L'espèce humaine et ses mystères…

Numéro spécial de The Economist, qui se penche sur quelques questions curieuses :

  • L’Enfer. D’où vient-il, qu’est-il devenu ? L’enfer semble avoir été conçu pour des dieux. Avant d’être étendu à une espèce humaine qui ne trouve jamais de vengeance assez cruelle pour ses semblables. Puis de devenir individuel et intérieur. L’enfer serait-il l’expression culturelle de la haine de l’autre ?
  • Le Saint Empire Romain Germanique, a été l’UE avant l’UE. Avec quasiment tous les problèmes et les solutions trouvés par l’UE. On y était apparemment heureux. Pourquoi s’est-il disloqué ? Du fait de la montée des nationalismes (notamment de la Prusse). Peut-on en tirer un enseignement en ce qui nous concerne ?
  • Pourquoi des gens participent-ils à des courses de plus de deux cents km sous une chaleur suffocante ? Mystère de la construction de la motivation qui fournit un sens à notre existence.
  • Pourquoi les peuples s’égorgent-ils pour des questions obscures  de théologie ? Peut-être parce que leurs conséquences ne le sont pas. Si, par exemple, un homme peut être porteur de l’énergie divine, l’édifice social peut être mis en cause.
  • Bidonville au Kenya. Un million d’habitants. Tous entrepreneurs. Tout y est payant, on y est anonyme, et on y travaille nuit et jour. Mais c’est encore mieux qu’à la campagne… Miracle du capitalisme triomphant ?
  • A la Nouvelle Orléans, l’apartheid semble toujours de mise. Comme le montre ses défilés de Mardi gras.
  • Curieusement, les guerres d’Amérique du sud n’ont pas fait beaucoup de bruit. Pourtant, certaines ont été particulièrement sauvages. L’une d’entre-elles a failli rayer le Paraguay de la carte (1870).
  • Les îlots que se disputent la Chine et le Japon. A qui appartiennent-ils ? Leur sort dépendra probablement plus d’un rapport de force que d’une illusoire rationalité.
  • Magna de la presse japonaise (Matsutaro Shoriki). Journal, télévision, il a tout dominé. Il a même fait du base ball un sport national, et du Japon une puissance nucléaire. Ambition personnelle, nationalisme, volonté de modernisation en marche forcée… Réaction du Japon à sa rencontre avec l’Ouest ?
  • La Chine serait-elle devenue démocratique, si elle n’avait pas assassiné le président qu’elle s’était donné, en 1913 ? Je soupçonne qu’il est difficile pour un seul homme de transformer une culture…
  • Spéculation dans les années 1820, en Angleterre. Comme d’habitude, il y a de l’argent, mais pas de placement juteux. Ce fut le temps de grands escrocs. Dont un qui a inventé un pays. J’en retiens surtout que les bons escrocs croient ce qu’ils racontent, et tendent à profiter de liens de confiance sociaux. On n’arnaque bien que les siens ?
  • Pourquoi l’Inde ne parvient pas à construire l’infrastructure de transport dont aurait besoin son développement ? Pas uniquement pour des raisons de corruption. Mais parce que tout y est infiniment compliqué. Finalement, beaucoup de gens y ont énormément de pouvoir de nuisance. L’Inde aurait besoin des techniques dont parlent mes livres. A la puissance 10 !
  • J’ai appris que Gatsby le magnifique de Scott Fitzgerald était inspiré du Grand Meaulnes (Le Great de Great Gatsby étant une traduction du Grand de Grand Meaulnes).
Quant à la vie du monde :
  • The Economist vote Manuel Valls, réincarnation de Nicolas Sarkozy.
  • Les frères musulmans égyptiens mobilisent de moins en moins d’électeurs et vont devoir faire face à une crise économique. Leurs jours seraient-ils comptés ?
  • L’université américaine, en crise, innove. Elle tenterait de réinventer l’éducation à coup de nouvelles technologies (Massive Open Online Courses). L’université française, qui cherche désespérément à imiter le (précédent) modèle américain, aurait-elle une nouvelle guerre de retard ?
  • La globalisation serait en recul.
  • Et la main a été conçue pour nous donner des poings. Il s’est trouvé que c’était aussi pratique pour tenir des instruments. 

Super Obama et autres histoires

The Economist constate la victoire d’Obama. Sa stratégie électorale fut à l’image de son intellect, redoutable. Il a visé des « niches », des groupes ayant des intérêts particuliers (par exemple les homosexuels), et se les ait attachés en leur donnant ce qu’ils attendaient. De même, il a convaincu l’opinion des défauts qu’il attribuait à son opposant. The Economist lui conseille maintenant de trouver un accord avec ses adversaires pour rétablir les finances américaines. C’est une autre paire de manche. 
Il ne fait pas bon être pauvre aux USA, dit un autre article. (Raisons culturelles : pauvreté = crime ?)
La Chine change d’équipe de direction. Le pays ne semble pas dirigé par un homme, mais par un groupe, avec de multiples ramifications vers des centres de pouvoir extérieurs. Apparemment, les nouveaux seraient les protégés des anciens, ce qui sous-entendrait un même cap.
Sur le front grec, rien de nouveau. Le pays ne pourra jamais payer ses dettes. Un défaut doit être organisé.
Les Américains pourraient échanger les Palestiniens contre les Iraniens, i.e. pression sur l’Iran contre  négociation Israël / Palestine.
Le pirate somalien n’aurait plus le vent en poupe. La navigation dans ses parages se serait organisée et armée. Et il ne veut pas risquer sa vie.
En ce qui concerne Internet, la presse aurait enfin trouvé une formule efficace : le portail payant. Fin du modèle du contenu gratuit, payé par la publicité, et des illusions de la bulle Internet ? Mais pas fin des bulles. Il y aurait peut-être bien une spéculation sur la dette d’entreprise, rien d’autre ne rapportant quoi que ce soit. Attention à l’éclatement (assureurs…). Facteurs d’éclatement ? Crise ou reprise ! Autre souvenir de bulle, les agences de notation seraient attaquées par la justice. Ellesexpliquent qu’elles n’ont fait qu’exprimer une opinion. On leur répond qu’elles étaient payées pour que cette opinion soit sérieuse.
Pourquoi vote-t-on alors que cela ne nous rapporte rien ? Peut-être parce que le coût du vote est inférieur à ce qu’il en coûterait de s’interroger sur son utilité. (Pour ma part, je soupçonne que l’on est programmé par la société pour voter, de même que l’on pratique moult autres rites sociaux qui ne nous rapportent rien.)
Et si l’altruisme, une caractéristique de l’espèce humaine, venait de notre propension à la guerre, une autre de nos caractéristiques ? Nous y aurions pris l’habitude de nous sacrifier pour le groupe… 

Afrique en développement, France en déroute, voitures sans pilote, et avions électriques

Quelques nouvelles d’un Economist que je n’ai pas eu beaucoup de temps pour lire :
L’Afrique est l’eldorado. C’est la seule zone économique qui ne se soit pas repliée sur elle-même. Elle n’a ni argent, ni personnels qualifiés. Qu’à cela ne tienne, nous lui envoyons les nôtres. L’Afrique du Sud, par contre, devient un Etat de non droit. Apparemment c’est le terrain de chasse de l’ANC, qui vit sur la bête. Quandau Nigeria, ça ne semble pas mieux, une compagnie pétrolière exploite les ressources du pays au profit d’une clique et pollue les pauvres.
La France admire le Mittelstand allemand, mais rien ne lui est favorable. L’histoire, qui n’a pas voulu la reconstruction des grandes entreprises compromises par la guerre, alors que l’économie française était tirée par l’Etat et ses champions. Les marchés, l’Allemagne choisissant les bien d’équipement, la France, les biens de consommation. Les principes fondateurs des entreprises, les entreprises allemandes sont dirigées par des techniciens, ont peu de niveaux hiérarchiques et sont des joueuses d’équipe, avec leurs partenaires et leur région. Elles se développent par une croissance interne patiente, fondée sur l’innovation. Tout le contraire de la France.
Apparemment, la croissance chinoise se serait réduite, sans s’effondrer.
Retour sur le lundi noir de 1987. Le monde s’est engagé dans un cercle vicieux de décisions stupides, stimulant l’inconscience des investisseurs, qui ne couraient plus de risques. Les banques centrales ont laissé faire les bulles et les ont regonflées lorsqu’elles crevaient. Les gouvernements ont encouragé le développement de la banque d’investissement, et ont cru que le marché pouvait s’auto-assurer. La crise est inhérente au capitalisme, la retarder ne la rend que plus dangereuse.
La voiture sans conducteur aurait le vent en poupe. Le monde pourrait en être bouleversé. Et les avions pourraient être lancés par des rampes électriques. Ce qui économiserait l’essence. Et si vous êtes riche, avec de gros muscles, il y a de bonnes chances que vous vouliez laisser crever les pauvres. Les femmes n’ont pas besoin de muscles pour cela. 

L’humanité a dépassé le point de non retour

Dennis Meadows a modélisé l’avenir de l’humanité, il y a 40 ans, pour le Club de Rome. L’étude s’est vendue à 10m d’exemplaires.

Résultat : si rien n’était fait nous devions connaître l’apocalypse en 2030. La population mondiale n’aurait plus les moyens de se maintenir intégralement en vie. 40 ans après, ces prévisions n’ont pas été remises en cause.
Qu’en pense-t-il aujourd’hui ?
La situation était réversible dans les années 70. Il aurait fallu sevrer la société de son matérialisme. Un acte important aurait été de remplacer les indicateurs économiques (PIB) par des indicateurs de développement humain.

Aujourd’hui nous consommons150% de ce que nous apporte la nature. En fait, le capitalisme n’est qu’une succession de bulles spéculatives que l’espèce humaine est incapable de prévoir. Celle-ci sera de la même nature que les autres, mais infiniment plus destructrice.

Que faire ? Il étudie la « résilience » : la capacité du tissu social à survivre à d’énormes chocs, sans perdre ses fonctions vitales. Pas très encourageant.
Compléments :

Comment sauver l’Espagne

Comment sauver l’Espagne ? se demande The Economist.

La Grèce, cas désespérant, ayant été plus ou moins enterrée, il faut se préoccuper de l’Espagne qui, elle, constitue un sérieux danger pour l’Europe.

Apparemment, le gouvernement espagnol soignerait le déficit du pays, alors qu’il devrait recapitaliser ses banques, qui chancellent sous les conséquences de la spéculation immobilière qu’elles ont alimentée. D’ailleurs, l’État espagnol était relativement peu endetté avant la crise. Mais maintenant il l’est. Comment s’endetter plus ? L’Europe, l’Europe ?
Compléments :

Le cours de Facebook plonge

Le cours de l’action de Facebook plonge. Fait unique, la bulle spéculative n’aurait-elle pas survécu à l’introduction en bourse de Facebook ?

Il est tentant, mais pas très scientifique !, d’y voir une validation de mes théories : il y avait suffisamment de gens pour acheter, mais pas assez pour maintenir le cours.
Je me suis d’ailleurs demandé si l’augmentation de dernière minute du nombre d’actions mises en vente n’était pas la preuve que les banques qui portaient l’affaire avaient pleine conscience que l’occasion ne se représenterait pas, et ont essayé de tondre la bête au plus ras.
J’ai certainement un esprit mal tourné. Cependant, ma théorie a quelques éléments à son appui. En effet, les analystes des banques qui ont réalisé l’introduction pariaient contre Facebook…
Compléments :
  • Facebook : des prévisions déjà dégradées par Morgan Stanley ?
  • Dans un billet je m’interrogeais sur le décalage entre l’intérêt que suscitait Facebook, et l’opinion des experts. Ceux qui ont acheté étaient-ils, non pas mal informés, mais désinformés par les banques qui menaient l’introduction en bourse ? Pire, va-t-on apprendre, une fois de plus, que, dans ces banques, il se trouvait des personnes qui jouaient sur la chute du cours ?
  • L’introduction de Facebook marque-t-il la fin d’une ère ? Celle de Mme Thatcher et de M.Reagan, celle de la toute puissance de la déréglementation, de la bourse et des marchés financiers ? 

Instagram, Facebook et le mécanisme de la spéculation

C’est amusant comme les événements se répètent.

La bulle Internet a été marquée par une révolution des méthodes de valorisation. À l’époque, on s’était mis à multiplier le nombre d’abonnés à un service, que les gourous appelaient « infomédiaire », par une somme qui pouvait atteindre 40.000F (6000€), si mes souvenirs sont bons. L’infomédiaire était supposé contrôler les achats de ses abonnés, et donc prendre une part des dits achats, comme le fait une grande surface.

Ce raisonnement a été repris pour évaluer Instagram et Facebook. Leur utilisateur vaut entre 20 et 50$. (Facestagram’s photo opportunity) La raison en est la même : avec toute l’information que ces sites récoltent, il se peut qu’un jour ils sachent s’en servir pour aider les entreprises à améliorer leur marketing.

Ridicule ? Pas du tout. Ceci représente une forme de rationalité. Le spéculateur a établi une règle à durée déterminée entre spéculateurs. Il sait que tant qu’elle tiendra il s’enrichira. Mais qu’il ne faudra pas être le dernier à porter la patate chaude. Le monde de la finance est follement excitant. 

Instagram : 1 milliard de $ pour 13 employés et pas de chiffre d’affaires

Facebook achète un milliard de $ Instagram, « une start-up de 18 mois d’existence comptant 13 employés et aucun chiffre d’affaires » (Pourquoi Facebook dépense 1 milliard de dollars pour Instagram – La Tribune).

Pourquoi un tel prix ? Signe des temps, Internet est has been, l’avenir c’est le téléphone mobile ? (Instagram Deal Is Billion-Dollar Move Toward Cellphone From PC – NYTimes.com)
Lors de la première bulle Internet, on racontait que l’on vendait des chats à « un million de $ ». Comment avez-vous fait ? Contre deux chatons à 500.000$. 

Ce qu'Internet n'a pas changé

Hervé Kabla publie un feuilleton sur Ce qu’Internet a changé. Pour le provoquer, je vais développer une thèse différente. Rien n’a changé. Internet a été une innovation comme les autres…

  • Les phases d’innovation produisent un renouvellement rapide des entreprises dominantes, jusqu’à l’atteinte d’un équilibre caractérisé par des normes partagées. Cela n’a pas raté cette fois-ci. Les leaders solidement installés ont été malmenés (IBM, HP) ou éliminés (DEC, Kodak), les nouvelles apparitions ne sont souvent que des feux de paille (Compaq), ou vieillissent vite (Microsoft, Intel, Dell). Ce n’est pas fini. Rien ne va plus.
  • Parce qu’elles font disparaître les repères sur lesquels s’accroche la raison, les phases d’innovation sont systématiquement exploitées par la spéculation. Le phénomène (Bulle Internet) a probablement été d’autant plus remarquable que l’innovation s’est combinée à une sorte de millénarisme (la nouvelle économie). Le monde anglo-saxon et Nicolas Sarkozy ont cru que leur heure était venue. Non seulement l’ennemi soviétique était à terre, mais Internet éliminait les « coûts de transaction » qui justifient l’existence de l’entreprise. Il n’y aurait jamais plus de « big brother », l’individu pourrait vivre éternellement heureux, dans la main invisible du marché mondial. « Et Dieu créa l’Internet » a écrit un polytechnicien en lutte contre l’oppression de ceux de ses camarades qui dirigeaient les entreprises d’État.
  • Peut-être, le coup de génie de cette spéculation a été la fiction de la gratuité. C’est un thème ancien dans le folklore américain, puisque, déjà, les pionniers de la presse pensaient que l’avenir était au gratuit, financé par la publicité. Cette fiction a coulé l’industrie du contenu (cf. la musique), appauvri le consommateur (suréquipé), et enrichi les fournisseurs de contenant. Deux solutions ont été trouvées aux maux des créateurs de contenu : celle des gouvernements, qui veulent punir les consommateurs ; et celle d’Apple, qui a encapsulé le contenu dans le contenant.
  • Enfin, l’innovation, si elle ne fait pas l’objet d’une « mise en œuvre du changement » appropriée, nuit gravement à la santé de l’individu et de l’entreprise. En effet, elle tend à emprunter la pente de moindre résistance, c’est-à-dire leurs faiblesses, de même que l’agroalimentaire nous transforme en obèses en exploitant notre goût pour le sucre et les matières grasses. Or, notre grand moment de libéralisme était incompatible avec la moindre intervention. Internet semble effectivement avoir obéi au paradoxe de Solow : il n’a probablement pas été un facteur de productivité pour l’économie dans son ensemble. Au minimum, il se caractériserait par un grand bruit. Quant à l’individu, plusieurs études laissent penser que son cerveau aurait été recâblé par l’usage des « nouvelles technologies » pour le rapprocher de l’état de légume, qui sied au consommateur idéal. Mais il est probablement trop tôt pour se prononcer sur cette question.
Compléments :

Afrique, prochain Eldorado?

J’entendais la BBC parler, hier, de la croissance économique des pays africains. Elle devrait être exceptionnelle dans les prochaines années. Beaucoup de choses à faire dans les télécoms, des populations jeunes qui se mettent au travail, et surtout pas de dette, puisque personne ne voulait jusque-là prêter aux Africains.

Alors, les mêmes causes vont-elles produire les mêmes effets ? La prochaine bulle spéculative va-t-elle être africaine ? L’Afrique va-t-elle connaître des inégalités encore plus marquées ? (Ce qui est difficile à imaginer.)

Compléments :