Souverainisme ou du bon usage des mots ?

Souverainisme ? Hier, cela sentait le soufre et le FN. Maintenant, on en arrive à se demander si tous ces gens qui semblaient être passés de l’extrême gauche à l’extrême droite (Chevènement et autres Debray) n’étaient pas en avance sur leur temps. Et si l’altermondialisme, si proche de la « relocalisation » et des circuits courts post coronavirus, n’est pas un souverainisme. 

Souverainisme = humanisme ? La mesure de toutes choses n’est pas le PIB, mais l’homme ? Les experts et leur parole d’autorité, aux vestiaires ? L’homme est souverain de son destin ?

Pensons-nous correctement ? Un nouveau concept (souverainisme dans ce cas) apparaît, on l’approuve ou le désapprouve, par un raisonnement superficiel. Nous jugeons à l’apparence ? Mais aussi, du danger des mots ? Ce ne sont pas des solutions, mais des problèmes ? Croire qu’avec un mot l’on tient une solution, c’est le début des problèmes ? Tout le combat d’une forme de souverainisme ?

Moderna

Webinaire du PDG de Moderna, entreprise de Biotech en tête de la course au vaccin anti coronavirus. Ce que j’ai compris (avec des erreurs probables, notamment en ce qui concerne le procédé).

(PS. Rediffusion : https://www.youtube.com/watch?v=T8rRVWRMnvM&ab_channel=SymposiumCentraleSup%C3%A9lec

Moderna est une start up. Le fruit d’un pari. Utiliser « l’ARN-messager » (ARNm), pour apprendre au corps à se défendre lui même contre une maladie. C’est la troisième génération des techniques de fabrication d’un vaccin.

Ce que j’ai cru comprendre est qu’il s’agit d’envoyer le « bon » message aux ribosomes, qui vont produire un antigène du coronavirus (pour prendre un exemple). Technique peu coûteuse, car,  toujours si j’ai bien compris, à partir du moment où l’on a la description de l’agent pathogène, trouver le « bon message » est un exercice informatique de quelques heures ou jours ; l’ordinateur commande alors des machines qui produisent le vaccin ; viennent alors les tests, aussi longs qu’avec une autre technique. Celle-ci aurait l’intérêt de pouvoir modifier très vite ses vaccins (sans besoin de validation), en cas d’une mutation modeste du virus.

Moderna ou les USA et le capitalisme à leur meilleur ? 
Pour Moderna, une société qui n’avait jusqu’ici pas d’horizon à plus de trois ans, le coronavirus vaut 30 milliards de dollars. En un an.

Le PDG de la société a compris, dès janvier, qu’il était en face d’une pandémie. Il a donné à son équipe l’objectif de produire un milliard de doses. Il n’avait pas les moyens financiers pour. D’autant qu’il doit assurer son approvisionnement, acheter des machines, embaucher et donc payer cash. En mai, il levait 1,3md$ (sa précédente levée, en 2018, était de 628m$, déjà un record). Mais, essentiellement, il a été financé par les Etats, en particulier les USA qui, ont payé cash, eux aussi, tout ou partie de centaines de millions de doses hypothétiques.

L’administration américaine s’est transformée. Là où il fallait 6 mois pour avoir une réponse, celle-ci est maintenant instantanée. Quant à M.Trump, serait-il un agité de surface ? En tout cas, la société n’a subi aucune pression, d’aucun gouvernement. Cependant, elle a pris la précaution d’installer une seconde unité de fabrication en Suisse, jugeant qu’il y avait peu de chances qu’un pays de 9m d’habitants exige l’intégralité de sa production…

Y en aura-t-il assez pour vacciner tout le monde ? Oui. En fait, aucun des fabricants de vaccin n’a la capacité de répondre à la demande mondiale. Les différents vaccins vont donc se compléter. Celui de Moderna pourrait être le plus efficace, donc réservé aux personnes fragiles et aux soignants. Au passage, j’ai découvert qu’un vaccin n’était pas parfait. Il réduit les risques de complication plus ou moins sérieusement. Les premiers vaccins pourraient être disponibles en fin d’année. Mais le gros de la vaccination se fera en 2021.

Par ailleurs, il faut deux doses par personne, et il y aurait un risque de seconde vague, en hiver, façon grippe espagnole (apparemment pour raison de confinement durant l’hiver).

Le progrès, c’est sauter dans l’inconnu
Et les dangers ? L’accélération de la phase de tests ? Moderna a systématiquement joué avec un coup d’avance, il a lancé les fabrications nécessaires à la prochaine phase de tests, alors que la précédente commençait. Les tests continueront durant les premières vagues de vaccination (sur des millions de personnes, donc). Ce qui probablement en dit long sur les risques que les Etats sont prêts à prendre pour arrêter l’épidémie. A noter qu’il est possible d’aller encore plus vite : la société étudie ce qui peut être les prochaines générations d’agents pathogènes ; en quelque-sorte elle anticipe les premières étapes de test.

Un autre risque, que j’ai mal compris, et qui pourrait avoir affecté les recherches d’un concurrent (Oxford), est que la protéine produite par le vaccin puisse correspondre à une protéine déjà connue par le corps, et qui déclenche des effets indésirables.

Les véritables risques sont à long terme. Il faudra attendre pour mesurer les effets secondaires de ces traitements. En tout cas, encore si j’ai bien compris, les molécules d’ARNm sont détruites par le corps en 48h, et il y a peu de chances qu’elles fassent de nous des OGM : elles ne rentreraient pas dans le noyau des cellules, du moins selon les observations faites à ce jour.

Plus curieusement, il y a le cyber risque. La société, comme ses confrères, est l’objet d’attaques qui visent soit à lui voler son savoir-faire soit à arrêter sa production. La sécurité informatique est capitale, Moderna collabore avec les banques et l’armée, dans ce domaine, et son architecte informatique est une des personnes les plus importantes de la société.

Et les vaccins ? Pourquoi leur résiste-t-on ? Pas uniquement par obscurantisme. Le vaccin de la grippe ne serait pas efficace. Et les fabricants auraient ajouté à leurs vaccins des adjuvants. Pour éviter toute tentation de ce faire, Moderna et ses concurrents ont publié leurs protocoles de fabrication.

The sky is the limit
Et l’avenir ? En bon français, la récompense de « betting the farm » est : « the sky is the limit ». Si ce projet est un succès, Moderna fera en un an un chiffre d’affaires de 30md$ (les start up du numérique doivent pâlir d’envie). La société aura alors les moyens de financer une recherche tous azimuts.
Si je comprends, toujours, bien, du VIH au cancer, en passant par les virus les plus méchants, rien n’est hors de portée. Dans dix à quinze ans, Moderna dominera l’industrie du vaccin.

Le bon progrès ?

La liste des certitudes qu’aura abattues le virus est sans fin. La façon dont nous faisons de la science est probablement l’une d’entre elles. Le problème que soulève l’affaire Raoult, surtout si l’on compare à la démarche de Pasteur, est qu’il est possible que nos techniques de test de l’innovation soient contre productives (les travaux de Pasteur n’auraient probablement pas été retenus).

Or, ces tests, s’ils sont susceptibles de bloquer le mouvement qui a fait la médecine moderne, ne prennent pas en compte les effets distants de l’innovation qu’ils choisissent. C’est ainsi qu’il faut des décennies pour découvrir que tel ou tel produit est cancérigène.

Comment résoudre ce paradoxe ? Si l’on reprend les travaux de JB. Fressoz, il semble que ce que le progrès a eu de mauvais, c’est qu’il s’est fait au détriment d’une partie de la population. Elle a servi de cobaye. En revanche, il a été « le progrès », il a changé notre vie, il nous est consubstantiel. Et il a été un moment d’enthousiasme et de fierté.

Et si le « bon progrès » était un saut dans l’inconnu, mais voulu par tous, en connaissance de cause ? Ne résultant pas d’une manipulation des esprits mais d’une adhésion réelle, d’un « comité citoyen » qui s’étendrait à l’humanité et qui serait spontané, ni animé, ni dirigé ?

Louis Pasteur

Il semblerait que l’on ne soit pas sûr que le traitement par Pasteur de la rage ait suivi un protocole très scientifique, ai-je cru comprendre. (Une émission de France Culture.)

Mais, voilà, Pasteur a fait avancer la science. Ce qui rappelle ce que dit Jean-Baptiste Fressoz : le progrès scientifique n’a pas été tel qu’on le pense. Il n’a pas été très scientifique, et il a coûté cher à l’espèce humaine, qui en a fait les frais. Mais il a fini par réussir. Il n’y a pas de progrès sans saut dans l’inconnu, et nous n’y sommes plus prêts ?

Coronavirus du SARS : une explication

Opportunément, en cette période d’épidémie de coronavirus, France Culture diffusait un cours sur le coronavirus du SARS du début de notre siècle : « le virus venu de nulle part« .

Voici ce que j’en retiens.

Ce fut un virus qui se communiquait par relation de proximité (par éternuements). Ce sont les hôpitaux qui ont répandu la maladie. Les personnels hospitaliers ont été sévèrement touchés. Paradoxalement, les enfants étaient épargnés, et tout le monde n’était pas aussi sensible au virus. 10% des personnes infectées mourraient. L’épidémie s’est arrêtée en été. Le virus était une mutation venue de la chauve-souris à l’homme en passant par la civette. Il semble que ce soit le mode de vie chinois qui soit à l’origine de l’épidémie : le Chinois mange quasiment tous les animaux, et ceux-ci, qui ne devraient jamais se rencontrer, sont mélangés dans des marchés. L’amélioration du niveau de vie du Chinois a augmenté sa consommation. Dans le cas du SARS, la croissance de la demande en civettes a amené l’apparition d’élevages industriels de civettes, favorables à l’évolution et à la dissémination d’un virus.

En écoutant ce cours, j’ai pensé que la nouvelle épidémie avait probablement une origine similaire. Toutes les grandes épidémies semblent avoir la même cause : le « progrès » amène l’humanité à des pratiques « contre nature ». Ce qui produit une conséquence imprévue : l’épidémie, comme résultat de déséquilibre de l’écosystème.

Mais, qui ne tue pas renforce, dirait Nietzsche. Jouer avec le feu n’a pas que des désavantages…

Les effets pervers du développement durable

Le voyage en bateau de Greta Thunberg a eu un mérite. Il a montré à quel point le bon sens était stupide. Elle a pris un voilier pour ne pas prendre l’avion. Et si nous faisions tous pareil ? Il est probable qu’il n’y aurait plus d’opposant à l’effet de serre massif que cela aurait provoqué : nous n’aurions plus d’autre moyen de nous chauffer.

Globalement, notre économie peut sembler très polluante, mais elle l’est très peu par rapport à ce que nous lui demandons. Un avion ne consomme presque rien, au km et par personne, comparé à une voiture. D’autant qu’il fait beaucoup moins de km qu’elle pour atteindre une même destination, et qu’il va beaucoup plus vite.

En outre, il faut prendre en compte le phénomène « gilets jaunes ». Une taxe carbone a des impacts sur nos vies. Elle peut les rendre invivables. Par exemple, si le prix du billet d’avion augmente, cela changera les voies du tourisme, et beaucoup de gens y perdront leur emploi.

Lorsque l’on parle des métiers à tisser, et de la résistance qu’ils ont rencontrée, on se trompe. Les ouvriers n’ont pas résisté au progrès, mais aux conséquences du progrès dans une économie de marché. Si l’on veut changer la société, on ne peut pas « laisser faire », il faut lui donner les moyens de s’adapter.

Le retour du Vinyle

Section musique de la FNAC. Je suis accueilli par un immense rayon disques (vinyles). Le graphique ci-dessous confirme cette tendance. Surtout, il semble signifier que le numérique a été plus destructeur que créateur…

Le retour du « vinyle » serait-il l’annonciateur du changement ? Un retour vers une économie un peu plus traditionnelle ? Un peu moins : c’est gratuit, et demain ce sera rentable ? Qui vend des biens et des services que le consommateur a envie d’acheter tout de suite ?

Qu'est-ce que la philosophie ?

Philosophie : « amour de la sagesse » ? Je pense plutôt que c’est « du bon usage de la raison ».

Selon moi, la raison est le propre de l’homme. C’est une fonction du cerveau secondaire qui a pris une importance démesurée. C’est elle qui nous a propulsé dans un « progrès » que dénonce aujourd’hui Greta Thunberg.

Le cerveau, en gros, est émotion ou raison. L’émotion est la fonction la plus sophistiquée. Elle est systémique, et hyper rapide. Quant à la raison, sa fonction, selon moi, est avant tout de permettre la communication entre hommes. (Les Grecs parlaient de logos, langage et raison.) C’est mineur, mais décisif. Car l’union fait la force. Et la conquête du monde par l’homme vient de là.

Paradoxalement, la raison nous a persuadés que nous étions tous des individus. Le propre de la raison est la pathologie. En particulier l’aliénation. L’humanité est la marionnette d’idées qui ont pris leur propre autonomie, et lui nuisent. Ceux qui sont les plus touchés sont nos élites intellectuelles, nécessairement.

Je ne suis pas loin de penser, avec Hegel, mais pour des raisons un peu différentes des siennes, qu’il peut y avoir une « fin de l’histoire ». L’histoire c’est le changement apporté par la raison, ou « progrès », elle a quelques milliers d’années. Le jour où la raison ne délirera plus, où nous la maîtriserons, l’histoire s’arrêtera. L’espèce évoluera, mais plus à la même vitesse, et non de son fait.

Comment j'ai appris à aimer la bombe atomique

« Le succès de la bombe atomique porte témoignage de la puissance toujours accrue de notre physique moderne dans l’élucidation et l’application des forces naturelles. » (Histoire de la physique, Charles-Albert Reichen, Editions Rencontre, 1964. Un livre de vulgarisation scientifique.)

Il y a quelques temps M.Trump parlait de lancer des bombes atomiques sur les ouragans. Dans les années 60, il aurait fait parti de la majorité éclairée.

Les écologistes qui accusent l’opinion de tous les maux ne feraient-ils pas bien de se souvenir que, hier, ils auraient été de chauds partisans de ce qu’ils condamnent aujourd’hui ? En prendre conscience les aiderait-il à réussir le changement qu’ils appellent de leurs voeux ?

Tchernobyl sur Seine

Le laboratoire de Marie Curie est encore radioactif…

Au temps de Marie Curie, le physicien était un apprenti sorcier – un alchimiste devenu dangereux, parce qu’il avait du pouvoir sur la nature. Y compris le pouvoir de transmutation. La découverte des rayons X a, par exemple, amené les scientifiques à expérimenter, sur eux-mêmes, la « radiographie ».

Ils étaient émerveillés par ce qu’ils trouvaient. Le progrès ne pouvait qu’être bien. Et voilà pourquoi on vient de retrouver dans notre corps des « Bisphénols, parabènes, phtalates, éthers de glycol… » (Info RFI).

Le « progrès » est-il dangereux par nature, ou en avons-nous choisi une variété qui l’est particulièrement ?