Intelligence spéculative

Big tech strives to satisfy investor hunger for AI profits

Financial Times de samedi

Depuis quelque temps, je lis que la valeur de l’action Microsoft croit vigoureusement. Explication : le bruit de l’intelligence artificielle.

On s’est interrogé sur la rationalité du marché financier. Il semble qu’elle soit là. De temps à autre émerge un mot, « intelligence artificielle » par exemple. Il n’a aucune signification, sinon qu’il y a de l’argent à gagner, façon ruée vers l’or. Il faut être présent au bon moment, mais pas trop longtemps. Car la bulle finit rapidement par éclater.

Un métier à inventer ? Ou du moins à faire sortir de l’artisanat ? Souffleur de bulle ?

Comment gagner des milliards

Elon Musk’s AI start-up seeks to raise $6bn from investors to challenge OpenAI
Elon Musk’s xAI is in talks to raise up to $6bn, as the Tesla and X chief looks to global investors, including in Hong Kong, to finance his challenge to Microsoft-backed OpenAI.

Financial Times de jeudi

Grande inflation ? La start-up a maintenant besoin de milliards.

En tous cas, lorsque vous avez accès aux « bons réseaux », il y a là une façon habile de s’enrichir. Vous saisissez une idée dans le vent, vous levez une poignée de milliards. L’investissement donne une grande valeur à ce qu’il vous reste d’actions. Cercle vertueux.

(Quand on vit de la spéculation, il faut être inventif ? Au moment où Tesla commence à avoir du plomb dans l’aile, Elon Musk a besoin d’un « relais de croissance » ?)

(PS. Depuis, un autre article du FT a donné la valeur estimée du projet par Elon Musk : 20md$. Il vient de gagner 14md$. Comme le dit M.Macron, il n’y a qu’à traverser la rue pour gagner de l’argent.)

Tesla boom ?

China’s BYD moves closer to unseating Tesla as EV leader
Strong sales increase pressure on US pioneer to keep crown as top seller of purely electric vehicles

Financial Times du 1er janvier

Tesla et Elon Musk auront été un signe de notre temps.

Rien ne justifie le prix des actions de Tesla : ses concurrents, qui peuvent faire de meilleures voitures que lui, valent infiniment moins. Tesla est un titre spéculatif.

Ce blog dit que la spéculation est rationnelle, mais qu’elle n’a qu’un temps. Elon Musk n’a pas su renouveler le rêve qui gonfle les bulles.

Au moins aura-t-il profité de son image de libertaire, qui en a fait le grand prêtre d’une religion de médiocres. A l’ère des réseaux sociaux, ce sont les troupes de choc de la notoriété et de la fortune.

Intelligence dégénérée ?

The AI revolution’s first year: has anything changed?
The launch of ChatGPT was heralded as the dawn of a new age. But companies are wondering how useful generative AI really is

Financial Times de samedi

On ne peut faire le bilan de l’année sans parler d’Intelligence Artificielle « générative ».

L’IA s’est révélée, depuis 40 ans que je la connais, comme un formidable outil pour marketing et spéculation financière. Comme l’escroquerie, elle semble profiter de la caisse de résonance de nos fantasmes. Une intelligence qui dominerait la nôtre, la fin du travail, le péril jaune, etc. Et, en plus, une intelligence mystérieuse, qui « émerge » d’algorithmes bestiaux à qui la puissance des ordinateurs donne vie. Ce qui convainc ceux qui les créent qu’ils sont des dieux. (Moins on domine ce que l’on fait, plus on le croit !)

Surtout elle se prête aux tours de passe-passe qui frappent les esprits. Et un champion d’échecs par ci et un tableau de maître par là…

Flop du SPAC

The Spac bubble and bust is one for the history books

Financial Times du 25 Novembre

Le Financial Times parle d’amnésie. Effectivement, j’ai toujours vécu au milieu des bulles spéculatives. J’ai même fait ma thèse de MPhil en Intelligence Artificielle, elle faisait rage dans les années 80. C’était la « 5ème génération ». La dite thèse m’a convaincu que la bulle était vide, en dehors de ce que l’on appelle la « réalité virtuelle », dont une application était les icônes de mon Mac de l’époque, ou les calendriers tournants de nos téléphones.

Aux USA, il y a un mot pour ces crises collectives : « management fads ». Mais, en France, on les prend toujours pour argent content. Le plus surprenant est que là-bas, comme chez-nous c’est l’élite intellectuelle qui semble gober le plus facilement ces balivernes.

Au cours des ans, j’ai identifié deux hypothèses pouvant expliquer le phénomène :

  • Celle qui ressort de l’étude de la crise de 29 par J.K. Galbraith : la bulle spéculative est un jeu financier tout à fait rationnel.
  • Celle, qui n’est pas incompatible avec la première, selon laquelle l’escroc n’escroque que celui qui a envie d’être escroqué. Quand vous vous proclamez un génie certifié par l’Education nationale, en particulier, et que vous vous retrouvez à la tête d’une multinationale ou d’une nation sans savoir quoi faire, vous êtes certainement prêt à croire au père Noël. Ne serait-ce que parce que d’autres pourraient y croire, et que le temps qu’ils y croient, il peut arriver un miracle ?

WeWork

Faillite de WeWork. On me dit : enfin, on va revenir à l’économie réelle !

J’en doute, WeWork, c’est l’Amérique. L’Amérique, ce sont des grands bateleurs qui séduisent des investisseurs par leurs folies. Elon Musk, Jeff Bezos, sont des bateleurs qui ont réussi. D’autres, comme Sam Bankman-Fried, échouent. Donald Trump est au milieu. Et, justement, les démocrates cherchent à le faire choir en attaquant ce que l’on tolère un temps chez les autres. L’électeur l’a bien compris : il trouve que ça n’est pas bien jouer. Le businessman est par nature un escroc, pourquoi le lui reprocher ?

En fait, la valeur de WeWork n’était pas plus artificielle que celle du dernier Picasso mis en vente. Le spéculateur sait que le marché leur donne un prix. Leur valeur réelle n’a aucun intérêt.

Faillite de la Silicon Valley

La banque de la Silicon Valley est en faillite. Grand classique. En 2021 a eu lieu une nouvelle bulle spéculative. Un grand nombre d’entreprises à la mode ont levé beaucoup d’argent, et l’ont laissé à la banque. N’ayant pas grand chose où investir, elle a mis ses fonds dans des obligations à taux fixe, bloquées 10 ans. Les taux ayant changé, ses actifs n’avaient plus de valeur.

Faut-il y voir une illustration de ma théorie de « l’inflation différentielle » ? La politique de « quantitive easing » des banques centrales a apporté énormément d’argent à certaines couches de la population. Cet argent s’est réinvesti dans des biens spéculatifs.

La faillite de la banque pourrait être un moyen de liquider ce trop plein sans mettre en danger la société ?

(Analyse du Financial Times.)

Amazon, la fin du rêve ?

J’achète mes livres anglais chez Amazon. L’autre jour, je n’ai pas trouvé ce que je cherchais. Or, il était chez Amazon Amérique ! Pas, non plus, de possibilité d’occasion. A la place Amazon propose une version électronique.

Pour moi, le génie d’Amazon, c’était une vision folle : le client est roi. Chez nous, vous trouvez tout ce que vous voulez ! Cette vision est morte.

Amazon est certainement aux mains des comptables : en vendant, cher, du contenu électronique, on fait un max de marge, et on n’utilise pas d’entrepôts, avec tous leurs syndicalistes. Mais on perd l’essentiel : l’âme de la société. Ce qui faisait sa valeur.

De toute manière, vous pouvez augmenter la marge autant que vous le voulez, jamais vous ne retrouverez le cours de bourse perdu.

Car ce que vendait Amazon, c’était du rêve pour financier. Toujours de nouvelles idées : le cloud, le livre électronique, les drones… A chaque fois, on pouvait ajouter l’espoir de revenus fantastiques aux business plans ! The sky was the limit ! Rien ne peut approcher de l' »irrational exhuberance » des marchés lorsqu’ils sont poussés par l’esprit de la spéculation. Quand on aime, on ne compte pas !

Max Weber parlait de « charisme » comme vertu du leader. Il est possible que la Bourse exige plutôt des magiciens. En tous cas, pas des comptables. Même s’ils sont créatifs…

Inflation

Que donne mes théories sur l’inflation confrontées à la réalité ?

Elles résistent. Curieusement, il semblerait que l’on ait trouvé le moyen d’éviter les crises monétaires. Et cela par un raisonnement complexe et contre-intuitif.

D’abord, il y a le récent Nobel, Ben Bernanke, qui a décidé lors de l’éclatement de la bulle internet, contre toute la littérature de l’économie, qu’il fallait avoir un recours massif à la planche à billets. Cela a produit une « inflation différentielle », en enrichissant massivement le « 0,1% », et en créant une spéculation sur le titre d’entreprise, et l’immobilier. Mais le commun des mortels n’a pas été touché. On a pu dire qu’il n’y avait pas d’inflation. L’INSEE ne s’intéresse qu’au prix de la carotte.

On peut même estimer que cela a créé une nouvelle économie. Ces nouveaux riches veulent investir leur argent. Et c’est bon pour la start-up. Même si elle est généralement un flop, elle permet à des gens de rêver, et à d’autres, en se la passant de main en main pendant une vie professionnelle, de toucher de gros salaires. Tout l’art de Robin Hood consiste désormais à créer des modes qui orientent cet argent vers des activités utiles.

Ce que l’on a découvert, ou redécouvert, c’est que l’inflation est une question de « tuyau ». Si on ne l’adapte pas, le « système » a une capacité à la croissance limitée. Vouloir pousser l’activité économique au delà de cette capacité produit un échauffement, l’inflation. Cela est arrivé lors du redémarrage de l’économie après confinement, et à l’occasion de la relance Biden. Cette inflation devient un mal, si elle crée une spirale d’augmentation des prix. C’est-à-dire si, lorsque il y a à nouveau équilibre entre le flux d’activités et le tuyau, il n’y a pas de contre poussée sur les prix.

Cela révèle aussi la nature du mal : l’inflation, contrairement à ce que pense l’économie, ne touche pas tout le monde de la même façon. Les « isolés », qui sont très nombreux dans une société libérale, peuvent être broyés.

Et les gouvernements ? Au lieu d’accorder des augmentations de salaires, qui sont irréversibles, ils ont apporté un secours à court terme. Ils ont été aidés par la faiblesse des syndicats, et des grandes organisations. De plus en plus l’action syndicale paraît être une défense de minorités privilégiées, aux dépens de la majorité et de l’intérêt général (cf. paragraphe précédent). C’est peut-être ce qu’estime le gouvernement anglais, qui ne bouge pas face à un mouvement de grève massif. Et ce qui explique, peut-être aussi, la réforme des retraites de notre gouvernement.

(Le moment Thatcher de M.Macron ? A ce sujet, il est surprenant qu’il n’ait pas placé l’âge de la retraite à 70 ans. Histoire de montrer sa force. Peut-être sera-ce pour la prochaine fois ?)