Géant du numérique français

Un groupement d’anciens de grandes écoles se demande comment créer un géant du numérique français. Décidément, la politique industrielle a le vent en poupe.

Et si l’on faisait comme les Chinois ? Ils ont fermé leurs frontières et ils ont copié ce qui se faisait aux USA. Le tour était joué.

Mon premier employeur, Dassault Systèmes, est un des rares succès français du numérique. Comme le dit son créateur, les derniers à acheter son logiciel ont été les Français. Il doit sa réussite commerciale à IBM, qui le distribuait, et qui est allé chercher les premiers clients, chez eux : aux USA et en Allemagne.

Je ne crois pas au numérique. C’est un miroir aux alouettes. Je soupçonne que les grandes innovations sont derrière nous, et qu’elles n’ont rien de magnifique. Tout le reste, cela n’a pas cessé depuis la bulle Internet, n’est que bulle spéculative après bulle spéculative. En revanche la France a un tissu économique riche qui ne demande qu’à être développé. Et si on arrêtait de copier ce qui se fait ailleurs, et on commençait à avoir un peu d’originalité, pour une fois ?

Autonomy ou les risques de la spéculation ?

L’Etat américain attaque le vendeur d’un éditeur de logiciel. L’homme est anglais. Il a vendu Autonomy à HP, pour 11md$. C’était en 2011. Depuis, HP affirme avoir été trompé sur la marchandise.

En jeu, outre une amende, vingt ans de prison… Cette nouvelle est un précédent. Elle montre l’agressivité des USA, qui font une affaire d’Etat d’une question privée, étrangère. (En outre, la justice anglaise s’est jugée incompétente.) Ensuite ce pourrait être la remise en cause de petits arrangements entre amis. Car l’engouement pour les modes du moment, Big data, IA et autres block chains, est spéculatif. La plupart des vedettes d’hier ne sont plus rien. Mais elles ont fait beaucoup d’heureux. Les perdants, les acquéreurs en dernière instance, tels HP, ne se vantent pas de leur infortune. Elle a d’ailleurs fait la carrière d’un dirigeant. En outre, il est difficile d’affirmer que l’acquéreur a été abusé : il est mieux équipé en compétences et en avocats que l’acquisition.

Morale ? Non seulement les acquéreurs-entreprises pourraient attaquer les vendeurs, avec des moyens  démesurés, mais les multiples violentes chutes de cours post introduction en bourse pourraient devenir l’objet de recours en justice. C’est une menace pour l’entrepreneur mais surtout pour toute l’industrie financière. La « fausse économie » entre-t-elle dans l’ère glaciaire ?

Start up Bubble

La Chine produit 6 millions de diplômés par an. Qu’en faire ? Des entrepreneurs. Même dans les coins les plus reculés, il y a des incubateurs. Mais il y aussi beaucoup d’argent. La Chine devrait dépasser la Silicon Valley en 2020. Du coup, la moindre coquille de noix numérique atteint des prix fantastiques. Ce phénomène est mondial. Il y a des masses gigantesques d’argent, qui n’arrivent pas à se placer. Elles se ruent sur les dernières trouvailles à la mode. En termes de valorisation « the sky is the limit » se serait exclamé Scarface. Voilà ce qu’expliquait une spécialiste internationale du « private equity ».

Les esprits chagrins y verront l’annonce d’un mouvement spéculatif, et d’une crise. Pourquoi pas en attendre un miracle ?

  1. S’il n’y a pas miracle, il y a crise. Et ce pourrait être la dernière. 
  2. On peut donner une interprétation positive à cette nouvelle. L’humanité a lancé toutes ses ressources, humaines et financières, à la recherche d’un nouveau modèle de développement. (Le précédent ne fournissant plus assez d’emplois.) Ce serait bien le diable si quelqu’un ne finit pas par trouver quelque-chose. Non ? 
  3. Parce que nous nous y prenons en dépit du bon sens, et que nous ne pourrons réussir que par miracle. Personne ne croit sérieusement aux modes qui permettent actuellement de lever des millions de dollars. Mieux : un messie, sauveur de l’humanité, ne trouvera pas de fonds. Ce qu’il dirait serait incompréhensible aux marchés financiers, myopement spécialisés. (Autre information donnée par le professeur de finance.)

Faisons monter l’orchestre sur le pont, comme on disait sur le Titanic ?

Volonté de puissance

Les réseaux s’organisent selon des « lois de puissance ». Cela signifie, en gros, que certains noeuds du réseau ont vraiment beaucoup plus de connections que les autres. Et que l’on pourrait modéliser ce phénomène. Cette idée répandue serait fausse. Quand on a essayé de la vérifier, cela n’a pas marché.

Explication ? Les fameuses lois de puissance étaient en vogue dans les années 90. A ce moment des physiciens, probablement habitués à représenter le monde par des « lois de la nature » simples, se sont intéressés aux réseaux. Ils y ont vu ce qu’ils cherchaient. Cela a suscité un phénomène d’entraînement gigantesque. D’autant qu’ils ont publié des livres de vulgarisation de leurs travaux.

Voilà qui mériterait d’être modélisé. Esprit du temps ? Désir de célébrité, combiné à la mode d’Internet, qui battait alors son plein ? Principe même de la spéculation ?

(Où l’on voit que M.Trump n’a pas inventé les « fake news ».)

Valorisation

L’économiste Robert Schiller explique que la valeur d’une entreprise correspond à ce qu’elle doit rapporter. Si la bourse lui donne une valeur supérieure, c’est de la spéculation. Je lui ai écrit en lui demandant si l’on ne pouvait pas appliquer une autre idée : celle d’une valeur sociale. Un consensus se fait comme quoi telle société vaut tant. ce qui expliquerait pourquoi des sur valorisations comme celle d’Amazon se maintiennent. Depuis j’ai découvert que j’avais redécouvert la théorie de Thomas Schelling, un prix Nobel d’économie. (Théorie de l’ancrage.)

Schiller ne m’a pas répondu, et a obtenu le prix Nobel. Depuis j’en suis arrivé à une autre idée. Si la valorisation d’un certain nombre d’entreprises n’a aucun rapport avec ce qu’elles rapportent, c’est parce qu’elles sont porteuses du combat du microcosme financier. Elles plaisent à celui-ci parce qu’il aime le monde qu’elles lui promettent. S’il les finance assez longtemps, elles élimineront leurs concurrents. Et la prédiction aura été auto réalisatrice.

Dans cette histoire Schiller et Schelling ont raison. Les financiers ancrent dans l’esprit du marché qu’Amazon vaut très cher. Et, finalement, Amazon rapportera beaucoup quand il n’aura plus de concurrents.

Start up

Jeanne Bordeau écrit un article amusant sur le langage des Start up. Mais que cache ce discours séduisant ? On s’apitoie sur le sort des cyclistes de Deliveroo, et si « nous étions tous des livreurs de Deliveroo »? Et si la réalité du modèle économique de la Start up était non telle ou telle innovation mais notre crédulité ?

Après tout, cela a déjà été le cas durant la bulle Internet. Alors aussi ont promettait beaucoup, et surtout des conditions de travail idylliques. Mais tout a mal tourné. Et encore, cela aurait pu être bien pire, sans l’intervention des Etats. C’était un grand moment de spéculation.

Achetez des actions ?

M.Trump veut que les entreprises américaines rapatrient l’argent qu’elles possèdent à l’étranger. Qu’est-ce que cela va donner ? se demande le Financial Times. Un enrichissement des actionnaires, et une augmentation des cours. Les entreprises vont acheter, encore plus, leurs actions. Bref, cela risque de n’être guère bon pour l’économie.

Quant aux pays dont va s’évader ces fonds ? C’est une autre histoire.

Chatbot

Chatbot, le mot qu’il faut prononcer pour avoir un rendez-vous, me disait-on. Le chatbot est un robot qui cause. Il paraît que c’est la mode du moment. C’est curieux. J’ai rencontré le chatbot à la fin des années 90. C’était à la mode déjà. Bulle Internet. Mais ça ne marchait pas. Puis en 2008. Cela ne marchait toujours pas. Puis maintenant. 
J’ai l’impression que ces modes sont financières. L’entreprise que j’ai rencontrée en 2000 puis en 2008, avait fait l’objet de deux levées de fonds. Elle est partie aux USA, où elle a été achetée. Et si les fonds avaient un sixième sens ? Celui de la mode spéculative. Ils n’investissent pas dans ce qui a une utilité, mais dans ce qui a le potentiel de susciter l’engouement du décideur ? C’est le système financier qui se nourrit de lui-même ? (Au détriment de la société réelle ?)

Auto ubérisation, science et pratique

L’auto ubérisation est la mode du moment. Comment la reconnaître ?
Votre entreprise vous dit : notre métier traditionnel est fichu. Nous devons nous réinventer. Et ce à partir de certaines de nos compétences. Celles liées aux « data » (terme à ne pas confondre avec « données »). Par exemple celles dont nous disposons sur nos clients. Elle va alors vider son activité principale de son argent pour nourrir des « spin off ». La multinationale devient une holding pour start up. Curieusement, en ce qui concerne son fonctionnement central, elle demeure une bureaucratie, avec toutes ses lourdeurs, ses gros salaires et ses gros bonus, et les mêmes dirigeants qu’auparavant.
Le mouvement est nouveau en France, mais vieux aux USA. C’est ainsi qu’une entreprise comme Carlson Wagonlit est maintenant éditeur de logiciel. Le premier exemple d’un tel changement de peau est la société ENRON. D’opérateur de pipe lines, elle devient place de marché. Vivendi est aussi un désossage d’une activité traditionnelle pour financer l’achat de châteaux en Espagne. 
Car on n’a aucune idée des raisons pour lesquelles les nouvelles activités gagneraient de l’argent. Et moins encore en quoi elles ont quoi que ce soit d’innovant : tout le monde fait la même chose ! C’est un acte de foi. Au mieux, il semble que ce mouvement corresponde à un gigantesque transfert de cash de l’économie réelle vers les coffres de quelques opérateurs habiles. Les promesses n’engagent que ceux qui les entendent. 
(Et il n’est pas sûr que les anciennes activités soient aussi condamnées qu’on veut bien le dire… à suivre.)

Marketing gratte ciels

Dubaï annonce un gratte-ciel plus haut que tous les autres. On ne sait pas de combien. Pas cher : le prix de 6 ou 7 Rafale. Mais il n’est pas le seul. On va battre tous les records. Mille mètres bientôt, seize-cent (le mile), dans pas longtemps. Curieusement, sismique Tokyo veut construire une tour de 1699 mètres… 
A quoi cela rime-t-il ? Ces grands bâtiments ne me semblent plus des prouesses. Cela se ramène à un beau dessin. Puis une entreprise de BTP l’exécute. Il est loin le temps des cathédrales, où chaque artisan était une artiste, où chaque détail était une œuvre d’art, dans la contemplation de laquelle on peut se perdre. 
Autre visage de la spéculation ? Faire croire que le progrès est en marche, alors qu’il n’y a rien de neuf. Marketing bullshit ?