Le Français et le travail

Je reçois des appels désespérés. Où allons-nous ? Le Français ne veut pas travailler ! C’est le Figaro qui le dit.

Je suis encore à la veille de rencontrer quelqu’un qui ne veut pas travailler. Mais, pour autant, autour de moi tout le monde est en vacances. D’ailleurs, je passe ma vie à organiser des rendez-vous entre dirigeants, et il y en a toujours au moins un qui est au repos.

Il y a un manque d’entrain général. Et ce ne sont pas nécessairement ceux qui braillent le plus fort qui sont les plus besogneux. (Au contraire, et c’est peut-être logique, ils se lamentent de ce que l’on ne veut pas travailler à leur place ?)

Un article propose une explication à ce curieux phénomène. Une fois n’est pas coutume, notre gouvernement aurait réussi un changement. Les précédentes réformes du code du travail, imposées sans consultation, et sans examen de leurs conséquences, ont créé une culture du loisir. Aujourd’hui, toujours sans consultation, notre gouvernement voudrait remettre la boite de Pandore dans son état original.

Il semble donc que la France ait choisi plus ou moins implicitement, à partir du début des années 1980, un modèle de partage entre le travail et le non-travail qui laisse une place beaucoup plus importante au second, assez tôt dans la vie active, via un départ précoce à la retraite.

Au lieu de nous demander de travailler, devrait-il nous inciter à le faire par son exemple ? L’exemple d’un gouvernement démocratique ?

Elites françaises

M.Macron aurait fait fausse route. Au lieu de prendre la tête de la résistance à M.Poutine, il a cherché à se le concilier. Du coup, il se serait ridiculisé. En cela, il ne ferait que refléter l’opinion de « l’élite » française. De manière inattendue (pour moi), elle serait gaulliste. Mais sans avoir compris les idées de De Gaulle. Autrement dit, elle penserait que l’ennemi est l’Amérique. (Une « élite » qui ne comprend rien : le propre de la définition moderne du terme ?)

Voilà ce que je retiens d’Affaires étrangères, de Christine Ockrent.

Et si cela ne s’arrêtait pas là ? Et si notre « élite », si puissante, était mue par des idées loufoques ?

Ce qui m’a fait penser à des conversations que j’ai sur d’autres sujets. Un des thèmes récurrents des articles de management est la tendance naturelle de l’entreprise à se recroqueviller sur elle-même. Cela tient, en particulier, me disait-on récemment, à une forme d’entre-soi, en particulier au recrutement de personnels appartenant aux mêmes écoles. Elle aurait besoin « d’un oeil neuf », et de gens qui dénotent.

Une idée que devrait étudier notre « élite » ?

Le paradoxe de l’aide

Une grande partie de la population considère que le gouvernement lui en veut. Celui-ci est probablement surpris, parce qu’il fait beaucoup pour aider le pays. Et que ce qu’il fait est plutôt bien pensé. Voici l’impression que me laissent les enquêtes de l’association des interpreneurs.

L’explication de ce paradoxe, semble tenir à ce que les « territoires », ne sont pas ou plus « équipés » pour tirer parti des aides gouvernementales.

Le mot clé est « aide ». Un ami suédois me disait que, dans son pays, l’entreprise recevait peu d’aides financières. Elle n’en a pas besoin, car elle reçoit un autre type d’aide, qui est beaucoup plus efficace : la stimulation de son environnement immédiat. En Suède le collectif est premier. La Suède est très fière, par exemple, d’être le seul pays à avoir respecté les engagements de la conférence de Rio, en 92. Projet collectif.

S’il l’on veut mettre un terme au mécontentement et rendre sa puissance économique au pays, faudrait-il reconstituer une solidarité et un « esprit de corps », au moins locaux ?

Construction et exploitation

La relation du Français au travail est mystérieuse. La réforme des retraites mécontente, les aspirations des nouvelles générations déboussolent… Une intéressante opinion sur la question :

« Donc, s’il faut travailler plus qu’avant et que le travail ne permet plus de changer de standard de vie, ça affecte évidemment notre rapport au travail, et ça crée trois types de réactions.

La première est basique : résister au « travailler plus », soit en partant plus tôt à la retraite, soit en en faisant le moins possible (« quiet quitting »).

La deuxième se répand comme une traînée de poudre et se sent clairement dans les entretiens d’embauche : relativiser le travail, en privilégiant sa vie personnelle, en choisissant son employeur d’abord pour sa capacité à faciliter la vie quotidienne (garde d’enfants, proximité du lieu de travail, possibilité de télétravailler,…).

La troisième, enfin, est à la fois contradictoire et complémentaire avec les deux autres : investir le travail d’un sens existentiel, comme la contribution au bien commun ou la lutte contre le réchauffement climatique. »

Il me semble qu’il manque au moins une catégorie à ce panorama. Le col roulé. La classe de ceux qui profitent de la globalisation. Elle est puissante, et des jeunes aspirent encore à lui appartenir, si j’en juge par mon expérience immédiate.

Je constatais l’autre jour qu’à caractéristiques plus ou moins équivalentes, le salaire proposé à un cadre supérieur jeune était de l’ordre de 2,5 fois ce qu’il était il y a 20 ans. L’inflation du salaire des grands patrons est bien connue. Celle de leurs proches beaucoup moins. Elle est considérable. Parallèlement a cru le chômage, et les salaires des autres classes ont stagné (régressé ?). Les établissements « d’élite » qui servaient d’ascenseur social se trouvent dans les lieux de résidence des col roulés. « L’élite » se reproduit.

Elite ? Mon père me faisant écouter les réparties de Pompidou ou d’Edgar Faure (qu’il n’aimait pourtant pas). Qui admirerait les discours de M.Macron ? (Son livre ressemble à une dissertation d’élève de 4ème, avec, même, l’histoire de ses vacances.) L’élite n’est plus admirable.

Transformation « systémique » ? De la construction d’après guerre, en équipe, à l’exploitation, de l’homme par l’homme ?

Et maintenant ?

(PS. Tout ceci a fait l’objet de multiples enquêtes aux USA, depuis bien longtemps. La France n’est pas exceptionnelle. La situation était explosive aux USA, avant l’arrivée de M.Biden. Elle l’est aussi chez nous. Certes nous avons un système de transfert de richesses qui évite bien des débordements, mais nous n’avons pas trouvé notre Biden, et nous avons fait plusieurs révolutions pour ne pas nous trouver dans notre situation actuelle.)

Mal français ?

Tout le monde est mécontent. Pourquoi ? Notre pays n’est pas une démocratie : le seul moyen de se faire entendre est de manifester. Et l’appareil d’Etat est désorganisé.

Voilà ce que l’on peut retenir de billets précédents.

Et si c’était par là qu’il fallait commencer le changement ? Rendre son efficacité à l’administration et à la politique ? Il faut « que ça marche », le coût, obsession de nos précédents gouvernements, est secondaire ?

Coup de théâtre à l’Elysée

« Incroyable coup de théâtre et première historique, les parlementaires ont rejeté le 12 avril la nomination du candidat proposé par l’Elysée à la présidence de l’Ademe. » (Article.)

Après les manifestations de rue, le député et le sénateur se révoltent.

Raison : « Une décision qui sanctionne surtout une organisation gouvernementale brouillonne et un manque de dialogue. »

Les mêmes causes, les mêmes effets ?

Mathématiques : déclin et raison

Article d’Actuariel (numéro 48) : pourquoi la France est-elle devenue si mauvaise en mathématiques ?

L’article rappelle, ce que l’on oublie, que les mathématiques sont avant tout un enjeu de prospérité économique. Nous avons intérêt, et même de plus en plus intérêt, à avoir des mathématiciens.

Etrange. Nous fûmes fiers de nos mathématiciens. Les mathématiques étaient la discipline de l’élite. Et maintenant nous sommes les cancres du monde développé. Et nous cherchons, pour relever la tête, à nous inspirer de pays que, hier, nous aurions ignorés (la Corée, l’Estonie : où est-ce ?).

Mais en pure perte. La dernière réforme du gouvernement Macron a eu un effet désastreux. En particulier elle a découragé les filles de s’intéresser au sujet ! L’exact envers de l’effet recherché.

Serait-ce là le noeud du problème ? L’article se conclut ainsi :

« « Au Japon tout est planifié sur 15 ans : des groupes de réflexion se penchent sur le sujet pendant 3 ans, la réforme est mise en oeuvre dans des établissements pilotes pendant deux ans. Une première évaluation est ensuite menée, suivie d’ajustements, avant une généralisation », rapporte Mélanie Gervais. Et de regretter : « En France nous sommes les champions du monde des enchaînement des réformes sans aucune évaluation indépendante et rigoureuse ».« 

E5M

Emmanuel Macron, Moi-Même, Maître du Monde ? Je lisais hier qu’Emmanuel Macron avait mécontenté les Américains. Il a parlé d’Europe comme puissance mondiale alignée sur ses intérêts et non ceux des USA.

A quoi les dits USA lui ont répondu, en substance, que, dans ce cas, il n’avait qu’à s’occuper tout seul de M.Poutine.

En outre, Politico.eu, ma source d’information, rappelait que son voyage en Chine avait été un flop. Mais que des étudiants lui avaient réservé un accueil de rock star. (La seule chose qui comptait pour lui ?)

Bien sûr, lorsque l’on est en difficultés chez soi, rien de mieux, pour détourner l’attention de l’opinion, que de déclarer une guerre. Mais les propos de M.Macron ont un autre intérêt. Ils posent la question : que faudrait-il pour que l’UE soit une réelle puissance ? Pour qu’elle soit capable d’empêcher les USA d’envahir l’Iraq, la Russie, l’Ukraine, la Chine, Taiwan ? Des tanks et un minimum de souveraineté économique ?

GAIA

Pour un gouvernement assisté par ordinateur ?

(PS. Les données qu’utilise ChatGPT ont quelques années. D’autres requêtes montrent qu’il en est encore au premier quinquennat de M.Macron. Je me demande s’il ne fait pas des tris par « pertinence », ce qui donne un poids excessif aux informations anciennes, plus consultées que les nouvelles…)

Tendre Poutine

La guerre d’Ukraine ne doit pas se terminer de façon humiliante pour M.Poutine, dirait M.Macron.

Surprenant. On lit qu’il commet des « crimes contre l’humanité », il déclenche une guerre qui fait des centaines de milliers de victimes et détruit un pays, et il faut ménager son amour propre ? Pauvre chéri ?

Les paroles de M.Macron doivent être le coup de pied de l’âne. M.Poutine croit un grand destin à sa nation. Or, depuis qu’elle s’est effondrée, elle est considérée, à la façon Macron, avec condescendance. Et, en plus, par quelqu’un que M.Poutine doit mépriser.

Guerre psychologique ?