Boom des SPAC

On parle beaucoup de SPAC dans la presse économique. Le SPAC est un fonds d’investissement. (Voir ce qu’en dit wikipedia.) L’objet du SPAC est généralement flou. Ses investisseurs ont, essentiellement, foi en ses managers. Et, si j’en crois wikipedia, les dits investisseurs ne retrouvent généralement pas leur mise. Ce qui n’est pas le cas, paradoxalement, pour ceux qui sont à l’origine du fonds.

Pourquoi un boom ? Probablement parce qu’il y a beaucoup d’argent qui ne parvient pas à s’investir. A chaque bulle, à chaque crise, depuis 20 ans, les banques centrales impriment de l’argent, toujours plus (l’unité est maintenant le millier de milliards), qui nourrit de nouvelles bulles. Chaque bulle est une croyance au père Noël. Cette fois-ci, on raconte que l’économie va repartir comme avant, mais qu’il va y avoir beaucoup d’entreprises qui sont surendettées. Donc, facile : on récupère ces sociétés, et on attend le beau temps. 

Seulement, beaucoup de ces sociétés n’allaient déjà pas bien avant, et parier sur un monde d’après qui serait identique au monde d’avant semble un rien dangereux. Il suffit de regarder où en était l’économie il y a seulement 10 ans pour s’en persuader. Surtout, tous ces investisseurs sont des moutons de Panurge : leur offre semble devoir dépasser très largement la demande. 

Qu’est-ce que cela peut donner ? Un crash qui ne toucherait que les gens riches ? Une façon de liquider la bulle spéculative qui s’est formée dans les couches hautes de la société ? Mais, tout est interconnecté. Surtout, cet excès d’argent est malsain, il va empêcher des secteurs entiers de s’adapter au changement, qui est permanent, répétons le. Cela peut faire de très gros dommages. 

Vert, couleur de l'argent ?

Les investisseurs « activistes » imposent aux compagnies pétrolières de se préoccuper d’écologie. (Shell en a fait les frais récemment.)

Surprenant ? Une hypothèse est que la nature, réelle, de ces investisseurs est la spéculation. Ils sentent les mouvements qui parcourent la société et sur lesquels ils parient. C’est risqué, mais, si ça marche, on peut gagner très gros. La bourse n’est qu’un casino parcouru par les « esprits animaux » disait Keynes. 

Les écologistes ont crée une mode ? Les spéculateurs s’en servent ? Et demain ? 

(Financial Times : « Shell verdict sets scene for more corporate climate cases. Ruling establishing duty of care on human rights grounds suggests more companies will face litigation« .) 

GameStop

Un temps, j’ai été bombardé de nouvelles de l’affaire « GameStop ». 

De quoi s’agit-il ? D’un jeu américain. Faire de l’argent avec de l’argent. La spéculation. Il existe une profession dont le métier est de parier contre un cour de bourse (par exemple celui de Tesla). Cela se fait en vendant à terme des actions que l’on n’a pas. Si le prix baisse, on a gagné. Mais s’il augmente, c’est raté. Et cela, comme souvent, produit un cercle vicieux. Car dès que les prix montent, tous les vendeurs à terme doivent acheter des actions pour pouvoir respecter leur contrat, ce qui fait monter l’action… Si vous voulez gagner beaucoup, il faut donc faire comme les vendeurs à découvert, mais contre eux : acheter des actions contre lesquelles ils ont joué. Si vous êtes assez nombreux à le faire, le cercle vicieux démarre. Ils sont pris à la gorge. 

Comme dans toutes les spéculations, celui qui gagne est celui qui lance le mouvement. Cela attire une foule de gogos, dont les dernières générations se font prendre à revers. Car, il y a toujours un moment où celui qui était au début juge qu’il a assez gagné. Le cercle vicieux part à l’envers. 

Dans ma jeunesse, on m’a dit que les marchés financiers étaient parfaits, et que cela avait été démontré par des prix Nobel… 

Jack Welsh

Jack Welsh, légende du management anglo-saxon, est décédé. Etrange. Car, pour ce type de démiurge, la mort n’est pas possible.

Il a tellement impressionné ses contemporains qu’il a épousé la rédactrice en chef de la Harvard Business Review (de loin la plus respectée des revues mondiales de management), elle-même en pleine folie de la bulle Internet !

Le propre de la littérature du management est de nous dire d’imiter des entreprises qui, le lendemain, disparaissent. Eh bien, c’est ce qui est arrivé à GE. General Electric, durant son règne, fut la plus belle entreprise américaine. Puis, tout s’est dégonflé. Avait-il un talent exceptionnel de manager, ou d’illusionniste ?

J.Welsh a dirigé GE de 1981 à 2001

Le blues du fonds

WeWork a fait boire un bouillon à SoftBank, son investisseur japonais. Ce qui confirme que les licornes sont des animaux imaginaires. Quelques jours avant, le Financial Times annonçait que Warren Buffett ne savait pas comment dépenser les 128md$ qu’il détient en liquide.

Les milieux financiers disposent de beaucoup d’argent, mais ils n’ont nul endroit où l’investir ?

De la crise du modèle du « créateur de valeur » ? La valeur est partie chez les financiers, mais elle n’y a pas trouvé de créateur ?

La chute de la maison Uber

Ubérisation a dit Maurice Lévy. Il y a quelques années, Uber était le symbole de la « disruption ». La vieille entreprise allait crever. Elle serait remplacée par du jeune, dynamique et numérique.

Uber a perdu 5,2md$ sur un trimestre… Il n’est que l’ombre de lui-même.

Qu’est-ce qu’était Uber ? La fusion de la contre-culture américaine et du capitalisme le plus primitif. La croyance au bien et au mal. Uber affrontait des politiciens corrompus et le lobby des taxis. L’innovation numérique, le logiciel, allait révolutionner, par miracle, la qualité du service. Et même résoudre la question de l’insécurité au Brésil. Guerre de religion. Uber recrutait des croyants, qu’elle payait royalement. Pour gagner tous les coups étaient permis, et l’argent ne comptait pas.

Mais la réalité s’est rappelée à eux. Uber a beaucoup de concurrents, et aucun avantage concurrentiel. Elle dépense beaucoup et gagne peu. Et son modèle a une faille : ses chauffeurs avec lesquels Uber est en guerre. Seul espoir : la voiture autonome. Uber est un puits sans fond. Mais Uber a enrichi beaucoup de monde : les investisseurs qui ont vendu leurs actions lors de l’entrée en bourse de la société. Uber a été un attrape nigauds.

Fin d’une nouvelle bulle spéculative ?

Psychologie de l'utilisateur de trottinettes

Je viens de découvrir que la trottinette était un objet spéculatif. La trottinette électrique a fait un malheur chez les fonds d’investissement, on y investit des centaines de millions. C’est pourquoi il y en a autant.

Rationalité économique ou idéologie ? On retrouve derrière ce mouvement les Google, les Uber et autres activistes d’une transformation de la société par le marché. J’observe d’ailleurs que pas mal de cadres branchés utilisent la trottinette. Le cadre branché est cool. Il brasse des millions et nos vies, mais il a aussi des plaisirs enfantins. C’est un être parfait qui un de gros diplômes, une grosse situation, et un gros physique. Comme les nobles d’hier, il s’aime et il se montre. Il se plaît à choquer les conventions d’un peuple d’inférieurs. La trottinette : le destrier du surhomme ?

(Dans mon enfance, la trottinette, ou patinette, était un jeu de petite fille. Curieux comme le monde change !)

Esprit start up

Le directeur technique d’une start up me disait qu’après un an de bons et loyaux services, il est promu collaborateur direct du fondateur. Annonce. Le week-end passe. Le fondateur lui dit : j’ai réfléchi, je veux quelqu’un qui soit un recruteur de talents, ce ne peut pas être toi. Notre homme, du jour au lendemain, est licencié ! Ses compétences étant très recherchées, il n’a que l’embarras du choix pour retrouver un poste. Mais l’enseignement de cette histoire n’est pas là.

Les entreprises ordinaires sont basées sur des « modèles » : je vends tant de milliers de machines en France, je pourrais en vendre autant en Allemagne ; pour y mettre en place un réseau de distribution, il me faut tant d’argent. Par contraste, la start up est une promesse, la plupart du temps impossible à tenir. Une sorte d’acte de foi. Une forme de pensée magique. Son dirigeant se prend pour un génie. Quand elle est rappelée à la réalité, elle réagit conformément à sa logique.

(En fait, la start up française est une caricature de la start up américaine.)

Intelligence artificielle : nouvel hiver ?

Luc Julia craint un nouvel « hiver » pour l’intelligence artificielle. Il y en a déjà eu deux. A chaque fois, le phénomène est le même : la montage accouche d’une souris. Dépitée, la société renie l’intelligence artificielle. La cause est le mot « intelligence ». On pense avoir découvert une super intelligence, alors qu’il n’y a pas d’intelligence du tout. La machine ne fait que ce qu’on lui dit de faire.

Qu’est-ce qui a provoqué cet enthousiasme irrationnel concernant l’IA ? Je cite souvent un article, lu il y a longtemps, qui disait que les affaires d’IBM allant mal, cette entreprise pariait, pour son avenir, sur son moteur d’IA, Watson. Je soupçonnais que beaucoup d’entreprises avaient des motivations spéculatives. Mais, ce n’est peut être que la partie émergée de l’iceberg.

Aujourd’hui, les entreprises ont un discours relativement sobre en ce qui concerne l’IA. Ce n’est pas le cas de la presse, ou même des universités, ou encore des politiques.

En fait, tout le monde avait envie de croire, ou intérêt à croire, à ce type de bobards. Notre société demeure extrêmement peu contrôlée par la raison.