The trend is your friend

The trend is your friend, disait un article de McKinsey. La mode est votre amie. C’est curieux, parce que c’est une devise pour mouton de Panurge, par pour leader admirable. C’est, aussi, la recette de la spéculation, et de la crise.

Dans ma jeunesse, les gourous du management braillaient « changez l’avenir à votre avantage ». « Strategy as stretch », la stratégie comme transformation, et non comme soumission. C’est Monsanto. Ce n’est pas mieux, diront quelques pisse-vinaigres. Mais rien n’empêche l’entreprise d’avoir une conscience. C’est ce qu’a cherché à lui donner un troisième grand courant du management : la Corporate Social Responsability ou Responsabilité Sociale des Entreprises.

(D’autres encore diront peut-être que si le dirigeant n’est capable que de suivre des tendances, il ne faut pas lui demander l’impossible : d’être responsable. C’est le rôle de l’Etat, et l’entreprise suivra les tendances qu’il lui fixera.)

RSE

Une juriste s’interroge. Entre les mains du monde pourri des affaires, n’est-il pas obligatoire que la RSE soit vidée de son sens ? Je doute :

Les Etats s’effacent, les entreprises prennent leur place. Elles doivent assumer la responsabilité de la planète. C’est la logique (mondiale) de la RSE : entreprises comportez vous bien, si vous ne voulez pas être réglementées. Effectivement, il y a des batteries de lois liées à l’environnement, à la santé au travail… Elles vont dans le même sens que la RSE. Parce que la RSE correspond à des préoccupations mondiales.

Ensuite, l’entreprise obéit à la loi, et il y a des choses en commun entre l’esprit des lois et la RSE :

  1. L’article 1382 du code civil parle de responsabilité (civile). La question de la RSE, qui revient à s’interroger sur les responsabilités de l’entreprise, n’est-elle pas équivalente ? Construire une politique RSE ne revient-il pas à réduire les risques de poursuite auxquels l’entreprise est exposée ? (Voir les assurances responsabilité civile pour entreprise.) 
  2. La constitution, et en particulier ses annexes, notamment le fameux « principe de précaution ». 
  3. Esprit des lois qui régissent l’entreprise. En France, l’entreprise a une personnalité morale. Son fondateur ne peut pas faire ce qu’il veut d’elle, de même que les parents ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent de leur enfant. 
  4. Est-ce que la loi, d’une manière générale, n’a pas pour objet d’organiser la vie en société ? Est-ce que réfléchir à sa responsabilité sociétale n’amène pas, naturellement, à respecter l’esprit de la loi ? 

Finalement, comme le dit Adam Smith, ce n’est pas parce que l’on est inspiré par le mal que l’on ne peut pas faire le bien (et inversement). La presse étrangère dit que les investisseurs activistes imposent à l’entreprise des mesures environnementales, ou autres, qui sont du domaine de la RSE. Mais, s’ils le font ce n’est pas par amour de la nature, ou de l’humanité, mais parce qu’ils pensent que les Etats ou les opinions peuvent nuire à leurs intérêts. De même, l’actionnaire peut pénaliser une entreprise susceptible de subir les conséquences du réchauffement climatique.

Morale. La RSE peut être compatible avec les instincts les plus primaires de l’homme. « Greed and fear » disent les Anglo-saxons. Une erreur qui tue le changement est, justement, de voir le monde en termes de bien et de mal.

Le monde : entre nationalismes et rodéo financier

L’Inde serait aux prises avec la passion du lucre, et l’individualisme. Les castes, c’est fini, ou presque. Ainsi que la politique clientéliste du Congrès. Et c’est un nationaliste qui a un millier de morts sur la conscience qui lui promet le paradis. En serait-il de même en Turquie ? M. Erdoggan a apporté le confort à la Turquie. Elle le réélit. La Hongrie maintient au pouvoir un petit Poutine ? En Chine sa campagne anti corruption permet au gouvernement d’éliminer de puissants adversaires politiques. Au Québec, le Parti Québécois semble avoir perdu les élections pour avoir voulu parler d’indépendance. Les nouvelles générations n’y sont plus favorables. Fin de la chasse à la baleine au Japon. Tradition en déclin, et coûteuse. 

Italie. Pour financer sa politique, M.Renzi vend les participations de l’Etat. L’Europe espère le salut du commerce. Plus exactement de négociations de partenariat avec l’Amérique et la Chine. Mais cela ne risque-t-il pas de la disloquer ? (Certains ayant infiniment plus à gagner que d’autres dans l’affaire.) Elle devrait comprendre qu’elle ferait bien de remettre en fonctionnement son moteur économique. Car, elle vacille au bord de la déflation. La surévaluation de l’euro, en particulier, lui coûtant cher. BCE, au secours ? Les banques centrales sont devenues les banquiers, permanents, des gouvernements. Et si nous nous en mordions les doigts ? « Du fait de ce dispositif les responsables politiques ont moins qu’avant à rendre des comptes ; en stimulant les prix des actions, que possèdent principalement les riches, cela pourrait bien avoir conduit à l’augmentation des inégalités, sans que c’ait été approuvé par un vote. Peut-être que dans dix ou vingt ans, on verra les événements récents comme le moment où le monde a franchi un cap. » En tout cas, la politique actuelle des banques centrale pousse les investisseurs vers les « frontières », des pays qui ne sont ni développés ni émergents. Pas bon pour la santé de ces derniers ? Et les pays émergents à emprunter à l’étranger, ce qui leur a été fatal lors de la crise de 97.
Aux USA, certains diplômes sont de mauvais investissements. Entre 15% (université sans but lucratif) et 22% (à but lucratif) des étudiants sont incapables de repayer leurs emprunts dans les 3 ans qui suivent le début des remboursements. Heureusement, les cours en ligne arrivent. En outre, l’Amérique, pays des libertés, donne l’asile éducatif à une famille allemande. Elle ne voulait pas d’une éducation publique pour ses enfants.
Petrobas, compagnie pétrolière brésilienne. Où l’on voit, une fois de plus, politique et économie ne font pas bon ménage. GM doit rappeler un grand nombre de voitures, après quelques morts. Quelque chose a cloché dans ses dispositifs de suivi après vente. Aux USA, des investisseurs veulent utiliser les technologies de l’information pour réinventer l’assurance, et la médecine. Arrivée du smartphone bon marché. Samsung serait menacé. D’où la recherche de nouveaux marchés (montres, bracelets électroniques, voitures). Les entreprises chinoises achètent des PME allemandes. Pas pour les démanteler, mais pour acquérir prestige et expérience. Les Allemands sont enchantés : « les Chinois pourraient être la solution aux problèmes de succession que rencontrent beaucoup d’entreprises du Mittelstand ». Les cultivateurs de roses du Kenya font face à des pressions contradictoires. Leurs clients occidentaux veulent à la fois des baisses de prix et la RSE. « En concentrant plus de pouvoir entre les mains de géants de l’agroalimentaire, la demande de l’Ouest que les entreprises soient de bons citoyens a des résultats que n’attendait pas la gauche. En même temps, elle surprend beaucoup de gens de droite : loin de tuer les entreprises, elle les encourage à devenir plus productives et innovantes. »

Réchauffement climatique, changement des scientifiques. « Le nouveau rapport (…) voit le climat comme un problème parmi beaucoup d’autres, dont les conséquences sont souvent conditionnées par les interactions avec ces autres problèmes. Et la bonne politique tente de réduire la charge, de s’adapter au changement, plutôt que de chercher à l’arrêter. » 

Marchés : la régulation par l'incertitude ?

Ce qui fait s’effondrer l’économie russe, ce n’est pas la sanction, mais la menace de sanction. De même la menace de réglementation, pousse les actionnaires à demander aux entreprises des comptes sur leurs risques environnementaux. Et les banques centrales créent, par leurs stress tests, des crises fictives qui cherchent à forcer les banques à demeurer vertueuses.

Et si la peur était le début de la sagesse ? Aurait-on là un moyen non totalitaire de rappeler l’entreprise et le marché à la responsabilité ?

Iso 26000 et mariage pour tous

Grosses manifs contre le mariage pour tous. Et plus petites contre un projet d’Aéroport.

Est-ce ainsi que fonctionne la démocratie ? Les mouvements organisés ont le dessus ? Rapport de force comme principe fondateur ?
Ne pourrait-on pas s’inspirer d’ISO 26000 ? ISO 26000 prône le « dialogue entre parties prenantes ». On repère les groupes concernés par une question et on organise un échange d’avis afin de parvenir à une solution. Bien entendu, il faut aussi que ceux qui n’ont pas de voix (les enfants, les générations futures, la nature…) soient représentés. 

L’esprit le corps et le système immunitaire

La solution intérieure : Vers une nouvelle médecine du corps et de l'esprit

Une de mes lectures de vacances : La solution intérieure de T. JANSSEN m’a ravi.

Comme la madeleine de Proust, elle m’a replongé dans mes sujets de prédilection lorsque j’étais étudiant, la biologie, la biochimie, la neurologie, les médecines énergétiques « orientales », l’étude du comportement…
Mais elle a fait bien mieux que me rafraîchir la mémoire. Elle a  corrigé mes connaissances obsolètes dans ces domaines qui « constituent un continent à découvrir » comme l’explique T.JANSSEN.
Paradoxalement ces nouvelles connaissances ont renforcé mes convictions, jusque-là totalement intuitives et qui m’avaient donné un profil de doux rêveur.
Aujourd’hui la science vient donner une réalité à des domaines regardés comme ceux de marginaux : la méditation, les psychothérapies, la résilience, les médecines douces…
A la base de ces découvertes, il y a les nouvelles connaissances sur le fonctionnement du cerveau et ses capacités ( voir articles précédents de Christophe et les miens) et surtout les progrès de l’imagerie fonctionnelle. 
Il y a aussi les connaissances sur les cellules et leur fonctionnement en réseau maillé, le feedback entre le corps, l’esprit et  le système immunitaire.
Comme toujours ces connaissances laissent planer le risque que des gens mal intentionnés les utilisent à leur seul profit. Mais ne faut-il pas croire aussi, surtout, à la possibilité de construire un monde sur la base de ces nouvelles connaissances, de cette intelligence bienvenue?
C’était un peu la vision de Charles STEINMETZ qui en 1902 alors à la tête du laboratoire de GE annonçait que «  les grandes découvertes du XXème siècle relèveront du domaine de l’esprit humain et non de la science »
Ces découvertes sont, peut être, le déclenchement de l’ère du réalisme éclairant qui chassera celui du pessimisme bloquant et de l’optimisme risqué…

l'expert "d'assurance" champion inconnu de la résilience?

Que ce soit après un dégât des eaux, un incendie, un accident automobile ou encore après une casse machine, un défaut de  produit, une pollution, un accident…L’expert intervient toujours en situation de crise.
Il y est «projeté » en son cœur et son premier travail est de comprendre, en toute indépendance d’esprit – un immense sujet – ce qui a déclenché cette crise et ce que cause cette crise.
Il est ensuite, de façon assez schématique, force de proposition pour  déclencher la sortie de cette crise, mais dans un cadre référentiel complexe constitué par la police d’assurance applicable, le droit, la technique, l’économie et le social.
 Loin d’être un spécialiste de la résilience (lire Boris CYRULNIK), je m’interroge sur les situations dans lesquelles intervient l’expert, ne sont elles pas des cas systématiques de résilience ?
Chaque sinistre ne suit-il pas un processus : équilibre existant –contrainte(s) – déséquilibre- modification des contraintes et nouvel équilibre.
N’y a-t-il pas un vrai sujet sur le rôle, la formation et l’utilisation des experts pour qu’ils puissent s’inscrire totalement et sciemment dans ce processus ?
N’est ce pas une voie naturelle de développement durable ?

La résilience : une solution élégante ou terriblement efficace?

Il va falloir s’y faire la résilience va devenir notre sujet récurrent.
 Dennis MEADOWS, chercheur et auteur du rapport sur la croissance, sorti en 1972, à la demande du Club de Rome, nous dit qu’il y a 40 ans, il était encore temps d’agir pour infléchir les tendances catastrophiques, annoncées par ses prévisions pour 2030.
Malheureusement 2030 était si loin et ce n’était que des prévisions construites sur un modèle inconnu par des chercheurs et pour un groupe d’influence…

40 ans plus tard les prévisions ont été confirmées. Notre modèle est bien destructeur.

Et aujourd’hui, MEADOWS semble dire qu’il n’est plus temps de réfléchir à « comment changer notre trajectoire », car l’humanité est trop complexe et « la nature » s’en chargera.
Pour autant l’heure n’est pas à la résignation, mais toujours à la construction propspective.
Paradoxal!
Certes!
Il s’agit en réalité de se préparer à construire sur de nouvelles bases, un peu comme après une guerre mondiale destructrice…A la différence près que nous avons en mains les indicateurs qui mènent à la « guerre » et la capacité à l’anticiper pour l’absorber et prévoir sa sortie.
C’est la qu’intervient donc la résilience.
Comme un matériau qui se déforme sous la contrainte pour se reformer ensuite une fois la contrainte disparue ou comme une parcelle de prairie ou de forêt se régénère après un incendie – d’autant mieux que sa biodiversité était grande –

Finalement c’est du DARWINISME amélioré :
L’espèce qui survit n’est pas la plus intelligente mais celle qui sait le mieux s’adapter aux changements. oui, mais ici, c’est aussi l’espèce intelligente qui saura prévoir ce changement pour s’y adapter au mieux.

Bonne réflexion!

L'expert c'est zéro blabla 100 % RSE

Mon dernier billet, A la recherche d’une définition de l’expert!, tente de définir ce qu’est un expert sur les bases de son histoire. Mais force est de constater que les 10 dernières années ont balayé l’histoire et projeté l’expert  vers la nouvelle dimension de la RSE.

Je me propose d’illustrer à travers une série de cas déjà commencée – cf les billets : La dialectique de l’expert, et Un trésor bien caché, les principes inscrits dans la récente charte de la FSE.
L’idée est de montrer que l’expert n’est pas dans la théorie ou la communication, mais bien ancré dans la réalisation et la concrétisation de la RSE.

Le 1er principe de la Charte  :

Le rôle de l’expert est la mise en œuvre au quotidien du développement durable : Par nature l’expert est l’interface avec les parties prenantes d’un sinistre.
Il met à profit sa situation de facilitateur, ses compétences et son expérience, pour permettre à ces parties prenantes de s’acquitter de leur propre responsabilité sociétale. L’expert est ainsi, à la fois acteur du développement durable et observateur des transformations de la société.

Le cas évoqué aujourd’hui relève d’une expertise dite corporelle.Un jeune homme majeur, qui se destine au métier de maçon, devient tétraplégique à la suite d’un plongeon malheureux dans un étang aux eaux peu profondes. Le propriétaire est condamné pour insuffisance d’information sur la profondeur des eaux. Son assureur Responsabilité Civile intervient donc pour réparer le préjudice. Le jeune homme, sans doute bien défendu, se retrouve propriétaire d’une somme conséquente qui lui permet d’acheter une belle maison d’environ 160 m2 avec piscine et auxiliaire de vie permanent. Il fait aménager la salle de bain et la cuisine à son handicap. Un expert judiciaire est appelé pour déterminer le coût de ces aménagements spécifiques. Jusque là c’est un déroulement classique pour statuer sur le complément que doit verser l’assureur du responsable.

Un raisonnement économique déséquilibré : Toutefois l’expert judiciaire se pique de considérer que cet assureur doit également payer une partie de la surface de cette maison. Selon, lui, le jeune homme a dû acheter une maison plus grande que prévu (160 m2) pour accueillir son auxiliaire de vie. Il demande ainsi que l’assureur du responsable prenne en charge 40 m2 de plus. Ce qu’il y de plus choquant dans ce raisonnement fallacieux c’est qu’il est surtout totalement inadapté à la situation du jeune homme et à son besoin. En effet celui-ci, n’a plus de soucis matériel. Il est surtout très isolé du fait de son handicap, et complètement dé-socialisé. Ce dont il rêve c’est un projet à sa vie fracassée. L’expert intervenant pour l’assureur responsable va donc oser monter au créneau et s’opposer tant à l’expert judiciaire qu’à son avocat pour proposer en accord avec l’assureur, qui fait confiance à son expert, que la somme correspondant au 40 m2, au demeurant très discutable, soit investie dans un projet à construire avec le jeune homme.

Donner un sens à une vie. L’expert a observé que le jeune homme accroche sur l’informatique. Il propose donc une formation aux outils informatiques et aux médias sociaux – naissants à l’époque – sur laquelle le jeune homme se « jettera ». Il y verra toute l’opportunité de trouver des moyens adaptés à son handicap et d’ouvrir une fenêtre sur le monde. Derrière la crise se dessine alors la reconstruction d’une nouvelle vie, pas à pas.

Cette expertise, certes particulière, illustre bien le rôle unique que l’expert peut jouer pour l’ensemble des acteurs d’une expertise, grâce une neutralité bienveillante que lui confère sa position et son expérience. Il y a là un gisement que certains assureurs tentent d’explorer, mais ont-ils pensé à utiliser l’expert comme partenaire ? Ont-ils la vision des compétences multiples de l’expert, économique, technique, juridique, sociale, médicale… en gestion de crise… de facilitateur, et ses capacités d’innovation?

Vous doutez ? d’autres cas suivront !

Faut-il être autiste pour réussir ?

On découvre que ceux qui connaissent le succès actuellement, Steve Jobs et autres Mark Zuckerberg, présentent quelques-uns des symptômes de l’autisme. (In praise of misfits)

Pourquoi l’autisme ? Parce que notre société, ultra individualiste, récompense celui qui est concentré sur un sujet et en devient un expert, et qu’Internet lui évite beaucoup des déconvenues des relations sociales.

Mais n’est-il pas inquiétant que des personnes qui sont inaptes au lien social et qui ont probablement de grandes difficultés à envisager les intérêts généraux de la société aient d’énormes responsabilités ? Est-ce durable ?

Effets pervers, et imprévus, de la libération de l’homme ?