Panne

La semaine dernière fut celle de la panne électrique ibérique.

Heureusement, les hôpitaux ont été sauvés par leurs groupes électrogènes, entend-on dire. Mais il y aurait eu quelques morts.

Victimes de l’énergie solaire ? Car il semble que nos réseaux électriques n’aient pas été prévus pour les sautes d’humeur des énergies dites renouvelables.

Europe’s first grid crisis may not be its last
Spain’s blackout serves as a reminder of the fragility of power systems in the age of green energy

Financial Times, 2 mai

Eternelle observation et question. Nous sommes entrés dans l’ère de l’idéologie et des apprentis sorciers. Comment s’en sortir ?

Souffrante Angleterre

L’Angleterre s’est engagée dans la rigueur budgétaire. Surprise : les marchés financiers n’apprécient pas cette politique. Et cela provoque une prédiction autoréalisatrice (le marché a peur d’avoir peur ?). Le pays est ébranlé. Comment cela va-t-il se finir ?

En attendant sa chancelière de fer part en Chine : certes c’est un ennemi, mais nous sommes dos au mur, nous avons besoin de ses investissements.

Curieux phénomène. Utile leçon pour la France ?

Et drôle de chose que le marché. L’homme a créé un être totalement irrationnel ? (Ou ressortissant à la « psychologie des foules » ?)

Raison et changement

La raison paraît inefficace face au changement.

Les sociétés semblent avoir peu de mémoire. Elles tendent à partir sans arrêt de 0, les nouvelles générations à peine sorties de l’enfance submergeant les anciennes. Et ces nouvelles générations ont la tête farcie de sornettes. Surtout l’intérêt fait loi.

Mais, à côté de cette forme d’élan produit par la volonté de puissance, des mécanismes sociaux, comme l’université ou les livres, maintiennent la mémoire du passé. Lorsque la réalité finit par attraper l’élan, les enseignements du passé ressurgissent.

Ce qui semble prouver que la raison a une certaine résilience.

Perdre pied

Drôle d’histoire. Il y a une quinzaine d’années sont apparues sur les plages de Vancouver des chaussures contenant des pieds.

Règlements de comptes entre gangsters locaux ?

Non. Tout tenait à l’invention d’un nouveau type de chaussure de sport, ultra légère. Les pieds appartenaient à des suicidés qui s’étaient retrouvés à la mer. Apparemment, il faut peu de temps à la faune marine pour trancher une jambe. Et les courants tendent à converger vers les mêmes plages.

Grâce à leur ADN on est parvenu à retrouver les propriétaires des pieds. Et à rassurer leurs familles, qui avaient enfin une réponse à leurs inquiétudes.

(D’après une émission de la BBC.)

La prochaine fois que la solution à une énigme nous paraîtra évidente souvenons-nous que nous avons toujours tort ?

Apprenti sorcier ?

Le pari de la spécialisation par les seules forces du marché est un échec, ose écrire Draghi. La dynamique vertueuse n’a pas été enclenchée : la concurrence devait générer efficacité productive et marges, lesquelles à leur tour devaient générer les investissements dans la R&D qui devaient favoriser la montée en gamme. Cette montée dans la spécialisation à son tour devait générer une hausse des exportations. Ce processus vertueux a été activement poursuivi et pour le favoriser on a banni les champions nationaux, les aides publiques ont été traquées et des politiques commerciales permissives ont été pratiquées.

Article concernant le rapport Draghi

Ce que l’on peut interpréter comme : ceux qui passent leur vie à faire des remontrances à la population, à la qualifier d’arriérée, avaient tort, et sont à l’origine de la situation regrettable de la nation.

L’erreur est humaine bien sûr, même si le coupable n’est pas la victime. Mais ce qui est curieux est que les critiques qu’adressent ses opposants au gouvernement ne parlent jamais de ce sujet. Elles sont de l’ordre au mieux du borborygme. Le gouvernement aurait-il le monopole de la raison ?

Dolente humanité

Ah ! la dolente humanité, toujours à se battre, à se dévorer, dans les parlements et sur les champs de bataille, quand donc désarmerait-elle pour vivre enfin selon la justice et la raison ?

Emile Zola

Effectivement, qu’elle est la recette de la raison ?

Mais, peut-être faut-il prendre le problème autrement ? Et si l’homme, contre toute attente, avait trouvé qu’il n’était pas normal de se battre ? Et s’il avait appelé la solution à ce problème « raison » ? Et s’il se demandait maintenant ce qu’il fallait mettre dans ce mot ?

Portrait de l’artiste enfant

Un privilège de l’âge est d’avoir pu observer le développement de l’homme, et peut-être surtout les relations entre générations et leurs conséquences.

Par exemple, il est surprenant de constater que ce qui pourrait paraître une petite particularité amusante de l’adulte peut avoir comme impact sur l’enfant. C’est ainsi que le parent découvre souvent que son enfant lui en veut « à mort », alors qu’il n’a rien vu venir.

Est-ce étonnant ? Les parents sont inexpérimentés. Ils sortent de l’enfance. Jusque-là on ne les prenait pas au sérieux. Ils étaient « mineurs ». Et, soudainement, on leur confie des êtres humains sans défense, sur lesquels ils ont droit de vie ou de mort. On peut difficilement imaginer changement plus violent. Cela ne peut que produire un cercle vicieux : au lieu de chercher le « juste milieu », l’enfant devenu adulte adopte l’opposé de ce qu’il croit avoir reçu, selon la fameuse formule : « je te donne ce que je n’ai pas eu ».

Or l’enfance et l’âge adulte sont extrêmement différents. L’âge adulte est une sorte de redoublement permanent : la vie fait du surplace. L’enfance au contraire est un moyen-âge de l’humanité où tout est merveilleux. Un monde de contes de fées, plein d’histoires. Où tout incident prend des dimensions fantastiques.

Ce qui amène à prendre conscience d’un mystère : la façon dont on devient homme. L’homme est le fruit d’une quantité d’influences, d’expériences, de hasards. Il y a certainement de l’inné dans sa constitution, mais il peut en sortir une infinité de solutions. Il semble donc illusoire de rêver d’une humanité douée de raison. Il faut s’attendre aux surprises de la diversité.

Suspension

J’ai découvert la « suspension » à l’époque où j’enseignais la négociation. Quand vous sentez que l’émotion monte, danger : vous devenez incontrôlable. Alors, suspension : vous laissez « passer un tour », vous ne répondez pas.

Puis j’ai lu que la suspension était le propre de la philosophie. Notre jugement est entaché d’erreurs, de préjugés. Doute cartésien ou phénoménologique.

Et, finalement, que la suspension sauvait le pilote d’essai ou de guerre. En situation désespérée, débranchez votre raison.

Cela semble signifier que la raison n’est qu’empilage social, artificielle par nature ? Si l’on veut faire la moindre chose sérieuse, il faut la mettre à zéro ?

Comprendre

De fait de mon travail, je dois beaucoup communiquer. Or, je constate systématiquement que l’on me pose des problèmes dont j’ai donné la solution il y a longtemps. Et je peux répéter, rien ne change.

En fait, tout change parfois. C’est lorsque la personne se trouve en situation de « responsabilité ». Son « anxiété de survie » se met en marche. Et cela semble déclencher son cerveau. Elle est inquiète. Elle ne sait plus rien. A la façon de la personne qui se noie, elle cherche à se raccrocher à quelque perche des environs. Et elle redécouvre ce que je m’évertuais à lui dire. Mais elle le fait à sa manière, comme si je n’avais jamais existé.

C’est probablement aussi comme cela que j’ai appris. J’ai commencé par penser que les figures d’autorité que l’on me donnait en exemple étaient incompréhensibles, jusqu’à ce que je me trouve dans la situation qui les avait amenées à concevoir leurs idées. Le principe d’une pédagogie digne de ce nom ?

Kemi Badenoch

Kemi Badenoch, qui est-ce ? Les conservateurs anglais on un nouveau « leader ». Une femme. Elle est présentée comme à l’extrême droite du parti. Inquiétant.

Je me renseigne chez wikipedia. Elle est nigérienne, et fille d’un médecin et d’un professeur de physiologie. Une Nigérienne après un Indien, l’intégration, en Angleterre, n’est pas un vain mot. Un modèle pour le monde ?

Et ses théories sulfureuses ? Ce que j’en comprends est qu’elle dit que pour devenir citoyen d’un pays, il faut en partager les valeurs, et que, replacé dans son contexte, le colonialisme n’a rien de diabolique. Ce qui semble raisonnable.

Il se trouve que je suis tombé sur une « histoire des idées » de Whitehead. Il écrit à peu près la même chose : la démocratie s’est construite sur l’esclavagisme, c’est grâce à lui qu’elle a pu transformer le monde, et éliminer l’esclavagisme. On ne pouvait probablement pas avoir l’un sans l’autre. La seule chose que l’on puisse faire c’est d’être reconnaissant aux esclaves de nous avoir faits tels que nous sommes.

En fait ce qui n’est pas raisonnable est qu’il y ait là sujet à s’égorger, et non à discussion et à enseignement. Faillite de la raison ?