Touraine et Macron

Faut-il lire Alain Touraine pour connaître Emmanuel Macron ?

Alain Touraine est présenté comme un « père de la sociologie française ». En fait, il a pratiqué une sorte d’anthropologie, en travaillant dans les mines et chez Renault. Son exemple montre pourquoi les physiciens insistent tant pour faire des expériences, contrairement aux économistes ou aux philosophes : la réalité qu’il a trouvée n’était pas la doxa des intellectuels.

Quant à Emmanuel Macron, Alain Touraine en fait un disciple de Michel Rocard. Ce dernier étant lui-même dans la lignée de Mendès-France, Delors et… Jaurès ! Leur combat, éternellement perdu, « le progrès ».

Qu’entend-il par là ? Je soupçonne qu’il s’agit des grands mouvements qui agitent le monde, et dont la France reste en retrait. Jadis ce fut « l’industrie », maintenant, du moins au moment de son interview, ce serait la femme et le multiculturalisme. J’imagine que, lorsqu’il parle d’industrie, il entend par là ses bons côtés, pas ses mauvais : le progrès à visage humain, autrement dit.

Quant à moi, je me demande si Emmanuel Macron n’a pas été abusé par une illusion. Un progrès qui n’est que bulle spéculative et marketing, soft power américaine. Et si le vrai progrès n’est pas ailleurs. Non dans une sorte de degré zéro de la créativité (superintelligence, conquête des étoiles ou autre élimination de la mort), mais, tout bêtement, dans la résolution des problèmes qui sont sous notre nez. Effectivement, c’est une question de « durabilité », mais pas à la manière dont en parle le marketing spéculatif.

A noter que la France n’a pas toujours été en dehors du progrès. Elle fut le progrès lors de la Révolution et du premier empire. Elle a été « dans le coup » après guerre. Comme le rappelle René Rémond, de Gaulle était un amoureux du progrès, et d’un progrès à visage humain.

Progrès

On a oublié ce que signifiait « progrès » après guerre, me dis-je en écoutant les anciennes émissions de la radio, et en me rappelant de mon enfance.

On a oublié qu’il était banal de mourir de la tuberculose, alors. Et que des classes entières de la société vivaient dans une pauvreté abjecte qui faisait de la prostitution et du crime un fait social. On a oublié que les barres de béton furent un immense progrès pour beaucoup. On aussi oublié, l’ascenseur social qui a changé le sort de bien des gens.

Après la crise de folie de la guerre, elle même due à un après première guerre mondiale lors duquel les USA avaient abandonné l’Europe, et y avaient laissé s’établir une pauvreté abjecte, terreau de toutes les révolutions, auquel la crise de 29 et sa spéculation avaient mis le feu aux poudres, le monde était entre les mains des sages dont rêvait Platon, et de la science, en particulier de la « recherche opérationnelle », qui désormais fixait un cours rationnel à notre histoire. La sécurité sociale en était un premier effet. C’était une garantie anti populisme, nourri par la misère. La planification de l’économie, anti spéculation, un second.

Cet amour du progrès était aussi un amour de la technique, dont Elon Musk et ses amis de la Silicon Valley semblent orphelins. On pensait conquérir les étoiles, vivre parmi les robots et manger des cachets… Au fond, il y aurait un jour où la mort n’existerait plus. On entrevoyait le paradis ?

Source INED

Plasticage

Déprimant. On retrouve du micro ou nanoplastique partout. Dans tous le organes du corps, pour commencer.

Non seulement, il est partout dans la nature, mais, apparemment, tout contenant en plastique « fuirait ». Autrement dit, on n’arrête pas de rajouter du plastique à ce que nous consommons.

Seule bonne nouvelle : on n’est pas encore parvenu à détecter des effets toxiques. Peut-être, comme pour l’oxygène, poison pour beaucoup d’organismes, verra-t-on apparaître de nouvelles espèces qui profitent du plastique ?

Toujours est-il qu’il serait peut-être temps que l’on revoie notre façon d’envisager le progrès. Jusqu’ici, on commençait par inventer, puis, des accidents plus ou moins graves faisaient prendre conscience des « externalités négatives » de l’invention, que la société essayait alors de corriger. Il semble que ce procédé ne soit plus possible : une innovation malencontreuse peut rayer l’humanité de la carte…

(Un article : Your kitchen is full of microplastics.)

Thomas Midgley

Thomas Midgley Jr. (May 18, 1889 – November 2, 1944) was an American mechanical and chemical engineer. He played a major role in developing leaded gasoline (tetraethyl lead) and some of the first chlorofluorocarbons (CFCs), better known in the United States by the brand name Freon;

Hasards de Wikipedia. Un seul homme à l’origine de beaucoup de nos maux.

Force du mal ? Ou simplement produit de son époque ? Je me souviens encore du sulfatage au DDT de mon enfance. On le présentait comme un des grands succès d’une époque éclairée par le progrès scientifique…

Le progrès n’est-il pas, par nature, une suite d’erreurs ? Le tout est de ne pas trop persister, avant de passer à la prochaine ?

Cheveux

Nos cheveux valent de l’or ? C’est une question que me pose une émission de la BBC. (Gone today, hair tomorrow.)

Jadis, on échangeait des boucles de cheveux. Aujourd’hui, on spécule sur le cheveu de la vedette. D’ailleurs, à qui appartient-il ? A la vedette ou au coiffeur ?

A ce sujet, le coiffeur a peut-être une chance à exploiter, me dis-je. Il a intérêt à coiffer les vedettes, certes. Mais il y a mieux : nos cheveux contiennent notre ADN. Or beaucoup de monde, plus ou moins bien intentionné, désire acquérir le patrimoine génétique humain…

Une idée de diversification pour la Mafia ?

Colle qui décolle

La colle serait plus résistante que ce qu’elle colle. Or, on l’utilise de plus en plus, et partout. Or, désormais, nous voulons recycler à tour de bras.

Il y aurait une solution à cette question. Mettre dans la colle des particules de fer. Soumises à un champ magnétique, la colle se décolle. (« Colle réversible ».) Ce qui, accessoirement, pourrait nous permettre de jouer à l’Homme-araignée. Une émission de la BBC (Glued Up).

L’émission ne disait pas comment recycler la colle et son métal. Et s’il n’y aurait pas d’autres façons de procéder qu’une course en avant dans la recherche de solutions technologiques aux problèmes créés par la technique…

Nanoparticule

On aurait trouvé des quantités de nanoparticules dans les bouteilles d’eau minérale. Jusque-là on ne savait pas les détecter.

J’ai découvert la nanoparticule au hasard d’une mission pour une entreprise qui, justement, avait les moyens de les mesurer. Elles sont inquiétantes, car notre système immunitaire est sans défenses face à elles.

Faut-il avoir peur de l’eau minérale ? Peut-être faudrait-il examiner ceux qui en consomment beaucoup ? (On peut imaginer que si les effets néfastes étaient manifestes on en aurait déjà pris conscience.)

En tous cas, on voit une nouvelle fois le progrès en marche. On « innove », puis on découvre que l’innovation avait des conséquences imprévues. La science est pleine de surprises.

Progrès amnésique

Un ami me disait qu’un mur antique s’était effondré à la suite d’une réparation. Le « ciment » de l’époque avait des vertus qui n’étaient pas celles des matériaux modernes, et que l’on avait oubliées. (Par exemple, celles de pouvoir soutenir des tremblements de terre.)

Ce type de nouvelle est fréquent. On découvre, de temps à autres, que notre science n’est pas systématiquement supérieure à ce qu’elle a remplacé.

En fait, elle semble avoir une particularité : un complexe de supériorité. Elle croit pouvoir s’affranchir du passé.

La différence entre les anciens et les modernes est peut-être l’équation. L’illusion que tout peut tenir dans une formule (magique ?). J’ai l’impression que jusque-là le savoir était empirique. Il s’accumulait, et se transmettait, par une forme de compagnonnage, ou peut-être même par des réseaux sociaux professionnels.

Faudrait-il réconcilier les anciens et les modernes ?

(Je me souviens, par exemple, d’avoir lu des articles sur la construction de cathédrales, qui disaient que les constructeurs européens s’informaient les uns les autres de leurs expériences. Ils faisaient profiter immédiatement leurs travaux en cours des constats de leurs collègues.)

Menace artificielle

L’année prochaine plus de deux milliards de personnes vont être concernées par des élections. L’intelligence artificielle, manipulée par quelques esprits mauvais, pourrait leur faire prendre des vessies pour des lanternes. Voici ce que j’ai entendu dire aux information du matin de la BBC, il y a quelques jours.

Ordinaires conséquences imprévues du progrès ?

La personne qui tenait ces propos pensait que nous allions en arriver à ne plus rien croire. Je me demande, si, au contraire, ce ne pourrait pas être des circonstances favorables à une renaissance de l’esprit scientifique. Descartes et quelques autres ne disent-ils pas qu’il commence par le doute absolu ?

ADN messager

Faire analyser son ADN peut révéler des surprises.

C’est devenu très à la mode, en particulier dans les pays anglo-saxons. Et, comme toujours, cette mode a des conséquences imprévues. The gift, une émission de BBC4, en étudiait quelques-unes.

Certains ont ainsi découvert que leurs parents n’étaient pas ceux qu’ils croyaient. Adoption qui n’avait pas été avouée, infidélités, mais aussi erreur ou malversations. Cela a montré que les pratiques de l’insémination artificielle pouvaient se prêter à l’erreur, et les donneurs de sperme n’étaient pas toujours volontaires, et que, en ce qui concerne cette activité, certains médecins avaient beaucoup donné de leur personne, et qu’eux et d’autres se trouvaient avec des centaines d’enfants. (Avec ce que cela signifie de risque de consanguinité ?)

Plus curieux : une personne a découvert que son (excellent) père était un parricide en cavale.

Et il y a plus classique : découvrir que l’on a une maladie génétique, ou que l’on n’a pas les origines que l’on se croyait.

Surtout, c’est la fin de l’anonymat : il suffit que vos proches aient craché dans un plastique pour que votre ADN soit connu…

Ce qu’il y a de curieux est que l’on est tout à fait capables de prévoir les difficultés à venir, mais que l’on ne fait rien pour les prévenir, ou, du moins, en débattre démocratiquement :