Flop du SPAC

The Spac bubble and bust is one for the history books

Financial Times du 25 Novembre

Le Financial Times parle d’amnésie. Effectivement, j’ai toujours vécu au milieu des bulles spéculatives. J’ai même fait ma thèse de MPhil en Intelligence Artificielle, elle faisait rage dans les années 80. C’était la « 5ème génération ». La dite thèse m’a convaincu que la bulle était vide, en dehors de ce que l’on appelle la « réalité virtuelle », dont une application était les icônes de mon Mac de l’époque, ou les calendriers tournants de nos téléphones.

Aux USA, il y a un mot pour ces crises collectives : « management fads ». Mais, en France, on les prend toujours pour argent content. Le plus surprenant est que là-bas, comme chez-nous c’est l’élite intellectuelle qui semble gober le plus facilement ces balivernes.

Au cours des ans, j’ai identifié deux hypothèses pouvant expliquer le phénomène :

  • Celle qui ressort de l’étude de la crise de 29 par J.K. Galbraith : la bulle spéculative est un jeu financier tout à fait rationnel.
  • Celle, qui n’est pas incompatible avec la première, selon laquelle l’escroc n’escroque que celui qui a envie d’être escroqué. Quand vous vous proclamez un génie certifié par l’Education nationale, en particulier, et que vous vous retrouvez à la tête d’une multinationale ou d’une nation sans savoir quoi faire, vous êtes certainement prêt à croire au père Noël. Ne serait-ce que parce que d’autres pourraient y croire, et que le temps qu’ils y croient, il peut arriver un miracle ?

WeWork

Faillite de WeWork. On me dit : enfin, on va revenir à l’économie réelle !

J’en doute, WeWork, c’est l’Amérique. L’Amérique, ce sont des grands bateleurs qui séduisent des investisseurs par leurs folies. Elon Musk, Jeff Bezos, sont des bateleurs qui ont réussi. D’autres, comme Sam Bankman-Fried, échouent. Donald Trump est au milieu. Et, justement, les démocrates cherchent à le faire choir en attaquant ce que l’on tolère un temps chez les autres. L’électeur l’a bien compris : il trouve que ça n’est pas bien jouer. Le businessman est par nature un escroc, pourquoi le lui reprocher ?

En fait, la valeur de WeWork n’était pas plus artificielle que celle du dernier Picasso mis en vente. Le spéculateur sait que le marché leur donne un prix. Leur valeur réelle n’a aucun intérêt.

Faillite de la Silicon Valley

La banque de la Silicon Valley est en faillite. Grand classique. En 2021 a eu lieu une nouvelle bulle spéculative. Un grand nombre d’entreprises à la mode ont levé beaucoup d’argent, et l’ont laissé à la banque. N’ayant pas grand chose où investir, elle a mis ses fonds dans des obligations à taux fixe, bloquées 10 ans. Les taux ayant changé, ses actifs n’avaient plus de valeur.

Faut-il y voir une illustration de ma théorie de « l’inflation différentielle » ? La politique de « quantitive easing » des banques centrales a apporté énormément d’argent à certaines couches de la population. Cet argent s’est réinvesti dans des biens spéculatifs.

La faillite de la banque pourrait être un moyen de liquider ce trop plein sans mettre en danger la société ?

(Analyse du Financial Times.)

Amazon, la fin du rêve ?

J’achète mes livres anglais chez Amazon. L’autre jour, je n’ai pas trouvé ce que je cherchais. Or, il était chez Amazon Amérique ! Pas, non plus, de possibilité d’occasion. A la place Amazon propose une version électronique.

Pour moi, le génie d’Amazon, c’était une vision folle : le client est roi. Chez nous, vous trouvez tout ce que vous voulez ! Cette vision est morte.

Amazon est certainement aux mains des comptables : en vendant, cher, du contenu électronique, on fait un max de marge, et on n’utilise pas d’entrepôts, avec tous leurs syndicalistes. Mais on perd l’essentiel : l’âme de la société. Ce qui faisait sa valeur.

De toute manière, vous pouvez augmenter la marge autant que vous le voulez, jamais vous ne retrouverez le cours de bourse perdu.

Car ce que vendait Amazon, c’était du rêve pour financier. Toujours de nouvelles idées : le cloud, le livre électronique, les drones… A chaque fois, on pouvait ajouter l’espoir de revenus fantastiques aux business plans ! The sky was the limit ! Rien ne peut approcher de l' »irrational exhuberance » des marchés lorsqu’ils sont poussés par l’esprit de la spéculation. Quand on aime, on ne compte pas !

Max Weber parlait de « charisme » comme vertu du leader. Il est possible que la Bourse exige plutôt des magiciens. En tous cas, pas des comptables. Même s’ils sont créatifs…

Inflation

Que donne mes théories sur l’inflation confrontées à la réalité ?

Elles résistent. Curieusement, il semblerait que l’on ait trouvé le moyen d’éviter les crises monétaires. Et cela par un raisonnement complexe et contre-intuitif.

D’abord, il y a le récent Nobel, Ben Bernanke, qui a décidé lors de l’éclatement de la bulle internet, contre toute la littérature de l’économie, qu’il fallait avoir un recours massif à la planche à billets. Cela a produit une « inflation différentielle », en enrichissant massivement le « 0,1% », et en créant une spéculation sur le titre d’entreprise, et l’immobilier. Mais le commun des mortels n’a pas été touché. On a pu dire qu’il n’y avait pas d’inflation. L’INSEE ne s’intéresse qu’au prix de la carotte.

On peut même estimer que cela a créé une nouvelle économie. Ces nouveaux riches veulent investir leur argent. Et c’est bon pour la start-up. Même si elle est généralement un flop, elle permet à des gens de rêver, et à d’autres, en se la passant de main en main pendant une vie professionnelle, de toucher de gros salaires. Tout l’art de Robin Hood consiste désormais à créer des modes qui orientent cet argent vers des activités utiles.

Ce que l’on a découvert, ou redécouvert, c’est que l’inflation est une question de « tuyau ». Si on ne l’adapte pas, le « système » a une capacité à la croissance limitée. Vouloir pousser l’activité économique au delà de cette capacité produit un échauffement, l’inflation. Cela est arrivé lors du redémarrage de l’économie après confinement, et à l’occasion de la relance Biden. Cette inflation devient un mal, si elle crée une spirale d’augmentation des prix. C’est-à-dire si, lorsque il y a à nouveau équilibre entre le flux d’activités et le tuyau, il n’y a pas de contre poussée sur les prix.

Cela révèle aussi la nature du mal : l’inflation, contrairement à ce que pense l’économie, ne touche pas tout le monde de la même façon. Les « isolés », qui sont très nombreux dans une société libérale, peuvent être broyés.

Et les gouvernements ? Au lieu d’accorder des augmentations de salaires, qui sont irréversibles, ils ont apporté un secours à court terme. Ils ont été aidés par la faiblesse des syndicats, et des grandes organisations. De plus en plus l’action syndicale paraît être une défense de minorités privilégiées, aux dépens de la majorité et de l’intérêt général (cf. paragraphe précédent). C’est peut-être ce qu’estime le gouvernement anglais, qui ne bouge pas face à un mouvement de grève massif. Et ce qui explique, peut-être aussi, la réforme des retraites de notre gouvernement.

(Le moment Thatcher de M.Macron ? A ce sujet, il est surprenant qu’il n’ait pas placé l’âge de la retraite à 70 ans. Histoire de montrer sa force. Peut-être sera-ce pour la prochaine fois ?)

La Silicon Valley licencie

Depuis quelques temps les champions de la Silicon Valley licencient en masse. Tradition américaine.

Paradoxalement, le montant des économies faites n’a rien à voir avec la perte de valeur boursière. Elon Musk, le magnifique, pousse l’idée à sa conséquence logique : après avoir alerté le marché sur le peu de valeur de ce qu’il avait acheté très cher, il s’est mis à chasser son personnel.

Après le Fabless, on en arrive à l’entreprise sans employés. Le rêve d’Ayn Rand et du capitalisme américain ?

Fake it until you make it

11 ans de prison pour la plus jeune milliardaire. Histoire de Theranos et de la Silicon Valley dont la devise est « faking it until making it », selon la BBC.

Cela en dirait-il long ? Le conseil d’administration de Theranos était composé de ministres.

Mais, un de mes patrons me disait « je ne sais pas ce que j’ai vendu, débrouillez-vous ». Faking it n’est pas qu’américain.

N’est-ce pas l’esprit du nouveau monde, qui émerveille Emmanuel Macron et qu’il rêve de nous faire partager ?

(A suivre, dans la même série : l’histoire de FTX. Avant celle d’Elon Musk ?)

Nuit du Krash

Il y a quelques temps France culture diffusait une nuit du Krash. On y célébrait la mémoire des krash boursiers.

Celui de 29 m’a intéressé. Ce fut une histoire d’idéologie. Le président Hoover ressemblait au président Bush : il ne voulait pas toucher aux valeurs américaines. Il fallait laisser faire. Entre gens de bonne compagnie, tout ne pouvait que rentrer dans l’ordre. Il en est arrivé à imposer à l’Allemagne de ne pas payer ses dettes de guerre à l’Europe, pour que ses entreprises puissent payer leurs dettes aux entreprises américaines. Roosevelt a pris le contre-pied de cette politique : il a dit, en substance, je n’ai pas de bonne solution, mais l’Etat doit intervenir. On apprendra en avançant.

Le plus instructif, peut-être, était la cause du krash. C’est une pathologie de la monnaie. Cela survient à un moment où tout va bien. Mais, paradoxalement, cela détruit la société, sans raison. Et, comme on l’a vu, cela peut aller jusqu’à créer une guerre. C’est aussi une crise de l’irresponsabilité. Un jeu du gendarme et du voleur. Les financiers déploient des trésors d’ingéniosité pour faire prendre à la société des vessies pour des lanternes. Dernièrement, on a dit qu’ils étaient parvenus à assurer la maison de leur voisin pour faire fortune en y mettant le feu.

J’ai étudié le « contrôle des systèmes » dans ma jeunesse (on disait aussi « automatique »). Dommage que cette discipline ne se soit pas penchée sur la finance ?

La fin des start up ?

La start up est une innovation de Goldman Sachs. 

Goldman Sachs a été le grand Satan de la spéculation de 29. On dit que toute la législation qui en a résulté a été écrite pour lui. 

Goldman Sachs était, depuis, devenu une banque triste. Elle s’occupait de faire entrer en bourse des entreprises qui avaient fait leurs preuves. Mais la bulle internet a réveillé son démon. Elle a eu une idée géniale : et si, au lieu de donner une valeur à une entreprise en fonction de son histoire, on le faisait en fonction de ses perspectives ? La banque ne prend aucun risque, puisqu’elle prélève une commission lors de l’entrée en bourse ! La start up était née. 

Elle a tué l’innovation organique, et peut-être même la recherche publique. En effet, à quoi sert-il de subir les coûts de la recherche, alors que le marché est prêt à les payer très cher ? D’ailleurs, que ces entrepreneurs sont séduisants quand on les compare aux entrepreneurs et aux scientifiques traditionnels ! 

Les sphères de la pensée ont nommé ce phénomène « open innovation », sans plus réfléchir à ses conséquences. 

Comme le disait un précédent billet, la fin du « quantitative easing » des banques centrales devrait retirer à la spéculation, et donc à la start up, son énergie. Il va falloir en revenir aux moyens d’innover anciens. 

L’ère du rêve est fini, travaillez, prenez de la peine, c’est le fond qui manque le moins ?

(L’édifiante histoire de Goldman Sachs.)