Le changement, ça s’étudie ?

J’étudie le changement depuis pas mal d’années. Il m’a fallu tout ce temps pour comprendre que je n’étais pas comme le reste de la population. Pour elle, il n’est pas concevable que le changement s’étudie. Le changement c’est obtempérer à ses désirs. Que trouverait-elle si elle l’étudiait ?

Les Anglo-saxons disent qu’il y a ceux qui « do things right » et ceux qui « do the right thing ». Ce sont les seconds qui réussissent le changement.

Tout tient à une question de systémique. Celui qui fait « ce qu’il faut » voit la situation dans son ensemble. L’autre obéit à l’impulsion du moment. Il fait très bien ce qui lui semble dans son intérêt. Seulement, il passe à côté de son intérêt réel. En particulier, généralement, il nuit à la société dans son ensemble, dont dépend son bonheur et son succès, en dernière analyse.

Exemple classique : pour se chauffer, il scie la branche sur laquelle il est assis.

Zizanie

On m’a dit, il y a déjà pas mal de temps, que les jeunes pensaient que les vieux étaient des dangers publics. Ils leur auraient laissé une terre invivable. Le jeune peut donc se laisser aller à sa totale inexpérience avec la meilleure des bonnes consciences !

Curieusement cette idée leur a été donnée par des vieux.

Nous avons vécu, et vivons encore, un temps où de beaux sentiments montent les enfants contre les parents, les femmes contre les hommes, les étrangers contre les nationaux… Décidément, l’enfer est pavé de bonnes intentions ?

Hypocrisie ?

« Alternative truth » ? La gauche américaine était (est) le parti du bien, le défenseur de l’opprimé.

Résultat de sa politique : jamais les riches n’ont été aussi riches. (A moins qu’ils n’aient été opprimés ? Après tout c’est une minorité, et les minorités sont toujours opprimées par les majorités, n’est-ce pas ?)

Paradoxe pour paradoxe : la politique de Trump leur sera-t-elle aussi favorable que celle de Biden ? Serait-ce ce qu’a pensé l’électeur ?

The very richest Americans are among the biggest winners from Biden’s time in office, despite his farewell address warning of an “oligarchy” and a “tech industrial complex” that threaten US democracy

Bloomberg (@bloomberg.com) 2025-01-16T13:58:49.151Z

Sélection

Dans ma jeunesse, j’ai étudié le « control engineering », que l’on traduit en français par « automatique ». En fait le terme anglais est meilleur : il s’agit bien de contrôler, c’est à dire d’obtenir ce que l’on veut.

Dommage que cette idée ne soit pas entrée dans la pensée commune.

En effet, aujourd’hui, nous nous reposons sur des mécanismes de sélection qui ne donnent pas le résultat que l’on serait en droit d’attendre d’eux. L’exemple type est politique.

Le principe du contrôle est la « feedback loop », la boucle de rétroaction. Tout bêtement, il s’agit d’examiner ce que l’on a obtenu, et de se demander si cela nous convient. Si ce n’est pas le cas, on modifie le dispositif, jusqu’à être satisfait.

Bien sûr, cet exercice est plus facile à faire avec des machines qu’avec des hommes. Elles se prêtent à la modélisation, et à la transformée de Laplace, si mes souvenirs sont bons. Mais, tout de même…

Cultivons le légume ?

Une des idées fixes de ce blog pourrait être que « l’histoire se répète » ou encore « responsable mais pas coupable ».

Autrement dit, l’individu subit les événements. Il est pris dans des systèmes. En revanche, à certains moments, à certains embranchements, une impulsion individuelle peut changer un système.

Par exemple, des billets récents semblent dire que l’évolution sociale aurait produit l’émergence d’une « oligarchie », une élite indigne de ce nom, qui se nourrit sur la bête. Cela semble résulter du culte du progrès d’après guerre qui a porté à notre tête le diplômé, et à la cessation de la guerre froide, qui a fait que les peuples n’ont plus été une menace pour leurs dirigeants.

Cela pose plusieurs questions : une science des systèmes pourrait-elle éviter ce triste phénomène, comme on l’a espéré après guerre ? Peut-on amener l’homme à penser rationnellement, et non à être un mouton de Panurge, comme l’ont espéré les Lumières ?

Pourquoi certaines personnes pensent et d’autres pas ? C’est la question que pose, me semble-t-il, les travaux de Boris Cyrulnik. Je ne suis pas sûr qu’il y ait une réponse, sinon que c’est le résultat du hasard, d’inné et d’acquis, qui conduirait à une forme de spécialisation de l’humanité. En outre, on peut se demander si l’on doit regretter l’état de la société, et chercher à en faire un paradis : car le fait d’être opprimés nous force à penser pour nous libérer de l’oppression. Une société idéale serait une société de légumes ?

Sens de la marche

L’AMF annoncerait une carence de mobilisation des futurs maires sortant d’environ 25% … pas étonnant () quand on cumule les complications et les responsabilités pour au final une reconnaissance médiocre de la machine centrale (administration comprise, hors sol, déconnectée des réalités). La réduction dans les faits (pas forcément dans les textes) des pouvoirs déconcentrés de l’Etat pour autant et souvent proactifs en local n’arrive plus à compenser un réel malaise qui se dégage du terrain et des fosses qui se creusent entre le terrain et les grandes administrations. Les grandes régions incluses…

Voilà ce que m’écrit un élu local. Un quart des maires envisagent de ne pas se présenter aux prochaines élections ! Pourquoi ? L’Etat leur retire des moyens, et se décharge sur eux de ses missions. Responsabilités, écrasantes, qui finissent par engager les leurs, personnelles. Risque de finir en prison ? Ou, au moins, de « burn out » ?

Ce qu’il y a de curieux dans ce comportement de l’Etat, c’est qu’il semble obéir à une logique dominante ces dernières années, et dont ce blog fait la chronique :

  • Tony Blair aurait utilisé le sommet de Kyoto pour expédier vers les pays en développement l’industrie occidentale, source d’émissions de CO2.
  • Boeing et les grands donneurs d’ordre mondiaux ont cherché à devenir, comme Alcatel, « Fabless ».
  • En résumé, ceux qui étaient en situation de force ont confié à ceux qui ne l’étaient pas leurs basses oeuvres. Ils prétendaient, en outre, que ces derniers les accompliraient avec moins de moyens qu’ils ne leur en fallait. D’où le triomphe de « l’acheteur ».
  • On appelait cela « la loi du marché ». La littérature du management (dont je fus un gros consommateur) la glorifiait.

Propre des démocraties ? Déjà vu à Athènes ? Quand la démocratie n’est pas en guerre ou en expansion, il s’y constitue une oligarchie qui exploite sa population ? Théorie de Mancur Olson ?

Changement

J’ai fort mal fait la promotion de mes travaux. J’aurais dû marteler quelques idées contre-intuitives et salvatrices. Je ne l’ai même pas fait dans mes cours. Honte.

Un constat fondamental est que nous faisons une erreur fatale. Et on ne la voit pas mieux qu’actuellement.

Elle consiste à constater que nos hommes politiques sont des bras cassés, et à en déduire qu’ils sont la cause de nos maux. Il en résulte qu’ils doivent être punis, ou, au minimum, qu’ils doivent remettre en ordre ce qu’ils ont démoli. Quant à moi ? Far niente. Confortable.

Erreur : ce n’est pas l’homme qui est fautif, c’est le système. Quand la France et l’Allemagne étaient en guerre, l’Allemand était un ennemi. Ensuite, il est devenu un ami.

Idem. On me rebat les oreilles de ce que les jeunes ne veulent pas travailler, ou de ce que, d’une manière générale, le Français est paresseux. Changez le système et le Français changera ! C’est ce que démontrent les Ecoles de production : elles recrutent des « décrocheurs » déprimés et en font des professionnels bien dans leur peau et dans leur société.

Justice ?

1974. Attentats de l’IRA. La police met la main sur quelques pauvres types. Les fait avouer. Masque les preuves qui les disculpent. (Y compris les confessions des véritables coupables !) Ils sont jetés en prison. La plus haute justice du pays s’oppose à la révision de leur procès. (Bombers, Archive on 4, BBC.)

De temps à autre de telles erreurs judiciaires continuent à émerger, en Angleterre. Dernièrement, il y a eu la question des postiers (ou « sous-postiers »), qui ont été « massacrés » par un système d’information pourri.

Je me suis demandé si elles étaient si exceptionnelles qu’on le dit. Tout cela semble résulter d’un « système » (au sens systémique du terme), qui fait qu’il faut obtenir des résultats sans moyens, et que la police en vient à des expédients, et que la justice obéit à des impératifs politiques ou autres, qui n’ont rien à voir avec la justice. Et que c’est celui qui ne peut pas se défendre qui en est victime.

Piège systémique

Au tournant du siècle dernier, l’église a été prise d’assaut par un courant dit « moderniste ».

Complot ? « l’entente se faisait d’elle-même par l’adoption des mêmes méthodes, sous l’action de principes directeurs analogues« (Jean-Louis Dumas, Histoire de la pensée, tome 3).

L’homme croit penser, mais il est victime de tels effets « systémiques ». C’est pourquoi, je m’inquiète toujours lorsque je rencontre des gens qui pensent comme moi : ne serions-nous pas victimes de ce phénomène ?

Drôle de France

Après les élections législatives anticipées perdues par la majorité macroniste, on a découvert le pot aux roses, avec la révélation en plusieurs étapes d’un dérapage jamais vu dans l’histoire des finances publiques en temps de paix : il y a 100 milliards d’euros d’écart entre la prévision initiale du PLF pour 2024 (4,4% du PIB de déficit) et la dérive « tendancielle » à près de 7% du PIB fin 2025 annoncée par les nouveaux ministres de Bercy.

Philippe Mabille, l’oeil de l’éco de la Tribune

Quand un bateau coule, il est une mauvaise idée de perdre du temps à chercher un coupable. Mais comprendre comment il en est arrivé là peut éviter, en faisant le contraire, de sombrer. Quelques observations :

  • On parle d’une politique d’imposition systématique. Or, il est clair qu’il faudrait faire l’envers : public et privé allant mal, ils ont besoin d’investissements pour améliorer leur situation. En particulier, plus on affaiblit l’économie moins elle peut payer d’impôts ! Cercle vicieux.
  • J’interviewe des élus locaux. Ils sont dans une situation difficile. L’Etat leur confie ses responsabilités sans leur en donner les moyens.

Un spécialiste des territoires me disait que la France avait besoin de « croissance interne », de tirer parti de ses atouts, qu’elle néglige. Elle aurait été victime de « mimétisme ». Une « pensée magique », qui lui aurait fait croire au miracle de la French tech ou autre terme à la mode, et à la réforme de l’Etat à la Thatcher ?

Valeur travail et cultivons notre jardin ?