Effet de levier

Petit à petit, j’en suis arrivé à me demander si l’on ne pourrait pas appliquer ce que disent mes livres au sort du pays.

Le changement est une question de systémique (mon premier livre). Cela a des conséquences majeures, mais simples : 1) pour une raison qu’il reste à expliquer, nous tendons à nous enfermer dans des cercles vicieux (le propre de la raison ?) 2) mais, en sortir est à coût nul, puisqu’il suffit de remettre en cause des certitudes inconscientes…

Et si l’on appliquait cette idée à notre cas ? Je soupçonne de plus en plus que le cercle vicieux suivi depuis des années se nomme « imitation ». L’envers : « développer ce qui nous est propre ». 

Application : un flux d’argent colossal va vers les start-up « numériques », French Tech, et il y a aussi le « Green deal ».

Pas efficace. Le numérique « fait des bulles ». Et les Chinois ont gagné la bataille du Green deal. Conséquence : bonne nouvelle : nous avons l’argent qui nous permettrait de tirer parti de notre patrimoine. (NB. Les Américains sont dans le même cercle-vicieux que nous, d’où, une économie qui ne profite pas à l’Américain ordinaire, et le fait que Trump ait une chance d’être élu ?) 

Seconde bonne nouvelle. L’Etat a cru qu’être libéral signifiait éliminer ses moyens d’action locale (CCI…) et construire une superstructure qui oriente le « marché », ou qui force le peuple à obéir à ses lois. Cela a donné un « mille-feuille » kafkaïen, une école qui reproduit « l’élite », un hôpital dysfonctionnel, une armée ridicule… Reconstruire le dispositif d’en bas, en cherchant à lui faire faire ce qu’il doit, ne coûte rien. Et cela peut faire gagner beaucoup, en supprimant ce qui nuit au citoyen et au chef d’entreprise, donc à l’économie.

Pour mener ce changement, nous avons besoin d’entrepreneurs. Qu’est-ce qu’être entrepreneur ? Ne pas attendre que tout aille bien, que les « autres » fassent preuve de bonne volonté, mais leur montrer la voie. L’entrepreneur est un pionnier, si tout allait bien, il serait inutile.

Soupçons infondés ? L’enquête se poursuit.

Systémique et école

J’ai toujours regretté que la systémique ne soit pas enseignée.

J’ai découvert, à l’occasion de l’écriture de mon premier livre, que, après guerre, tout était systémique. Mais, paradoxalement, on n’en parle plus.

Pourquoi ? Notre société est férocement individualiste, et elle a inventé des théories « scientifiques » qui justifient son point de vue ? En partie l’économie de marché ? Mais la systémique semble avoir été victime, de son vivant, d’un biais qui nous semble consubstantiel : la complication. Au lieu d’en rester à l’idée initiale, nous faisons des cours, et des formations, nous entrons dans un luxe de détails… Nous noyons le poisson. Au fond, nous cherchons à « programmer » l’individu. Nous souffrons du biais de la machine ? Nous ne pouvons pas tolérer que l’autre puisse avoir un libre arbitre ? Qu’il puisse avoir une autre opinion que la nôtre ? Paradoxe de l’individualisme ?

Comment eviter ce mal ? Au lieu de s’attarder sur la notion de « système », peut-être faut-il partir de sa conséquence ? « On constate » que « la solution est le problème » ? C’est ce que nous faisons pour résoudre un problème qui est la cause du dit problème ! Terrifiant.

Mais aussi, bonne nouvelle : nos problèmes, personnels, nationaux et internationaux ont des solutions évidentes et à coût nul : il suffit de faire l’envers de ce que nous faisons ! Indication supplémentaire : ce n’est pas l’objectif que nous poursuivons qui ne va pas, mais la façon dont nous comptons l’atteindre.

Repliez vos pupitres, le cours est fini ?

Complot

Un des marronniers des radios intellectuelles est l’explication des raisons des « théories du complot ». Coup sur coup, émissions de France culture et de la BBC.

Curieuse gloire du complot. Il était connu depuis longtemps, mais il a été remis au goût du jour il y a peu. Généralement, il est associé à « populisme ». L’intérêt pour les « théories du complot » ressortirait-il lui-même de la « théorie du complot » ?

L’émission de la BBC (qui traitait de « l’ignorance », un thème qui plaît à ce blog !) faisait une remarque surprenante : celui qui croit à la théorie du complot est particulièrement bien informé. Il étudie sérieusement son sujet. C’est un expert. D’où le paradoxe : celui qui ne croit pas au complot, ne fait que suivre la pensée collective !

Ce qui me surprend toujours, c’est que l’on ne se demande pas ce qui pourrait expliquer la croyance au complot, sinon quelque maladie du cerveau. Or, que faudrait-il pour que l’on trouve derrière le réchauffement climatique une combinaison malfaisante ? Et le Marxisme et son capitalisme ? Et le père des idées de Marx, Hegel, qui dit que l’humanité est « aliénée » ? Et les « limites à la croissance », ancêtre du « réchauffement climatique », qui affirme qu’elle est aux mains d’un principe fatal (la croissance) ?…

Comment se tire-t-on du complot, au fait ? L’émission de la BBC m’a remémoré une histoire racontée par Daniel Cordier. Daniel Cordier était à la fois résistant et antisémite. Ce qui l’a guéri de son antisémitisme a été l’expérience : voir de pauvres gens porter l’étoile jaune.

Le complotisme serait une pathologie de la raison : la théorie coupée de la réalité ?

Limites à la croissance

les partis du bloc central n’ont pas su prendre en compte cette question nouvelle de l’insécurité économique, sociale et culturelle et y apporter des réponses crédibles. Le RN ne l’a pas fait non plus, à l’évidence sous une forme crédible (…) ; il l’a fait sous une forme démagogique et xénophobe, mais c’est malheureusement la réponse dont, faute de mieux, s’est emparée une grande partie des Français.

Article.

Il ressort de cet article que, en quelque sorte, le Français n’a plus d’ambition, et qu’il vit au jour le jour. En conséquence de quoi, il est affecté pour la dégradation de ses conditions de vie. Et il supporte mal les outrances des derniers idéalistes de la politique.

En fait, il en est un peu partout de même dans les autres pays, me semble-t-il.

Max Weber disait que la rationalité moderne avait « désenchanté le monde ». Je me demande si cette rationalité n’était pas une autre croyance, et si elle n’a pas fait long feu. Et si ce n’est pas réellement maintenant que l’on peut parler de « désenchantement » : « tout le beau de la passion est fini » ?

Est-ce ce que la dynamique des systèmes appelle les « limites de la croissance » ? Le grand élan qui a poussé l’humanité jusqu’ici a rencontré une limite ?

14000

Le compteur de ce blog annonce que cet article est son quatorze millième.

Cela représente 16 ans de travail. Ce qui est surprenant, lorsque l’on y songe un peu. Comme le temps passe !

Comment a-t-il évolué ? Il a été victime de « gains de productivité ». Mon activité associative ne me donne plus le temps de m’intéresser à grand chose. J’y passe l’équivalent de plusieurs plein temps. Si bien qu’il s’est mis à parler de moi. Ce qui est une solution de facilité.

Il a été créé pour étudier le monde en changement, à une période de désarroi. Il prenait la suite d’un club que j’avais monté, pour mener la même étude, après la dislocation de la bulle Internet.

Alors, que dire ? J’ai longtemps cru que le monde doutait, donc qu’il était intelligent. En cela je rejoignais peut-être Socrate. Mais j’observe que ce n’est plus les cas. Qui est plus sûr de soi qu’un Macron ou un écologiste ?

Cela présente un danger dont on n’a pas toujours conscience : ce qui ne va pas n’est pas le « pourquoi », mais le « comment ». L’exemple même en est M.Poutine : il veut rendre sa fierté à son pays, ce qui est bien. Mais déclarer la guerre au monde pour ce faire l’est moins. C’est ce type d’erreur qui fait échouer le changement.

La grande nouveauté de ces derniers temps aura été la crise mondiale. Depuis le covid, la crise succède à la crise. Je craignais que l’inflation soit la « big one », comme on dit du tremblement de terre qui rasera un jour San Francisco. En fait, c’est probablement M.Macron qui l’a déclenchée. Il souffrait sans doute ne ne pas être au centre de toutes les attentions.

Mon explication « systémique » à ces crises est qu’un ordre du monde succède à un autre. Une explication anthropologique serait que la culture américaine aurait envahi la planète et que, aujourd’hui, les cultures nationales seraient en train de la rejeter. La victoire de ce modèle ne remonterait pas à la chute du mur de Berlin, comme le croient les Américains, mais à bien avant. N’est-ce pas lui qui a inspiré 68, et liquidé « l’ascenseur social » qu’était notre système éducatif ?

Qu’est-ce qui va en sortir ? Une renaissance culturelle ? Ou un monde bancal, à la façon japonaise ou coréenne du nord, qui garde un peu de son passé, dont elle aurait peut-être dû se débarrasser, mais a perdu tout élan vital ?

En ce qui concerne la France, ce qui est frappant est la complexité du processus qui en avait fait ce qu’elle était. Le projet de la 3ème République avait été conçu par nos plus beaux esprits, et faisait l’objet d’une forme de consensus. Il a été balayé en un rien de temps par la séduction du « laisser-faire » anglo-saxon. Notre nation peut-elle renaître sans un tel travail de fond ?

Travail d’autant plus complexe qu’il ne peut être une copie du passé. L’intérêt de la vague anglo-saxonne, et de 68, est de nous avoir montré ce qui était fragile, voire ridicule, dans notre société. En particulier, grand théorème de systémique, plus on veut se protéger, plus on augmente le danger : car, alors, il vient de l’intérieur, du parasitisme et de la guerre civile. La société résiliente n’a pas de remparts. Et elle n’a pas non plus d’institutions, car, comme on le voit actuellement, les défenses passives sont retournées contre leur objet par l’assaillant.

Bref, notre élite de « possédés » a peut être raison, quand elle se voit l’agent de la « destruction créatrice ». En faisant exploser la société, elle nous force à sortir de notre léthargie, à prendre conscience de la plongée du monde dans la vieillesse, et de l’utilité de remettre en marche notre cerveau ? Ce qui ne tue pas renforce ?

Le marché et le peuple

Les extrêmes veulent donner de l’argent au peuple, ce qui effraie les marchés financiers : la France n’en a pas les moyens.

Comment concilier les deux ?

En fait, donner de l’argent au peuple n’est pas une très bonne idée : étant pauvre, il va le dépenser dans des produits pas chers, donc chinois.

Il serait peut-être plus habile de lui dire que « le gouvernement l’a compris » et qu’il va renforcer l’économie traditionnelle, susceptible de lui fournir de bons emplois à côté de chez lui, et les services de l’Etat, donc améliorer grandement ses conditions de vie. Ce qui est sa revendication. L’électeur est certainement assez intelligent pour comprendre que, du fait de sa mauvaise gestion, l’Etat ne peut pas lui faire de cadeau.

Qu’il y ait des gains à obtenir de l’élimination des dysfonctionnements de l’Etat (sans licencier de fonctionnaires) semble évident : l’Etat a bien marché, un temps, et il coûtait beaucoup moins qu’aujourd’hui.

Quand au financement de l’économie traditionnelle, il pourrait être obtenu par réorientation des flux financiers alimentant la « bulle numérique » et en adoptant une approche « lean » de la transition climatique, qui repose moins sur une forme de « geoengineering » à base de technologie coûteuse, toxique et étrangère.

Communautarisme

La gauche a constitué un bloc solide à l’intérieur mais qui peut être répulsif pour l’extérieur – et cet extérieur est déterminant dans un second tour –, analyse Gilles Finchelstein, secrétaire général de la Fondation Jean Jaurès.

Le Monde du 27 juin

A regarder les titres du Monde, je vois que Serge Klarsfeld préfère le FN à la gauche et qu’il en est de même pour beaucoup de dirigeants d’entreprise (qui représentent, tout de même, plusieurs millions de votants).

Si l’on en croit ce qu’on lit depuis 40 ans, c’est à une manoeuvre de gauche à laquelle le FN doit le début de ses succès. Puis, elle l’a « diabolisé ». Maintenant, elle se prépare à être le rempart des forces du bien contre l’axe du mal ? Le jour de gloire est arrivé ?

Voilà ce que Paul Watzlawick aurait appelé un « jeu sans fin » ?

Affaiblir ses adversaires pour se renforcer. Trouver un moyen de les diviser. En fin stratège, François Mitterrand a eu recours à cette tactique en 1985, alors que sa cote de popularité était au plus bas. Pour disperser les forces de la droite, pourquoi ne pas favoriser l’essor du Front national ? A l’époque, le mouvement d’extrême droite fondé par Jean-Marie Le Pen ne pèse quasiment rien. Mais il apparaît comme un moyen efficace de tourmenter la droite…

Le Parisien, 2015

Changement systémique

Après 5 ans de travail, plus de 250 interviews, une dizaine de rapports, un livre et des dizaines d’accompagnements d’entreprises, voici la conviction de l’association des interpreneurs, à laquelle j’appartiens :

Nos gouvernants ont adopté le « modèle américain », GAFA, start-up, métropole… (un modèle dont sont revenus les USA !). Résultats décevants : dette, déficit, population se sentant déclassée…

Ils ont laissé en jachère la réalité du potentiel national : ce que notre pays a en propre. C’est tout le reste : « territoires », PME, artisanat, industrie, etc.

Or, il en faut peu pour développer ce potentiel. Paradoxalement, il ne demande pas de milliards ! Nous constatons que ce sont des obstacles « micro économiques » qui empêchent territoires et PME de libérer leur potentiel, et que l’on sait faire sauter ces blocages par des moyens simples (le montrer est tout l’intérêt des témoignages que nous avons récoltés).

Facteur clé de succès : le dirigeant a besoin d’être « poussé dans ses retranchements » par d’autres dirigeants – c’est ce qui constitue la force et l’unicité (provisoire, espérons-le) des interpreneurs, association de dirigeants « de tous horizons ».

On en était là, lorsque M.Macron a dissout l’assemblée…

Trêve olympique

J’ai toujours vu les Jeux Olympiques de Paris d’un mauvais oeil. Je soupçonne que Madame Hidalgo les a voulus par amitié pour M.Delanoë, à qui ils avaient été refusés : ce qui est un motif malsain. Ils risquent fort d’être un gouffre financier, en outre. (Je suis heureux de m’être extrait de Paris. Pour autant, si les jeux sont déficitaires, il est certain qu’on demandera aux pauvres de faire preuve de solidarité avec les paniers percés…) Et depuis qu’il y a guerre en Ukraine, ils semblent fournir à M.Poutine et ses alliés l’occasion rêvée de faire un mauvais coup, bien sanglant.

Bizarre. Jadis les Jeux Olympiques étaient une trêve. Maintenant, c’est le contraire.

En fait, c’est le paradoxe de la société. L’homme « fait société » pour se protéger, et la protection qu’apporte la société crée l’irresponsabilité, l’attentat et l’instinct de mort.

Fameuse « énantiodromie » de la systémique ?

Marées économiques

Tolstoï voyait les guerres napoléoniennes comme des sortes de phénomènes naturels : l’humanité allant d’ouest en est, puis d’est en ouest. On peut se demander si ce n’est pas ce qui est survenu dans le dernier demi-siècle.

Dans un premier temps, les ressources des « territoires », des PME, du gros de la population a été aspiré par les multinationales, les métropoles et les riches. Un argument avancé pour justifier ce mouvement était que c’était eux qui étaient les créateurs les plus efficaces. Autant leur donner le plus de moyens possibles. On constate maintenant que ce n’est pas le cas. Et qu’il y a un gros manque à gagner. Peut-être, après tout, que le reste de l’humanité avait aussi une utilité ? Qu’il n’y a rien à jeter dans une société ? Et, en conséquence, un timide mouvement semble se faire en sens inverse.

Bien sûr, tous ces mouvements s’expliquent mieux par les appétits animaux que par la raison. Il n’y a pas de complot, nous n’avons pas l’intelligence suffisante pour un tramer un. Mais, aussi bien à l’époque de Napoléon que maintenant, la raison rationalisante est un formidable accélérateur du changement. Le propre de la raison, des Grecs, des Lumières et d’aujourd’hui semble surtout le « sophisme », l’anti-raison.