Bérézina européenne

Politico.eu fait la chronique de ce qui se passe à Brussels. C’est assez confus. Mais il semble que Politico.eu se gausse doucement des malheurs du parti de M.Macron. La rançon de son dernier échec électoral. Or, sans peut-être que l’on s’en rende compte en France il était parvenu à s’imposer, à Bruxelles, comme une sorte de « leader » des progressistes face aux « forces des ténèbres ». Ses discours grandiloquents qui paraissent un rien ridicules aux Français, paradoxalement, plaisent aux élites étrangères.

Ou plaisaient. Car le roi est nu, désormais. Une raison de plus, pour M.Macron, de nous en vouloir ?

Comme quoi, ces élections étaient importantes. Je soupçonne que si l’on ne s’en rend pas compte, cela tient à ce que l’on ne juge pas bon de nous expliquer ce qui se joue réellement à Bruxelles. Qui a vécu par le glaive… ?

Dissolutions

Je ne sais rien. Au moment de la dissolution, on m’a dit qu’elle n’était pas une surprise, mais qu’on l’attendait pour septembre. Depuis, la nouvelle se confirme. Le microcosme parisien estimait que le gouvernement devrait faire face à une motion de censure. J’entendais le journaliste et homme politique Bernard Guetta (que je ne connaissais pas plus que la dissolution) dire à France culture, samedi dernier, que les conditions auraient pu être pires, pour le gouvernement, alors que maintenant.

Je ne sais rien, mais j’en doute. Car, pour qu’une motion de censure passe, il faut qu’il y ait union de la carpe et du lapin. Imaginons un instant qu’une coalition hétéroclite renverse le gouvernement, sans autre raison que de le renverser (car tous les arguments qu’elle aurait pu inventer pour cela n’auraient pas masqué ses réelles intentions). Qu’aurait pensé l’électeur ?

D’ailleurs, j’ai l’impression que ce que l’on reproche le plus à notre président, c’est d’avoir été un semeur de vent. Que se serait-il passé si, au contraire, il avait été victime d’un complot ?

Plus intelligent, mais moins glorieux ?

Jeu du solitaire

Si mal comprise, la décision de dissoudre l’Assemblée nationale illustre la gouvernance du chef de l’Etat, consistant à ne faire confiance qu’à lui-même. Après sept années de règne sans partage, il est aujourd’hui lâché par les poids lourds de sa majorité, explique, dans sa chronique, Solenn de Royer, journaliste au « Monde ».

Le Monde, hier

Il y a certainement une leçon à tirer de cette affaire.

L’électeur pensait être parvenu à contrôler l’instinct dirigiste de M.Macron, en ne lui accordant pas de majorité, et en lui envoyant périodiquement des avertissements. Il avait oublié que M.Macron était susceptible et qu’il possédait le feu nucléaire, à tous les sens du terme. Il aurait fallu le ménager.

De la difficulté pour un groupe de contrôler ses élus.

La question est, maintenant : ce groupe saura-t-il, collectivement, faire preuve de sagesse, aller au delà d’un ressentiment justifié ? Faire preuve d’une responsabilité dont est incapable ceux qui lui proposent de le diriger ?

Scénario Truss

J’ai envisagé le scénario Liz Truss, lors des présidentielles. Il était possible que le FN prenne le pouvoir. Or, il n’en a aucune expérience. Et, même avec une certaine expérience, comme celle du PS en 1981, on tend à faire des erreurs coûteuses. Seulement, le pays est tellement endetté, qu’il ne peut plus se les permettre.

Lorsque Liz Truss a voulu imiter Margaret Thatcher, elle a créé une crise extraordinairement violente. Elle a été suscitée par les marchés financiers qui ne voulaient plus de la dette du pays. Son prix a augmenté. Du coup, tous ceux qui possédaient des obligations (fonds de pension…), qui, du coup, ne valaient plus grand chose, sont passés à deux doigts de la faillite. Cela aurait pu entraîner le système financier mondial.

Scénario possible ? Le système britannique a éjecté Liz Truss extrêmement rapidement. Qu’en serait-il en France ?

Double tour

La presse étrangère semble penser que le premier tour de nos législatives permet d’exprimer son mécontentement, et le second la raison.

Seulement, il n’y aura plus beaucoup de monde au second tour. En particulier, le parti présidentiel pourrait en être quasiment absent. Le camp « non FN » risque d’être remarquablement hétéroclite.

Alors, le président peut démissionner. Ou, semble-t-il, exercer l’article 16 de la constitution, et prendre les pleins pouvoirs comme lors de la guerre d’Algérie.

Il jura, mais un peu tard…

Questions de campagne : pourquoi la dégradation de l’accès aux services publics nourrit-elle le vote pour le RN ?

Fermeture de bureaux de poste, de centres des impôts, de services de maternité, d’urgences, de tribunaux, de commissariats, suppression de classes, de petites lignes de train… la restructuration des services publics est vécue comme un déclassement par la population.

Le Monde du 18 juin

Elections législatives : Gabriel Attal annonce une série de mesures en faveur du pouvoir d’achat
Prix de l’électricité, fournitures scolaires, mutuelle à « 1 euro par jour »… Le premier ministre, qui conduit la campagne de la majorité sortante, a dévoilé ces mesures samedi soir dans la presse quotidienne régionale.

Le Monde du 16 juin

Miracle ? La dissolution aurait-elle fait prendre, soudainement, au gouvernement conscience de l’état du pays ?

Une fois de plus, il a une guerre de retard ? Ailleurs, on l’a découvert avec M.Trump et le Brexit. Les Gilets jaunes n’auraient-il pas dû l’alerter ? (Il aurait pu aussi lire ce blog : un très ancien billet concernant la contraction de la classe moyenne en est un « best seller ».)

Un leader de notre temps

Le « leader » moderne a un profil particulier, ai-je noté. En quelque-sorte, il n’est que « volonté de puissance ».

Le plus surprenant est la pauvreté de sa pensée. Ses idées sont étrangement simplistes. Rien à voir avec la complexité chère à Edgar Morin. Généralement, il choisit les sujets « à la mode ». L’entreprise à impact, l’IA générative, etc. Ou encore, comme le disait The Economist il y a quelques années, il considère « qu’il y a les cabinets de conseil pour cela », ce qui revient au même. Ou il achète des sociétés. Cela, c’est inusable.

Au fond, ceci est le portrait de notre président.

Les mêmes causes, les mêmes effets ? La sélection produit la « volonté de puissance » ?

Coulisses

Ce qui a précédé la dissolution… Une vidéo du Monde.

Apparemment, une décision mûrement réfléchie. Le président était froissé de devoir faire face à une opposition, et craignait pour la fin de son quinquennat. Apparemment aussi, il a le pouvoir solitaire, et il aime les actes d’éclat. Il est conseillé par un petit cercle. Un petit cercle qui semble penser qu’une élection est une question de communication. Donc que le FN communique bien et doit être imité.

Apparemment encore, ce petit monde avait mis au point un plan machiavélique. Provoquer une crise. Face au précipice, le peuple (de moutons ?) serait bien forcé de s’unir derrière son président.

Miracle

S’intéresser au changement, c’est croire au miracle. Quel miracle pourrait changer l’issue des prochaines élections ?

Peut-être que M.Macron reconnaisse qu’il est entièrement responsable de la situation actuelle. Et qu’en dénonçant la menace que représente ses adversaires, il ne fait que s’enfoncer un peu plus. Et qu’il le dise.

Il pourrait aussi reconnaître qu’il est resté muré dans ses certitudes et que sa vocation est peut-être plus d’être le leader d’une nation unie, que de lui imposer, contre sa volonté, des programmes dont le temps est passé.

Scénario

Dans un précédent billet, je disais que mon art de la stratégie en environnement incertain était en défaut.

En fait, un scénario d’avenir possible semble se dégager. « L’enfoncement du centre ». M.Macron avait absorbé les forces politiques du centre. La dissolution a fait renaître les extrêmes. Nous en sommes revenus aux affrontements d’avant-guerre ! La période la plus glorieuse de notre histoire ! (Heureusement que l’Ukraine s’interpose entre nous et les Panzerdivisionen de M.Poutine ?) La victoire de l’individualisme sur l’intérêt général.

Il y a certainement un sujet à étudier pour les historiens. En un mouvement, tout l’édifice qu’a créé de Gaulle s’est effondré. Et toutes les théories des beaux esprits des Lumières se sont révélées d’une invraisemblable stupidité : ce que l’élection démocratique nous offre n’est pas le choix entre le meilleur, mais entre le pire.

Et ce pire n’est même pas ce que l’on entend par ce mot. Le citoyen avait élu un innocent, afin qu’il fasse le contraire des projets pour lesquels ce dernier pensait avoir été choisi. Le jour où il a pris conscience de sa méprise, il a fait exploser le système.

Les spécialistes de la complexité ou de la systémique n’imaginaient certainement pas à quel point leurs théories sont justes ! Notre esprit organisateur produit naturellement le chaos.