Le marché et le peuple

Les extrêmes veulent donner de l’argent au peuple, ce qui effraie les marchés financiers : la France n’en a pas les moyens.

Comment concilier les deux ?

En fait, donner de l’argent au peuple n’est pas une très bonne idée : étant pauvre, il va le dépenser dans des produits pas chers, donc chinois.

Il serait peut-être plus habile de lui dire que « le gouvernement l’a compris » et qu’il va renforcer l’économie traditionnelle, susceptible de lui fournir de bons emplois à côté de chez lui, et les services de l’Etat, donc améliorer grandement ses conditions de vie. Ce qui est sa revendication. L’électeur est certainement assez intelligent pour comprendre que, du fait de sa mauvaise gestion, l’Etat ne peut pas lui faire de cadeau.

Qu’il y ait des gains à obtenir de l’élimination des dysfonctionnements de l’Etat (sans licencier de fonctionnaires) semble évident : l’Etat a bien marché, un temps, et il coûtait beaucoup moins qu’aujourd’hui.

Quand au financement de l’économie traditionnelle, il pourrait être obtenu par réorientation des flux financiers alimentant la « bulle numérique » et en adoptant une approche « lean » de la transition climatique, qui repose moins sur une forme de « geoengineering » à base de technologie coûteuse, toxique et étrangère.

Communautarisme

La gauche a constitué un bloc solide à l’intérieur mais qui peut être répulsif pour l’extérieur – et cet extérieur est déterminant dans un second tour –, analyse Gilles Finchelstein, secrétaire général de la Fondation Jean Jaurès.

Le Monde du 27 juin

A regarder les titres du Monde, je vois que Serge Klarsfeld préfère le FN à la gauche et qu’il en est de même pour beaucoup de dirigeants d’entreprise (qui représentent, tout de même, plusieurs millions de votants).

Si l’on en croit ce qu’on lit depuis 40 ans, c’est à une manoeuvre de gauche à laquelle le FN doit le début de ses succès. Puis, elle l’a « diabolisé ». Maintenant, elle se prépare à être le rempart des forces du bien contre l’axe du mal ? Le jour de gloire est arrivé ?

Voilà ce que Paul Watzlawick aurait appelé un « jeu sans fin » ?

Affaiblir ses adversaires pour se renforcer. Trouver un moyen de les diviser. En fin stratège, François Mitterrand a eu recours à cette tactique en 1985, alors que sa cote de popularité était au plus bas. Pour disperser les forces de la droite, pourquoi ne pas favoriser l’essor du Front national ? A l’époque, le mouvement d’extrême droite fondé par Jean-Marie Le Pen ne pèse quasiment rien. Mais il apparaît comme un moyen efficace de tourmenter la droite…

Le Parisien, 2015

Changement systémique

Après 5 ans de travail, plus de 250 interviews, une dizaine de rapports, un livre et des dizaines d’accompagnements d’entreprises, voici la conviction de l’association des interpreneurs, à laquelle j’appartiens :

Nos gouvernants ont adopté le « modèle américain », GAFA, start-up, métropole… (un modèle dont sont revenus les USA !). Résultats décevants : dette, déficit, population se sentant déclassée…

Ils ont laissé en jachère la réalité du potentiel national : ce que notre pays a en propre. C’est tout le reste : « territoires », PME, artisanat, industrie, etc.

Or, il en faut peu pour développer ce potentiel. Paradoxalement, il ne demande pas de milliards ! Nous constatons que ce sont des obstacles « micro économiques » qui empêchent territoires et PME de libérer leur potentiel, et que l’on sait faire sauter ces blocages par des moyens simples (le montrer est tout l’intérêt des témoignages que nous avons récoltés).

Facteur clé de succès : le dirigeant a besoin d’être « poussé dans ses retranchements » par d’autres dirigeants – c’est ce qui constitue la force et l’unicité (provisoire, espérons-le) des interpreneurs, association de dirigeants « de tous horizons ».

On en était là, lorsque M.Macron a dissout l’assemblée…

Trêve olympique

J’ai toujours vu les Jeux Olympiques de Paris d’un mauvais oeil. Je soupçonne que Madame Hidalgo les a voulus par amitié pour M.Delanoë, à qui ils avaient été refusés : ce qui est un motif malsain. Ils risquent fort d’être un gouffre financier, en outre. (Je suis heureux de m’être extrait de Paris. Pour autant, si les jeux sont déficitaires, il est certain qu’on demandera aux pauvres de faire preuve de solidarité avec les paniers percés…) Et depuis qu’il y a guerre en Ukraine, ils semblent fournir à M.Poutine et ses alliés l’occasion rêvée de faire un mauvais coup, bien sanglant.

Bizarre. Jadis les Jeux Olympiques étaient une trêve. Maintenant, c’est le contraire.

En fait, c’est le paradoxe de la société. L’homme « fait société » pour se protéger, et la protection qu’apporte la société crée l’irresponsabilité, l’attentat et l’instinct de mort.

Fameuse « énantiodromie » de la systémique ?

Marées économiques

Tolstoï voyait les guerres napoléoniennes comme des sortes de phénomènes naturels : l’humanité allant d’ouest en est, puis d’est en ouest. On peut se demander si ce n’est pas ce qui est survenu dans le dernier demi-siècle.

Dans un premier temps, les ressources des « territoires », des PME, du gros de la population a été aspiré par les multinationales, les métropoles et les riches. Un argument avancé pour justifier ce mouvement était que c’était eux qui étaient les créateurs les plus efficaces. Autant leur donner le plus de moyens possibles. On constate maintenant que ce n’est pas le cas. Et qu’il y a un gros manque à gagner. Peut-être, après tout, que le reste de l’humanité avait aussi une utilité ? Qu’il n’y a rien à jeter dans une société ? Et, en conséquence, un timide mouvement semble se faire en sens inverse.

Bien sûr, tous ces mouvements s’expliquent mieux par les appétits animaux que par la raison. Il n’y a pas de complot, nous n’avons pas l’intelligence suffisante pour un tramer un. Mais, aussi bien à l’époque de Napoléon que maintenant, la raison rationalisante est un formidable accélérateur du changement. Le propre de la raison, des Grecs, des Lumières et d’aujourd’hui semble surtout le « sophisme », l’anti-raison.

Demande de drogue

J’ai écrit un article sur un des succès de la police française. Elle s’est introduite dans le réseau social des malfrats. Il en est résulté, en Europe, un grand nombre d’arrestations. En particulier dans les milieux de la drogue.

Résultat ? Rien. La demande est telle que l’offre se reconstitue immédiatement. Comment agir sur la demande, alors ?

Une solution défendue, à l’époque où je le lisais, par The Economist, est la légalisation de la drogue. Cela en ferait baisser le prix. Ce ne serait plus une bonne affaire pour le mafieux, qui devrait se reconvertir.

Et s’il se reconvertissait dans un commerce plus dangereux pour notre santé ? Son modèle économique est d’être hors la loi, pour gagner beaucoup. Alors : rendre illégal ce qui est inoffensif ?

A moins que l’on se demande pourquoi l’on consomme de la drogue, et pourquoi l’on est mafieux ? A moins que ce ne soit une mise en cause des principes mêmes de notre société ?

Islamo-gauchisme

Drôle de terme, curieux phénomène. En quelque sorte, Charlie Hebdo soutient le Hamas. Une partie de la gauche est dans le camp d’un mouvement qui nie tout ce qu’elle défend, et qui veut sa mort. (Article.)

Cela mériterait une étude sérieuse, car cela semble un phénomène propre à la raison. Elle tend à se dérégler. C’est le phénomène « d’énantiodromie ».

C’est bien d’utiliser des mots compliqués, mais cela n’explique rien.

Dans ce cas, il semblerait, si je comprends bien l’article, que l’amour du Hamas vienne d’une haine de l’Occident, représenté par Israël.

Mais d’où vient cette haine ? Elle paraît remonter à l’après-guerre (post modernisme) et semble le fait des gosses de riches. Des gens qui veulent jouir de leurs privilèges, sans assumer leurs devoirs ? Ils se voient victimes et cherchent d’autres victimes de leurs parents, donc de l’Occident ?

Ce phénomène est irrationnel : on en arrive à nier ses propres valeurs, et même ses intérêts vitaux. Encore plus curieux, ce mal de déraison touche l’intellectuel, le professionnel de la raison.

Faut-il en appeler à Durkheim et à son suicide ? Une circonstance favorable au suicide est d’être le meilleur élève d’une culture donnée. L’intellectuel est un aliéné. Il perd le contact avec la réalité ? Son esprit s’enraye ? Jeu sans fin de Paul Watzlawick ? Et il finit par s’éliminer de lui même, à la façon des possédés de Dostoievski, emportant avec lui le mal qui nous rongeait ?

Mystérieux décidément. En tous cas, cela ne devrait-il pas amener les parents à se demander si la mode du bac+5 est bonne pour la santé mentale de leurs enfants ?

Hormones

A l’école, on n’apprend rien, parce que l’Education nationale croit nous instruire par la terreur. Et ensuite, on n’apprend pas mieux, parce que l’on ne fait pas l’effort nécessaire pour cela. C’est ce à quoi j’ai pensé en écoutant une émission sur les « hormones ». Je n’avais pas compris que c’était ce qui permettait au corps d’assurer ses mécanismes « homéostatiques ». (In our time, de la BBC.)

J’ai aussi pris conscience que nous vivons dans un milieu ultra toxique : nos mécanismes physiologiques sont bouleversés par la pollution. En particulier, les micro plastiques pénètrent le bébé dans le ventre de sa mère. Nous serons bientôt emballés de l’intérieur. Quel peut en être de la conséquence ? A quoi ressembleront nos descendants ?

Ce qui m’a rappelé ce que j’ai pensé lorsque j’ai vu les militants du climat prendre de la vitesse. C’était un sous problème de la question dite des « limites à la croissance ». Et les auteurs de l’étude qui a débouché sur cette idée pensaient que tant que l’on attaquerait les symptômes, on ne ferait qu’empirer le mal. On avait besoin d’un traitement systémique du sujet. Aurait-on progressé ? Ou reculé ?

(Si l’environnement que nous avons créé tue ou rend débile l’humanité, elle n’émettra plus de dioxyde de carbone, et le problème du réchauffement climatique aura été résolu, sans rien faire.)

L’Angleterre de Louis XIV

Et si l’Angleterre devait tout, et surtout sa gloire, à Louis XIV ?

Louis XIV a terrorisé l’Angleterre. Ce qui l’a amenée à se débarrasser de son roi catholique et à importer un roi protestant des Pays bas. Et, dans la foulée, à donner le pouvoir au parlement.

Le roi de remplacement voulait sauver son pays d’origine des griffes de la France, en le fusionnant avec l’Angleterre. Cela a permis d’unir l’Europe contre Louis XIV, et de lui faire mordre la poussière. Et il y a encore mieux, le parlementarisme qu’a dû accepter ce nouveau roi, en échange de son trône, s’est révélé la condition nécessaire du système financier qui a payé les défaites successives de la France.

Sans Louis XIV certains Anglais se demandent si leur pays aurait eu une histoire.

Voilà ce que j’ai retenu d’une émission historique de la BBC.

Histoire de France : la bêtise triomphante ?

Le sens des réformes

La France ? Son Etat est ridicule, son économie démontée, chaque entreprise se voit l’ennemie des autres, ses territoires et ses banlieues sont « désertifiées », etc.

Tentative d’explication :

Terme d’un long processus de transformation de la nation. Réforme après réforme, en catimini, la société technocratique et paternaliste d’après-guerre a été sabordée. Nos réformateurs ont créé une société d’individus. Seulement, les « individus » ne sont pas au rendez-vous !

Le Français attend, toujours, tout de l’Etat. De ce fait, l’Etat qui s’est privé de ses moyens d’action et comptait sur l’initiative individuelle pour les remplacer est dysfonctionnel. Ce qui conforte l’individu dans sa passivité : la culpabilité de cet Etat inefficace n’est-elle pas patente ?

Le réformateur a fait une erreur « systémique ». Il a construit un monde dont la logique est l’initiative individuelle. Seulement, pour réaliser son potentiel, l’individu a besoin d’être porté par une équipe, par son « milieu ». Paradoxe ! En attendant, il s’agrippe à ce qui reste de l’Etat. 

Le libéralisme, Mme Thatcher, ce n’est pas zéro société, c’est plus de société !