Dissolution

Dissolution surprise. Curieux. Les résultats obtenus me semblent avoir été ceux attendus. Et l’on aurait même pu penser que le PS allait devancer le parti présidentiel, ce qui n’a pas été le cas. En ce qui concerne l’Europe, seuls les écologistes ont connu un véritable revers. L’union semble rester manoeuvrable.

Depuis une décennie, il y a eu un changement de cap de nos gouvernements. On aurait pu s’attendre à ce qu’il finisse par porter ses fruits. Il y avait trois ans pour cela. De surcroît, M.Macron semble cultiver le chaos : la dissolution succède au remaniement ministériel. Un pays a besoin de calme pour travailler.

Le danger, dans ces conditions, est que l’électeur confirme son opinion d’un gouvernement qu’il n’aime pas. Une leçon de l’histoire est que ce sont, bien souvent, les manoeuvres des politiques qui amènent l’extrémisme au pouvoir. Et, exactement dans ces circonstances.

Un journaliste du Figaro, interviewé par BBC world service, émettait l’hypothèse que ce pourrait être une manoeuvre subtile. M.Macron pourrait désirer que le Front national prenne le pouvoir, histoire de démontrer qu’il est incapable de gouverner. D’autres informations (Poltico.fr) laissent entendre que la décision n’a pas été improvisée.

M.Macron dit faire confiance au sens des « responsabilités » des Français. Leur donne-t-il l’exemple ?

(Dans le droit fil des réflexions de ce blog, qui ne parle que de crises, il y a deux jours, je me faisais la réflexion qu’il n’y en avait pas eue… C’était compter sans M.Macron.)

Race des élus

Tristes élections européennes.

D’un côté, il y a les mécontents. De l’autre quelques-uns qui essaient de nous intéresser à l’Europe.

En dépit de ses efforts, notre président n’y est pas parvenu. Et, comme d’habitude, il est représenté par un candidat fort peu charismatique. Si bien que c’est le parti socialiste qui semble devoir tirer les marrons européens du feu. (Difficile, je trouve, d’apercevoir une différence entre leurs programmes électoraux.)

Le régime présidentiel français est un « one man show ». Il exige du grand spectacle ?

La France vue de l’espace

Imagine for a moment you’re a mediocrity. Maybe not a complete disaster (your mother still loves you, kinda), but subpar. You’re neither funny nor popular; your career, after showing a glimmer of promise, has tanked. Just about everyone thinks you’re a loser.

And then, just as it looks like things couldn’t get any worse, Emmanuel, your smarter, better looking, more eloquent, more je ne sais quoi French neighbor comes for a visit.

Bonjour Olaf! So it went this week for Germany’s hapless leader during a state visit by French President Emmanuel Macron. Macron arrived in Berlin on Sunday before embarking on a three-day visit across the country to do what he does best — look earnest, while delivering rousing, pathos-laced addresses on the European idea. “Let us build a powerful, humanistic and sovereign Europa,” he told a large crown in Dresden.

Berlin Bulletin de Politico, de vendredi dernier

Et M.Scholz, après avoir beaucoup hésité, a autorisé les Ukrainiens à utiliser leurs missiles allemands, pour frapper les bases arrières russes.

Notre président semble parvenir à donner une image sans précédent de notre pays, un pays qui défend ses intérêts, comme le voulait de Gaulle, mais sans paraître hors de son temps, comme le Général, et à prendre la direction de l’Europe.

Reste maintenant à reconstruire les fondations du pays.

Sorbonne nouvelle

Pourquoi ne me suis-je pas intéressé au discours de la Sorbonne de notre président ? Parce que je n’écoute pas les politiques. Ils disent toujours la même chose. Et ce qui en filtre au travers des titres de journaux est suffisant pour savoir où ils vont.

Je soupçonne que M.Macron, outre son amour des belles paroles et des discours martiaux, veut prendre le contre-pied du Front national, en se faisant le champion de l’Europe, et l’adversaire de M.Poutine. De Gaulle de l’Europe ?

J’ai toujours tort ? Il semble avoir trouvé une solution élégante au problème que je pose : notre désespéré problème national d’investissement, pour remonter notre armée, transformer notre économie… Il pense que c’est à l’Europe de s’en occuper. Habile.

Seulement, si je suis convaincu que l’UE est l’avenir de la France, je ne pense pas que ce soit comme cela qu’il faut procéder. Si la France veut avoir un minimum de crédibilité, elle doit balayer devant sa porte, et ne pas attendre le salut des autres. Du moins, c’est mon opinion.

Tu quoque ?

La BBC consacrait un « profile » à Gabriel Attal.

Je n’ai pas appris grand chose sinon qu’il fut employé par Marisol Touraine. Il était l’ami de ses enfants. Et qu’elle parle fort bien anglais.

Il est si jeune que l’on ne peut pas en dire grand chose. A-t-il eu le temps de se forger une personnalité ?

L’émission en faisait la créature de M.Macron, façon Dr Frankenstein. Si le diagnostic est correct, il devrait se retourner contre son créateur.

Art du changement

Rien que dans ma ville, je suis face à un mur d’investissements dont je ne vois pas le bout. La rénovation énergétique à elle seule représente un immense défi. Les écoles, les gymnases, le centre technique, le centre culturel, tous les bâtiments annexes, et la mairie, qui est un gouffre financier, nécessitent des investissements considérables. Si l’on ajoute à cela l’éclairage public, le plan vélo avec le réaménagement des routes pour une utilisation sécurisée des vélos dans toute la commune, ainsi que l’ensemble de nos initiatives en matière de biodiversité et d’alimentation, les coûts s’élèvent à des millions d’euros.

Jean-François Vigier

Le gouvernement aurait-il décidé d’une politique environnementale dont les collectivités n’ont pas les moyens ? Et qu’en est-il du pays ?

Mal français ?

Régime de santé

La « Tribune de la semaine » de La Tribune se demandait, samedi dernier, si le gouvernement allait « à droite toute ».

Cela n’a pas beaucoup de sens, si l’on ne se demande pas, au préalable, d’où il part.

En fait, une question qu’aurait pu poser Aristote est : quel est le régime qui convient à la France ? Le consensus parmi les politiques, ce dernier demi-siècle, semble avoir été que c’était le régime américain. Un temps, cela a semblé être vrai. M.Sarkozy est allé jusqu’à nommer son parti « Les républicains ». Puis (au moment où la gauche allait s’appeler « les démocrates » ?) les électeurs ont réduit les deux partis à quasiment rien, et élu un parti centriste.

On peut se demander si, comme le pensait de Gaulle, ce n’est pas la bonne formule. En tous cas, qu’elle soit celle des radicaux ou des gaullistes, c’est celle qui jusqu’ici a le mieux marché. (Ce que demande le Français à ses gouvernants ce n’est pas d’être des idéologues, mais des syndics de copropriété ?)

La difficulté qu’elle semble présenter est qu’elle demande un dirigeant qui ait le sens de l’intérêt général, alors que, pour une raison qui reste à expliquer, le monde politique est propice à l’irresponsabilité et au pire machiavélisme à courte vue.

L’état de la France

Une des découvertes de l’année est que les réformes transforment définitivement l’individu. On s’habitue à une situation, sans se rendre compte que l’on a changé. Et que l’on est méconnaissable. Impossible de « conduire le changement », si l’on ne comprend pas la réalité.

Lorsque je suis parti à Cambridge, il y a 40 ans, j’ai regardé ceux qui m’entouraient avec un mépris certain. Et pourtant j’ai rencontré Stephen Hawkins, et un tas de prix Nobel dont j’ai oublié les noms. J’ai même dû croiser le chemin de Karl Popper, et de Moses Finley, dont personne ne parle sans stupeur et tremblements. J’ai découvert depuis que le moindre plouc à sandales, que l’on y trouvait, avait inventé une discipline nouvelle. (Ce qui me permet de frimer, lorsque je croise le chemin d’un spécialiste de la dite discipline). Pourquoi ? Parce que j’avais l’impression qu’ils étaient des esprits inférieurs.

Le laboratoire d’ingénierie était ridicule. Ses enseignants étaient de mauvais mathématiciens, ses locaux étaient vieux. Et pourtant, il était étonnamment riche de machines. Il y avait déjà des stations de travail, que personne, d’ailleurs, ne savait utiliser. (Un principe, dans ce monde, est qu’un « sponsor » donne ce qui se fait de mieux, et qu’un étudiant s’en empare, se forme sur le tas, et produise un mode d’utilisation révolutionnaire.) En France, mon école avait été obligée par le gouvernement de s’équiper avec des ordinateurs Bull, qui utilisaient des cartes perforées ! (Et qui tombaient sans arrêt en panne.) A la maison je m’étais acheté un Macintosh, et je programmais en Lisp. Choc de cultures. Pas étonnant que nous n’ayons pas eu de Bill Gates.

Et depuis ? Cambridge ou MIT ne se sont pas améliorés, mais ils ont maintenu leur niveau. L’éducation supérieure française s’est effondrée. Je suis étonné que nous ayons encore des médailles Fields.

Mais c’est surtout la création de France Travail qui en dit le plus long sur l’état du pays. M.Macron pense, probablement, qu’il dirige une nation de paresseux. La réalité est, probablement, toute autre. Je découvre aujourd’hui des quantités de coach, de managers de transition, d’auto-entrepreneurs… qui m’impressionnent au premier contact. Mais qui n’ont, quand on les connaît un peu mieux, quasiment pas de quoi vivre. La réalité de ces dernières années est que les grandes entreprises ont massivement licencié. La règle du jeu y a été la politique. Ceux qui ont gagné ont été les plus habiles manoeuvriers. Les personnes supprimées, généralement, les plus compétentes, car elles travaillaient sans avoir le temps pour la politique. Il faut ajouter à cela un ou des millions d’auto entrepreneurs qui n’ont même pas compris qu’une entreprise doit gagner de l’argent et qui sont des SDF en puissance.

C’est cette réalité que refuse, probablement, le chômeur, et qui suscite la colère de la population. Elle a le sentiment d’être méprisée par des incompétents ?

France Travail

Pole emploi devient France Travail. Si on lit ce qu’en dit France Info, ce serait, avant tout, une mesure coercitive.

Ce qui est frappant est le particulièrement peu euphonique « France Travail ». Est-ce une injonction : « France, travaille ! » ? Ou un appuyé signe de connivence à la « valeur travail », qui semble devenue un cri de ralliement de la droite conservatrice, à défaut d’une discipline de vie ?

En me penchant récemment sur le régime de Vichy, j’ai découvert que le concept de « valeur travail » venait peut-être de lui. D’ailleurs, cela aurait dû être évident, sa devise n’était-elle pas « travail, famille, patrie » ?

L’histoire se répète ? En 40, la SFIO, aussi, a dit « Maréchal nous voilà » ?

(Mauvais esprit ?)

Loi PACTE

Récemment, j’ai eu à relire la loi PACTE, de 2019.

J’ai regardé ce qu’en avait dit quelques journaux : fourre-tout ! Et, effectivement, qui en retient quoi que ce soit ?

Mais en regardant de plus près, j’ai vu autre chose. L’idée que l’on avait une idée fausse de l’entreprise. Voici, en substance, ce qu’il me semble y voir. L’entreprise n’est pas marxiste. C’est un être estimable, dont on a besoin.

La loi a deux aspects : elle veut libérer l’entreprise des chaînes du coupable, pour qu’elle croisse et embellisse et devienne une ETI qui fait la fortune de l’Allemagne, et elle veut révéler son humanisme : désormais, elle sera « à mission », RSE.

Pourquoi ne pas s’être exprimé simplement ? A bon entendeur, salut ?

(En fait, l’idée qui semble présider à PACTE est apparue dans ce blog, il y a au moins une décennie : elle a émergé à l’époque du libéralisme économique triomphant. Puisque l’entreprise dirigeait le monde, il fallait, aussi, qu’elle en soit responsable. Décidément, notre gouvernement est toujours en retard d’une guerre ? )