Uncanny

« Ghostly » disaient les nouvelles de la BBC, ce matin. Paris ressemble à une ville fantôme. Est-ce que les 600.000 tickets qui n’ont pas été vendus ne vont pas se voir à la télévision ? s’inquiétait-elle, en outre.

Il était question d’une grande « surprise. On parle aussi de jeux écologiques pour la première fois dans l’histoire, et une autre émission de nouvelles de la BBC expliquait que les champions n’auraient pas droit au fast food, mais à la cuisine Michelin. (Ce qui était annoncé du menu m’a soudainement fait trouver des vertus au MacDo…)

M.Macron et Mme Hidalgo retrouveraient-ils la tradition de MM.Louis XIV et de Gaulle ? Ils veulent faire ces jeux à leur image, divine ? Et changer leur nature (qui est celle de jeux !) ?

L’émission commençait par une Marseillaise étrange. Elle m’a fait penser à la « uncanny valley » dont on parle en robotique : lorsque la ressemblance entre l’homme et le robot est presque parfaite, mais pas tout à fait, le robot prend une allure inquiétante. M.Macron et ses jeux ne s’aventureraient-ils pas dans cette « uncanny valley » ?

(Je ne sais pas traduire « uncanny ». Y a-t-il un équivalent en français ? J’ai l’impression qu’on l’emploie au sens d’inquiétant et peut-être même de surnaturel… Ce qui rend mal à l’aise l’étranger, lorsqu’il rencontre un président français, c’est que celui-ci n’est plus tout à fait humain ?)

Drame à l’Elysée

Je me souviens d’un livre dont le titre était « Ces malades qui nous gouvernent ». Peut-être faudrait-il, plus généralement, s’interroger sur ce que produit notre système électoral ?

Politico consacre une curieuse étude à la psychologie de notre président.

https://www.politico.eu/article/magnificent-mind-emmanuel-macron-france-legislative-election/

On n’y apprend rien de neuf, sinon qu’il est « bien plus » que ce que l’on pense. Et cela change tout.

En fait, il n’a pas de conseiller, même mauvais, même bassement courtisan, il est seul avec lui-même. Et, pour lui, le monde est une scène de théâtre. Chaque rencontre est un spectacle, pour lequel il adopte un costume nouveau et joue un nouveau rôle.

Soudainement, ce qui aurait pu sembler gentiment ridicule atteint la dimension du drame shakespearien : l’on apprend que cet homme est tellement enfermé dans ses rêves de grandeur qu’il n’en dort pas, et qu’il hante Paris la nuit !

(On dira que le système américain n’est guère meilleur que le nôtre. Mais il a été prévu pour qu’un président ne puisse être un dictateur. Chez nous, de Gaulle a fait tout le contraire…)

Parti fantôme

Lorsque M.Macron a pris le pouvoir il y a 7 ans, il avait calculé, dit-on, qu’il manquait un parti en France. C’était bien vu. Seulement, il lui a fait faire la politique des autres partis.

Maintenant, il semble que ce soit le FN qui cherche à occuper le vide.

Mais, quelle est la nature de ce manque ?

Et si c’était la France de la troisième république ? Celle de Clémenceau ? L’héritière de la Révolution, par des voies pacifiques ? Celle à qui de Gaulle a voulu donner de la dignité, sauver du ridicule ?

Mérite présidentiel

Comment se moquer des difficultés du chancelier allemand, des élus conservateurs qui commentent un délit d’initié pour parier sur la date des élections anglaises, ou de la sénilité du président américain, quand on est Français ?

Fini de rire. Notre président philosophe nous a mis en face des vanités de la vie. C’est un rappel bien plus efficace qu’un tableau de la renaissance.

Jour de gloire

Depuis que M.Macron a dissout l’assemblée, je me demande comment va se passer son défilé du 14 juillet.

Il y a quelques années, j’ai été invité à assister à un défilé du haut d’un toit des Champs Elysées. Rien de bien extraordinaire, la France n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ce qui le fut ne tenait pas aux chars et aux avions. Lorsque M.Hollande est apparu, il s’est produit un curieux phénomène. Un coup de froid en plein été. Une sorte d’éclipse solaire. Petit-à-petit, j’ai compris ce qui se passait : la foule sifflait. Ce qui était glaçant. En sera-t-il de même pour M.Macron ?

Et si c’était son jour de gloire ? N’est-il pas vraisemblable qu’il veut sauver la France d’elle-même ? Peut-il être plus heureux que seul contre tous ?

Président de l’économie

La perspective de voir le pays du « Choose France » entrer dans une période d’instabilité politique prolongée a ruiné dix ans d’efforts pour restaurer son image à l’étranger.

L’oeil de l’éco de Philippe Mabille, la Tribune, hier

Je constate que la Tribune partage mes inquiétudes : la France a de grandes chances de s’enfoncer dans une période d’instabilité politique, qui va provoquer une crise économique, qui pourrait être sans précédent.

Paradoxe de l’action d’un président qui voulait réconcilier notre pays avec le capitalisme globalisé. L’hybris de l’apprenti-sorcier.

Philippe Mabille voit un parallèle entre M.Macron dissolvant l’assemblée nationale et Louis XVI convoquant les états généraux. Mais, alors, il y avait une forme de consensus, en France : le pays a tenu tête à l’Europe coalisée pendant 25 ans. Ce n’est plus le cas.

Que faudra-t-il pour qu’il prenne conscience qu’il ne peut plus se payer le luxe de luttes fratricides ?

Idée fixe

« Macron en est venu à croire que, par sa parole, il pouvait créer des occasions, voire des moments décisifs, et que l’intendance suivrait »

Le Monde du 28 juin

L’hypothèse que j’ai tirée de ce que j’ai lu de M.Macron (dont son livre – programme) me fait penser qu’il est muré dans un rêve. Il a passé son enfance avec sa grand-mère, avec qui il a eu une relation très étroite. Je soupçonne qu’elle lui a transmis ce qu’elle croyait être la France. Une France de petites gens qui lit Jour de France et Paris Match. Et il fut longtemps le bon élève d’un système scolaire désuet. En dépit des difficultés qu’il a eues ensuite, il en a gardé la marque. L’écart entre l’opinion qu’il paraît avoir de ses discours et leur réalité est frappant. Il me semble aussi qu’il s’est imaginé délivrant, à la France et au monde, médusés, des discours immortels et vibrants. Et qu’il n’a pu supporter la réalité.

Notre système politique a mis à sa tête une « pendule arrêtée » ? Encore une fois, c’est un sujet pour théorie de la complexité. Comment se fait-il que, contrairement aux intentions de ceux qui l’ont créé, il ne nous donne pas ce qu’il y a de meilleur ?

En tous cas, M.Macron a réussi l’exploit de faire passer M.Trump pour un homme d’état digne de ce nom, un homme d’état de tout repos.

(Trump se rapproche : M.Biden, de ce que j’ai entendu de leur dernier débat, semble dans un état de sénilité avancé. Remarque de M.Trump : je n’ai rien compris de ce qu’il a dit, et lui non plus.)

Grande déception

L’a-t-on oublié ? Il est étonnant le nombre de personnalités (estimables) qui se sont ralliées à M.Macron, au temps de sa jeunesse.

Et cela de la droite bien à droite au parti communiste. Lui-même était un ministre de gauche.

Tous ces gens s’étaient-ils ralliés à ses idées ou au potentiel de changement qu’il représentait ?

Or, il s’est révélé qu’il était incapable de réaliser ce potentiel, car il était incapable de changer ?

Mais n’a-t-il pas raison, aussi ? Son échec nous met en face de nos responsabilités : la France n’est qu’intérêts particuliers, elle n’a jamais été une nation ?

Bérézina européenne

Politico.eu fait la chronique de ce qui se passe à Brussels. C’est assez confus. Mais il semble que Politico.eu se gausse doucement des malheurs du parti de M.Macron. La rançon de son dernier échec électoral. Or, sans peut-être que l’on s’en rende compte en France il était parvenu à s’imposer, à Bruxelles, comme une sorte de « leader » des progressistes face aux « forces des ténèbres ». Ses discours grandiloquents qui paraissent un rien ridicules aux Français, paradoxalement, plaisent aux élites étrangères.

Ou plaisaient. Car le roi est nu, désormais. Une raison de plus, pour M.Macron, de nous en vouloir ?

Comme quoi, ces élections étaient importantes. Je soupçonne que si l’on ne s’en rend pas compte, cela tient à ce que l’on ne juge pas bon de nous expliquer ce qui se joue réellement à Bruxelles. Qui a vécu par le glaive… ?

Dissolutions

Je ne sais rien. Au moment de la dissolution, on m’a dit qu’elle n’était pas une surprise, mais qu’on l’attendait pour septembre. Depuis, la nouvelle se confirme. Le microcosme parisien estimait que le gouvernement devrait faire face à une motion de censure. J’entendais le journaliste et homme politique Bernard Guetta (que je ne connaissais pas plus que la dissolution) dire à France culture, samedi dernier, que les conditions auraient pu être pires, pour le gouvernement, alors que maintenant.

Je ne sais rien, mais j’en doute. Car, pour qu’une motion de censure passe, il faut qu’il y ait union de la carpe et du lapin. Imaginons un instant qu’une coalition hétéroclite renverse le gouvernement, sans autre raison que de le renverser (car tous les arguments qu’elle aurait pu inventer pour cela n’auraient pas masqué ses réelles intentions). Qu’aurait pensé l’électeur ?

D’ailleurs, j’ai l’impression que ce que l’on reproche le plus à notre président, c’est d’avoir été un semeur de vent. Que se serait-il passé si, au contraire, il avait été victime d’un complot ?

Plus intelligent, mais moins glorieux ?