Le fantome de l’Elysée

Alerté par la BBC, je me suis renseigné sur la rénovation de Notre Dame. J’ai regardé une vidéo canadienne. Le bâtiment est méconnaissable. Il est refait à neuf.

Le reportage était réalisé à l’occasion de la visite du président Macron. Il m’a donné une curieuse impression. Celle d’un revenant. Un être à la fois sans consistance et d’un autre temps.

Ce que je retrouve dans un commentaire du Monde de dimanche :

Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale, le lent crépuscule d’Emmanuel Macron

Voyant son influence décliner après sa décision de dissoudre le 9 juin, qui l’a conduit à nommer un premier ministre fragile et qu’il ne contrôle pas, le chef de l’Etat a perdu le fil de son second mandat.

Scénario grec ?

DRIVING THE DAY: LE PEN AND YOUR POCKETBOOK

EUROZONE CRISIS FOR CHRISTMAS? National Rally leader Marine Le Pen could have the fate of the European economy in her hands. She and her far-right party are weighing whether to vote against French Prime Minister Michel Barnier’s budget. That would not only pull the plug on his fragile coalition government, but also terrify financial markets and send shockwaves around Europe.

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You thought Greece was bad? A decade ago, huge public debt in Greece almost toppled the single-currency eurozone. It exposed how crises couldn’t be contained in one country as the economies of Portugal, Ireland and Spain teetered, and big beasts like France and Italy felt the heat, too. This time, France is the one with the debt crisis, and Germany — once the stabilizing force — is facing its own political and economic turmoil.

Politico.eu hier

Cet article s’intéresse à l’Europe, mais pas à la France. Ce qui est bien. Mais, lorsque l’on est Français, on peut s’interroger sur ce que signifie avoir été Grec il y a 15 ans.

En tous cas, les paroles de notre président peuvent laisser songeur :

Le président élu Emmanuel Macron, pour qui « la France l’a emporté » avec sa victoire à l’élection présidentielle face à la candidate du Front National Marine Le Pen, a promis dimanche soir qu’il « ferait tout » dans son quinquennat pour qu’il n’y ait « plus aucune raison de voter pour les extrêmes »

Article de 2017

Présidence Kruger Dunning ?

Ces derniers temps, on me disait que notre président avait des favoris, quelque peu douteux, qui faisaient sa politique. Notamment, qu’il aurait été influencé par un jeune diplômé, qui était convaincu, avec les discours marketing de l’époque, que le numérique allait faire de la terre un paradis et que tout le reste méritait d’être abandonné. Ce qui expliquerait beaucoup de décisions curieuses.

Mystère de la conviction ? Comment penser que l’on peut avoir raison contre tous ? Effet Kuger Dunning ?

En fait, notre président n’a rien d’exceptionnel. Quand on fréquente un peu nos dirigeants, on découvre souvent qu’ils sont sous l’emprise de conseillers généralement peu recommandables. Il en a été de même des rois et des reines, d’ailleurs. C’est bien connu. Du danger de la solitude du dirigeant ?

Culpabilité

Dette de la France. Qui est coupable ? Philippe Mabille, de la Tribune, enquête, hier.

Il a joué, nous avons perdu ? M.Macron aurait fait une « politique de l’offre », il baissait les impôts en espérant que cela permettrait à l’économie de croître et d’embellir, et de payer des impôts. Ce qui a échoué. Il n’a pas cherché à améliorer l’efficacité de l’Etat. Et, finalement, il a fait de très coûteux cadeaux électoraux aux retraités, qui ne lui ont pas été reconnaissants.

Est-il le seul danger public ? Le débat concernant la réduction de la dette est une cacophonie d’irresponsabilités.

Etrangement, les perdants du dit débat pourraient être les « classes moyennes ». Ce qui confirmerait un phénomène survenu ces dernières décennies : elles ne sont plus représentées ?

Drôle de France

Après les élections législatives anticipées perdues par la majorité macroniste, on a découvert le pot aux roses, avec la révélation en plusieurs étapes d’un dérapage jamais vu dans l’histoire des finances publiques en temps de paix : il y a 100 milliards d’euros d’écart entre la prévision initiale du PLF pour 2024 (4,4% du PIB de déficit) et la dérive « tendancielle » à près de 7% du PIB fin 2025 annoncée par les nouveaux ministres de Bercy.

Philippe Mabille, l’oeil de l’éco de la Tribune

Quand un bateau coule, il est une mauvaise idée de perdre du temps à chercher un coupable. Mais comprendre comment il en est arrivé là peut éviter, en faisant le contraire, de sombrer. Quelques observations :

  • On parle d’une politique d’imposition systématique. Or, il est clair qu’il faudrait faire l’envers : public et privé allant mal, ils ont besoin d’investissements pour améliorer leur situation. En particulier, plus on affaiblit l’économie moins elle peut payer d’impôts ! Cercle vicieux.
  • J’interviewe des élus locaux. Ils sont dans une situation difficile. L’Etat leur confie ses responsabilités sans leur en donner les moyens.

Un spécialiste des territoires me disait que la France avait besoin de « croissance interne », de tirer parti de ses atouts, qu’elle néglige. Elle aurait été victime de « mimétisme ». Une « pensée magique », qui lui aurait fait croire au miracle de la French tech ou autre terme à la mode, et à la réforme de l’Etat à la Thatcher ?

Valeur travail et cultivons notre jardin ?

Réalité de la fiction

Un proche disait, en substance, « je sais que ce n’est pas bien, mais je ne peux pas faire autrement ».

Je me demande si notre président ne ressent pas quelque chose de similaire.

Il y a quelques-temps, je lisais qu’il avait nommé Stéphane Séjourné, à la place de Thierry Breton, comme commissaire européen. Raison : la politique internationale est son « domaine réservé ».

Sa dissolution lui a explosé à la figure, il est considéré par tous comme un pantin, mais, voilà, il ne peut pas vivre s’il ne se donne pas en spectacle international ?

Il arrive un moment où l’homme s’évade des contingences quotidiennes pour devenir un personnage de tragédie ?

Enigme systémique

Une des conclusions de la systémique est que nos actions ont pour conséquence le contraire de leurs intentions (« énantiodromie »). Qui veut faire l’ange, fait la bête, disait Pascal. Si bien que la solution à nos problème est, tout simplement, de faire le contraire de nos intentions !

C’est simple, effrayant, et pourtant cela n’a pas pénétré la psyché collective.

Mais qu’est-ce qui est à l’origine de ce phénomène ? Mystère.

L’exemple de M.Macron peut-il nous éclairer ? Il se voulait un rempart contre les extrêmes. Or, les extrêmes ne se sont jamais aussi bien portées. Le centre s’est réduit et s’est divisé. Au fond, à droite et particulièrement à gauche, il tend même à adhérer aux extrêmes. Et le parti présidentiel pourrait bien avoir la tentation paradoxale de se battre contre tous.

Que lui est-il arrivé, à notre président ? Il est possible qu’il ait pensé qu’il était effectivement, l’antidote au FN. Peut-être a-t-il cru que le FN était une maladie de la raison ? Un « populisme », effectivement. Donc il aurait cru qu’il n’avait rien à faire. Alors que, au contraire, il aurait dû chercher à comprendre, comme on a, au moins, tenté de le faire en Angleterre et aux USA, ce qui suscitait le vote extrême, afin de lui couper l’herbe sous le pied ?

L’énantiodromie résulterait-elle d’une paresse de la raison ? Lorsqu’elle arrête de ramer, elle se fait prendre dans des courants qui lui font faire marche arrière ? Roue libre interdite ?

La France vue de l’espace

BBC world service s’interrogeait sur la situation française, ce matin.

J’y ai entendu M.Macron dire qu’avec lui plus personne ne voterait pour les extrêmes. Effet bien connu de la systémique : nous tendons à obtenir l’envers de ce que nous cherchons (énantiodromie).

Une question de « style ». Les citoyens de Carpantras le traitaient de « charlot » (intraduisible en anglais), J.M. Blanquer disait qu’il avait perdu le contact avec la réalité, et la conclusion de l’émission laissait entendre qu’il était un danger pour son gouvernement.

Dette mystérieuse

Bruno Le Maire refuse d’en endosser (seul) la responsabilité. N’a-t-il pas averti au sommet de l’Etat, jusqu’à se voir refuser par Emmanuel Macron la loi de finances rectificative qu’il appelait de ses vœux au printemps, et qui aurait permis de constater et de traiter bien plus tôt le drame budgétaire dont le fardeau vient d’être transmis à Michel Barnier ?

L’oeil de l’éco, de Philippe Mabille

Mystère : « la France est le seul pays européen à n’avoir pas réduit sa dette après la crise du Covid« .

Un précédent article disait que M.Macron était son seul conseiller. A-t-il pensé avoir raison contre tous ?

Budget

Qu’est-ce que c’est que cette histoire de budget ?

D’après ce que l’on entend, l’anticipation de difficultés à faire adopter le budget de l’Etat est la raison pour laquelle notre stratège suprême a décidé de nous dissoudre. Si l’on croit à la théorie de la « burning platform » selon laquelle le changement ne se fait qu’en situation désespérée, ce fut un coup de génie.

Que signifie que le budget ne soit pas adopté ? Les impôts ne sont plus prélevés, les salaires des fonctionnaires ne sont plus versés. L’Etat ne fonctionne plus. Anarchie et loi de la jungle ? Le monde de Mad Max ?

Apparemment, la situation n’avait pas été prévue par la constitution. Diverses mesures d’urgence sont possibles. En dernier recours, le président peut saisir les pleins pouvoirs. Ce qui ne devrait pas être pour lui déplaire.

En tous cas, cela ne permettra probablement pas de grandes subtilités et l’adoption de mesures à long terme susceptibles de redresser une situation que l’on dit désespérée.

Après tout, le Liban continue bien à vivre…

(Opinion de constitutionnalistes.)