Nouvelle ère ?

Private equity has become hazardous terrain for investors
The tailwind of freakishly loose monetary policy is now over

Financial Times, 15 juillet

La fin d’un phénomène qu’a étudié ce blog ? La banque centrale des USA a financé bulle spéculative après bulle spéculative. Il en est résulté le phénomène start up. Et des richesses fantastiques, généralement acquises pour avoir été là au bon endroit, au bon moment.

(La France, par mimétisme, a inventé la French Tech, et son Etat a financé massivement l’amorçage de start-up, sans beaucoup se préoccuper de leur viabilité ?)

Que va-t-il survenir ? Le « risque et l’opportunité », dans le changement, sont au moment de bascule. Depuis toujours une des caractéristiques des USA est la crise spéculative. On le dit peu, mais elle terrorisait les « robber barons » au début du siècle dernier, ce qui les a amenés à créer des monopoles. Plus tard ses crises se sont étendues au monde, et ont produit des guerres. Pourra-t-on en éviter une nouvelle, sans utiliser les fonds de la banque centrale ?

En tous cas, il y a une tentative de retour à la vertu. L’investisseur tenterait de résister à la tentation d’endetter ses participations afin de se verser des dividendes…

Private equity firms slash use of risky debt tactic to fund payouts
Use of fund-level net asset value loans to pay dividends falls 90% after institutional investors raise concerns

Super bulle

Nvidia could reach $50tn market cap in a decade, says top tech investor
Early Tesla and Amazon backer James Anderson sees chipmaker’s potential scale as ‘way higher than I’ve ever seen’

Financial Times du 14 juillet

Il est toujours intéressant de prendre les prévisionnistes au mot, pour vérifier, le moment venu, si leurs idées étaient correctes.

Voici ce que j’ai trouvé chez wikipedia :

Country / TerritoryTotal market cap
(in millions of US$)(as a % of GDP)
United States54,000,000194.5
China10,656,01865.1
Japan6,285,886126.7
https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_countries_by_stock_market_capitalization

Autrement dit, notre homme pense que Nvidia, qui est le fabricant de pelles de la ruée vers l’or artificiel, va, bientôt, à lui seul, doubler la valeur des entreprises américaines, qui semble déjà particulièrement élevée.

Sa véritable prédiction : les bulles spéculatives ne feront que grossir ?

All that glitters

On ne peut pas dire cela. A un moment, j’ai fréquenté les journalistes. Ce qui m’a frappé est que, lorsque je leur disais ce que je lisais dans la presse anglo-saxonne, ils me répondaient qu’ils ne pourraient pas l’écrire. Ce qui était d’autant plus curieux que gauche et droite censuraient des opinions qui auraient dû servir leur camp.

Ce souvenir m’est revenu en écoutant « All that glitters », une enquête de la BBC sur le milieu de l’art moderne. Aurait-on, en France, le droit de diffuser cette émission ?

Il y est question d’un des scandales qui a secoué ce petit milieu. Un jeune galeriste est devenu extrêmement riche, avant de finir en prison, en jouant sur l’art à la manière des financiers, par exemple en se faisant payer pour des oeuvres qu’il ne possédait pas.

Ce que disait crûment l’émission, c’est que l’art moderne n’est que spéculation, il n’a aucune valeur en tant qu’art. D’ailleurs, il est stocké dans des entrepôts. Personne ne le voit. A un moment, par exemple, les réserves de l’escroc sont auditées. Or, il lui manque une oeuvre. Il n’a aucun mal à la reconstituer. Ce qui abuse l’auditeur.

Ce que disait aussi l’émission, c’est que c’est un milieu consanguin. Ceux qui y évoluent sont des « enfants de ». Soit de gens du milieu, soit de « gens importants ». Une petite élite bobo qui vit dans le luxe, la fête et la drogue.

Drôle de mine

Il n’y a pas que le numérique ! Au Canada, les mines peuvent aussi faire des bulles.

A-t-on l’équivalent chez nous ? On trouve dans les programmes de la BBC des enquêtes passionnantes. Un journaliste de l’Empire a consacré 25 ans de sa vie à étudier tel ou tel scandale ou crime crapuleux. Et il présente ses travaux sous la forme d’un feuilleton, dont les effets sont soigneusement calculés. Riveting, comme on dit en anglais.

Dernier en date : The $6 Billion Gold scam. A la fin des années 90, des prospecteurs disent avoir découvert la mine d’or du siècle aux Philippines. Un géologue hollandais, au bout du rouleau, et une compagnie canadienne famélique leur emboîtent la pas. On trouve de plus en plus d’or. Le cours de l’action de ladite société s’envole. En fait, c’était, très probablement, un coup monté par des géologues philippins. Une révolte de l’exploité ? L’organisateur s’est évanoui dans la nature, en faisant croire à sa mort. Personne n’a été condamné. Le petit porteur qui se pensait millionnaire s’est retrouvé gros Jean comme devant.

Eternelle recette de l’escroquerie ? Un des sous-produits du capitalisme ?

Machine learning

Il y a déjà pas mal de temps, j’ai découvert le mot « machine learning ». Il remplaçait l’ancienne « analyse de données ».

J’ai cru que c’était une invention de quelque marketeux.

J’ai probablement eu tort, comme d’habitude.

Je soupçonne maintenant que l’on entendait réellement que la machine était capable d’apprendre. C’était une hypothèse fondamentale. On a cru qu’elle était juste. La transformation du monde est partie de là. Désormais la machine peut apprendre : l’homme est devenu inutile. Machinocène. D’ailleurs, plus besoin d’étudier les mathématiques de l’analyse de données. L’ordinateur n’en aura pas besoin.

Et si l’on s’était plutôt demandé : la machine est-elle capable d’apprendre ? Que la réponse ait-été oui, ou non, cela aurait été instructif. Seulement, c’est vrai, cela aurait rapporté beaucoup moins d’argent.

La fuite de Total

Je lisais que Total voulait partir aux USA.

Il n’est pas le seul dans son cas. Il semble que l’Angleterre connaisse une hémorragie.

Normal. Les USA donnent une plus grande valeur à leurs entreprises que l’Europe. Une question que l’on trouvera d’ailleurs dans ce blog est : pourquoi leurs sociétés n’achètent-elles pas leurs consoeurs étrangères ? Vus leurs niveaux de valorisation, cela serait facile.

Selon moi, la force des USA est la spéculation. Ils ont un talent pour « créer de la valeur ». Hop, j’invente un mot, « intelligence artificielle » par exemple, et j’ai créé des milliers de milliards. Je suis même surpris que personne n’ait pensé à inventer une fabrique de tels mots. A en faire une activité réellement scientifique, systématique.

Devrais-je proposer mes services ? Lever des fonds ?

Paradis artificiels

Ca y est : quelqu’un a gagné de l’argent avec l’intelligence artificielle ! Pas n’importe qui, en plus, Amazon. Voilà ce qu’annonçait la BBC hier matin.

Raison : l’IA consomme énormément de capacité de calcul, ce qui fait exploser les ventes des services « cloud » d’Amazon.

On dit que lors des ruées vers l’or, ce sont les vendeurs de pelles qui ont fait fortune…

La règle du jeu

Big Tech investors question AI pay-off
How long can Wall Street’s AI-fueled rally continue without clear evidence of profit?

Financial Times du 29 avril

Si vous voulez trouver de l’argent dites « Intelligence artificielle ». Cela plaît au « marché ».

Seulement, comme toute spéculation, cela ne paie qu’un temps. La question qui mériterait d’être étudiée par les scientifique est : comment repérer quand va se former, puis se déformer une bulle spéculative ?

Un travail pour l’IA ?

Aurais-je résolu le problème posé ?

Tesla

« Contre-histoire » de Tesla ? Je le voyais comme un inventeur génial, le jumeau maudit d’Edison.

En fait, il doit sa gloire à une invention : le moteur qui a permis au courant alternatif de s’imposer. Mais, pour le reste, il a passé son temps à divaguer. Il semble avoir entretenu des théories farfelues, en particulier. Et il est mort dans la pauvreté.

En fait, il avait compris qu’aux USA tout était spectacle. Pour lever des fonds, il était devenu un homme de spectacle. Ce qui était bien. Seulement, apparemment, une fois le spectacle fini, il ne s’intéressait plus à son invention. Ainsi en est-il de la télécommande.

Quasiment depuis les origines des USA, ou peut-être même de l’Angleterre industrielle (cf. Isambard Kingdom Brunel), l’entrepreneur doit être un showman. C’est ce que lui demande l’investisseur. En quelques décennies cette pratique culturelle a envahi le monde.

(Idées venues de In our time, une émission de la BBC.)