Le paradoxe du libéralisme (fin)

Conclusion de mon bilan du libéralisme (deux précédents billets). Donc 1) il a créé une bureaucratie dysfonctionnelle, 2) tout en ponctionnant l’économie, maintenant exsangue. Il a donc fait exactement le contraire de ce qu’il disait être sa mission : tout économie, zéro bureaucratie. 

Ceci n’a rien de surprenant. Depuis longtemps, on sait que l’idéologie produit le contraire de ses intentions. C’est le phénomène que la systémique appelle « énantiodromie ». Les Essais de Montaigne sont pleins d’illustrations de ce phénomène. L’homme révolté, de Camus, en est un autre exemple. Le terme lui même remonte à Héraclite. Les Grecs déjà avaient remarqué les dangers de l’hybris, et l’importance de chercher le « juste milieu ». 

Seulement, pourquoi persévérons-nous dans l’erreur ? Comment se fait-il que l’humanité soit saisie d’accès de bêtise collective ? 

La femme et le pantin

J’entendais Nancy Huston dire que les mères devraient ôter le goût d’être macho à leurs fils. 

Intéressante réflexion. Indirectement cela donne à la femme une responsabilité dans ses malheurs. 

Mais cela pose aussi la question de l’intérêt personnel et de l’intérêt collectif. Car l’intérêt de la mère peut être différent de celui de la femme. Les cultures « macho » semblent aussi matriarcales. La mère exerce un pouvoir sur la société, et sur les autres femmes, au moyen de ses fils. On peut même se demander si, dans ces sociétés, il n’y a pas que la femme qui compte. Ce sont des sociétés violentes pour les femmes, parce que les femmes s’y combattent ? 

Déficit du commerce extérieur : une question d'exportations ?

Le déficit de la France se creuse. Sommes-nous de mauvais exportateurs ?

  1. Nous avons des super champions de l’export (Airbus, l’auto, le luxe, l’agro, l’armement, le tourisme – un export à l’envers, etc.). 
  2. Mais ce sont des multinationales, les PME exportent peu.  
  3. Notre déficit est nettement moins élevé que celui d’un pays qui n’a de leçons à recevoir de personne en termes de dynamisme entrepreneurial : les USA. 
  4. Et le coronavirus, comme d’habitude, rajoute une couche de complexité : il a attaqué ce que l’on exportait, et nous a forcés à importer ce que nous ne fabriquions pas. 

Voilà pourquoi on parle tant de souverainisme, et de circuits courts ? Si nos grandes entreprises achetaient à nos PME, nous n’aurions plus de déficit ? Qui sait ? 

  • C’est peut-être ce qui se passait jadis. 
  • Ce qui expliquerait que nos PME n’aient pas pris le réflexe export, plus généralement autonomie. Elles fournissaient nos multinationales.  

Conclusion ? Le déficit du commerce extérieur n’est peut être pas un problème d’exportation !

Effet de levier involontaire

 J’ai peut-être réalisé un changement sans le savoir. 

Actuellement, je mène une enquête. J’interviewe des dirigeants. J’ai fait un article sur un logiciel. Son éditeur y travaille depuis une décennie. Quand ses commerciaux ont vu que quelqu’un qui ne connaissait rien à leur métier pouvait comprendre ce que j’avais écrit, en même pas une heure, ils se sont convaincus qu’il avait un marché ! L’entreprise est en effervescence, semble-t-il. 

Illustration de « l’effet de levier » de la systémique ? Le changement est complexe, mais, paradoxalement, il ne demande aucun moyen, et est immédiat. 

Le coût de l'incivisme

L’enjeu n’est pas mince : l’argent qui est dû, en permanence, aux entreprises françaises, c’est plus de 770 milliards. L’équivalent de cinq fois le montant des prêts garantis par l’État dans le plan de relance. (Article.)

Avec l’épidémie, les délais de paiement ont augmenté, alors qu’ils étaient déjà quasiment, en moyenne, le double de ceux qui se pratiquent dans le nord de l’Europe. 

Si, brutalement, le Français découvrait le civisme, cela injecterait dans l’économie une masse d’argent. Ce qui la mettrait probablement à l’abri de la crise qui risque de la dévaster. 

L’individualisme nuit gravement à l’intelligence ? 

Amérique post Trump

Un billet a fait surgir l’hypothèse, inattendue, d’une Amérique blanche, millénariste, qui livre sa dernière bataille avant d’être submergée par les majorités colorées. Seule possibilité ?

Et si, contrairement à ce que j’ai dit précédemment, la composition de la Cour suprême représentait l’avenir de l’Amérique ? Une Amérique qui renaissait d’un rejet réflexe des excès de l’extrême gauche intellectuelle ? 

Ce serait un retour aux valeurs traditionnelles, notamment religieuses, partagées par tous les composants de la population. La gauche pourrait se fracturer : le libertarisme, autre valeur américaine forte, rejetant le puritanisme (« cancel culture »). Les intellectuels redeviendraient une minorité contestataire, irresponsable. 

Ainsi, tout rentrerait dans l’ordre ? Hybris, Nemesis, Catharsis ?

Voter Biden

Les USA, ce n’est pas la démocratie, mais la Cour suprême. Tout s’y termine, tout s’y décide. Or, celle-ci est maintenant dominée par des conservateurs fondamentalistes. Elle ne représente plus la nation. 

La faute de Trump ? Depuis la fin du mandat de M.Clinton, les USA sont aux prises avec l’équivalent de guerres de religions. Les modérés des deux camps ne s’étant pas tendu la main, ce sont les (ultra) extrêmes qui ont gagné. Ce qui arrive à la Cour suprême est l’équivalent du cancer pour l’homme. « Le pronostique vital est engagé » dirait la radio. 

Arrive M.Biden. France Culture rapportait, avec horreur, qu’il avait déclaré avoir travaillé en bonne intelligence avec des sénateurs ségrégationnistes. Eh bien, cela semble exactement la solution « systémique » dont a besoin l’Amérique. 

(Quant aux ségrégationnistes, le meilleur moyen de les faire changer d’avis est peut-être de discuter avec eux ?)

Systémique et lutte contre la Mafia

Il y a plus efficace que la prison, pour lutter contre la Mafia. Aller en prison est un rite pour le mafieux. Saisir ses biens, le fruit de ses efforts, lui fait beaucoup plus de mal. Surtout, en faire un usage public. En particulier, les utiliser pour fournir de l’emploi à ceux que l’indigence aurait pu amener à devenir ses hommes de main. Voilà ce que l’on fait en Italie. Et voilà ce qui semble un moyen efficace de combattre le crime partout : lui retirer son terreau : la pauvreté ? 

En tout cas, c’est une approche systémique de la question. 

(Source : France Culture.)

Incompréhension : clé des relations sociales ?

Discussion avec une photographe d’animaux sauvages. Je découvre qu’ils sont remarquablement dangereux. Quelle que soit l’espèce concernée. Le risque (mortel), c’est de croire qu’on les comprend, et, encore pire, de projeter sur eux nos modèles de pensée (« il m’aime bien »). Il faut être, en permanence, sur le qui-vive. Effet surprenant, ceux qui vivent avec les animaux sauvages développent une forme de mimétisme. Ils apprennent à penser comme eux.

Nous nous sommes rendu compte que cette attitude pourrait rendre de grands services à l’humanité. Notre erreur est de croire que l’on comprend l’autre homme, parce qu’il parle notre langue, ou qu’il nous ressemble. Du coup, nous projetons sur lui des préjugés, dont les conséquences finissent par nous exploser à la figure.

Nouvelle attitude : je ne comprends pas l’autre, il est remarquablement dangereux, mais, aussi, il est intéressant. Conséquence ? Je ne sais plus rien. Je suis sur le qui vive. Je ne le quitte pas des yeux. J’ai à la fois peur, et je suis fasciné. Et, si j’ai un peu de chance, au bout d’un moment, je vais commencer à comprendre « quelque chose », à percevoir chez l’autre une logique que je ne soupçonnais pas. Si je pousse encore plus loin, son attitude vis-à-vis de moi va se transformer. C’est à ce moment que notre photographe prend sa photo !

Génération provoc ?

L’autre jour, j’entendais raconter la vie de Flaubert. Flaubert critiquait la société dont il était le plus pur produit. Un anti bourgeois, qui a vécu de ses rentes !

Son cas est intéressant, parce que, lui et ses semblables, seraient le modèle du Bobo moderne. (Le terme « bohème » vient d’eux.) Et, effectivement, Bob Dylan doit sa fortune à sa dénonciation d’une société dont il a été le premier bénéficiaire. Bob Dylan, un des « notaires » de Jacques Brel ?

Cela pose une foule de questions, sans fin. Pourquoi notre société produit-elle de la schizophrénie ? Comment se fait-il que l’on aime ceux qui nous critiquent ? Que l’on crée un marché pour eux ? Ce faisant que leur irrationalité devienne rationnelle ?…

Mais tout a peut être une fin, quand même. Ce type de stratégie ne se justifie probablement que lorsque l’on est en « minorité », la provocation est la révolte de l’enfant contre la contrainte bienveillante du parent. Maintenant que notre société a donné le pouvoir à l’éducation, le Bobo nous dirige. Il doit faire face à ses contradictions. Et devenir adulte ?