La recette de la licorne

On se plaignait que la France n’avait pas de licornes. Il en pleut !

Comme quoi, le Français finit toujours par comprendre. Il a longtemps cru, bêtement, qu’une « licorne » était une entreprise qui gagnait beaucoup d’argent, ou, au moins, qui se développait très fort, avec une grosse rentabilité. Pas du tout. Une licorne est une entreprise qui lève beaucoup d’argent !

Dans le monde des licornes, plus que le plumage, c’est le ramage qui compte. Et les temps sont favorables : il y a une montagne de cash qui ne parvient pas à se placer ! Bienvenue dans le « Magic quadrant » du Gartner, qui porte bien son nom : c’est le monde de l’illusion. Comme « licorne », d’ailleurs.

L'uranium s'enflamme

Hier, le Financial Times annonçait que les prix de l’uranium s’envolaient. Grosse spéculation. L’uranium est vu de plus en plus comme l’énergie de la transition climatique. 

La roche Tarpéienne est proche du Capitol ? Les écologistes pensaient avoir réussi le changement du siècle en convainquant le monde du réchauffement climatique. Ils possédaient l’arme absolue : l’énergie dite « renouvelable ». Certains devaient déjà penser « décroissance ». Le résultat est inverse. Les « forces du marché » ont vu que l’élimination du carbone avait tous les ingrédients de la prochaine bulle spéculative. Et le nucléaire a désormais le vent en poupe. Grâce à lui on va pouvoir consommer dix fois plus ? Voilà ce que donne un changement conduit par l’intellectuel ? 

Le FT annonçait aussi que la Guinée était un champion de l’aluminium, mais que sa population n’en avait pas profité. Et pourtant elle était dirigée par un socialiste. Voilà un intellectuel qui avait compris le bon usage de la parole ? 

Angleterre à vendre

Ce matin le Financial Times annonçait que les fonds d’investissement, qui débordent d’argent, achètent les entreprises anglaises, dont le Brexit a fait baisser les prix. 

Phénomène, qui, curieusement, n’intéresse personne. D’un côté, il y a ceux qui font tourner la planche à billets, notamment aux USA, les maîtres du monde, de l’autre, il y a ceux qui travaillent, qui créent, et qui ne valent rien. Dans un précédent billet, je disais que l’ensemble des PME françaises vaut une fraction d’une société comme Apple. Cela m’a toujours étonné que les USA n’aient pas déjà acheté le monde. 

Pour une fois, la France semble l’avoir compris. La French Tech s’est spécialisée dans la levée de fonds. Elle vend des licornes, nom moderne du « château en Espagne ». D’ailleurs, c’est peut-être aussi l’idée qu’ont eue les Chinois : il suffit d’inventer de l’argent pour acquérir, pour rien, la compétence des nations… 

Spéculation durable ?

Depuis dix ans, je reçois régulièrement des mails, de la même personne, m’annonçant un crash financier, pour demain. Le crash final. 

Ma théorie, sur cette question, est que la spéculation est durable, simplement parce que, dès qu’une bulle éclate, les banques centrales la regonflent. D’ailleurs, elles gonflent même, comme actuellement, quand il n’y a pas de bulle. Keynes a gagné, par KO.

Il y a des gens qui sont sous le robinet, des financiers, ou, ce qui est équivalent, des dirigeants salariés de multinationales ou des fondateurs de start up. Les virtuoses de la bulle. Ils s’enrichissent à chaque gonflage. Ensuite, ils ne savent pas quoi faire de leur argent. Alors, ils l’investissent dans une nouvelle bulle. Et, quand elle éclate, on leur redonne de l’argent pour rejouer. Si cela ne provoque pas de crise sociale, c’est parce que cette spéculation ne touche pas les biens de grande consommation, à l’exception de l’immobilier (d’où les gilets jaunes). Et peut-être aussi parce que la démocratie parvient à contenir la volonté de domination de l’oligarque. 

C’est une théorie.

Boom des SPAC

On parle beaucoup de SPAC dans la presse économique. Le SPAC est un fonds d’investissement. (Voir ce qu’en dit wikipedia.) L’objet du SPAC est généralement flou. Ses investisseurs ont, essentiellement, foi en ses managers. Et, si j’en crois wikipedia, les dits investisseurs ne retrouvent généralement pas leur mise. Ce qui n’est pas le cas, paradoxalement, pour ceux qui sont à l’origine du fonds.

Pourquoi un boom ? Probablement parce qu’il y a beaucoup d’argent qui ne parvient pas à s’investir. A chaque bulle, à chaque crise, depuis 20 ans, les banques centrales impriment de l’argent, toujours plus (l’unité est maintenant le millier de milliards), qui nourrit de nouvelles bulles. Chaque bulle est une croyance au père Noël. Cette fois-ci, on raconte que l’économie va repartir comme avant, mais qu’il va y avoir beaucoup d’entreprises qui sont surendettées. Donc, facile : on récupère ces sociétés, et on attend le beau temps. 

Seulement, beaucoup de ces sociétés n’allaient déjà pas bien avant, et parier sur un monde d’après qui serait identique au monde d’avant semble un rien dangereux. Il suffit de regarder où en était l’économie il y a seulement 10 ans pour s’en persuader. Surtout, tous ces investisseurs sont des moutons de Panurge : leur offre semble devoir dépasser très largement la demande. 

Qu’est-ce que cela peut donner ? Un crash qui ne toucherait que les gens riches ? Une façon de liquider la bulle spéculative qui s’est formée dans les couches hautes de la société ? Mais, tout est interconnecté. Surtout, cet excès d’argent est malsain, il va empêcher des secteurs entiers de s’adapter au changement, qui est permanent, répétons le. Cela peut faire de très gros dommages. 

Vert, couleur de l'argent ?

Les investisseurs « activistes » imposent aux compagnies pétrolières de se préoccuper d’écologie. (Shell en a fait les frais récemment.)

Surprenant ? Une hypothèse est que la nature, réelle, de ces investisseurs est la spéculation. Ils sentent les mouvements qui parcourent la société et sur lesquels ils parient. C’est risqué, mais, si ça marche, on peut gagner très gros. La bourse n’est qu’un casino parcouru par les « esprits animaux » disait Keynes. 

Les écologistes ont crée une mode ? Les spéculateurs s’en servent ? Et demain ? 

(Financial Times : « Shell verdict sets scene for more corporate climate cases. Ruling establishing duty of care on human rights grounds suggests more companies will face litigation« .) 

GameStop

Un temps, j’ai été bombardé de nouvelles de l’affaire « GameStop ». 

De quoi s’agit-il ? D’un jeu américain. Faire de l’argent avec de l’argent. La spéculation. Il existe une profession dont le métier est de parier contre un cour de bourse (par exemple celui de Tesla). Cela se fait en vendant à terme des actions que l’on n’a pas. Si le prix baisse, on a gagné. Mais s’il augmente, c’est raté. Et cela, comme souvent, produit un cercle vicieux. Car dès que les prix montent, tous les vendeurs à terme doivent acheter des actions pour pouvoir respecter leur contrat, ce qui fait monter l’action… Si vous voulez gagner beaucoup, il faut donc faire comme les vendeurs à découvert, mais contre eux : acheter des actions contre lesquelles ils ont joué. Si vous êtes assez nombreux à le faire, le cercle vicieux démarre. Ils sont pris à la gorge. 

Comme dans toutes les spéculations, celui qui gagne est celui qui lance le mouvement. Cela attire une foule de gogos, dont les dernières générations se font prendre à revers. Car, il y a toujours un moment où celui qui était au début juge qu’il a assez gagné. Le cercle vicieux part à l’envers. 

Dans ma jeunesse, on m’a dit que les marchés financiers étaient parfaits, et que cela avait été démontré par des prix Nobel… 

Jack Welsh

Jack Welsh, légende du management anglo-saxon, est décédé. Etrange. Car, pour ce type de démiurge, la mort n’est pas possible.

Il a tellement impressionné ses contemporains qu’il a épousé la rédactrice en chef de la Harvard Business Review (de loin la plus respectée des revues mondiales de management), elle-même en pleine folie de la bulle Internet !

Le propre de la littérature du management est de nous dire d’imiter des entreprises qui, le lendemain, disparaissent. Eh bien, c’est ce qui est arrivé à GE. General Electric, durant son règne, fut la plus belle entreprise américaine. Puis, tout s’est dégonflé. Avait-il un talent exceptionnel de manager, ou d’illusionniste ?

J.Welsh a dirigé GE de 1981 à 2001

Le blues du fonds

WeWork a fait boire un bouillon à SoftBank, son investisseur japonais. Ce qui confirme que les licornes sont des animaux imaginaires. Quelques jours avant, le Financial Times annonçait que Warren Buffett ne savait pas comment dépenser les 128md$ qu’il détient en liquide.

Les milieux financiers disposent de beaucoup d’argent, mais ils n’ont nul endroit où l’investir ?

De la crise du modèle du « créateur de valeur » ? La valeur est partie chez les financiers, mais elle n’y a pas trouvé de créateur ?