Conditionnement

Je fais beaucoup de conseil gratuit. C’est peut-être un mauvais investissement, pour ceux que j’aide, me demandé-je. En effet, je me rends compte que toute la valeur du conseil est dans la proposition. Elle force à une réflexion essentielle, et particulièrement créative.

On ne se rend pas compte à quel point nos actes sont conditionnés par les circonstances dans lesquelles ils se font.

Par exemple je me souviens d’un acteur porno, qui disait, dans je ne sais plus quel film (pas porno), qu’au fond, à la maison, il n’était pas mieux qu’un autre, il n’était bon qu’au travail.

Par ailleurs, il me semble, comme le disait Robert Solow, que, dans les cas graves, il est préférable qu’un médecin ne soit pas « aux pièces ». C’est la logique de l’hôpital. Je me méfie de la médecine de ville.

Comme pour l’IA, devrait-on se demander, avant chaque action, quel « prompt » adopter ?

Brésil

Manaus. Je découvre que, comme les grandes villes brésiliennes, c’est un lieu où l’on n’est pas en sécurité.

Cela m’a rappelé un livre que j’ai cité, Brazillionaires. Il semble que les riches n’ont pas voulu partager leur richesse avec les pauvres. Ils ont préféré vivre dans la crainte permanente du rapt, dans des bunkers, en se déplaçant en hélicoptère.

Du mystère de la création des cultures ? De la nécessité, et de la complexité, d’un changement qui obéisse un rien à la « raison » ?

Charles Dullin

Pour Charles Dullin, et quelques autres, le théâtre fut une passion. A tous les sens du terme.

Il aurait pu partir à Hollywood, il a choisi de diriger un petit théâtre, une vie de misère et les poursuites d’huissiers.

En l’écoutant dans Tchekhov, j’ai pensé à Spinoza. Spinoza faisait des passions le mal absolu. Alors que l’art n’est que passion.

Parce que, dans toute son irrationalité, la passion à tout de même quelque-chose à nous révéler ? Quelque-chose d’essentiel et mystérieux ? que les mots et la raison ne savent pas exprimer ? « On ne voit bien qu’avec le coeur » dit Saint Exupéry ?

(Toujours France culture : Prestige du théâtre, rediffusion d’une émission de 1969.)

Inconfort vital

En écoutant Vladimir Jankélévitch, je me suis demandé si faire ce qu’il demande n’exige pas « l’inconfort », ce que j’ai appelé « l’in quiétude ».

Comme souvent, il n’est peut-être pas possible de dire ce qu’il faut faire, mais, simplement, indiquer ce dont-il faut se méfier ? Ici ce serait donc le confort. A la fois le train-train de la routine, le contentement de soi résultant du travail bien fait, de la position sociale méritée, la retraite mais aussi l’opinion certaine, le raisonnement imparable que sélectionne, par exemple, l’école d’ingénieur française.

Comment vivre heureux et in quiet ? Un apprentissage ?

La terreur

Vis-à-vis de l’étranger, comme chez lui, M.Trump n’est que menace et intimidation.

Trump demands drug companies lower prices before end of September
US president threatens to ‘deploy every tool in our arsenal’ to protect Americans from ‘abusive drug prices’

Financial Times du 31 juillet

Il est fidèle à lui même. Ce comportement est ordinaire dans le monde des affaires américains.

Est-ce la fin d’une ère ? Après guerre, on prétendait au règne de la science et de la raison.

C’était une réaction à l’avant guerre, temps de déraison. Et à ses conséquence : une guerre qui a longtemps fait penser que l’on était passé au bord du précipice. Et que l’on n’en restait toujours dangereusement proche.

Va-t-on connaître le même phénomène ?

Malheur au vaincu ?

Bilan de la situation ? L’Occident a ridiculisé ses valeurs. Ce n’est pas nouveau, le propre de l’Occident est l’hypocrisie. Mais le mouvement s’est accéléré récemment. Malheureusement, ces valeurs ne sont probablement pas sans vertus.

Mais ce qui est nouveau est son affaiblissement, plus ou moins volontaire, à force d’individualisme myope.

Comment les puissances de demain dirigeront-elles l’humanité ? Quel avenir cela promet-il au monde ?

Pacte germano-soviétique

Quel fut le rôle du pacte germano-soviétique dans le déclenchement de la guerre de 40 ? On ne sait pas le dire. Mais il a pris l’Occident par surprise. Il a alors compris que la guerre était inévitable.

Se replacer dans la tête des gens de l’époque est utile. En ce temps, on surestimait l’Allemagne et sous-estimait l’URSS. L’Allemagne faisait l’admiration de tous. Au moment où l’on croyait que le capitalisme était condamné, il renaissait de ses cendres. Quant à l’URSS, elle semblait fragile, et les purges de son état major ne disaient rien qui vaille de la force de son armée.

Comme le pensait de Gaulle, et contrairement à ce que beaucoup croyaient, l’URSS ne voulait pas tant la révolution mondiale que rompre l’encerclement dont elle se croyait victime, obsession des tsars et de M.Poutine.

Le pacte germano-soviétique a été rendu possible par l’échec des négociations entre l’URSS, la France et l’Angleterre, méfiants, mais aussi par le fait qu’Allemands et Russes avaient été exclus du traité de Versailles. Ils avaient tout à gagner à se rapprocher.

Les Allemands comptaient bien attaquer l’URSS et ils avaient lu correctement l’histoire de Napoléon. Mais ils ont surestimé leur capacité à rejeter les Russes dans les steppes de l’Asie centrale.

Quant à la France, elle n’a pas compris à temps qu’elle avait des moyens militaires supérieurs à ceux de l’Allemagne et elle n’a pas réussi à inverser le pacifisme qui la paralysait.

Enseignement ? Des dangers de l’aveuglement. Il tient pour beaucoup à ce que le pouvoir est entre les mains d’individus qui sont débordés par des tâches prosaïques. Comme, d’ailleurs, le remarquait de Gaulle, après une rencontre avec Blum.

(Ce que je retiens d’une ancienne émission de France culture traitant dudit pacte et de La guerre qui vient de Jean-Noël Jeanneney.)

Panne de pensée

Ce qui me frappe, depuis la première élection de Trump, est à quel point Barack Obama fait profil bas. A tort ou à raison, il me semble qu’il pense être responsable de la situation actuelle des USA. D’ailleurs il fut un président impuissant. Il croyait avoir trouvé la panacée et il fut mis en échec. Il symbolise la fin d’une ère ? Celle de la raison et de l’élite. Celle-ci a pêché par « hybris ». Et elle a récolté la tempête ?

Que va-t-il arriver ? Le grand enseignement de la présidence Trump, et probablement de celle d’Hitler avant lui, est à quel point nous sommes incapables de penser. Notre éducation produit un carcan intellectuel. Pire : ce que nous appelons raisonner consiste, je le soupçonne, seulement à répéter l’opinion commune.

(Une anecdote. Il y a longtemps j’interviewais, dans le cadre d’une mission, le président d’un Comité économique et social régional. Je ne devais pas avoir l’attitude d’approbation habituelle, car il m’a demandé, à la fin de l’entretien, quasiment, s’il avait répondu correctement…)

Classique observation de systémique ? A force de vouloir forcer l’homme à « bien » penser, on ouvre en grand la porte au « mal » ? Et peut-être même qu’on le crée ? Jekyll et Hyde ?

Effet Trump

Trump n’a pas le même effet partout. Au Canada, en Australie, à Singapour, il fait élire des gens sérieux. Mais, ailleurs, en Roumanie, en Angleterre, en Allemagne, probablement en France, il ne semble provoquer aucune réaction salutaire.

Manque de gens sérieux ? Au delà d’un certain point d’exaspération, la raison se déconnecte ?…