La chute de la maison Uber

Ubérisation a dit Maurice Lévy. Il y a quelques années, Uber était le symbole de la « disruption ». La vieille entreprise allait crever. Elle serait remplacée par du jeune, dynamique et numérique.

Uber a perdu 5,2md$ sur un trimestre… Il n’est que l’ombre de lui-même.

Qu’est-ce qu’était Uber ? La fusion de la contre-culture américaine et du capitalisme le plus primitif. La croyance au bien et au mal. Uber affrontait des politiciens corrompus et le lobby des taxis. L’innovation numérique, le logiciel, allait révolutionner, par miracle, la qualité du service. Et même résoudre la question de l’insécurité au Brésil. Guerre de religion. Uber recrutait des croyants, qu’elle payait royalement. Pour gagner tous les coups étaient permis, et l’argent ne comptait pas.

Mais la réalité s’est rappelée à eux. Uber a beaucoup de concurrents, et aucun avantage concurrentiel. Elle dépense beaucoup et gagne peu. Et son modèle a une faille : ses chauffeurs avec lesquels Uber est en guerre. Seul espoir : la voiture autonome. Uber est un puits sans fond. Mais Uber a enrichi beaucoup de monde : les investisseurs qui ont vendu leurs actions lors de l’entrée en bourse de la société. Uber a été un attrape nigauds.

Fin d’une nouvelle bulle spéculative ?

Psychologie de l'utilisateur de trottinettes

Je viens de découvrir que la trottinette était un objet spéculatif. La trottinette électrique a fait un malheur chez les fonds d’investissement, on y investit des centaines de millions. C’est pourquoi il y en a autant.

Rationalité économique ou idéologie ? On retrouve derrière ce mouvement les Google, les Uber et autres activistes d’une transformation de la société par le marché. J’observe d’ailleurs que pas mal de cadres branchés utilisent la trottinette. Le cadre branché est cool. Il brasse des millions et nos vies, mais il a aussi des plaisirs enfantins. C’est un être parfait qui un de gros diplômes, une grosse situation, et un gros physique. Comme les nobles d’hier, il s’aime et il se montre. Il se plaît à choquer les conventions d’un peuple d’inférieurs. La trottinette : le destrier du surhomme ?

(Dans mon enfance, la trottinette, ou patinette, était un jeu de petite fille. Curieux comme le monde change !)

Esprit start up

Le directeur technique d’une start up me disait qu’après un an de bons et loyaux services, il est promu collaborateur direct du fondateur. Annonce. Le week-end passe. Le fondateur lui dit : j’ai réfléchi, je veux quelqu’un qui soit un recruteur de talents, ce ne peut pas être toi. Notre homme, du jour au lendemain, est licencié ! Ses compétences étant très recherchées, il n’a que l’embarras du choix pour retrouver un poste. Mais l’enseignement de cette histoire n’est pas là.

Les entreprises ordinaires sont basées sur des « modèles » : je vends tant de milliers de machines en France, je pourrais en vendre autant en Allemagne ; pour y mettre en place un réseau de distribution, il me faut tant d’argent. Par contraste, la start up est une promesse, la plupart du temps impossible à tenir. Une sorte d’acte de foi. Une forme de pensée magique. Son dirigeant se prend pour un génie. Quand elle est rappelée à la réalité, elle réagit conformément à sa logique.

(En fait, la start up française est une caricature de la start up américaine.)

Intelligence artificielle : nouvel hiver ?

Luc Julia craint un nouvel « hiver » pour l’intelligence artificielle. Il y en a déjà eu deux. A chaque fois, le phénomène est le même : la montage accouche d’une souris. Dépitée, la société renie l’intelligence artificielle. La cause est le mot « intelligence ». On pense avoir découvert une super intelligence, alors qu’il n’y a pas d’intelligence du tout. La machine ne fait que ce qu’on lui dit de faire.

Qu’est-ce qui a provoqué cet enthousiasme irrationnel concernant l’IA ? Je cite souvent un article, lu il y a longtemps, qui disait que les affaires d’IBM allant mal, cette entreprise pariait, pour son avenir, sur son moteur d’IA, Watson. Je soupçonnais que beaucoup d’entreprises avaient des motivations spéculatives. Mais, ce n’est peut être que la partie émergée de l’iceberg.

Aujourd’hui, les entreprises ont un discours relativement sobre en ce qui concerne l’IA. Ce n’est pas le cas de la presse, ou même des universités, ou encore des politiques.

En fait, tout le monde avait envie de croire, ou intérêt à croire, à ce type de bobards. Notre société demeure extrêmement peu contrôlée par la raison.

Intelligence artificielle : fin de bulle ?

Intelligence artficielle : on retombe sur terre ? me suis-je demandé. J’étais invité à un « symposium » Intelligence artificielle et relation client. Finie l’intelligence artificielle plus intelligente que l’intelligence humaine, l’obsolescence humaine programmée. Un discours sobre sur les limites de l’IA. « Démystification de l’intelligence artificielle« , ai-je entendu.

  • J’ai écouté Luc Julia (descendant de l’inventeur des fractals, créateur de Siri et auteur de « L’intelligence artificielle n’existe pas« ), Arnaud Laroche (EY), Patrice Slupowski (Orange), Harley Davis (IBM). Tous semblaient d’accord. 
  • Une IA pas très révolutionnaire. Le renouveau de l’IA s’explique par le fait qu’il y a de la matière à analyser (désormais beaucoup de choses sont numérisées), par la puissance du cloud, et la démocratisation d’algorithmes mathématiques sophistiqués. Pour le reste, pas d’avancée. 
  • Les outils d’analyse statistique classiques continuent à se tailler la part du lion en « machine learning ». Le deep learning, les algorithmes neuronaux, concernent très peu d’applications. 
  • Les données posent de très curieux problèmes. Sans qu’on le sache, les données qui nourrissent la machine peuvent avoir des biais, par exemple révéler que la culture de votre entreprise est sexiste ou raciste. Ce qui rend votre IA sexiste et raciste. 
  • L’IA ne peut pas remplacer l’homme. L’IA a les vertus de la machine. Déjà la calculatrice de Pascal allait plus vite que l’homme. Mais, là où l’homme est fort, la machine est faible, voire inexistante. En particulier en ce qui concerne l’innovation. D’ailleurs, à tâche comparable, elle dépense vingt mille fois plus d’énergie qu’un cerveau humain. Si l’on voulait faire effectuer par l’IA toutes les tâches humaines, il n’y aurait pas assez d’énergie sur terre. Aussi, il faut cent mille photos de chats pour qu’une machine reconnaisse un chat, presque à tous les coups, alors que deux chats suffisent à un enfant… La voiture totalement autonome n’existera jamais. 
  • La confiance est une question critique. L’IA fait peur. Parce qu’elle menace l’emploi (apparemment crainte infondée), mais aussi du fait de ses biais (crainte justifiée). 
  • D’une manière générale, j’ai l’impression que tous les cabinets de conseil proposent désormais des démarches structurées pour mettre en oeuvre un projet d’IA.
  • 60% des entreprises en sont à l’expérimentation ; 30% l’utilisent en production, pour une application ; 4% en font un usage plus généralisé. (Eventuels gains pas connus.)
  • Bref, l’IA et l’homme ne sont pas en concurrence. Il faut apprendre à placer chacun sur ses forces. 
  • Finalement, le tiédissement de l’IA pourrait être une mauvaise nouvelle pour la France. En effet, le talent de nos mathématiciens serait reconnu. Les patrons techniques des plus grandes entreprises de la Silicon Valley seraient français et les entreprises étrangères installeraient des centres de recherche chez nous. Par ailleurs, l’Etat aurait parié sur l’IA (fonds de 400m€), et il serait désormais facile en France de lancer une start up. 

Start down nation

Lyft est entré il y a peu de temps en bourse. Depuis, son titre a perdu un quart de sa valeur. (Alors que la bourse est, globalement, en hausse.)
Notre gouvernement semble avoir une admiration sans bornes pour ce type de sociétés et chercher, à coups de milliards prélevés sur le reste de l’économie, à créer les conditions pour qu’elles naissent en France. Judicieux ?

Lyft : dernière chance de s'enrichir ?

L’entrée en bourse de Lyft, plate-forme de réservation de taxis, a été un succès. Si bien que beaucoup d’autres sociétés, dont Uber, vont suivre sont exemple. Or, « ses pertes, depuis 2016, s’élèvent à 2,3md$ » dit le Financial Times. Et il en est de même pour les autres « licornes ».

Cela m’a rappelé une conversation avec « trader », peu avant la crise de 2008. Je lui avais demandé s’il ne voyait pas arriver les crises. Il m’avait raconté, qu’au contraire, c’était des moments de grande excitation. Il ne fallait pas être le dernier à recevoir la « patate chaude ». Et si c’était le cas actuellement ? Et si les investisseurs voyaient poindre la fin d’une phase spéculative, et voulaient profiter de la dernière occasion de gagner beaucoup en peu de temps ?

(Que signifie « licorne » ? Une corne : les pertes, pas de revenus ? Un animal de légende, pour économie irréelle ?)

Géant du numérique français

Un groupement d’anciens de grandes écoles se demande comment créer un géant du numérique français. Décidément, la politique industrielle a le vent en poupe.

Et si l’on faisait comme les Chinois ? Ils ont fermé leurs frontières et ils ont copié ce qui se faisait aux USA. Le tour était joué.

Mon premier employeur, Dassault Systèmes, est un des rares succès français du numérique. Comme le dit son créateur, les derniers à acheter son logiciel ont été les Français. Il doit sa réussite commerciale à IBM, qui le distribuait, et qui est allé chercher les premiers clients, chez eux : aux USA et en Allemagne.

Je ne crois pas au numérique. C’est un miroir aux alouettes. Je soupçonne que les grandes innovations sont derrière nous, et qu’elles n’ont rien de magnifique. Tout le reste, cela n’a pas cessé depuis la bulle Internet, n’est que bulle spéculative après bulle spéculative. En revanche la France a un tissu économique riche qui ne demande qu’à être développé. Et si on arrêtait de copier ce qui se fait ailleurs, et on commençait à avoir un peu d’originalité, pour une fois ?

Autonomy ou les risques de la spéculation ?

L’Etat américain attaque le vendeur d’un éditeur de logiciel. L’homme est anglais. Il a vendu Autonomy à HP, pour 11md$. C’était en 2011. Depuis, HP affirme avoir été trompé sur la marchandise.

En jeu, outre une amende, vingt ans de prison… Cette nouvelle est un précédent. Elle montre l’agressivité des USA, qui font une affaire d’Etat d’une question privée, étrangère. (En outre, la justice anglaise s’est jugée incompétente.) Ensuite ce pourrait être la remise en cause de petits arrangements entre amis. Car l’engouement pour les modes du moment, Big data, IA et autres block chains, est spéculatif. La plupart des vedettes d’hier ne sont plus rien. Mais elles ont fait beaucoup d’heureux. Les perdants, les acquéreurs en dernière instance, tels HP, ne se vantent pas de leur infortune. Elle a d’ailleurs fait la carrière d’un dirigeant. En outre, il est difficile d’affirmer que l’acquéreur a été abusé : il est mieux équipé en compétences et en avocats que l’acquisition.

Morale ? Non seulement les acquéreurs-entreprises pourraient attaquer les vendeurs, avec des moyens  démesurés, mais les multiples violentes chutes de cours post introduction en bourse pourraient devenir l’objet de recours en justice. C’est une menace pour l’entrepreneur mais surtout pour toute l’industrie financière. La « fausse économie » entre-t-elle dans l’ère glaciaire ?

Start up Bubble

La Chine produit 6 millions de diplômés par an. Qu’en faire ? Des entrepreneurs. Même dans les coins les plus reculés, il y a des incubateurs. Mais il y aussi beaucoup d’argent. La Chine devrait dépasser la Silicon Valley en 2020. Du coup, la moindre coquille de noix numérique atteint des prix fantastiques. Ce phénomène est mondial. Il y a des masses gigantesques d’argent, qui n’arrivent pas à se placer. Elles se ruent sur les dernières trouvailles à la mode. En termes de valorisation « the sky is the limit » se serait exclamé Scarface. Voilà ce qu’expliquait une spécialiste internationale du « private equity ».

Les esprits chagrins y verront l’annonce d’un mouvement spéculatif, et d’une crise. Pourquoi pas en attendre un miracle ?

  1. S’il n’y a pas miracle, il y a crise. Et ce pourrait être la dernière. 
  2. On peut donner une interprétation positive à cette nouvelle. L’humanité a lancé toutes ses ressources, humaines et financières, à la recherche d’un nouveau modèle de développement. (Le précédent ne fournissant plus assez d’emplois.) Ce serait bien le diable si quelqu’un ne finit pas par trouver quelque-chose. Non ? 
  3. Parce que nous nous y prenons en dépit du bon sens, et que nous ne pourrons réussir que par miracle. Personne ne croit sérieusement aux modes qui permettent actuellement de lever des millions de dollars. Mieux : un messie, sauveur de l’humanité, ne trouvera pas de fonds. Ce qu’il dirait serait incompréhensible aux marchés financiers, myopement spécialisés. (Autre information donnée par le professeur de finance.)

Faisons monter l’orchestre sur le pont, comme on disait sur le Titanic ?