Monde d'après : quels scénarios ?

J’ai découvert qu’il y avait une très forte aspiration a se débarrasser d’un Etat centralisateur dont l’administration s’est ridiculisée pendant l’épidémie. Ce serait facilité par Internet.

Et le contraire ? Un monde parcouru par des épidémies, où chacun reste chez soi ou se déplace dans une cellule isolée, et est alimenté par des circuits d’approvisionnement protégés, où des Instituts Pasteur jouent le rôle de système immunitaire collectif, où les mouvements de chacun sont pistés par leur téléphone, devenu obligatoire. Le rêve d’Uber, sans Uber. L’homme comme cellule d’un corps social.

Y a-t-il un prospectiviste dans la salle ?

Le boom du plexiglass

Mort de l’open space et boom du plexiglass. Conséquence imprévue du virus.

Les épidémies sont des « points singuliers » diraient peut-être les mathématiciens. Il y a rupture de continuité. L’après est différent de l’avant. C’est pourquoi le déterminisme (croyance de beaucoup de scientifiques) ne peut être justifié ? Et pourquoi le prospectiviste a toujours tort ?

Le prospectiviste : homme du passé ?

« Avant la fin du siècle New York sera à vingt minutes de Paris« . Voilà ce qu’écrivait Jean Duché, en 1969, dans Les grandes routes du commerce (Flammarion International Library). On pensait à l’époque que les avions voleraient à Mach 12.

Non seulement ce n’est pas le cas, mais il n’y a plus d’avion commercial supersonique. Même l’aviation militaire, en termes de vitesse, a connu un recul. C’était la guerre froide qui donnait des ailes aux avions.

Le prospectiviste est une pendule arrêtée : il prolonge les tendances du passé. Mais ce n’est pas comme cela qu’avance la société. Elle évolue par changements « systémiques ». Elle passe d’un monde à un autre.

Profession : visionnaire

Il y a peu, j’entendais qu’un prospectiviste connu avait publié un nouveau livre. C’était déjà une célébrité dans ma jeunesse. Et j’avais été très surpris de le rencontrer durant la bulle Internet. Je le croyais à la retraite, déjà. Surtout, je ne m’attendais pas à l’entendre parler d’informatique. Et, effectivement, ce qu’il disait était risible. Et, il n’y avait même pas besoin d’attendre l’explosion de la bulle pour le comprendre.

Il y a beaucoup de gens comme lui, mais moins connus. Ils sont, tour à tour, spécialistes des réseaux sociaux, du big data, de l’intelligence artificielle, des block chains, etc.

Je pense qu’il serait faux de penser que ce sont des escrocs. Ce sont, simplement, les caisses de résonance de la société. Ils ont une fonction. Si j’arrivais avec une idée séduisante, ils résonneraient pour moi.

Changement comme création

« Ce monde qui me situe et m’engendre selon la chair, je le change ; par le choix j’inaugure de l’être en moi et hors de moi » (Paul Ricoeur).

Et si le changement créait de « l’être » ? De même que le physicien parle de « big bang », et si mes décisions créaient du totalement neuf, et inimaginable avant cette création ? Est-ce votre définition de changement ? Si P.Ricoeur a raison, peut-il exister des « prospectivistes », comme J.Attali ?…

La dialectique du maître et de l'esclave

La dialectique du maître est de l’esclave, n’est pas ce que l’on croit, m’a-t-on dit en terminale. Malheureusement, je n’ai jamais su ce que « l’on » croyait, et donc ce qu’il fallait penser de la dite dialectique.

Ce serait l’explication que donne Hegel de la Révolution française. Dans un premier de temps, il y a guerre. Celui qui ne craint pas la mort gagne. C’est le maître (l’aristocrate), l’autre est esclave. Le maitre devient alors cigale, et l’esclave fourmi… (Mon interprétation, douteuse.)

Et si ce phénomène s’était reproduit récemment ? L’oligarque Khodorkovsky expliquait comment il s’est s’enrichi phénoménalement à une époque de misère : nous avons tous joué au même jeu, vous avez perdu, j’ai gagné. L’aristocratie intellectuelle, « l’élite », a gagné, qu’elle dirige Goldman Sachs ou le parti démocrate. Le reste s’est plus ou moins trouvé en difficulté, sans comprendre pourquoi. Maintenant, revanche de l’esclave ?

(Il y a des moments où les équilibres se rompent : une partie de la population trouve le moyen d’exploiter l’autre ? Mais, c’est instable ?)

Fin de l'histoire ?

Le progrès pourrait-il s’arrêter ? Les dix mille ans passés sont étranges. Peut-on continuer à ce rythme encore dix mille ans ? Je soupçonne ce qui suit, que j’aurais bien du mal à justifier :

Le moteur du changement, durant cette période, fut la « raison ». La caractéristique première de cette raison, c’est la communication à longue distance. Elle donne donc à l’homme un atout social : l’espèce humaine peut se coordonner. Mais, il semble qu’elle ait aussi provoqué l’illusion de l’individualisme. Illusion qui a conduit à la « destruction créatrice ». Elle débouche aujourd’hui, paradoxe apparent ?, sur Internet, le réseau de communication universel par excellence. La société d’individus est devenue totalement interdépendante ! Il est possible que l’on soit en train de prendre conscience de la course folle qu’a été le progrès. Et que cela nous conduise à l’arrêter. L’état stable serait le communisme. Pas au sens URSS, mais à celui d’Elinor Ostrom. C’est-à-dire d’une gestion collective de ce qui est nécessaire à la collectivité (cf. le code de la route).

De tels états stables auraient existé pendant quelques siècles ou quelques millénaires chez certaines collectivités humaines plus ou moins isolées. (Les pygmées, par exemple, peut-être les Egyptiens anciens ou encore les Chinois, à certaines périodes.) Par ailleurs, il n’est pas sûr que nos dix mille ans aient été une durée de changement rapide. On peut imaginer que c’est le temps qu’il faut à une espèce pour s’adapter à la niche écologique qu’elle vient de découvrir. (Cf. le dinosaure « devenant » oiseau.)

Progrès et anxiété de survie

Le progrès ne fait que s’accélérer disaient des amis. Je ne le crois pas.

Il a freiné. Mon idée du progrès, c’était le moteur, l’électricité, la voiture, l’avion, la fusée, les téléphones, les télévisions, l’électroménager, les antibiotiques (l’hygiène d’abord, qui a prolongé radicalement notre vie), la génétique, l’industrie agroalimentaire, l’ordinateur, l’énergie nucléaire, la physique qui faisait sans cesse des découvertes fondamentales, ou même les mathématiques qui inventaient continuellement de nouvelles disciplines. Mais aujourd’hui ? Rien n’a remplacé le Concorde, par exemple. La vitesse des avions de combat a régressé, faute de combattants. De même que celle des fusées. Ailleurs, comme pour les OGM, le nucléaire, ou le bricolage génétique, le progrès inquiète. L’innovation ne fait plus de sauts quantiques. Elle est de plus en plus coûteuse. Notre bibliothèque, c’est le web, et il lui faut des masses d’électricité pour rester éveillée ! Les économistes parlent de rendements décroissants. Serait-ce le cas ?

Surtout, le progrès ne se fait pas seulement parce qu’il est possible. Nassim Taleb dit que les tribus arabes ont trouvé que, dans le sable, le chameau était plus pratique que la roue. Je me demande si, en Occident, le progrès n’a pas été mû par la lutte de l’homme contre l’homme dont parle le philosophe. En Angleterre, par exemple, le coût du travail s’affaisse, on remplace la machine par l’homme. La guerre, qui obéit au même principe, a été un grand moment d’innovation. Ce serait probablement le cas d’une catastrophe climatique. Sans anxiété de survie, pas de progrès

Le moyen-âge est un scénario d’avenir que mes amis devraient envisager.

Fin du monde

Ce blog, a commencé avec la crise. Rien n’allait plus. C’est caractéristique des changements, selon Kurt Lewin. Dix ans de doute. Et si 2017 avait été un « tipping point » ?

Le facteur de changement ? La culture américaine ? Elle a conquis le monde. Mais, avec MM.Obama et Trump, la vague se retire. Et M.Macron ? Retour d’un système de gouvernement traditionnel, après cinquante ans d’une tentative de bipartisme républicains / démocrates ?

Et l’avenir ? Pas comme le passé ! Plus les mêmes dominants. Les grandes causes morales ont peut-être connu leur zénith. Alors, France besogneuse et familiale d’après guerre ?

La caractéristique du changement réussi, selon moi, est le « Far West ». Des potentiels nouveaux et les risques qui vont avec. (Car conçus pour un système, tous nos réflexes deviennent faux dans un autre.) Pour profiter des uns, sans être victime des autres, il faut « élan vital », envie puissante, et réseau de confiance, répète ce blog. Mais, nul n’est forcé de le croire.

Fragile France ?

J’entends la radio se lamenter de l’état de la France. Au contraire, je rencontre beaucoup de gens pleins de volonté de bien faire, et de potentiel. Et pourtant, ils vivent parfois dans des conditions précaires. Pourquoi ce dit potentiel ne se révèle-t-il pas ? Peut-être bien parce qu’il n’est pas conscient d’exister. Et que le discours ambiant est celui de la faiblesse et de la division. Mais il suffit que le succès montre le bout de son nez, pour que le pays se transforme comme un seul homme. Pisse-vinaigres compris.