Intelligence artificielle : fin de bulle ?

Intelligence artficielle : on retombe sur terre ? me suis-je demandé. J’étais invité à un « symposium » Intelligence artificielle et relation client. Finie l’intelligence artificielle plus intelligente que l’intelligence humaine, l’obsolescence humaine programmée. Un discours sobre sur les limites de l’IA. « Démystification de l’intelligence artificielle« , ai-je entendu.

  • J’ai écouté Luc Julia (descendant de l’inventeur des fractals, créateur de Siri et auteur de « L’intelligence artificielle n’existe pas« ), Arnaud Laroche (EY), Patrice Slupowski (Orange), Harley Davis (IBM). Tous semblaient d’accord. 
  • Une IA pas très révolutionnaire. Le renouveau de l’IA s’explique par le fait qu’il y a de la matière à analyser (désormais beaucoup de choses sont numérisées), par la puissance du cloud, et la démocratisation d’algorithmes mathématiques sophistiqués. Pour le reste, pas d’avancée. 
  • Les outils d’analyse statistique classiques continuent à se tailler la part du lion en « machine learning ». Le deep learning, les algorithmes neuronaux, concernent très peu d’applications. 
  • Les données posent de très curieux problèmes. Sans qu’on le sache, les données qui nourrissent la machine peuvent avoir des biais, par exemple révéler que la culture de votre entreprise est sexiste ou raciste. Ce qui rend votre IA sexiste et raciste. 
  • L’IA ne peut pas remplacer l’homme. L’IA a les vertus de la machine. Déjà la calculatrice de Pascal allait plus vite que l’homme. Mais, là où l’homme est fort, la machine est faible, voire inexistante. En particulier en ce qui concerne l’innovation. D’ailleurs, à tâche comparable, elle dépense vingt mille fois plus d’énergie qu’un cerveau humain. Si l’on voulait faire effectuer par l’IA toutes les tâches humaines, il n’y aurait pas assez d’énergie sur terre. Aussi, il faut cent mille photos de chats pour qu’une machine reconnaisse un chat, presque à tous les coups, alors que deux chats suffisent à un enfant… La voiture totalement autonome n’existera jamais. 
  • La confiance est une question critique. L’IA fait peur. Parce qu’elle menace l’emploi (apparemment crainte infondée), mais aussi du fait de ses biais (crainte justifiée). 
  • D’une manière générale, j’ai l’impression que tous les cabinets de conseil proposent désormais des démarches structurées pour mettre en oeuvre un projet d’IA.
  • 60% des entreprises en sont à l’expérimentation ; 30% l’utilisent en production, pour une application ; 4% en font un usage plus généralisé. (Eventuels gains pas connus.)
  • Bref, l’IA et l’homme ne sont pas en concurrence. Il faut apprendre à placer chacun sur ses forces. 
  • Finalement, le tiédissement de l’IA pourrait être une mauvaise nouvelle pour la France. En effet, le talent de nos mathématiciens serait reconnu. Les patrons techniques des plus grandes entreprises de la Silicon Valley seraient français et les entreprises étrangères installeraient des centres de recherche chez nous. Par ailleurs, l’Etat aurait parié sur l’IA (fonds de 400m€), et il serait désormais facile en France de lancer une start up. 

Start down nation

Lyft est entré il y a peu de temps en bourse. Depuis, son titre a perdu un quart de sa valeur. (Alors que la bourse est, globalement, en hausse.)
Notre gouvernement semble avoir une admiration sans bornes pour ce type de sociétés et chercher, à coups de milliards prélevés sur le reste de l’économie, à créer les conditions pour qu’elles naissent en France. Judicieux ?

Lyft : dernière chance de s'enrichir ?

L’entrée en bourse de Lyft, plate-forme de réservation de taxis, a été un succès. Si bien que beaucoup d’autres sociétés, dont Uber, vont suivre sont exemple. Or, « ses pertes, depuis 2016, s’élèvent à 2,3md$ » dit le Financial Times. Et il en est de même pour les autres « licornes ».

Cela m’a rappelé une conversation avec « trader », peu avant la crise de 2008. Je lui avais demandé s’il ne voyait pas arriver les crises. Il m’avait raconté, qu’au contraire, c’était des moments de grande excitation. Il ne fallait pas être le dernier à recevoir la « patate chaude ». Et si c’était le cas actuellement ? Et si les investisseurs voyaient poindre la fin d’une phase spéculative, et voulaient profiter de la dernière occasion de gagner beaucoup en peu de temps ?

(Que signifie « licorne » ? Une corne : les pertes, pas de revenus ? Un animal de légende, pour économie irréelle ?)

Géant du numérique français

Un groupement d’anciens de grandes écoles se demande comment créer un géant du numérique français. Décidément, la politique industrielle a le vent en poupe.

Et si l’on faisait comme les Chinois ? Ils ont fermé leurs frontières et ils ont copié ce qui se faisait aux USA. Le tour était joué.

Mon premier employeur, Dassault Systèmes, est un des rares succès français du numérique. Comme le dit son créateur, les derniers à acheter son logiciel ont été les Français. Il doit sa réussite commerciale à IBM, qui le distribuait, et qui est allé chercher les premiers clients, chez eux : aux USA et en Allemagne.

Je ne crois pas au numérique. C’est un miroir aux alouettes. Je soupçonne que les grandes innovations sont derrière nous, et qu’elles n’ont rien de magnifique. Tout le reste, cela n’a pas cessé depuis la bulle Internet, n’est que bulle spéculative après bulle spéculative. En revanche la France a un tissu économique riche qui ne demande qu’à être développé. Et si on arrêtait de copier ce qui se fait ailleurs, et on commençait à avoir un peu d’originalité, pour une fois ?

Autonomy ou les risques de la spéculation ?

L’Etat américain attaque le vendeur d’un éditeur de logiciel. L’homme est anglais. Il a vendu Autonomy à HP, pour 11md$. C’était en 2011. Depuis, HP affirme avoir été trompé sur la marchandise.

En jeu, outre une amende, vingt ans de prison… Cette nouvelle est un précédent. Elle montre l’agressivité des USA, qui font une affaire d’Etat d’une question privée, étrangère. (En outre, la justice anglaise s’est jugée incompétente.) Ensuite ce pourrait être la remise en cause de petits arrangements entre amis. Car l’engouement pour les modes du moment, Big data, IA et autres block chains, est spéculatif. La plupart des vedettes d’hier ne sont plus rien. Mais elles ont fait beaucoup d’heureux. Les perdants, les acquéreurs en dernière instance, tels HP, ne se vantent pas de leur infortune. Elle a d’ailleurs fait la carrière d’un dirigeant. En outre, il est difficile d’affirmer que l’acquéreur a été abusé : il est mieux équipé en compétences et en avocats que l’acquisition.

Morale ? Non seulement les acquéreurs-entreprises pourraient attaquer les vendeurs, avec des moyens  démesurés, mais les multiples violentes chutes de cours post introduction en bourse pourraient devenir l’objet de recours en justice. C’est une menace pour l’entrepreneur mais surtout pour toute l’industrie financière. La « fausse économie » entre-t-elle dans l’ère glaciaire ?

Start up Bubble

La Chine produit 6 millions de diplômés par an. Qu’en faire ? Des entrepreneurs. Même dans les coins les plus reculés, il y a des incubateurs. Mais il y aussi beaucoup d’argent. La Chine devrait dépasser la Silicon Valley en 2020. Du coup, la moindre coquille de noix numérique atteint des prix fantastiques. Ce phénomène est mondial. Il y a des masses gigantesques d’argent, qui n’arrivent pas à se placer. Elles se ruent sur les dernières trouvailles à la mode. En termes de valorisation « the sky is the limit » se serait exclamé Scarface. Voilà ce qu’expliquait une spécialiste internationale du « private equity ».

Les esprits chagrins y verront l’annonce d’un mouvement spéculatif, et d’une crise. Pourquoi pas en attendre un miracle ?

  1. S’il n’y a pas miracle, il y a crise. Et ce pourrait être la dernière. 
  2. On peut donner une interprétation positive à cette nouvelle. L’humanité a lancé toutes ses ressources, humaines et financières, à la recherche d’un nouveau modèle de développement. (Le précédent ne fournissant plus assez d’emplois.) Ce serait bien le diable si quelqu’un ne finit pas par trouver quelque-chose. Non ? 
  3. Parce que nous nous y prenons en dépit du bon sens, et que nous ne pourrons réussir que par miracle. Personne ne croit sérieusement aux modes qui permettent actuellement de lever des millions de dollars. Mieux : un messie, sauveur de l’humanité, ne trouvera pas de fonds. Ce qu’il dirait serait incompréhensible aux marchés financiers, myopement spécialisés. (Autre information donnée par le professeur de finance.)

Faisons monter l’orchestre sur le pont, comme on disait sur le Titanic ?

Volonté de puissance

Les réseaux s’organisent selon des « lois de puissance ». Cela signifie, en gros, que certains noeuds du réseau ont vraiment beaucoup plus de connections que les autres. Et que l’on pourrait modéliser ce phénomène. Cette idée répandue serait fausse. Quand on a essayé de la vérifier, cela n’a pas marché.

Explication ? Les fameuses lois de puissance étaient en vogue dans les années 90. A ce moment des physiciens, probablement habitués à représenter le monde par des « lois de la nature » simples, se sont intéressés aux réseaux. Ils y ont vu ce qu’ils cherchaient. Cela a suscité un phénomène d’entraînement gigantesque. D’autant qu’ils ont publié des livres de vulgarisation de leurs travaux.

Voilà qui mériterait d’être modélisé. Esprit du temps ? Désir de célébrité, combiné à la mode d’Internet, qui battait alors son plein ? Principe même de la spéculation ?

(Où l’on voit que M.Trump n’a pas inventé les « fake news ».)

Valorisation

L’économiste Robert Schiller explique que la valeur d’une entreprise correspond à ce qu’elle doit rapporter. Si la bourse lui donne une valeur supérieure, c’est de la spéculation. Je lui ai écrit en lui demandant si l’on ne pouvait pas appliquer une autre idée : celle d’une valeur sociale. Un consensus se fait comme quoi telle société vaut tant. ce qui expliquerait pourquoi des sur valorisations comme celle d’Amazon se maintiennent. Depuis j’ai découvert que j’avais redécouvert la théorie de Thomas Schelling, un prix Nobel d’économie. (Théorie de l’ancrage.)

Schiller ne m’a pas répondu, et a obtenu le prix Nobel. Depuis j’en suis arrivé à une autre idée. Si la valorisation d’un certain nombre d’entreprises n’a aucun rapport avec ce qu’elles rapportent, c’est parce qu’elles sont porteuses du combat du microcosme financier. Elles plaisent à celui-ci parce qu’il aime le monde qu’elles lui promettent. S’il les finance assez longtemps, elles élimineront leurs concurrents. Et la prédiction aura été auto réalisatrice.

Dans cette histoire Schiller et Schelling ont raison. Les financiers ancrent dans l’esprit du marché qu’Amazon vaut très cher. Et, finalement, Amazon rapportera beaucoup quand il n’aura plus de concurrents.

Start up

Jeanne Bordeau écrit un article amusant sur le langage des Start up. Mais que cache ce discours séduisant ? On s’apitoie sur le sort des cyclistes de Deliveroo, et si « nous étions tous des livreurs de Deliveroo »? Et si la réalité du modèle économique de la Start up était non telle ou telle innovation mais notre crédulité ?

Après tout, cela a déjà été le cas durant la bulle Internet. Alors aussi ont promettait beaucoup, et surtout des conditions de travail idylliques. Mais tout a mal tourné. Et encore, cela aurait pu être bien pire, sans l’intervention des Etats. C’était un grand moment de spéculation.

Achetez des actions ?

M.Trump veut que les entreprises américaines rapatrient l’argent qu’elles possèdent à l’étranger. Qu’est-ce que cela va donner ? se demande le Financial Times. Un enrichissement des actionnaires, et une augmentation des cours. Les entreprises vont acheter, encore plus, leurs actions. Bref, cela risque de n’être guère bon pour l’économie.

Quant aux pays dont va s’évader ces fonds ? C’est une autre histoire.