Chocolat

Je fais la plupart de mes courses dans un magasin parce que j’y trouve un certain type de chocolat. Tout est pourtant plus cher qu’ailleurs. En revanche, j’ai découvert un autre magasin, parce que celui-ci est régulièrement en rupture de stocks concernant des articles (pourtant ordinaires) que j’achète.

Voilà ce que ne comprend pas l’acheteur, une engeance qui a connu récemment des heures de gloire. L’acheteur, et le gestionnaire qui dirige actuellement l’entreprise, et l’Etat, cherche à optimiser les constituants, sans vue d’ensemble. Alors que le tout est la loi de la nature.

Un autre exemple : un temps, j’ai travaillé à la question du « packaging » des offres de télévision câblée. Les gestionnaires des cablo-opérateurs cherchaient à éliminer les « petites chaînes » peu rentables. Ce qui avait un double effet : les amateurs de ces chaînes n’achetaient plus rien, et les amateurs d’autres chaînes minoritaires se sentaient menacés !

Il en est de même de l’économiste : il vous parle de substitution : si vous ne trouvez pas telle marque de beurre, vous prendrez telle autre. Eh bien non !

Et voilà pourquoi le véritable entrepreneur, comme l’artiste, n’est pas un homme de chiffres ou de raison.

Droit à l’information

Je me demande s’il n’y a pas un biais systémique dans la pensée de l’intellectuel.

C’est l’émission Strike de la BBC, qui m’a fait me poser cette question. En effet, elle consacre un long reportage à une provocation orchestrée par le gouvernement britannique à l’endroit des mineurs. On en tire naturellement le sentiment que le dit gouvernement est indigne.

Seulement, d’une part, la BBC n’interroge pas tous les protagonistes, et surtout ne leur donne pas le même temps de parole, et, d’autre part, elle détache ce fait de son contexte, qui est celui d’une véritable guerre idéologique qui dure depuis des années, et lors de laquelle les syndicats de mineurs ne se sont pas privés de donner des coups bas. Et outre, l’avenir n’était plus au charbon, ce qui aurait mérité un minimum de considération.

Un autre exemple est celui de l’Angleterre d’après première guerre. Elle s’est indignée que des enfants meurent en Allemagne et n’a accordé aucun intérêt au sort de la France, qui avait été dévastée par la guerre, et qui craignait d’être victime d’un nouveau conflit. Ce qui a été le cas.

Manque d’usines

On se plaint : la France n’a plus d’industrie. Il faut qu’elle construire des usines. Vive la « start-up industrielle » ! Mais le start-up industrielle se plaint, à son tour : elle ne trouve pas d’argent pour financer ses usines ! Alors l’Etat dit qu’il va lui en donner.

Il se trouve que je vis au niveau du plancher et suis directement confronté aux dites start-up. Comme souvent, ma conclusion est diamétralement opposée à celle de l’Etat

En particulier, le fait que nous n’ayons pas d’usines ne vient pas du manque de cash, mais de ce que nous en avons trop (de cash) ! Depuis quelques années, il est devenu relativement facile de trouver des fonds publics dits « d’amorçage ». Du coup, les entrepreneurs développent, pendant 5 parfois dix ans, des projets sans se confronter à la réalité. Quand il faut le faire, ils échouent faute d’expérience ! Car, ils ne savent ni ce qu’est un client, ni ce qu’est une usine ! Leurs réflexes sont faux !

Pour que le changement réussisse il doit partir d’en bas !

Tentation criminelle

Il y a des paroles qui me rendent fou.

Coup sur coup, j’ai entendu la même déclaration, péremptoire et révoltante, à la BBC et chez France culture : des gens intelligents et estimables décréter que si leur Etat respectif ne parvenait pas à se réformer, c’est parce que ce n’était pas dans l’intérêt de certaines personnes. L’un disait même : il faut changer les hommes.

Toute mon expérience affirme le contraire. Et il n’y a pas besoin de mon expérience pour le savoir. Partez en Allemagne, et vous verrez que, bien vite, vous, piéton, ne traverserez plus les rues au feu rouge. Embouteillage ? Pas besoin d’apprendre aux automobilistes à conduire, il suffit que quelqu’un règle la circulation.

Notre comportement est dirigé par les règles que suit le groupe auquel nous appartenons.

Si ces gens éminents ne me croient pas, pourquoi ne lisent-ils pas les travaux des sociologues américains (en particulier) ? Pourquoi eux, si intelligents, si instruits, s’en remettent-ils au « on dit » ? Irrésistible théorie du complot ?

Effet de levier

Petit à petit, j’en suis arrivé à me demander si l’on ne pourrait pas appliquer ce que disent mes livres au sort du pays.

Le changement est une question de systémique (mon premier livre). Cela a des conséquences majeures, mais simples : 1) pour une raison qu’il reste à expliquer, nous tendons à nous enfermer dans des cercles vicieux (le propre de la raison ?) 2) mais, en sortir est à coût nul, puisqu’il suffit de remettre en cause des certitudes inconscientes…

Et si l’on appliquait cette idée à notre cas ? Je soupçonne de plus en plus que le cercle vicieux suivi depuis des années se nomme « imitation ». L’envers : « développer ce qui nous est propre ». 

Application : un flux d’argent colossal va vers les start-up « numériques », French Tech, et il y a aussi le « Green deal ».

Pas efficace. Le numérique « fait des bulles ». Et les Chinois ont gagné la bataille du Green deal. Conséquence : bonne nouvelle : nous avons l’argent qui nous permettrait de tirer parti de notre patrimoine. (NB. Les Américains sont dans le même cercle-vicieux que nous, d’où, une économie qui ne profite pas à l’Américain ordinaire, et le fait que Trump ait une chance d’être élu ?) 

Seconde bonne nouvelle. L’Etat a cru qu’être libéral signifiait éliminer ses moyens d’action locale (CCI…) et construire une superstructure qui oriente le « marché », ou qui force le peuple à obéir à ses lois. Cela a donné un « mille-feuille » kafkaïen, une école qui reproduit « l’élite », un hôpital dysfonctionnel, une armée ridicule… Reconstruire le dispositif d’en bas, en cherchant à lui faire faire ce qu’il doit, ne coûte rien. Et cela peut faire gagner beaucoup, en supprimant ce qui nuit au citoyen et au chef d’entreprise, donc à l’économie.

Pour mener ce changement, nous avons besoin d’entrepreneurs. Qu’est-ce qu’être entrepreneur ? Ne pas attendre que tout aille bien, que les « autres » fassent preuve de bonne volonté, mais leur montrer la voie. L’entrepreneur est un pionnier, si tout allait bien, il serait inutile.

Soupçons infondés ? L’enquête se poursuit.

Systémique et école

J’ai toujours regretté que la systémique ne soit pas enseignée.

J’ai découvert, à l’occasion de l’écriture de mon premier livre, que, après guerre, tout était systémique. Mais, paradoxalement, on n’en parle plus.

Pourquoi ? Notre société est férocement individualiste, et elle a inventé des théories « scientifiques » qui justifient son point de vue ? En partie l’économie de marché ? Mais la systémique semble avoir été victime, de son vivant, d’un biais qui nous semble consubstantiel : la complication. Au lieu d’en rester à l’idée initiale, nous faisons des cours, et des formations, nous entrons dans un luxe de détails… Nous noyons le poisson. Au fond, nous cherchons à « programmer » l’individu. Nous souffrons du biais de la machine ? Nous ne pouvons pas tolérer que l’autre puisse avoir un libre arbitre ? Qu’il puisse avoir une autre opinion que la nôtre ? Paradoxe de l’individualisme ?

Comment eviter ce mal ? Au lieu de s’attarder sur la notion de « système », peut-être faut-il partir de sa conséquence ? « On constate » que « la solution est le problème » ? C’est ce que nous faisons pour résoudre un problème qui est la cause du dit problème ! Terrifiant.

Mais aussi, bonne nouvelle : nos problèmes, personnels, nationaux et internationaux ont des solutions évidentes et à coût nul : il suffit de faire l’envers de ce que nous faisons ! Indication supplémentaire : ce n’est pas l’objectif que nous poursuivons qui ne va pas, mais la façon dont nous comptons l’atteindre.

Repliez vos pupitres, le cours est fini ?

Complot

Un des marronniers des radios intellectuelles est l’explication des raisons des « théories du complot ». Coup sur coup, émissions de France culture et de la BBC.

Curieuse gloire du complot. Il était connu depuis longtemps, mais il a été remis au goût du jour il y a peu. Généralement, il est associé à « populisme ». L’intérêt pour les « théories du complot » ressortirait-il lui-même de la « théorie du complot » ?

L’émission de la BBC (qui traitait de « l’ignorance », un thème qui plaît à ce blog !) faisait une remarque surprenante : celui qui croit à la théorie du complot est particulièrement bien informé. Il étudie sérieusement son sujet. C’est un expert. D’où le paradoxe : celui qui ne croit pas au complot, ne fait que suivre la pensée collective !

Ce qui me surprend toujours, c’est que l’on ne se demande pas ce qui pourrait expliquer la croyance au complot, sinon quelque maladie du cerveau. Or, que faudrait-il pour que l’on trouve derrière le réchauffement climatique une combinaison malfaisante ? Et le Marxisme et son capitalisme ? Et le père des idées de Marx, Hegel, qui dit que l’humanité est « aliénée » ? Et les « limites à la croissance », ancêtre du « réchauffement climatique », qui affirme qu’elle est aux mains d’un principe fatal (la croissance) ?…

Comment se tire-t-on du complot, au fait ? L’émission de la BBC m’a remémoré une histoire racontée par Daniel Cordier. Daniel Cordier était à la fois résistant et antisémite. Ce qui l’a guéri de son antisémitisme a été l’expérience : voir de pauvres gens porter l’étoile jaune.

Le complotisme serait une pathologie de la raison : la théorie coupée de la réalité ?

Limites à la croissance

les partis du bloc central n’ont pas su prendre en compte cette question nouvelle de l’insécurité économique, sociale et culturelle et y apporter des réponses crédibles. Le RN ne l’a pas fait non plus, à l’évidence sous une forme crédible (…) ; il l’a fait sous une forme démagogique et xénophobe, mais c’est malheureusement la réponse dont, faute de mieux, s’est emparée une grande partie des Français.

Article.

Il ressort de cet article que, en quelque sorte, le Français n’a plus d’ambition, et qu’il vit au jour le jour. En conséquence de quoi, il est affecté pour la dégradation de ses conditions de vie. Et il supporte mal les outrances des derniers idéalistes de la politique.

En fait, il en est un peu partout de même dans les autres pays, me semble-t-il.

Max Weber disait que la rationalité moderne avait « désenchanté le monde ». Je me demande si cette rationalité n’était pas une autre croyance, et si elle n’a pas fait long feu. Et si ce n’est pas réellement maintenant que l’on peut parler de « désenchantement » : « tout le beau de la passion est fini » ?

Est-ce ce que la dynamique des systèmes appelle les « limites de la croissance » ? Le grand élan qui a poussé l’humanité jusqu’ici a rencontré une limite ?

14000

Le compteur de ce blog annonce que cet article est son quatorze millième.

Cela représente 16 ans de travail. Ce qui est surprenant, lorsque l’on y songe un peu. Comme le temps passe !

Comment a-t-il évolué ? Il a été victime de « gains de productivité ». Mon activité associative ne me donne plus le temps de m’intéresser à grand chose. J’y passe l’équivalent de plusieurs plein temps. Si bien qu’il s’est mis à parler de moi. Ce qui est une solution de facilité.

Il a été créé pour étudier le monde en changement, à une période de désarroi. Il prenait la suite d’un club que j’avais monté, pour mener la même étude, après la dislocation de la bulle Internet.

Alors, que dire ? J’ai longtemps cru que le monde doutait, donc qu’il était intelligent. En cela je rejoignais peut-être Socrate. Mais j’observe que ce n’est plus les cas. Qui est plus sûr de soi qu’un Macron ou un écologiste ?

Cela présente un danger dont on n’a pas toujours conscience : ce qui ne va pas n’est pas le « pourquoi », mais le « comment ». L’exemple même en est M.Poutine : il veut rendre sa fierté à son pays, ce qui est bien. Mais déclarer la guerre au monde pour ce faire l’est moins. C’est ce type d’erreur qui fait échouer le changement.

La grande nouveauté de ces derniers temps aura été la crise mondiale. Depuis le covid, la crise succède à la crise. Je craignais que l’inflation soit la « big one », comme on dit du tremblement de terre qui rasera un jour San Francisco. En fait, c’est probablement M.Macron qui l’a déclenchée. Il souffrait sans doute ne ne pas être au centre de toutes les attentions.

Mon explication « systémique » à ces crises est qu’un ordre du monde succède à un autre. Une explication anthropologique serait que la culture américaine aurait envahi la planète et que, aujourd’hui, les cultures nationales seraient en train de la rejeter. La victoire de ce modèle ne remonterait pas à la chute du mur de Berlin, comme le croient les Américains, mais à bien avant. N’est-ce pas lui qui a inspiré 68, et liquidé « l’ascenseur social » qu’était notre système éducatif ?

Qu’est-ce qui va en sortir ? Une renaissance culturelle ? Ou un monde bancal, à la façon japonaise ou coréenne du nord, qui garde un peu de son passé, dont elle aurait peut-être dû se débarrasser, mais a perdu tout élan vital ?

En ce qui concerne la France, ce qui est frappant est la complexité du processus qui en avait fait ce qu’elle était. Le projet de la 3ème République avait été conçu par nos plus beaux esprits, et faisait l’objet d’une forme de consensus. Il a été balayé en un rien de temps par la séduction du « laisser-faire » anglo-saxon. Notre nation peut-elle renaître sans un tel travail de fond ?

Travail d’autant plus complexe qu’il ne peut être une copie du passé. L’intérêt de la vague anglo-saxonne, et de 68, est de nous avoir montré ce qui était fragile, voire ridicule, dans notre société. En particulier, grand théorème de systémique, plus on veut se protéger, plus on augmente le danger : car, alors, il vient de l’intérieur, du parasitisme et de la guerre civile. La société résiliente n’a pas de remparts. Et elle n’a pas non plus d’institutions, car, comme on le voit actuellement, les défenses passives sont retournées contre leur objet par l’assaillant.

Bref, notre élite de « possédés » a peut être raison, quand elle se voit l’agent de la « destruction créatrice ». En faisant exploser la société, elle nous force à sortir de notre léthargie, à prendre conscience de la plongée du monde dans la vieillesse, et de l’utilité de remettre en marche notre cerveau ? Ce qui ne tue pas renforce ?