Plombés

Quel âge a la terre ? Le même que celui des météorites. Or, les météorites contiennent de l’uranium, qui, à une vitesse connue, se transforme en plomb. Un scientifique décide donc d’analyser une météorite. Seulement, pour cela, il ne faut pas de trace de plomb dans son laboratoire. Or, il a beau faire ce qu’il veut, il en trouve partout : dans les tables, les chaises, la peinture, ses cheveux, sa peau… Il lui faudra plusieurs années pour créer un environnement sans plomb, et faire ses mesures. 

C’est alors qu’il est parti en croisade contre le plomb. Il est allé chercher sa trace dans les neiges polaires. Et a trouvé que la pollution au plomb commence avec la révolution industrielle, puis connaît une brutale envolée dans les années 30. Pourquoi ? On ajoute du plomb à l’essence. 

Ses découvertes n’ont pas fait beaucoup de bruit. Mais, tout de même, il y a moins de plomb dans l’essence et dans notre vie que de son temps. Environ 25 fois moins, si j’ai bien compris. Mais cela fait tout de même 100 fois plus qu’avant le début de la contamination. En tous cas, cela aurait eu un impact notable sur le QI de la population. 

Au fond, la révolution industrielle fut l’âge de l’innocence. L’idéologie du « progrès » régnait. Ce que fait l’homme est bien. La nature, c’est le mal. Illustration de « l’éthique de conviction », et de son danger : qui veut faire l’ange finit plombé ?

(Inspiré par une émission de Radiolab, diffusé par la BBC.)

Cauchemar numérique

J’achète Office 365. Jusque-là le logiciel était installé sur mon ordinateur. Pas cette fois. Il est tout cloud. 

Il y a bien une version téléchargeable. Seulement, j’ai découvert, au moment de payer, qu’elle était en option. Et j’en ai marre de me faire exploiter. De toute manière, j’utilise déjà un équivalent Office, fourni par Apple, qui est plein de bugs, mais qui permet de générer le format Office. 

Tout commence mal. Déjà, procédure compliquée, qui me demande de créer une nouvelle adresse mail, avec un nom de domaine Microsoft pour ma société, avec un nouveau mot de passe (ce machin qui est stocké quelque-part, mais qui ne semble jamais marcher quand on en a besoin). 

Le logiciel, qui doit être accessible une heure après passage du contrat, ne l’est pas. Je finis par contacter l’aide Microsoft. Après un « chat » avec un anglophone et son système de traduction, je suis envoyé vers un centre d’appel, qui finit par m’expédier vers un autre centre de dépannage, aux USA. Il m’appelle. Charmante conversation. (Entre temps, le logiciel avait été débloqué.) Quoi que un peu inquiétante : se faire aider demande d’autoriser Microsoft à avoir accès à son ordinateur. 

Finalement, j’utilise assez peu Office 365. L’autre jour, au moment d’y avoir accès : refus. Message incompréhensible. Je pense à résilier mon contrat, mais je n’y ai plus accès ! J’y reviendrai quand j’aurai du temps. Ce que je fais. Il s’agit de charger un logiciel d’authentification sur mon portable. (Et s’y je n’en avais pas ?!). Puis de lire, avec mon portable, un code, qui est sur mon écran. Cela finit par réussir. Mais j’ai encore à utiliser ce sacré système pour d’autres manipulations. 

Entre temps, Explorer s’est mis à me redemander des mots de passe et MacBook aussi. Je parviens à régler ces problèmes. Mais, en ce qui concerne MacBook, la procédure semble avoir été compliquée : elle a demandé à Apple plus d’une semaine. (Elle concernait le service de commerce en ligne d’Apple, que je n’utilise pas, et dont j’avais perdu le mot de passe.) J’oubliais : mon ordinateur s’est remis à me demander mon mot de passe, et plus mon empreinte… Et aussi : Google Drive ne conserve plus une copie de mes programmes sur mon ordinateur… J’envisage une grande migration. 

Kafka : notre vie va-t-elle devenir un enfer numérique ? 

Grandeur et décadence de l'ingénieur

Dans mon enfance, l’ingénieur était élite de la nation. Aujourd’hui, il est une sorte d’espèce protégée. Il a quelques emplois réservés, extérieurement prestigieux, mais sans conséquence. 

C’est peut-être l’histoire des deux sens de logos. Logos voudrait à la fois dire raison et parole. Eh bien, le tout parole a pris le pas sur le tout raison. L’X-Mines a été remplacé par l’inspecteur des finances. « Ingénieur » est à entendre au sens anglais : rustre.

Causes ? Trois hypothèses :

  • Le progrès, et ses grosses usines pestilentielles, a fait son temps. Toute la séduction de l’ingénieur s’est envolée. 
  • On a testé, ça n’a pas marché. L’ingénieur a dirigé notre pays et ses entreprises. Cela leur a été fatal. En le ménageant, on l’a écarté. 
  • Désormais, celui qui veut arriver au sommet doit s’expliquer. Or, l’ingénieur n’a pas été formé pour cela. 

Après l’ère de l’ingénieur autiste nous en sommes arrivés à celle du bonimenteur ? Pas tellement mieux ? Comment le dirait Aristote, il faudrait un « juste milieu » entre ces deux extrêmes. Le logos bien compris. L’homo sapiens ? 

Intelligence artificielle, calamité agricole ?

L’avenir de la ferme serait le robot. Attention, danger, disent des chercheurs

Dangers apparemment paradoxaux. Ils sont pour ceux qui utilisent, et pour ceux qui n’utilisent pas…

  • Cyber risque, pour commencer. Sans commentaire. 
  • Danger de mauvais dosage et de dommages graves à l’environnement, faute de prise en compte des effets à long terme des traitements.
  • Perte de compétitivité de la plupart des agriculteurs, qui ne pourront se payer ces robots…
Que penser de cette étude ? En tout cas, cela pourrait illustrer un effet pervers d’une forme de progrès : des gains à court terme, qui l’imposent, mais des coûts à long terme. 
(Illustration d’un billet précédent sur le coût du progrès ?)

Les externalités du progrès

L’ordinateur est sensible au rayon gamma. Or, le rayon gamma est partout. Résultat ? Un pilote automatique qui se débranche, un comptage électoral faux… Problème sérieux lorsqu’il s’agit de commande de type « discret », zéro ou un (j’accélère ou je freine, par exemple.)

C’est pourquoi, de plus en plus, les systèmes de contrôle sont redondants. 

Seulement, la miniaturisation constante des composants électroniques pose de nouvelles difficultés : contrairement aux anciens composants, ceux des nouvelles générations sont sensibles à des impulsions électriques infimes… 

Voilà ce que disait l’émission de radio Radiolab. 

Ce qui amène à s’interroger sur le progrès, au sens où on l’entend depuis quelques siècles. Il est de notoriété publique que l’on commence par en voir les avantages, avant d’en percevoir les « externalités négatives ». Externalités que l’on met des décennies à maîtriser de manière « satisfaisante ». Seulement, la question que l’on ne se pose pas est : et si ce progrès était une sorte « d’attrape nigaud ». Et si l’innovation consistait à masquer habilement son coût réel ?

Docteur Folamour

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Les Russes tirent sur une centrale nucléaire. Information au réveil. Puis, un Ukrainien contacté par la BBC explique qu’il s’agit du dortoir de la centrale. 

M.Poutine nous avait déjà parlé de son gros arsenal nucléaire. Et si le nucléaire pouvait tuer autrement que par des missiles ? 

Et si M.Poutine était en train de perdre la face ? Pas parce qu’il n’arrive pas à conquérir l’Ukraine, mais parce que son armée est ridicule. J’ai cru comprendre, toujours la BBC, que l’on n’avait pas dit aux soldats qu’ils partaient à la guerre… Si c’est vrai, ils ne doivent pas être très combattifs… 

Et si l’Ukraine menaçait de tuer le rêve de grandeur de Vladimir ? Un monde dans lequel la Russie éternelle ne serait plus rien est-il acceptable par lui ? Que ferait-il ?

La question que posait Dr Folamour ne serait-elle pas d’actualité ? Si nous survivons à cette guerre, ne faudra-il pas prendre conscience du besoin d’un mode de « gouvernance » qui convienne à une humanité explosive ?

(A ce que l’on dit, l’Ukraine est truffée de réacteurs nucléaires.)

Texte associé par wikipedia à la photo : « By Directed by Stanley Kubrick, distributed by Columbia Pictures – Dr. Strangelove trailer from 40th Anniversary Special Edition DVD, 2004, Public Domain, Link. »

Vaccin et Aristote

Etes vous « vac » ou « antivac » ? Aristote dirait probablement que la question n’a aucun sens. 

Une émission de France Culture que cite ce blog raconte l’histoire des vaccins. Il y a eu des hauts et des bas. Le vaccin a eu des succès retentissants. Mais, on a cru aussi, comme durant la guerre de 14, qu’il pouvait faire des miracles. Et il a tué. 

D’ailleurs, cela s’applique à Pasteur, il se pourrait que l’on ne considérerait pas les pratiques qui ont fait la gloire du vaccin comme étant acceptables aujourd’hui. En ces temps, les dangers n’étaient pas les mêmes, pas plus que le prix de la vie. D’ailleurs, comme le rappelle un ami, ce n’était pas qu’une question de vaccin. Le vaccin faisait parti du « progrès », et l’on était prêts à mourir pour le progrès ! 

Bref, comme le disent les philosophes pragmatistes, il n’y a pas de certitudes,  il n’y a que des choses « qui marchent », et d’autres pas. Aristote parlerait de « juste milieu ». Sa particularité est d’être entre les extrêmes, et de devoir se chercher au coup par coup…

2022 : année du bourrin ?

1% des élèves actuels parviendraient à entrer parmi les 10 meilleurs % d’il y a 30 ans, disait ce blog. Notre modèle de société est-il en train de changer ? Jadis, quelques grands hommes qui faisaient évoluer les idées et la science. Aujourd’hui, le monde est dominé par des esprits frustes, le reste de la population étant à leurs ordres. Entre-t-on dans un nouveau type de progrès ? 

Ce que l’informatique appelle « l’agilité » nous montre peut-être la voie. L’agilité est l’art du bourrin. C’est le développement de logiciel par essais et erreurs, mais sévèrement encadré, de façon à ne pas trop laisser passer d’erreurs. Et lorsqu’elles parviennent à passer et qu’elles tuent, on fait un procès, on paie les parents des victimes, et on améliore les batteries de test. 

On pourrait donc imaginer un monde « à l’américaine », qui ne chercherait plus à comprendre, comme par le passé, mais dans lequel de gros machos sur le modèle de D.Trump pleins du sentiment de leur supériorité se jetteraient à l’assaut de l’avenir. Certains parviendraient à survivre. De temps à autres leur « science sans conscience » produirait des crises environnementales. D’autres monteraient alors aux créneaux pleins de nouvelles certitudes. 

Après tout, c’est peut être comme cela que la sélection naturelle et le virus procèdent. Ce qu’Hannah Arendt a appelé « l’animal laborans » serait-il l’avenir de l’Homo sapiens ?

Réveil virus

2021, nouvelle année virus. 

Ce virus a eu un curieux effet. Il a trouvé la faille de notre société. Il a frappé son principe fondateur. Il fait dégringoler tout l’édifice social.

Voilà un exemple de destruction que n’avait pas prévu Schumpeter. 

Les anciennes religions auraient parlé de péché, et de main de Dieu. Avec raison. Le péché c’est « l’hybris » humain. Nous prétendions nous être affranchis de la nature, pouvoir vivre dans un monde de notre invention. Or, le principe même de la vie semble être la recherche aléatoire des failles de tout édifice. Ainsi il le force à évoluer. 

La devise du virus n’est peut être pas « indignez-vous », mais « réveillez-vous » ! 

(Ou, qui sait ?, « travaillez, prenez de la peine, c’est le fonds qui manque le moins ! »)

Déodorants et phtalates

Le Monde disait, l’autre jour, que les déodorants seraient soupçonnés d’être à l’origine de cancer du sein et que les phtalates, qui se trouveraient dans des objets et des aliments, auraient causé 100.000 décès prématurés aux USA. 

Rien de nouveau. On utilise d’abord, et on constate ensuite. Rayons X, amiante, DDT, etc. 

Ne serait-il pas temps de prendre conscience de ce phénomène ? Et, d’une part, de cesser de dire d’une innovation qu’elle est évidemment sans risque, ce que personne ne croit, et, d’autre part, qu’il serait bien de l’éviter, dans la mesure du possible, en utilisant au maximum ce qui semble avoir fait la preuve de son innocuité ? (C’est probablement la logique du « circuit court ».)