Spéculation

Chute violente des valeurs technologiques à la bourse américaine. Un podcast du Financial Times, vendredi dernier (Trump dump).

Une fois de plus j’ai tort, me suis-je dit. Je condamne d’un trait de plume la spéculation américaine, sans analyser le phénomène, comme le fait le Financial Times. Ce que je retiens :

Confirmation de mon opinion : ce que la bourse attend, ce sont des contes, toujours plus de contes. Et même, surtout ? des contes à dormir debout. Elon Musk a été très bon à ce jeu, mais s’essouffle. Il n’est pas le seul. Plus intéressant : toute la « valeur » que doit créer le petit nombre d’entreprises qui a fait la croissance récente de la bourse est supposée se matérialiser après 2030. Or, on n’est plus très optimiste pour l’avenir.

Soudainement, les spéculateurs découvrent qu’ils ont gagné beaucoup en peu de temps, avec ces quelques entreprises. Ces signaux leur font penser qu’il serait bon de prendre leurs bénéfices.

DeepSpec

DeepSeek a ébranlé l’intelligence artificielle américaine. Du coup, la bourse chinoise enfle, et les investisseurs se bousculent. Prédiction auto-réalisatrice.

Croient-ils à DeepSeek ? Ont-ils la moindre opinion sur le sujet ? Ou, simplement, achètent-ils à la hausse, et vendent-ils à la baisse ?

Et si l’intelligence artificielle n’était que du vent ?

Traders’ rush to buy Chinese tech stocks for their AI potential has put the Hang Seng Tech Index on course for its highest level since 2022.

Bloomberg News (@bloomberg.com) 2025-02-13T05:31:08.310Z

Colossal start up

Colossal Biosciences veut remettre le mammouth en circulation. Et Colossal Biosciences est une start-up. Et elle vaut 10 milliards de dollars.

Qu’est-ce que peut trouver un investisseur dans une telle entreprise ? Reconstituer Jurassic Park ? Ce que je lis n’est pas très clair. Il y aurait effectivement cette possibilité. Il y aurait aussi des sous-produits de la recherche qui donneraient d’autres start-up, qui elles-mêmes lèvent des fonds…

A moins que la start-up ne soit une sorte d’artefact de la culture américaine. Certains ont le talent d’inventer des idées qui plaisent à d’autres (de grands enfants qui ne savent quoi faire de leur argent ?). Sans trop se préoccuper de leurs conséquences ?

Miracle artificiel

Le gouvernement anglais est dos au mur. Sa politique économique inquiète le marché financier.

Il ne sait plus à quel saint se vouer. Heureusement, depuis l’époque des saints, l’humanité a innové en matière de miracles. Alors, il fait ce que toute start-up fait quand elle veut lever des fonds. Il annonce qu’il va mettre de l’intelligence artificielle partout dans ses services ! Voilà ce qui devrait enchanter la bourse !

Une idée pour MM.Bayrou et Macron ?

(Nouvelles d’hier.)

Daniel Kretinsky

Daniel Kretinsky achète la poste anglaise. Il a beaucoup fait parler de lui en France. Qui est-il ?

Quelques informations vues à droite à gauche semblent dire qu’il a fait fortune dans le gaz russe et qu’il achèterait ce qui est sous évalué : la presse française, Casino, les centrales à charbon.

Il y a beaucoup de monde qui a besoin de placer de l’argent. Des banques qui doivent le prêter, des investisseurs, des citoyens fortunés. Le tout, pour réussir à ce jeu, est d’acquérir une notoriété suffisante ?

(D’après Profile de la BBC, il semble un investisseur sérieux.)

Pelle

Nuclear energy stocks hit record highs on surging demand from AI
Amazon and Google deals to deploy small modular reactors are latest step in sector’s revitalisation

Financial times, hier

La ruée vers l’artificier continue à faire la fortune du vendeur de matériel.

PS.

Investors turn to data centres to capitalise on AI boom

Financial times, 21 octobre

Paradis artificiel

Dans ma jeunesse, on racontait l’histoire suivante : un dirigeant de l’URSS laisse à son successeur trois lettres. A ouvrir en cas de difficulté. La première dit : « blâmez mon prédécesseur ». La seconde, aussi. La troisième : « écrire trois lettres ».

Je me demande s’il n’en est pas de même avec l’entreprise. Mais avec, comme message : « parlez d’intelligence artificielle ».

C’est ce que me paraît avoir fait Apple. Les ventes de son téléphone ne sont pas brillantes. Alors, la société dit : achetez sa nouvelle version, elle est pleine d’intelligence artificielle. Elle n’est pas encore là, bien sûr, mais quand elle le sera, vous verrez ce que vous verrez !

Cela fait bien plus d’une décennie que l’IA est l’arme absolue de la levée de fonds. Mais, qu’on l’utilise désormais ainsi, dans une offre commerciale, signifie peut-être l’épuisement du miracle. Tim Cook va-t-il bientôt ouvrir la troisième enveloppe ?

Crise ?

Inquiétude, depuis quelque temps. L’économie américaine n’irait pas si bien qu’on le disait jusque-là. Serions-nous à la veille d’une crise, qui pourrait toucher le monde ? Les bourses mondiales font du yoyo. Ce qui est le propre des temps de crise.

Curieusement, pour quelqu’un qui a toujours tort, j’ai prévu les deux précédentes crises, la bulle Internet et les supbrimes. Dans les deux cas, il y avait clairement en marche des phénomènes spéculatifs redoutables. Pour la bulle Internet, si mes souvenirs sont bons, on en était arrivé à estimer qu’une personne qui fréquentait un site web valait 40000F (6000€). Un blog (qui n’existait pas encore) avec 100.000 visiteurs aurait valu, dans ces conditions, 600m€ ! Pour les suprimes, l’idée était de prêter à des gens qui ne pouvaient pas payer, en transférant le risque.

Ce blog parle de l’intelligence artificielle comme bulle spéculative. En fait, la spéculation concernant les valeurs technologiques n’a pas cessé depuis la bulle Internet. Seulement, je ne reconnais pas les mécanismes diaboliques qui avaient cours alors. Il me semble surtout qu’il nous reste des ressources de croissance (ou de spéculation ?). L’économie mondiale a suivi des modes et les nations n’ont pas développé leur potentiel propre. En particulier la politique écologique a été particulièrement malencontreuse : au lieu de choisir la voie de la « bioéconomie », tout le monde s’est mis à construire des éoliennes, des batteries et des panneaux solaires…

Peut-être ne suis-je plus au milieu de la mêlée comme alors ? Ou le monde, comme le dit aussi ce blog, est devenu cassant, et il en faut moins que par le passé pour le rompre ? Toujours est-il, je ne sens pas venir une crise… Mais j’ai toujours tort !

Intelligence de la bulle

Elliott says Nvidia is in a ‘bubble’ and AI is ‘overhyped’
Hedge fund tells clients many supposed applications of the technology are ‘never going to actually work’

Financial Times du 2 juillet

Ce qui m’intéresse dans la question de l’intelligence artificielle c’est de faire la chronique de ce qui me semble l’histoire d’une bulle spéculative. Je crois constater que, petit à petit, s’immisce le doute. On ne voit pas beaucoup de résultats concrets dit le FT. L’investisseur semble aussi vouloir se rassurer. Par exemple, à chaque fois que j’entends la BBC commenter les résultats meilleurs que prévu de Meta, il est aussitôt affirmé que c’est la démonstration de l’efficacité de l’IA…

Indice de fin de bulle ? La valeur des actions des fournisseurs de matériel, les grands gagnants de l’IA, fait du yoyo.

Mais il y a aussi de l’inertie : les « scientifiques » continuent à publier des travaux montrant que, pour des questions insignifiantes, l’IA fait bien mieux que l’homme. L’IA continue à permettre de capter des financements. Du moins, on n’a pas encore trouvé son remplaçant ?

AI versus cancer
‘Game changing’ technology that can predict how patients will respond to cancer treatment before they receive it is part of a wave of Cambridge research harnessing the power of artificial intelligence in the fight against the disease. The new tool means that vital time can be saved and treatments introduced sooner.

Lettre d’information de l’université de Cambridge

Paradis artificiel

Présentation des applications de l’intelligence artificielle par un expert israélien (qui dit mieux ?).

Qu’en retiens-je ? Open AI, ce n’est que du matériel, de la capacité de calcul. Tous les investissements actuellement vont dans « l’infrastructure ». « Aucune grande entreprise n’a mis en oeuvre l’IA générative » ! Aucune application n’a fait la démonstration qu’elle pouvait « créer de la valeur » !

L’IA générative c’est, surtout, beaucoup de travail pour celui qui l’utilise. « Il faut beaucoup tester ». Elle est soumise (comme l’a immédiatement vu ce blog) à « l’hallucination ». Mais aussi au « drift ». C’est à dire à des dérives multiples. Ce qui demande de l’entraîner en permanence, et de contrôler ses résultats. Autrement dit, elle n’est rien sans l’homme !

Son utilité ? Apparemment, elle permet de gagner un temps fou dans des types de tâches qui demandent de récupérer des masses de données sur Internet, ou ailleurs, et de les remettre en ordre. En vertu de quoi cela pourrait permettre à des gens peu qualifiés de remplacer des gens qui le sont beaucoup plus. Seulement, l’intelligence artificielle utilisant les connaissances humaines, si l’homme ne sait plus rien, ne risque-t-elle pas de devoir se nourrir d’elle-même, et d’halluciner ? La présentation ne le disait pas. De mon expérience de la traduction, je pense que, au contraire, l’IA demande une très haute qualification, car elle doit être contrôlée, et que ses erreurs sont rares et subtiles. (Un cauchemar à vérifier.) En outre, pour avoir comparé le travail d’une personne qui utilisait l’IA avec celui d’un groupe qui ne l’utilisait pas, je constate que l’on est étonné au début par l’IA, mais ses résultats ne résistent pas à un examen sérieux. D’ailleurs, j’ai découvert qu’une nouvelle science émergeait, celle de « prompt engineer » : on a constaté que le système était d’autant plus efficace qu’on lui posait des questions intelligentes…

En tous cas, même s’il y a des gains de productivité notables, leur coût semble l’être aussi : l’IA a besoin de beaucoup de matériel et d’une quantité d’énergie considérable. Le jeu en vaut-il la chandelle ?

Conclusion ? Si ce que je dis est juste, c’est effrayant. Car toute l’économie mondiale, toutes les politiques ne sont que du vent. La raison en est claire : « l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours ». Notre société est dépouillée de tout sens critique. Exemple, Cédric Villani déclarait, pour nous convaincre de nous engager dans un programme d’IA, que, si nous ne le faisions pas nous allions être dépassés par les Chinois ! Et c’est avec ce type de raisonnement que l’on obtient la médaille Fields ?

China deploys censors to create socialist AI
Chinese government officials are testing artificial intelligence companies’ large language models to ensure their systems “embody core socialist values”, in the latest expansion of the country’s censorship regime.

Financial Times breaking news du 17 juillet.