Logique de guerre ?

Le conflit irlandais s’est déroulé de mon vivant. On en parle encore souvent en Angleterre.

Enseignements ? La guerre est un phénomène systémique ? Il n’y a pas de bons et de méchants. La guerre impose ses règles qui font que tout le monde devient meurtrier, traitre, lâche, martyr, etc.

Le plus surprenant est qu’un jour ce cercle vicieux s’arrête. Pourquoi ? Mystère. Il semble que ce qui a mis fin à la guerre entre la France et l’Allemagne soit la prise de conscience par la France (Robert Schuman en particulier) que la seule façon d’éviter à l’Allemagne de nous nuire n’était pas de la punir, mais de s’unir à elle et de mettre en commun, au sein de l’UE, les moyens nécessaires à la guerre. Je ne sais pas ce qui s’est passé en Irlande.

(A quoi servent les pacifistes, dans ces conditions ? En dénonçant des crimes de guerre ne font-ils que jeter de l’huile sur le feu ? Qui veut faire l’ange, fait la bête ? Ne feraient-ils pas mieux de considérer qu’il n’y a pas de bons et de mauvais mais plutôt une commune humanité ? Et de se demander, comme le faisait Durkheim, comme soigner ses « pathologies sociales » ?)

Anti Smith

La lutte contre l’islamophobie a quelque chose de bizarre. D’un côté, elle est présentée comme une lutte contre « les discriminations », mais ceux qui en sont les champions nient, comme l’incarnation du mal, les valeurs des sociétés islamiques, en particulier le rôle qu’elles donnent aux femmes !

D’une manière générale, l’étude des conséquences des idées « socialement avancées » semble déboucher sur une curieuse conclusion : tout le monde est coupable, et n’a plus droit à la parole, sinon les tenants de ces théories. Ce sont eux les seuls « discriminés » ?

Adam Smith disait que, dans la logique de l’économie de marché, celui qui voulait poursuivre son intérêt faisait, en fait, celui de la société. Ne serait-ce pas ici, le contraire : en prétendant poursuivre l’intérêt commun, on fait le sien ?

Enigme systémique

Une des conclusions de la systémique est que nos actions ont pour conséquence le contraire de leurs intentions (« énantiodromie »). Qui veut faire l’ange, fait la bête, disait Pascal. Si bien que la solution à nos problème est, tout simplement, de faire le contraire de nos intentions !

C’est simple, effrayant, et pourtant cela n’a pas pénétré la psyché collective.

Mais qu’est-ce qui est à l’origine de ce phénomène ? Mystère.

L’exemple de M.Macron peut-il nous éclairer ? Il se voulait un rempart contre les extrêmes. Or, les extrêmes ne se sont jamais aussi bien portées. Le centre s’est réduit et s’est divisé. Au fond, à droite et particulièrement à gauche, il tend même à adhérer aux extrêmes. Et le parti présidentiel pourrait bien avoir la tentation paradoxale de se battre contre tous.

Que lui est-il arrivé, à notre président ? Il est possible qu’il ait pensé qu’il était effectivement, l’antidote au FN. Peut-être a-t-il cru que le FN était une maladie de la raison ? Un « populisme », effectivement. Donc il aurait cru qu’il n’avait rien à faire. Alors que, au contraire, il aurait dû chercher à comprendre, comme on a, au moins, tenté de le faire en Angleterre et aux USA, ce qui suscitait le vote extrême, afin de lui couper l’herbe sous le pied ?

L’énantiodromie résulterait-elle d’une paresse de la raison ? Lorsqu’elle arrête de ramer, elle se fait prendre dans des courants qui lui font faire marche arrière ? Roue libre interdite ?

CIA

L’histoire de la CIA, depuis ses origines, racontée par une employée qui y a connu une carrière exemplaire. (Central Intelligence, BBC4.)

Cela donne une forte impression d’une équipe de pieds nickelés… D’une part les opérations de la CIA sont d’extraordinaires improvisations, qui, lorsqu’elles réussissent, résultent de l’effet heureux d’un invraisemblable hasard ; d’autre part, sa vision à court terme produit des conséquences imprévues qui finissent par lui retomber sur le nez. En écoutant l’émission, on n’est pas loin de penser que tous les problèmes actuels de la planète viennent de là. En particulier, c’est la CIA qui aurait fait l’Iran moderne. Et, bien souvent, comme en Iran, elle a eu tendance à remplacer des régimes démocratiques par des dictatures. (A noter qu’il semble avéré, mais l’émission n’en parlait pas, que les USA sont à l’origine du renouveau du terrorisme islamique, ayant cru pouvoir l’utiliser contre l’URSS.)

LA CIA a été créée après guerre. Sa mission : lutter contre l’URSS. Depuis les origines sa tactique consiste à employer la technique de la « résistance », c’est à dire de procéder comme durant la dernière guerre, en cherchant à monter les citoyens d’un pays contre le gouvernement que la CIA veut renverser. Mais, initialement, elle n’a personne dans la place. Elle se fait jouer à tous les coups par les Soviétiques. Ils ont alors le monopole du coeur, et ont infiltré, entre autres, les services secrets britanniques. La CIA parvient à remettre en marche un général nazi, qui a conservé des réseaux en Europe de l’est asservie. Mais ils sont aussi infiltrés. Heureusement pour eux, les Russes finissent par découvrir la supercherie soviétique. Les défections se multiplient.

Esprit du temps. C’est une histoire féministe. Les agents de la CIA sont des machos, très bêtes, mais, à chaque fois qu’ils sont sur le point d’échouer, ils sont sauvés par l’intelligence féminine. Ce qui, encore une fois, est une curieuse tactique. Car cela semble signifier que c’est la femme qui est à l’origine des maux du monde…

Douce France ?

La France n’est que mécontentement. On est mécontent de l’Etat, d’abord. Mais, si l’on y regarde bien, tout le monde, en fait, a quelque-chose à reprocher à quelqu’un.

Et on découvre aussi que tout ce monde fait « beaucoup de choses ». C’est d’ailleurs pour cela qu’il est très mécontent que l’on prétende lui donner des leçons. Et si, tous, nous faisions de notre mieux ?

Pourquoi, alors, notre pays va-t-il si mal ? Et si cela tenait, simplement, à ce que chacun prend des initiatives sans se préoccuper de ce qui existe autour de lui ? Une conséquence imprévue de notre individualisme ? Et si c’était la cause, en ce qui concerne l’Etat, de ce que l’on nomme le « mille-feuille » ?

Mais, alors, cela ne voudrait-il pas dire que nous avons un « potentiel ignoré » ? Et que, pour le réaliser, il faut retisser des liens entre nous, et entre nous et nos ressources ?

Serait-ce une bonne nouvelle ?

Et pour commencer ? Peut-être nous donner un petit coup de pouce pour nous faire lever le nez du guidon et découvrir que la France n’est pas telle qu’on le dit ?

Chocolat

Je fais la plupart de mes courses dans un magasin parce que j’y trouve un certain type de chocolat. Tout est pourtant plus cher qu’ailleurs. En revanche, j’ai découvert un autre magasin, parce que celui-ci est régulièrement en rupture de stocks concernant des articles (pourtant ordinaires) que j’achète.

Voilà ce que ne comprend pas l’acheteur, une engeance qui a connu récemment des heures de gloire. L’acheteur, et le gestionnaire qui dirige actuellement l’entreprise, et l’Etat, cherche à optimiser les constituants, sans vue d’ensemble. Alors que le tout est la loi de la nature.

Un autre exemple : un temps, j’ai travaillé à la question du « packaging » des offres de télévision câblée. Les gestionnaires des cablo-opérateurs cherchaient à éliminer les « petites chaînes » peu rentables. Ce qui avait un double effet : les amateurs de ces chaînes n’achetaient plus rien, et les amateurs d’autres chaînes minoritaires se sentaient menacés !

Il en est de même de l’économiste : il vous parle de substitution : si vous ne trouvez pas telle marque de beurre, vous prendrez telle autre. Eh bien non !

Et voilà pourquoi le véritable entrepreneur, comme l’artiste, n’est pas un homme de chiffres ou de raison.

Droit à l’information

Je me demande s’il n’y a pas un biais systémique dans la pensée de l’intellectuel.

C’est l’émission Strike de la BBC, qui m’a fait me poser cette question. En effet, elle consacre un long reportage à une provocation orchestrée par le gouvernement britannique à l’endroit des mineurs. On en tire naturellement le sentiment que le dit gouvernement est indigne.

Seulement, d’une part, la BBC n’interroge pas tous les protagonistes, et surtout ne leur donne pas le même temps de parole, et, d’autre part, elle détache ce fait de son contexte, qui est celui d’une véritable guerre idéologique qui dure depuis des années, et lors de laquelle les syndicats de mineurs ne se sont pas privés de donner des coups bas. Et outre, l’avenir n’était plus au charbon, ce qui aurait mérité un minimum de considération.

Un autre exemple est celui de l’Angleterre d’après première guerre. Elle s’est indignée que des enfants meurent en Allemagne et n’a accordé aucun intérêt au sort de la France, qui avait été dévastée par la guerre, et qui craignait d’être victime d’un nouveau conflit. Ce qui a été le cas.

Manque d’usines

On se plaint : la France n’a plus d’industrie. Il faut qu’elle construire des usines. Vive la « start-up industrielle » ! Mais le start-up industrielle se plaint, à son tour : elle ne trouve pas d’argent pour financer ses usines ! Alors l’Etat dit qu’il va lui en donner.

Il se trouve que je vis au niveau du plancher et suis directement confronté aux dites start-up. Comme souvent, ma conclusion est diamétralement opposée à celle de l’Etat

En particulier, le fait que nous n’ayons pas d’usines ne vient pas du manque de cash, mais de ce que nous en avons trop (de cash) ! Depuis quelques années, il est devenu relativement facile de trouver des fonds publics dits « d’amorçage ». Du coup, les entrepreneurs développent, pendant 5 parfois dix ans, des projets sans se confronter à la réalité. Quand il faut le faire, ils échouent faute d’expérience ! Car, ils ne savent ni ce qu’est un client, ni ce qu’est une usine ! Leurs réflexes sont faux !

Pour que le changement réussisse il doit partir d’en bas !

Tentation criminelle

Il y a des paroles qui me rendent fou.

Coup sur coup, j’ai entendu la même déclaration, péremptoire et révoltante, à la BBC et chez France culture : des gens intelligents et estimables décréter que si leur Etat respectif ne parvenait pas à se réformer, c’est parce que ce n’était pas dans l’intérêt de certaines personnes. L’un disait même : il faut changer les hommes.

Toute mon expérience affirme le contraire. Et il n’y a pas besoin de mon expérience pour le savoir. Partez en Allemagne, et vous verrez que, bien vite, vous, piéton, ne traverserez plus les rues au feu rouge. Embouteillage ? Pas besoin d’apprendre aux automobilistes à conduire, il suffit que quelqu’un règle la circulation.

Notre comportement est dirigé par les règles que suit le groupe auquel nous appartenons.

Si ces gens éminents ne me croient pas, pourquoi ne lisent-ils pas les travaux des sociologues américains (en particulier) ? Pourquoi eux, si intelligents, si instruits, s’en remettent-ils au « on dit » ? Irrésistible théorie du complot ?