Régime de santé

La « Tribune de la semaine » de La Tribune se demandait, samedi dernier, si le gouvernement allait « à droite toute ».

Cela n’a pas beaucoup de sens, si l’on ne se demande pas, au préalable, d’où il part.

En fait, une question qu’aurait pu poser Aristote est : quel est le régime qui convient à la France ? Le consensus parmi les politiques, ce dernier demi-siècle, semble avoir été que c’était le régime américain. Un temps, cela a semblé être vrai. M.Sarkozy est allé jusqu’à nommer son parti « Les républicains ». Puis (au moment où la gauche allait s’appeler « les démocrates » ?) les électeurs ont réduit les deux partis à quasiment rien, et élu un parti centriste.

On peut se demander si, comme le pensait de Gaulle, ce n’est pas la bonne formule. En tous cas, qu’elle soit celle des radicaux ou des gaullistes, c’est celle qui jusqu’ici a le mieux marché. (Ce que demande le Français à ses gouvernants ce n’est pas d’être des idéologues, mais des syndics de copropriété ?)

La difficulté qu’elle semble présenter est qu’elle demande un dirigeant qui ait le sens de l’intérêt général, alors que, pour une raison qui reste à expliquer, le monde politique est propice à l’irresponsabilité et au pire machiavélisme à courte vue.

L’état de la France

Une des découvertes de l’année est que les réformes transforment définitivement l’individu. On s’habitue à une situation, sans se rendre compte que l’on a changé. Et que l’on est méconnaissable. Impossible de « conduire le changement », si l’on ne comprend pas la réalité.

Lorsque je suis parti à Cambridge, il y a 40 ans, j’ai regardé ceux qui m’entouraient avec un mépris certain. Et pourtant j’ai rencontré Stephen Hawkins, et un tas de prix Nobel dont j’ai oublié les noms. J’ai même dû croiser le chemin de Karl Popper, et de Moses Finley, dont personne ne parle sans stupeur et tremblements. J’ai découvert depuis que le moindre plouc à sandales, que l’on y trouvait, avait inventé une discipline nouvelle. (Ce qui me permet de frimer, lorsque je croise le chemin d’un spécialiste de la dite discipline). Pourquoi ? Parce que j’avais l’impression qu’ils étaient des esprits inférieurs.

Le laboratoire d’ingénierie était ridicule. Ses enseignants étaient de mauvais mathématiciens, ses locaux étaient vieux. Et pourtant, il était étonnamment riche de machines. Il y avait déjà des stations de travail, que personne, d’ailleurs, ne savait utiliser. (Un principe, dans ce monde, est qu’un « sponsor » donne ce qui se fait de mieux, et qu’un étudiant s’en empare, se forme sur le tas, et produise un mode d’utilisation révolutionnaire.) En France, mon école avait été obligée par le gouvernement de s’équiper avec des ordinateurs Bull, qui utilisaient des cartes perforées ! (Et qui tombaient sans arrêt en panne.) A la maison je m’étais acheté un Macintosh, et je programmais en Lisp. Choc de cultures. Pas étonnant que nous n’ayons pas eu de Bill Gates.

Et depuis ? Cambridge ou MIT ne se sont pas améliorés, mais ils ont maintenu leur niveau. L’éducation supérieure française s’est effondrée. Je suis étonné que nous ayons encore des médailles Fields.

Mais c’est surtout la création de France Travail qui en dit le plus long sur l’état du pays. M.Macron pense, probablement, qu’il dirige une nation de paresseux. La réalité est, probablement, toute autre. Je découvre aujourd’hui des quantités de coach, de managers de transition, d’auto-entrepreneurs… qui m’impressionnent au premier contact. Mais qui n’ont, quand on les connaît un peu mieux, quasiment pas de quoi vivre. La réalité de ces dernières années est que les grandes entreprises ont massivement licencié. La règle du jeu y a été la politique. Ceux qui ont gagné ont été les plus habiles manoeuvriers. Les personnes supprimées, généralement, les plus compétentes, car elles travaillaient sans avoir le temps pour la politique. Il faut ajouter à cela un ou des millions d’auto entrepreneurs qui n’ont même pas compris qu’une entreprise doit gagner de l’argent et qui sont des SDF en puissance.

C’est cette réalité que refuse, probablement, le chômeur, et qui suscite la colère de la population. Elle a le sentiment d’être méprisée par des incompétents ?

France Travail

Pole emploi devient France Travail. Si on lit ce qu’en dit France Info, ce serait, avant tout, une mesure coercitive.

Ce qui est frappant est le particulièrement peu euphonique « France Travail ». Est-ce une injonction : « France, travaille ! » ? Ou un appuyé signe de connivence à la « valeur travail », qui semble devenue un cri de ralliement de la droite conservatrice, à défaut d’une discipline de vie ?

En me penchant récemment sur le régime de Vichy, j’ai découvert que le concept de « valeur travail » venait peut-être de lui. D’ailleurs, cela aurait dû être évident, sa devise n’était-elle pas « travail, famille, patrie » ?

L’histoire se répète ? En 40, la SFIO, aussi, a dit « Maréchal nous voilà » ?

(Mauvais esprit ?)

Loi PACTE

Récemment, j’ai eu à relire la loi PACTE, de 2019.

J’ai regardé ce qu’en avait dit quelques journaux : fourre-tout ! Et, effectivement, qui en retient quoi que ce soit ?

Mais en regardant de plus près, j’ai vu autre chose. L’idée que l’on avait une idée fausse de l’entreprise. Voici, en substance, ce qu’il me semble y voir. L’entreprise n’est pas marxiste. C’est un être estimable, dont on a besoin.

La loi a deux aspects : elle veut libérer l’entreprise des chaînes du coupable, pour qu’elle croisse et embellisse et devienne une ETI qui fait la fortune de l’Allemagne, et elle veut révéler son humanisme : désormais, elle sera « à mission », RSE.

Pourquoi ne pas s’être exprimé simplement ? A bon entendeur, salut ?

(En fait, l’idée qui semble présider à PACTE est apparue dans ce blog, il y a au moins une décennie : elle a émergé à l’époque du libéralisme économique triomphant. Puisque l’entreprise dirigeait le monde, il fallait, aussi, qu’elle en soit responsable. Décidément, notre gouvernement est toujours en retard d’une guerre ? )

5ème république, mal de la France ?

The USA, the UK and France, which have led the democratic world, are all suffering problems with their constitutions. But the problem is most acute in France, where President Macron has lost his parliamentary majority, and forced his pension reforms through by decree. But worse is to come; Macron can only serve as President until 2027 and will leave a vacuum at the heart of French politics when he steps down. And unlike Charles de Gaulle, he doesn’t seem likely to leave an enduring movement or an obvious successor. He hoovered up centrist support when he swept to power, and his main rivals now are either far-left or far-right. They both are populists, anti-NATO and pro-Putin. Edward Stourton explores if France is heading towards a constitutional crisis and asks what political turmoil in our nearest neighbour might mean.

Présentation de France : a constitutional crisis in the making (sans point d’interrogation). Une émission de BBC4.

Il est curieux d’entendre parler de son pays par des étrangers.

La France file un mauvais coton, pense la BBC. M.Macron pourrait suivre l’exemple de M.Obama et transmettre le pouvoir à Mme Le Pen. Le problème de la France vient de sa constitution qui permet de la gouverner sans faire grand cas de l’avis du peuple. A cela s’ajoute le fait que M.Macron a siphonné les voix de la droite et de la gauche modérées. Il n’y a plus que lui et les extrêmes. Or, la constitution de la 5ème République, parce qu’elle n’est pas démocratique, leur convient très bien et permet de gouverner en étant minoritaire. Quel serait, pour le monde, l’impact d’une France, qui demeure une grande puissance, d’extrême droite ?

Constitution dysfonctionnelle, mais problème complexe. L’émission disait que, faute d’un système de partis forts comme en Angleterre, un régime parlementaire, celui de la 3ème ou de la 4ème République, est instable.

La solution est peut-être, comme dans toutes les démocraties, entre les mains du peuple ? Tant qu’il se comportera de manière irresponsable, il sera ingouvernable ?

Mat en deux coups ?

Devenu nounou, l’Etat en France se veut protecteur (La Tribune de la semaine, de samedi matin.)

Notre gouvernement craint le mécontentement populaire, et pense que le salut est dans l’anesthésie. Mais la dette menace de nous enfoncer dans un cercle vicieux. Il faudrait prendre des mesures…

Les limites du jacobinisme jupitérien ? Quand on prend le Français pour un imbécile, il vous donne raison ?

Réchauffement et déluge

Ce blog est écrit plusieurs jours avant d’être publié. Il a du mal à rester dans l’actualité. Cela continue.

Les partis politiques anglais ont fait immédiatement la même analyse que lui (billet de dimanche, écrit vendredi) : la « transition climatique » n’est pas compatible avec l’électeur. Samedi matin, déjà, ils changeaient, radicalement, leurs programmes !

Il faut dire que, partout en Europe, les partis anti « valeurs avancées » gagnent les élections.

Quant à M.Macron ? Il donne la « planification écologique » comme « cap » à son gouvernement. Après lui le déluge ?

Le chef de l’Etat a réaffirmé sa confiance à sa première ministre, Elisabeth Borne, après le remaniement. En réponse aux critiques, il a défendu un « cap clair », en fixant la planification écologique comme une priorité de la rentrée. (Le Monde de samedi.)

Dîner avec le diable

Je lisais quelque-part que MM.Macron et Modi étaient inséparables.

Pourtant, on dit beaucoup de mal de M.Modi.

Comment interpréter l’attitude de M.Macron ? Real Politik ? Ou faut-il y voir un changement de principes de notre pensée collective ?

Jusque-là il n’y en avait que pour l’absolu. Il y avait le bien et le mal. Et pas question de transiger avec lui. A tel point que le « mal » étant partout, on ne pouvait rien faire, à moins d’utiliser des masses d’hypocrisie.

Et s’il fallait aller au delà du bien et du mal ? Et si M.Modi, M.Erdogan et leurs semblables représentaient quelque-chose qui nous échappe ? Sans aller jusqu’à approuver l’invasion de l’Ukraine par la Russie ou celle de Taiwan par la Chine, n’est-ce pas une question à se poser ?

Programme présidentiel

Mais on ne peut s’empêcher de penser que c’est surtout lui-même que le président de la République devra « remanier » afin de retrouver le souffle de 2017, lorsque dans son livre « Révolutions », il promettait de réformer l’école, de rétablir une forme d’égalité « réelle » des chances, et de redonner à la France son rang dans le monde. (Philippe Mabille, Tribune de la semaine du 15 juillet).

Un Etat ressemble à une « start up » : ce qui compte est le cap, il faut savoir « pivoter » pour finir par l’atteindre ? Ce qui demande d’avoir un amour propre pas excessivement chatouilleux.

Si ce n’est toi…

L’autre jour je lisais que M.Macron, à Marseille, réclamait qu’on ne lui reproche pas les décisions de ses prédécesseurs.

Ce qui est juste. Arrêtons de nous lamenter sur le passé. Où en serait-on si l’on avait dû reprocher au Français d’avoir collaboré ?

Ce qui est plus désagréable est l’arrogance. Ce qu’oublie de dire M.Macron, homme de la commission Attali, c’est qu’il a monté ce qu’il est en train de démonter. Il affirme avec autant d’aplomb une chose et son contraire. En cela, son comportement ne diffère en rien de celui des siens, notre « élite », mais que l’on retrouve aussi chez le moindre médecin généraliste.

Et si l’on acceptait de douter ? Douter n’est pas être faible. C’est la première étape de la réflexion, de la recherche de « sa » vérité, de ses convictions.