La Grande spéculation après les Trente glorieuses ?

Ce qui définit notre temps, c’est le capitalisme financier. Son origine : 1971, l’abandon de l’étalon or par Nixon. Résultat : la monnaie n’est plus liée à rien et prend une vie qui lui est propre. Voilà ce que dit Augustin de Romanet (Non auxtrente douloureuses, Plon, 2012). C’était évident, mais je ne l’avais pas vu.
Pourquoi n’y a-t-il pas eu inflation ? me suis-je demandé. Parce que ce n’est pas la monnaie qui crée l’inflation, mais les salaires. Par l’automatisation, le chômage et la peur des émergents, les prix ont été contenus.
Et si nous avions vécu 40 ans de « Grande spéculation » ? Car ce mécanisme, la déconnexion de la valeur boursière de la réalité, est celui de la spéculation. Les Trente glorieuses avaient été une période « d’enrichissement » collectif. L’Ouest a connu une explosion créative et s’en est partagé les fruits. Pendant la Grande spéculation, il n’y a pas eu création, les oligarques de la finance ont vidé l’économie de sa substance ? 
Mais pourquoi n’avons-nous pas un sentiment de déclassement ? Ne sommes-nous pas les pigeons de l’affaire ? C’est parce que le changement n’est pas fini. Nous sommes subventionnés par l’Etat. Mais il ne pourra pas tenir longtemps. Ce qui conduit à deux questions. Le dégonflage progressif de son endettement, et notre mise sur la paille corrélative, pourra-t-il être réalisé suffisamment habilement pour qu’il n’y ait pas de remous ? Une société de classes peut-elle être stable et durable ? (Un article sur le sujet.)

Marché = destruction ?

Je connais deux thèses concernant le marché. La première, généralement admise, est qu’il est optimal. La seconde, bien étayée, est qu’il est irrationnel. Mais que cette irrationalité ayant un caractère imprévisible, elle ne se prête pas à la manipulation. (cf. SHEFRIN, Hersh, Beyond Greed and Fear: Understanding Behavioral Finance and the Psychology of Investing, Harvard Business School Press, 2002.) Cela me semble contredit pas une modélisation simpliste.
  • Dans le travail de valorisation que fait le marché, deux phénomènes majeurs entrent en jeu. L’information et notre incapacité à prévoir l’avenir. 
  • Ces deux phénomènes donnent un moyen à celui qui est bien placé de faire fortune. Soit agir sur l’information, en la déconnectant de la réalité, c’est la spéculation ; soit masquer le coût des conséquences de nos actes.
On nous avait dit que libérer le marché des règlementations conduirait à une vague d’innovations. Nous avons eu, au contraire, une série de bulles spéculatives, et la destruction du capital de l’entreprise.

(Suite du billet précédent. On notera au passage le coup de génie que fut le discours sur la bureaucratie. On a justifié le versement de dividendes colossaux, par une meilleure efficacité de l’entreprise obtenue contre sa « bureaucratie ». En fait, sa rentabilité augmentée venait d’un arrêt de l’investissement à long terme permettant d’assurer la pérennité de l’entreprise – destruction de sa capacité de recherche, de sa relation client entraînant celle son capital de marque, etc.)

Pauvres Allemands, riches Chypriotes, ou les illusions de l'euro

Les Grecs, les Chypriotes et les Espagnols sont ils (beaucoup) plus riches que les Allemands ? Depuis quelques temps on parle d’une étude qui le montrerait.

A y regarder de plus près, on découvre que ce qui fait la fortune du sud, c’est une bulle immobilière spéculative. Et que les Chypriotes dépensent 30% de leurs revenus en alimentation contre 15,6% pour les Allemands. Autrement dit, ce que nous valons en euros n’a aucune signification.

L’étude révèle aussi de fortes inégalités en Allemagne même. Serait-ce pour cela que ce pays est aussi hargneux ? Son apparente prospérité masque la souffrance d’une partie de son peuple ?

Doit-on lire ces chiffres comme la démonstration qu’une économie construite sur les lois du marché n’est qu’un miroir aux alouettes, et que les réformes allemandes ne sont pas une solution, mais un problème ?

Chine : Internet citoyen ?

L’Internet chinois « sert des intérêts nationaux aussi bien que commerciaux ». Le pouvoir chinois contrôle son Internet de façon à ce qu’il fasse la fortune de ses entreprises, qu’il promeuve sa culture (notamment par le thème des jeux électroniques), et qu’il ne suscite pas de mouvements de foules, susceptibles de le déstabiliser. Le contrôle du dispositif, qui est fortement manuel, fournit un emploi à 100.000 personnes. C’est aussi un moyen pour la bureaucratie centrale de connaître les besoins du peuple et d’y réagir. L’armée a son bataillon de pirates qui cherchent, ailleurs dans le monde, le savoir-faire qui pourrait servir la cause du pays.  Un exemple à imiter ? En tout cas, la Chine exporterait son expérience (principalement vers les pays qui se méfient de la démocratie occidentale).
Par ailleurs, The Economist est inquiet pour la France, ses scandales et son faible président. Ils pourraient entraîner la zone euro par le fond. Et plomber son projet d’Union bancaire, à laquelle The Economist semble très attaché. L’Angleterre s’attaque à son système de sécurité sociale. The Economist, a-t-il lu ce blog ?, pense que ce type de réforme à peu de chances de réussir. Le pays ferait mieux de revoir la philosophie du dispositif, en en faisant une assurance contre les accidents de la vie. Aux USA, comme dans le reste du monde, on est las des partis politiques. Ne défendent-ils pas l’intérêt de quelques-uns plutôt que le collectif ? Tentative de constitution de partis centristes. Mais, en se servant du dit mécontentement, ne vont-ils pas provoquer un rejet de la démocratie ? Ne serait-il pas mieux de faire fonctionner le système existant ? se demande The Economist. Je m’interroge, quant à moi : pourquoi en est-on venu à croire que la seule alternative aux intérêts en place était le populisme ?
La Corée du Nord pourrait-elle déclencher une guerre ? Son nouveau dirigeant est sorti de la gesticulation contrôlée de son prédécesseur. Comportement rationnel, ou acte de folie ? Et le tuteur chinois hésite à intervenir.
Les banques centrales impriment beaucoup d’argent. Ça ne fait pas redécoller l’économie. Les entreprises, qui ont énormément de cash, ne l’investissent pas dans leur outil de production. Elles recherchent des placements financiers à haut rendement. On semble reparti pour une bulle spéculative, si je lis correctement cet article. On en revient même aux subprimes.
Big Data est utilisé pour le recrutement des petits boulots. Ça ne marche pas pour les cadres.

L'espèce humaine et ses mystères…

Numéro spécial de The Economist, qui se penche sur quelques questions curieuses :

  • L’Enfer. D’où vient-il, qu’est-il devenu ? L’enfer semble avoir été conçu pour des dieux. Avant d’être étendu à une espèce humaine qui ne trouve jamais de vengeance assez cruelle pour ses semblables. Puis de devenir individuel et intérieur. L’enfer serait-il l’expression culturelle de la haine de l’autre ?
  • Le Saint Empire Romain Germanique, a été l’UE avant l’UE. Avec quasiment tous les problèmes et les solutions trouvés par l’UE. On y était apparemment heureux. Pourquoi s’est-il disloqué ? Du fait de la montée des nationalismes (notamment de la Prusse). Peut-on en tirer un enseignement en ce qui nous concerne ?
  • Pourquoi des gens participent-ils à des courses de plus de deux cents km sous une chaleur suffocante ? Mystère de la construction de la motivation qui fournit un sens à notre existence.
  • Pourquoi les peuples s’égorgent-ils pour des questions obscures  de théologie ? Peut-être parce que leurs conséquences ne le sont pas. Si, par exemple, un homme peut être porteur de l’énergie divine, l’édifice social peut être mis en cause.
  • Bidonville au Kenya. Un million d’habitants. Tous entrepreneurs. Tout y est payant, on y est anonyme, et on y travaille nuit et jour. Mais c’est encore mieux qu’à la campagne… Miracle du capitalisme triomphant ?
  • A la Nouvelle Orléans, l’apartheid semble toujours de mise. Comme le montre ses défilés de Mardi gras.
  • Curieusement, les guerres d’Amérique du sud n’ont pas fait beaucoup de bruit. Pourtant, certaines ont été particulièrement sauvages. L’une d’entre-elles a failli rayer le Paraguay de la carte (1870).
  • Les îlots que se disputent la Chine et le Japon. A qui appartiennent-ils ? Leur sort dépendra probablement plus d’un rapport de force que d’une illusoire rationalité.
  • Magna de la presse japonaise (Matsutaro Shoriki). Journal, télévision, il a tout dominé. Il a même fait du base ball un sport national, et du Japon une puissance nucléaire. Ambition personnelle, nationalisme, volonté de modernisation en marche forcée… Réaction du Japon à sa rencontre avec l’Ouest ?
  • La Chine serait-elle devenue démocratique, si elle n’avait pas assassiné le président qu’elle s’était donné, en 1913 ? Je soupçonne qu’il est difficile pour un seul homme de transformer une culture…
  • Spéculation dans les années 1820, en Angleterre. Comme d’habitude, il y a de l’argent, mais pas de placement juteux. Ce fut le temps de grands escrocs. Dont un qui a inventé un pays. J’en retiens surtout que les bons escrocs croient ce qu’ils racontent, et tendent à profiter de liens de confiance sociaux. On n’arnaque bien que les siens ?
  • Pourquoi l’Inde ne parvient pas à construire l’infrastructure de transport dont aurait besoin son développement ? Pas uniquement pour des raisons de corruption. Mais parce que tout y est infiniment compliqué. Finalement, beaucoup de gens y ont énormément de pouvoir de nuisance. L’Inde aurait besoin des techniques dont parlent mes livres. A la puissance 10 !
  • J’ai appris que Gatsby le magnifique de Scott Fitzgerald était inspiré du Grand Meaulnes (Le Great de Great Gatsby étant une traduction du Grand de Grand Meaulnes).
Quant à la vie du monde :
  • The Economist vote Manuel Valls, réincarnation de Nicolas Sarkozy.
  • Les frères musulmans égyptiens mobilisent de moins en moins d’électeurs et vont devoir faire face à une crise économique. Leurs jours seraient-ils comptés ?
  • L’université américaine, en crise, innove. Elle tenterait de réinventer l’éducation à coup de nouvelles technologies (Massive Open Online Courses). L’université française, qui cherche désespérément à imiter le (précédent) modèle américain, aurait-elle une nouvelle guerre de retard ?
  • La globalisation serait en recul.
  • Et la main a été conçue pour nous donner des poings. Il s’est trouvé que c’était aussi pratique pour tenir des instruments. 

Super Obama et autres histoires

The Economist constate la victoire d’Obama. Sa stratégie électorale fut à l’image de son intellect, redoutable. Il a visé des « niches », des groupes ayant des intérêts particuliers (par exemple les homosexuels), et se les ait attachés en leur donnant ce qu’ils attendaient. De même, il a convaincu l’opinion des défauts qu’il attribuait à son opposant. The Economist lui conseille maintenant de trouver un accord avec ses adversaires pour rétablir les finances américaines. C’est une autre paire de manche. 
Il ne fait pas bon être pauvre aux USA, dit un autre article. (Raisons culturelles : pauvreté = crime ?)
La Chine change d’équipe de direction. Le pays ne semble pas dirigé par un homme, mais par un groupe, avec de multiples ramifications vers des centres de pouvoir extérieurs. Apparemment, les nouveaux seraient les protégés des anciens, ce qui sous-entendrait un même cap.
Sur le front grec, rien de nouveau. Le pays ne pourra jamais payer ses dettes. Un défaut doit être organisé.
Les Américains pourraient échanger les Palestiniens contre les Iraniens, i.e. pression sur l’Iran contre  négociation Israël / Palestine.
Le pirate somalien n’aurait plus le vent en poupe. La navigation dans ses parages se serait organisée et armée. Et il ne veut pas risquer sa vie.
En ce qui concerne Internet, la presse aurait enfin trouvé une formule efficace : le portail payant. Fin du modèle du contenu gratuit, payé par la publicité, et des illusions de la bulle Internet ? Mais pas fin des bulles. Il y aurait peut-être bien une spéculation sur la dette d’entreprise, rien d’autre ne rapportant quoi que ce soit. Attention à l’éclatement (assureurs…). Facteurs d’éclatement ? Crise ou reprise ! Autre souvenir de bulle, les agences de notation seraient attaquées par la justice. Ellesexpliquent qu’elles n’ont fait qu’exprimer une opinion. On leur répond qu’elles étaient payées pour que cette opinion soit sérieuse.
Pourquoi vote-t-on alors que cela ne nous rapporte rien ? Peut-être parce que le coût du vote est inférieur à ce qu’il en coûterait de s’interroger sur son utilité. (Pour ma part, je soupçonne que l’on est programmé par la société pour voter, de même que l’on pratique moult autres rites sociaux qui ne nous rapportent rien.)
Et si l’altruisme, une caractéristique de l’espèce humaine, venait de notre propension à la guerre, une autre de nos caractéristiques ? Nous y aurions pris l’habitude de nous sacrifier pour le groupe… 

Afrique en développement, France en déroute, voitures sans pilote, et avions électriques

Quelques nouvelles d’un Economist que je n’ai pas eu beaucoup de temps pour lire :
L’Afrique est l’eldorado. C’est la seule zone économique qui ne se soit pas repliée sur elle-même. Elle n’a ni argent, ni personnels qualifiés. Qu’à cela ne tienne, nous lui envoyons les nôtres. L’Afrique du Sud, par contre, devient un Etat de non droit. Apparemment c’est le terrain de chasse de l’ANC, qui vit sur la bête. Quandau Nigeria, ça ne semble pas mieux, une compagnie pétrolière exploite les ressources du pays au profit d’une clique et pollue les pauvres.
La France admire le Mittelstand allemand, mais rien ne lui est favorable. L’histoire, qui n’a pas voulu la reconstruction des grandes entreprises compromises par la guerre, alors que l’économie française était tirée par l’Etat et ses champions. Les marchés, l’Allemagne choisissant les bien d’équipement, la France, les biens de consommation. Les principes fondateurs des entreprises, les entreprises allemandes sont dirigées par des techniciens, ont peu de niveaux hiérarchiques et sont des joueuses d’équipe, avec leurs partenaires et leur région. Elles se développent par une croissance interne patiente, fondée sur l’innovation. Tout le contraire de la France.
Apparemment, la croissance chinoise se serait réduite, sans s’effondrer.
Retour sur le lundi noir de 1987. Le monde s’est engagé dans un cercle vicieux de décisions stupides, stimulant l’inconscience des investisseurs, qui ne couraient plus de risques. Les banques centrales ont laissé faire les bulles et les ont regonflées lorsqu’elles crevaient. Les gouvernements ont encouragé le développement de la banque d’investissement, et ont cru que le marché pouvait s’auto-assurer. La crise est inhérente au capitalisme, la retarder ne la rend que plus dangereuse.
La voiture sans conducteur aurait le vent en poupe. Le monde pourrait en être bouleversé. Et les avions pourraient être lancés par des rampes électriques. Ce qui économiserait l’essence. Et si vous êtes riche, avec de gros muscles, il y a de bonnes chances que vous vouliez laisser crever les pauvres. Les femmes n’ont pas besoin de muscles pour cela. 

L’humanité a dépassé le point de non retour

Dennis Meadows a modélisé l’avenir de l’humanité, il y a 40 ans, pour le Club de Rome. L’étude s’est vendue à 10m d’exemplaires.

Résultat : si rien n’était fait nous devions connaître l’apocalypse en 2030. La population mondiale n’aurait plus les moyens de se maintenir intégralement en vie. 40 ans après, ces prévisions n’ont pas été remises en cause.
Qu’en pense-t-il aujourd’hui ?
La situation était réversible dans les années 70. Il aurait fallu sevrer la société de son matérialisme. Un acte important aurait été de remplacer les indicateurs économiques (PIB) par des indicateurs de développement humain.

Aujourd’hui nous consommons150% de ce que nous apporte la nature. En fait, le capitalisme n’est qu’une succession de bulles spéculatives que l’espèce humaine est incapable de prévoir. Celle-ci sera de la même nature que les autres, mais infiniment plus destructrice.

Que faire ? Il étudie la « résilience » : la capacité du tissu social à survivre à d’énormes chocs, sans perdre ses fonctions vitales. Pas très encourageant.
Compléments :

Comment sauver l’Espagne

Comment sauver l’Espagne ? se demande The Economist.

La Grèce, cas désespérant, ayant été plus ou moins enterrée, il faut se préoccuper de l’Espagne qui, elle, constitue un sérieux danger pour l’Europe.

Apparemment, le gouvernement espagnol soignerait le déficit du pays, alors qu’il devrait recapitaliser ses banques, qui chancellent sous les conséquences de la spéculation immobilière qu’elles ont alimentée. D’ailleurs, l’État espagnol était relativement peu endetté avant la crise. Mais maintenant il l’est. Comment s’endetter plus ? L’Europe, l’Europe ?
Compléments :

Le cours de Facebook plonge

Le cours de l’action de Facebook plonge. Fait unique, la bulle spéculative n’aurait-elle pas survécu à l’introduction en bourse de Facebook ?

Il est tentant, mais pas très scientifique !, d’y voir une validation de mes théories : il y avait suffisamment de gens pour acheter, mais pas assez pour maintenir le cours.
Je me suis d’ailleurs demandé si l’augmentation de dernière minute du nombre d’actions mises en vente n’était pas la preuve que les banques qui portaient l’affaire avaient pleine conscience que l’occasion ne se représenterait pas, et ont essayé de tondre la bête au plus ras.
J’ai certainement un esprit mal tourné. Cependant, ma théorie a quelques éléments à son appui. En effet, les analystes des banques qui ont réalisé l’introduction pariaient contre Facebook…
Compléments :
  • Facebook : des prévisions déjà dégradées par Morgan Stanley ?
  • Dans un billet je m’interrogeais sur le décalage entre l’intérêt que suscitait Facebook, et l’opinion des experts. Ceux qui ont acheté étaient-ils, non pas mal informés, mais désinformés par les banques qui menaient l’introduction en bourse ? Pire, va-t-on apprendre, une fois de plus, que, dans ces banques, il se trouvait des personnes qui jouaient sur la chute du cours ?
  • L’introduction de Facebook marque-t-il la fin d’une ère ? Celle de Mme Thatcher et de M.Reagan, celle de la toute puissance de la déréglementation, de la bourse et des marchés financiers ?