. Nos institutions se sont effondrées. Elles résultaient de la 3ème République. C’était peut-être notre principal sujet de satisfaction. Elles ont été proprement liquidées.

Voilà qui illustre un des grands théorèmes de la résilience : l’espérance de vie d’une institution est fonction de son âge… Et les travaux de l’esprit sont particulièrement fragiles.

Plus frustrante encore est l’apathie générale. Je soupçonne qu’elle est due à un double phénomène. D’abord un environnement hostile, en particulier à l’entreprise et à l’entrepreneur, ou encore à la « classe moyenne », et à tous ceux qui n’appartiennent pas à « l’élite », autrement dit à la quasi totalité de la société. La France n’est pas que la fabrique du crétin, elle est surtout celle de la dépression. Elle épuise les volontés à la façon de la torture de la goutte d’eau. En commençant par l’école, dont le principe est l’échec, et en se poursuivant par la société, qui fait de son mieux pour user l’initiative. Second phénomène, paradoxal, c’est aussi, un monde particulièrement confortable, où l’on est sans cesse secouru. Ainsi, selon moi, si le dirigeant fait si peu d’efforts pour céder son entreprise, c’est, tout simplement, qu’il peut compter sur la retraite. Pourquoi demanderait-il plus ? S’il a monté une entreprise, ce n’était pas pour être riche, mais pour être libre.

Une entrepreneuse me disait qu’elle avait l’impression que l’Etat voulait la garder en enfance : il lui avait donné beaucoup d’argent pour lancer son entreprise, mais, maintenant, il faisait tout ce qu’il pouvait pour l’empêcher de se développer. (Depuis, elle a liquidé sa société.)

Bug systémique ?

Dictature de l’individu ?

Que l’Anglo-saxon est sensible ! Une interview peut être un grand moment d’émotion (écoutez la BBC). Et il n’en faut pas beaucoup pour qu’il vous confie des secrets intimes.

Paradoxalement, il a la réputation d’être un infect exploiteur.

Et si sa culture individualiste ne lui faisait voir que l’arbre et pas la forêt, l’injustice minoritaire criante, et non la souffrance majoritaire muette ? Et si c’était, conséquence imprévue, une recette de domination ?

Les outils de l’ingénierie sociale

C’est curieux comme la société perd la mémoire. Une génération se passionne pour un sujet, la suivante l’oublie. C’est le cas de ce que j’ai appelé « l’ingénierie sociale ».

Il y a plusieurs façons d’attaquer le sujet, si l’on est un scientifique.

On peut vouloir modifier les structures, elles-mêmes, de la société. C’est ce qu’a cherché à faire la « dynamique des systèmes ». C’est à elle que l’on doit « les limites à la croissance », dont il est toujours question aujourd’hui. Pour le reste, elle n’est plus qu’un laboratoire au MIT. Son idée était de modéliser les phénomènes sociaux, pour trouver les moyens de les faire changer. Ce type de raisonnement aurait pu montrer à nos gouvernants que l’économie est un système, et qu’on ne peut pas faire faire n’importe quoi à un système, sous peine de surchauffe. Ce que l’on appelle aussi « inflation ».

(Quant au structuralisme de Lévi-Strauss, il semble avoir été un déterminisme : un anti-changement.)

Il y a aussi ceux qui ont voulu améliorer le système. Notamment Kurt Lewin et Emile Durkheim. Durkheim avait quelque-chose d’un mathématicien, et Lewin était un empirique. Tous les deux ont bâti les fondations d’une science, qui a été oubliée.

Leurs successeurs n’ont-ils pas compris qu’ils devaient être des chercheurs ? Ont-ils cru qu’ils avaient trouvé ? A moins que chaque génération ait des motivations qui lui sont propres. Celle d’après guerre avait vu l’apocalypse de près et voulait nous l’éviter, la nôtre était mue par son intérêt, et a utilisé ce qu’elle avait appris pour sa fortune et sa gloire ?