La Silicon Valley licencie

Depuis quelques temps les champions de la Silicon Valley licencient en masse. Tradition américaine.

Paradoxalement, le montant des économies faites n’a rien à voir avec la perte de valeur boursière. Elon Musk, le magnifique, pousse l’idée à sa conséquence logique : après avoir alerté le marché sur le peu de valeur de ce qu’il avait acheté très cher, il s’est mis à chasser son personnel.

Après le Fabless, on en arrive à l’entreprise sans employés. Le rêve d’Ayn Rand et du capitalisme américain ?

Fake it until you make it

11 ans de prison pour la plus jeune milliardaire. Histoire de Theranos et de la Silicon Valley dont la devise est « faking it until making it », selon la BBC.

Cela en dirait-il long ? Le conseil d’administration de Theranos était composé de ministres.

Mais, un de mes patrons me disait « je ne sais pas ce que j’ai vendu, débrouillez-vous ». Faking it n’est pas qu’américain.

N’est-ce pas l’esprit du nouveau monde, qui émerveille Emmanuel Macron et qu’il rêve de nous faire partager ?

(A suivre, dans la même série : l’histoire de FTX. Avant celle d’Elon Musk ?)

Nuit du Krash

Il y a quelques temps France culture diffusait une nuit du Krash. On y célébrait la mémoire des krash boursiers.

Celui de 29 m’a intéressé. Ce fut une histoire d’idéologie. Le président Hoover ressemblait au président Bush : il ne voulait pas toucher aux valeurs américaines. Il fallait laisser faire. Entre gens de bonne compagnie, tout ne pouvait que rentrer dans l’ordre. Il en est arrivé à imposer à l’Allemagne de ne pas payer ses dettes de guerre à l’Europe, pour que ses entreprises puissent payer leurs dettes aux entreprises américaines. Roosevelt a pris le contre-pied de cette politique : il a dit, en substance, je n’ai pas de bonne solution, mais l’Etat doit intervenir. On apprendra en avançant.

Le plus instructif, peut-être, était la cause du krash. C’est une pathologie de la monnaie. Cela survient à un moment où tout va bien. Mais, paradoxalement, cela détruit la société, sans raison. Et, comme on l’a vu, cela peut aller jusqu’à créer une guerre. C’est aussi une crise de l’irresponsabilité. Un jeu du gendarme et du voleur. Les financiers déploient des trésors d’ingéniosité pour faire prendre à la société des vessies pour des lanternes. Dernièrement, on a dit qu’ils étaient parvenus à assurer la maison de leur voisin pour faire fortune en y mettant le feu.

J’ai étudié le « contrôle des systèmes » dans ma jeunesse (on disait aussi « automatique »). Dommage que cette discipline ne se soit pas penchée sur la finance ?

La fin des start up ?

La start up est une innovation de Goldman Sachs. 

Goldman Sachs a été le grand Satan de la spéculation de 29. On dit que toute la législation qui en a résulté a été écrite pour lui. 

Goldman Sachs était, depuis, devenu une banque triste. Elle s’occupait de faire entrer en bourse des entreprises qui avaient fait leurs preuves. Mais la bulle internet a réveillé son démon. Elle a eu une idée géniale : et si, au lieu de donner une valeur à une entreprise en fonction de son histoire, on le faisait en fonction de ses perspectives ? La banque ne prend aucun risque, puisqu’elle prélève une commission lors de l’entrée en bourse ! La start up était née. 

Elle a tué l’innovation organique, et peut-être même la recherche publique. En effet, à quoi sert-il de subir les coûts de la recherche, alors que le marché est prêt à les payer très cher ? D’ailleurs, que ces entrepreneurs sont séduisants quand on les compare aux entrepreneurs et aux scientifiques traditionnels ! 

Les sphères de la pensée ont nommé ce phénomène « open innovation », sans plus réfléchir à ses conséquences. 

Comme le disait un précédent billet, la fin du « quantitative easing » des banques centrales devrait retirer à la spéculation, et donc à la start up, son énergie. Il va falloir en revenir aux moyens d’innover anciens. 

L’ère du rêve est fini, travaillez, prenez de la peine, c’est le fond qui manque le moins ?

(L’édifiante histoire de Goldman Sachs.)

Fin de bulle ?

Les changements se succèdent. Quel sera le prochain ? 

Celui de la spéculation ? 

Nous avons subi une succession de bulles spéculatives, « bulle internet », « sub primes » et autres. A chaque explosion de bulle, les banques centrales ont réinjecté des masses de cash pour relancer l’économie. Ce cash a très peu atteint sa cible, ce qui explique qu’il n’y ait pas eu d’inflation, mais est resté coincé dans les couches spéculatrices. Le modèle qui en a résulté est celui dit de « l’open innovation », encore connu sous le nom de « start up » ou de « X tech » (remplacer X par le nom d’une nation). 

Le départ d’inflation force les banques centrales à faire machine arrière. Il risque de devenir très difficile de lever des fonds pour un nouveau projet. Il va falloir faire avec les moyens du bord. Après les traders et les bateleurs, façon Musk, les entreprises et les personnes qui ont conservé un savoir-faire pourraient elles être les gagnantes du changement ?

(NB. « l’inflation » est une mesure théorique, qui exclut énormément de choses. Ce qui explique que le prix des actions ou de l’immobilier puisse s’envoler, sans qu’il y ait d’inflation.)

Tesla : enfant de la bulle ?

L’autre jour, le FT (23 août) disait que « Hyundai rattrapait Tesla ». Combien durera Tesla ? 

A performance équivalente le marché donne à Tesla une valeur vingt fois plus grande qu’à un grand constructeur. Tesla est un phénomène spéculatif. 

En fait Tesla ne vend pas à un marché, mais à une secte. Ainsi me parlait-on de quelqu’un (un Français) qui a mis de la moquette dans son garage pour que sa Tesla y soit dans des conditions dignes d’elle. 

Aux USA cette secte est puissante. C’est celle qui a profité de la politique de « quantitative easing » de la banque centrale nationale, qui regonfle bulle après bulle. Elle s’identifie à Elon Musk. 

Mais quelle est la taille de cette secte ? Va-t-elle résister aux nouvelles politiques des banques centrales ?… 

La start up : l'invention qui a changé le monde

La start up est un phénomène dont on n’a pas compris la signification. C’est peut-être la plus grande innovation des 50 dernières années ! 

J’ai lu l’histoire de l’industrie en France. On y disait que les premières générations d’entrepreneurs s’étaient ruinées. Il est extrêmement coûteux de mettre au point une innovation et, peut être encore plus, de convaincre le marché de changer ses habitudes. Or, l’entrepreneur, par définition, n’a pas d’argent. Il doit vivre d’expédients. Ce qui lui est, bien souvent, fatal. 

Mais tout a changé avec la bulle Internet. D’un seul coup, le marché s’est mis à financer le rêve. L’entrepreneur est devenu un formidable bateleur. Certes, c’est fatigant d’être un bateleur, mais, avec un peu de technique et de conviction, cela permet de trouver rapidement de l’argent, et de vivre ensuite confortablement, comme un Elon Musk aux USA. 

La bulle Internet nous a aussi appris que la vaste majorité (je ne serais pas surpris que ce chiffre soit supérieur à 99,9%, pour la bulle Internet) de ces entreprises n’était pas viable et n’apportait rien à la société. 

Seulement, ces entreprises qui « ne créent pas de valeur » en ont une. De même que le diamant n’a pas d’utilité, mais une valeur sociale, il y a tout un marché de la start up. Les banques centrales, à chaque bulle, impriment de l’argent, qui est capté par une partie de la société, qui a besoin ensuite de l’investir. Cet argent va, par le biais de fonds ou en direct, vers les start up. Ainsi un fonds va investir dans une start up, puis revendre ses parts à un autre fonds, qui a besoin de mettre son argent quelque part, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’une grande entreprise achète la start up. 

En effet, dans ce modèle, l’entreprise n’a pas intérêt à supporter les coûts de l’innovation, alors qu’elle pourrait les faire assumer par le marché. Elle achète l’innovation avec la start up. 

La beauté de ce mécanisme est que, au moins en théorie, l’on a trouvé un moyen de financer l’innovation, et, en même temps, d’éviter l’inflation. Il prouve que la spéculation est un phénomène rationnel. Et le métier d’entrepreneur devient quasiment aussi sûr, mais bien plus rémunérateur, que celui de fonctionnaire. Reste à savoir ce que ce type d’innovation de bateleurs peut produire… 

Electric Spac

Récemment, Harley Davidson, qui va mal, a fait de son activité moto électrique une entreprise à part entière. Pour cela, elle a utilisé un SPAC. Un montage financier pour manoeuvre spéculative, qui fait fureur parmi les grandes fortunes.

Ce blog a parfois raison avant tout le monde… Parmi les nombreuses défaillances du marché, qui n’est que défaillances, il y a son incapacité à évaluer ce qui est à l’intérieur d’un entreprise. Ainsi Tesla vaut-il très cher alors que son équivalent à l’intérieur d’un fabricant d’automobiles traditionnels ne vaut rien, voire a une valeur négative ! Paradoxe : la partie vaut plus que le tout (la valeur du fabricant traditionnel).

Dans ces conditions il est surprenant que personne n’ait compris plus tôt que dès que vous possédez quelque-chose qui a le vent de la spéculation dans le dos, vous devez en faire une société séparée. Vous avez des entrepôts ? Vous êtes de la graine des Amazon ! Des taxis, Uber en puissance ! Des caravanes, des tentes ou des bateaux, des bunkers ou autre abri à louer ? C’est AirBnB !

Cela n’a que des avantages. C’est le marché qui paie votre recherche et développement, et qui assume le risque d’échec. En outre vous pouvez donner des parts de la société nouvelle à ceux qui en sont les chevilles ouvrières, ce qui les motive extraordinairement. Et, avec la valeur de vos propres actions, vous pouvez acheter de vraies sociétés. C’est ce qu’a fait AOL avec Time Warner. Comme je l’écrivais il y a peu, Chief Speculation Officer est une métier d’avenir.

Pour finir, il y a peut-être quelque-chose de vertueux dans cette affaire. En effet, un des problèmes de notre temps est que les banques centrales, à chaque crise, impriment beaucoup d’argent. Cet argent, qui devrait stimuler l’économie, reste coincé dans les couches hautes de la société, créant des fortunes de plus en plus colossales. Pour le reste, l’inflation sur les biens de grande consommation (la seule qui est prise en compte) était contenue jusque-là. Si la spéculation financière pouvait créer des crises qui ne touchent pas l’économie réelle, cela permettrait une régulation naturelle des émissions des banques centrales.

(Ce blog, aussi, peut sacrifier aux circonstances, et vous proposer des idées originales de cadeaux.)

La bulle spéculative pour les nuls

La plupart des entreprises travaillent très dur et tirent le diable par la queue. D’autres ne produisent rien et valent cent milliards ou plus. La différence, c’est la spéculation. 

Pourquoi, chaque entreprise ne chercherait-elle pas à en tirer partie ? Pourquoi pas une chaire de spéculation à HEC, par exemple ? 

Les mécanismes spéculatifs ont fait l’objet de travaux d’économistes très sérieux, et sont forts complexes. Quoi qu’ils soient tout à fait rationnels. 

La technique de la bulle spéculative consiste à faire penser que, même si un bien ne vaut rien, il y a un consensus social selon lequel il y a de l’argent à gagner en pariant sur lui, lorsqu’il est à la hausse, et en se dégageant, avec célérité, lorsqu’il est à la baisse. Et il y a des leaders d’opinion, tels que Goldman Sachs en 29, pour montrer la voie. 

Il y a le degré zéro de la spéculation, la bulle spéculative évidente, telle que la voiture électrique, ou le moteur à hydrogène, il y a aussi l’art, le grand art. Et il consiste à prendre une activité totalement ringarde, les taxis ou les entrepôts, par exemple, pour en faire un nouvel eldorado, Uber ou Amazon. La sidération produit la spéculation. Les investisseurs de la Silicon Valley, qui avaient compris la valeur de start up de B.Obama, disaient que la bonne start up est un discours nouveau sur un sujet ancien. Mais ce n’est pas un art de brute. Il est tout en subtilités. The Economist, par exemple, a cru à la disruption de la prostitution. Flop. 

Ce n’est qu’un début. Tout le succès est dans la communication. Un travail de pro, d’Américain. Comme l’écrivait le professeur Trivers, un psychologue, ce qui fait le succès de l’escroc, c’est qu’il croit à ce qu’il dit.

La propriété comme hold up

La propriété c’est le vol. Car elle permet de rafler la « plus value ». Théorie de Proudhon. 

Facile à comprendre : un consultant indépendant tire le diable par la queue, en revanche, s’il parvient à recruter du monde, il va récupérer la différence entre le salaire de ses employés et leur prix de vente (la « plus value »). 

Curieusement, Proudhon, qui avait été un entrepreneur, n’a pas compris la leçon de sa faillite. Car tout n’est pas rose dans la vie de l’entrepreneur. Quand la conjoncture se retourne, il doit utiliser la plus value (que l’on appelle trésorerie), pour renflouer l’entreprise. 

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Les Américains ont innové. Aidés par les financiers, les plus habiles d’entre-eux ont fait de leurs entreprises des objets de spéculation. C’est désormais le capital qui fournit une plus value gigantesque. The hold up of the century, Mr Proudhon ?