Start up

Jeanne Bordeau écrit un article amusant sur le langage des Start up. Mais que cache ce discours séduisant ? On s’apitoie sur le sort des cyclistes de Deliveroo, et si « nous étions tous des livreurs de Deliveroo »? Et si la réalité du modèle économique de la Start up était non telle ou telle innovation mais notre crédulité ?

Après tout, cela a déjà été le cas durant la bulle Internet. Alors aussi ont promettait beaucoup, et surtout des conditions de travail idylliques. Mais tout a mal tourné. Et encore, cela aurait pu être bien pire, sans l’intervention des Etats. C’était un grand moment de spéculation.

Achetez des actions ?

M.Trump veut que les entreprises américaines rapatrient l’argent qu’elles possèdent à l’étranger. Qu’est-ce que cela va donner ? se demande le Financial Times. Un enrichissement des actionnaires, et une augmentation des cours. Les entreprises vont acheter, encore plus, leurs actions. Bref, cela risque de n’être guère bon pour l’économie.

Quant aux pays dont va s’évader ces fonds ? C’est une autre histoire.

Chatbot

Chatbot, le mot qu’il faut prononcer pour avoir un rendez-vous, me disait-on. Le chatbot est un robot qui cause. Il paraît que c’est la mode du moment. C’est curieux. J’ai rencontré le chatbot à la fin des années 90. C’était à la mode déjà. Bulle Internet. Mais ça ne marchait pas. Puis en 2008. Cela ne marchait toujours pas. Puis maintenant. 
J’ai l’impression que ces modes sont financières. L’entreprise que j’ai rencontrée en 2000 puis en 2008, avait fait l’objet de deux levées de fonds. Elle est partie aux USA, où elle a été achetée. Et si les fonds avaient un sixième sens ? Celui de la mode spéculative. Ils n’investissent pas dans ce qui a une utilité, mais dans ce qui a le potentiel de susciter l’engouement du décideur ? C’est le système financier qui se nourrit de lui-même ? (Au détriment de la société réelle ?)

Auto ubérisation, science et pratique

L’auto ubérisation est la mode du moment. Comment la reconnaître ?
Votre entreprise vous dit : notre métier traditionnel est fichu. Nous devons nous réinventer. Et ce à partir de certaines de nos compétences. Celles liées aux « data » (terme à ne pas confondre avec « données »). Par exemple celles dont nous disposons sur nos clients. Elle va alors vider son activité principale de son argent pour nourrir des « spin off ». La multinationale devient une holding pour start up. Curieusement, en ce qui concerne son fonctionnement central, elle demeure une bureaucratie, avec toutes ses lourdeurs, ses gros salaires et ses gros bonus, et les mêmes dirigeants qu’auparavant.
Le mouvement est nouveau en France, mais vieux aux USA. C’est ainsi qu’une entreprise comme Carlson Wagonlit est maintenant éditeur de logiciel. Le premier exemple d’un tel changement de peau est la société ENRON. D’opérateur de pipe lines, elle devient place de marché. Vivendi est aussi un désossage d’une activité traditionnelle pour financer l’achat de châteaux en Espagne. 
Car on n’a aucune idée des raisons pour lesquelles les nouvelles activités gagneraient de l’argent. Et moins encore en quoi elles ont quoi que ce soit d’innovant : tout le monde fait la même chose ! C’est un acte de foi. Au mieux, il semble que ce mouvement corresponde à un gigantesque transfert de cash de l’économie réelle vers les coffres de quelques opérateurs habiles. Les promesses n’engagent que ceux qui les entendent. 
(Et il n’est pas sûr que les anciennes activités soient aussi condamnées qu’on veut bien le dire… à suivre.)

Marketing gratte ciels

Dubaï annonce un gratte-ciel plus haut que tous les autres. On ne sait pas de combien. Pas cher : le prix de 6 ou 7 Rafale. Mais il n’est pas le seul. On va battre tous les records. Mille mètres bientôt, seize-cent (le mile), dans pas longtemps. Curieusement, sismique Tokyo veut construire une tour de 1699 mètres… 
A quoi cela rime-t-il ? Ces grands bâtiments ne me semblent plus des prouesses. Cela se ramène à un beau dessin. Puis une entreprise de BTP l’exécute. Il est loin le temps des cathédrales, où chaque artisan était une artiste, où chaque détail était une œuvre d’art, dans la contemplation de laquelle on peut se perdre. 
Autre visage de la spéculation ? Faire croire que le progrès est en marche, alors qu’il n’y a rien de neuf. Marketing bullshit ?

Trou des Halles

Le nouveau centre commercial des Halles aurait coûté un milliard en cinq ans de travaux. Cela va-t-il être rentable ? me suis-je demandé.
La logique ne serait pas financière, mais spéculative : 

« A partir des années 2000, les investisseurs (de l’immobilier commercial) ont été de plus en plus nombreux à suivre une logique financière. Celle-ci consistait à valoriser leurs murs à partir des loyers qu’ils sont susceptibles de générer dans le futur », détaillait en 2011 le chercheur en économie et urbanisme Pascal Madry, dans un article intitulé « Le commerce entre dans sa bulle ». La valeur des murs sert ensuite aux SIIC « à garantir de nouveaux appels de fonds pour la réalisation de nouvelles opérations ». Une fuite en avant infinie !

De ce fait, il y a de plus en plus de centres commerciaux, alors que leur fréquentation serait en baisse. Les élus y trouvent aussi leur compte : cela est susceptible de gérer des revenus. C’est aussi une question de surenchère avec les élus voisins, pour éviter un exode d’emplois, d’enseignes… Et les promoteurs savent rendre service : « A Paris, des factures du journal électoral d’Anne Hidalgo, première adjointe du maire de Paris et candidate à la succession, ont été réglées « par des promoteurs immobiliers », rapporte un article du Canard enchainé daté du 5 mai 2010. »

Drahi ou la roche tarpéienne ?

Trente milliards de dettes. C’est ce qu’avait, il y a quelques temps, M.Drahi. (On en serait maintenant à 42 milliards.) On approche le niveau qui fait s’inquiéter l’investisseur, me suis-je dit. Et, effectivement, peu de temps après je lisais que cela semblait le cas
Alors, M.Drahi, la roche tarpéienne est proche du Capitole ? Morale simpliste. Le plus intéressant dans cette histoire est ce que cela révèle de la nature humaine. Le bon investisseur sent quand il ne faut pas aller trop loin, me disait un trader. Quand la bulle spéculative est sur le point d’éclater, c’est là que le métier devient excitant !
Pourquoi les bulles éclatent-elles ? Un phénomène mystérieux, irrationnel, « la représentation collective« , fait que, brutalement, l’investisseur prend peur. Le bon trader est un fin psychologue. 
(Quant à M.Drahi, les gens qui lui ressemblent pensent la plupart du temps pouvoir marcher sur l’eau. Ils croient à ce qu’ils disent. C’est ce qui les rend convaincants. Au moins pour le menu fretin de la spéculation. Sont-ils les idiots utiles des grands requins ?)

2015, année crises

Mêmes causes, mêmes effets ? 2015 paraît une répétition de la fin des années 90. Alors, vague de crises ? France : « La loi Macron montre les limites de ce qui peut être fait, même avec la meilleure volonté de réforme, si l’espace politique n’a pas été créé auparavant ». En Allemagne, la xénophobie est de plus en plus puissante. Mais elle est encore policée. Postes à la Commission européenne : l’Allemagne et l’Est prennent du poids. Les Anglais en perdent : leurs diplômés sont attirés par les USA et l’Asie. Le Japon va mal, mais la chance pourrait sourire à M.Abe, qui vient de gagner des éléctions. Le Danemark, le Canada et la Russie affirment qu’ils ont des droits sur l’ArctiqueLe Rouble s’effondre. La Russie pourrait passer des moments difficiles. En effet, elle est massivement endettée en dollars. Et l’inflation commence à galoper. Certaines de ses banques pourraient connaître la faillite.
Bulle spéculative chez les valeurs technologiques. Les monstres du domaine jettent l’argent par les fenêtres (« Ensemble, Apple, Amazon, Facebook, Google et Twitter ont investi 66md$ dans les derniers 12 mois »). Et, sauf Apple, rapportent relativement peu. Les fonds d’investissement ont peut-être, aussi, été pris de folie. « Il y a 48 entreprises américaines d’une valeur de plus d’un md$ financées par le capital risque contre huit au pic de la bulle Internet. » Mais l’éclatement de la bulle ne devrait rien avoir de systémique. Mouvement d’ensemble des opérateurs de télécom européens. « Convergence » entre fixe et mobile, et retour vers le marché européen, voire domestique. « Ces entreprises se débarrassent de leurs activités les moins importantes, remboursent leurs dettes et se concentrent sur les marchés les plus rentables. » Comme Google, Baidu innove, et investit dans des innovateurs. En particulier dans Uber. Ce qui semble signifier que le PC chinois, contrairement à beaucoup de pays occidentaux, est favorable à la déréglementation des taxis.
Résilience. On disait que M.Murdoch ne survivrait pas au scandale qui a secoué son groupe. Au contraire. Cela l’a forcé à prendre des décisions judicieuses et ses héritiers ont appris leur métier dans la tourmente. Ce qui n’a été possible que parce qu’ils ne pouvaient pas être virés… (De l’avantage des entreprises familiales ?)
D’après un auteur influent (de plus), les gouvernements européens gèrent la crise en dépit du bon sens. Les Etats auraient dû dépenser. « Faire essentiellement des réformes structurelles dans une récession « de bilan » est l’équivalent de traiter un patient pour son diabète alors qu’il a aussi une pneumonie : les réformes peuvent mettre trop de temps à agir. »
Faut-il remplacer le PIB, comme mesure de bonheur humain ? Peut-être par la « capacité », ce à quoi les gens apportent de la valeur (par exemple de bien manger). Mais c’est difficile à mesurer.
Y a-t-il de la vie sur Mars ? Si oui, elle devrait émettre du méthane. On essaie de savoir si les niveaux de méthane mesurés sont révélateurs de quoi que ce soit. En vain, pour l’instant. Les véhicules électriques sont généralement moins écologiques que les véhicules à essence. Sauf lorsque leur énergie vient du nucléaire ou est « propre ».

L’action du pape est la conséquence des ses humbles origines. Elle reflète « l’expérience des gens ordinaires mais défie les classifications laïques telles que libéral ou socialiste ». Il pense que « aucun problème n’affectant l’humanité ne peut trouver une solution sans considérer ses conséquences pratiques pour les gens ordinaires et sans identifier la volonté de Dieu. »

Le gratuit et la crise

Pour combattre le vieillissement, j’ai décidé de réapprendre du vocabulaire anglais. Je note les mots que je ne connais pas. Je cherche leur signification. J’en ai toujours eu l’envie. Mais utiliser un dictionnaire m’épuisait. Avec Internet, c’est bien plus simple. Voilà un usage que j’avais sous-estimé parce qu’il était gratuit. Et pour lequel j’aurais été prêt à payer.
Ce qui m’amène à une question. Et si notre crise était liée au gratuit ? Que beaucoup de choses soient gratuites dans le monde Internet a mis en faillite les entreprises existantes en les remplaçant par un ersatz de peu de valeur perçue. Beaucoup de destruction qui ont accouché de quelques souris : Google et autre Facebook.
Mais pouvait-on faire autrement ? J’en reviens aux idées de François Bourgeois. L’innovation aurait été utile à l’humanité si elle avait été adoptée par l’économie existante. Mais celle-ci, toute occupée de maximiser la valeur actionnaire (qui se trouve entre les mains des dirigeants et des fonds d’investissement), s’est opposée au changement. Pour s’imposer, les forces de l’innovation ont dû employer les grands moyens. Ceux de la spéculation. Ce fut la bulle Internet, pour commencer. Emmenées par le génial Goldman Sachs, elles nous ont convaincus que tout devait être gratuit. Au fond, comme dans toutes les batailles du Moyen-âge, la piétaille a été la victime d’un affrontement entre frères ennemis. 

Qu'est-ce que la spéculation ?

L’immobilier parisien aux prises avec la spéculation mondiale, dit le billet précédent. Le livre qu’il cite pense qu’elle est momentanée. Vraiment ?

Je reprends ce que je lis à peu près partout. 1) Enrichissement massif d’une partie de la population ; 2) il y a de l’argent à la recherche de rendements (en particulier du fait de la politique de taux bas des banques centrales). Questions :

  • Et si la « spéculation » venait de ce que l’argent dégagé par les « riches » n’allait pas à des investissements productifs, mais cherchait, au contraire, des « placements » ? 
  • Et si cette spéculation n’en était pas toujours une ? L’augmentation des prix de l’immobilier permet au riche de se réserver une partie du territoire ou des biens. Elle n’est pas forcément sans lendemain. En quelque sorte, il y a dévaluation des avoirs des pauvres. 
  • Le système tournerait-il à vide ? Risque d’auto destruction ? A contrario, cela signifierait-il qu’il y a énormément de moyens pour des projets utiles, productifs ? Mais que ceux-ci manquent ? Entrepreneurs, à vous de jouer ?