Parti fantôme

Lorsque M.Macron a pris le pouvoir il y a 7 ans, il avait calculé, dit-on, qu’il manquait un parti en France. C’était bien vu. Seulement, il lui a fait faire la politique des autres partis.

Maintenant, il semble que ce soit le FN qui cherche à occuper le vide.

Mais, quelle est la nature de ce manque ?

Et si c’était la France de la troisième république ? Celle de Clémenceau ? L’héritière de la Révolution, par des voies pacifiques ? Celle à qui de Gaulle a voulu donner de la dignité, sauver du ridicule ?

Mérite présidentiel

Comment se moquer des difficultés du chancelier allemand, des élus conservateurs qui commentent un délit d’initié pour parier sur la date des élections anglaises, ou de la sénilité du président américain, quand on est Français ?

Fini de rire. Notre président philosophe nous a mis en face des vanités de la vie. C’est un rappel bien plus efficace qu’un tableau de la renaissance.

Jour de gloire

Depuis que M.Macron a dissout l’assemblée, je me demande comment va se passer son défilé du 14 juillet.

Il y a quelques années, j’ai été invité à assister à un défilé du haut d’un toit des Champs Elysées. Rien de bien extraordinaire, la France n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ce qui le fut ne tenait pas aux chars et aux avions. Lorsque M.Hollande est apparu, il s’est produit un curieux phénomène. Un coup de froid en plein été. Une sorte d’éclipse solaire. Petit-à-petit, j’ai compris ce qui se passait : la foule sifflait. Ce qui était glaçant. En sera-t-il de même pour M.Macron ?

Et si c’était son jour de gloire ? N’est-il pas vraisemblable qu’il veut sauver la France d’elle-même ? Peut-il être plus heureux que seul contre tous ?

Président de l’économie

La perspective de voir le pays du « Choose France » entrer dans une période d’instabilité politique prolongée a ruiné dix ans d’efforts pour restaurer son image à l’étranger.

L’oeil de l’éco de Philippe Mabille, la Tribune, hier

Je constate que la Tribune partage mes inquiétudes : la France a de grandes chances de s’enfoncer dans une période d’instabilité politique, qui va provoquer une crise économique, qui pourrait être sans précédent.

Paradoxe de l’action d’un président qui voulait réconcilier notre pays avec le capitalisme globalisé. L’hybris de l’apprenti-sorcier.

Philippe Mabille voit un parallèle entre M.Macron dissolvant l’assemblée nationale et Louis XVI convoquant les états généraux. Mais, alors, il y avait une forme de consensus, en France : le pays a tenu tête à l’Europe coalisée pendant 25 ans. Ce n’est plus le cas.

Que faudra-t-il pour qu’il prenne conscience qu’il ne peut plus se payer le luxe de luttes fratricides ?

Idée fixe

« Macron en est venu à croire que, par sa parole, il pouvait créer des occasions, voire des moments décisifs, et que l’intendance suivrait »

Le Monde du 28 juin

L’hypothèse que j’ai tirée de ce que j’ai lu de M.Macron (dont son livre – programme) me fait penser qu’il est muré dans un rêve. Il a passé son enfance avec sa grand-mère, avec qui il a eu une relation très étroite. Je soupçonne qu’elle lui a transmis ce qu’elle croyait être la France. Une France de petites gens qui lit Jour de France et Paris Match. Et il fut longtemps le bon élève d’un système scolaire désuet. En dépit des difficultés qu’il a eues ensuite, il en a gardé la marque. L’écart entre l’opinion qu’il paraît avoir de ses discours et leur réalité est frappant. Il me semble aussi qu’il s’est imaginé délivrant, à la France et au monde, médusés, des discours immortels et vibrants. Et qu’il n’a pu supporter la réalité.

Notre système politique a mis à sa tête une « pendule arrêtée » ? Encore une fois, c’est un sujet pour théorie de la complexité. Comment se fait-il que, contrairement aux intentions de ceux qui l’ont créé, il ne nous donne pas ce qu’il y a de meilleur ?

En tous cas, M.Macron a réussi l’exploit de faire passer M.Trump pour un homme d’état digne de ce nom, un homme d’état de tout repos.

(Trump se rapproche : M.Biden, de ce que j’ai entendu de leur dernier débat, semble dans un état de sénilité avancé. Remarque de M.Trump : je n’ai rien compris de ce qu’il a dit, et lui non plus.)

Grande déception

L’a-t-on oublié ? Il est étonnant le nombre de personnalités (estimables) qui se sont ralliées à M.Macron, au temps de sa jeunesse.

Et cela de la droite bien à droite au parti communiste. Lui-même était un ministre de gauche.

Tous ces gens s’étaient-ils ralliés à ses idées ou au potentiel de changement qu’il représentait ?

Or, il s’est révélé qu’il était incapable de réaliser ce potentiel, car il était incapable de changer ?

Mais n’a-t-il pas raison, aussi ? Son échec nous met en face de nos responsabilités : la France n’est qu’intérêts particuliers, elle n’a jamais été une nation ?

Bérézina européenne

Politico.eu fait la chronique de ce qui se passe à Brussels. C’est assez confus. Mais il semble que Politico.eu se gausse doucement des malheurs du parti de M.Macron. La rançon de son dernier échec électoral. Or, sans peut-être que l’on s’en rende compte en France il était parvenu à s’imposer, à Bruxelles, comme une sorte de « leader » des progressistes face aux « forces des ténèbres ». Ses discours grandiloquents qui paraissent un rien ridicules aux Français, paradoxalement, plaisent aux élites étrangères.

Ou plaisaient. Car le roi est nu, désormais. Une raison de plus, pour M.Macron, de nous en vouloir ?

Comme quoi, ces élections étaient importantes. Je soupçonne que si l’on ne s’en rend pas compte, cela tient à ce que l’on ne juge pas bon de nous expliquer ce qui se joue réellement à Bruxelles. Qui a vécu par le glaive… ?

Dissolutions

Je ne sais rien. Au moment de la dissolution, on m’a dit qu’elle n’était pas une surprise, mais qu’on l’attendait pour septembre. Depuis, la nouvelle se confirme. Le microcosme parisien estimait que le gouvernement devrait faire face à une motion de censure. J’entendais le journaliste et homme politique Bernard Guetta (que je ne connaissais pas plus que la dissolution) dire à France culture, samedi dernier, que les conditions auraient pu être pires, pour le gouvernement, alors que maintenant.

Je ne sais rien, mais j’en doute. Car, pour qu’une motion de censure passe, il faut qu’il y ait union de la carpe et du lapin. Imaginons un instant qu’une coalition hétéroclite renverse le gouvernement, sans autre raison que de le renverser (car tous les arguments qu’elle aurait pu inventer pour cela n’auraient pas masqué ses réelles intentions). Qu’aurait pensé l’électeur ?

D’ailleurs, j’ai l’impression que ce que l’on reproche le plus à notre président, c’est d’avoir été un semeur de vent. Que se serait-il passé si, au contraire, il avait été victime d’un complot ?

Plus intelligent, mais moins glorieux ?

Jeu du solitaire

Si mal comprise, la décision de dissoudre l’Assemblée nationale illustre la gouvernance du chef de l’Etat, consistant à ne faire confiance qu’à lui-même. Après sept années de règne sans partage, il est aujourd’hui lâché par les poids lourds de sa majorité, explique, dans sa chronique, Solenn de Royer, journaliste au « Monde ».

Le Monde, hier

Il y a certainement une leçon à tirer de cette affaire.

L’électeur pensait être parvenu à contrôler l’instinct dirigiste de M.Macron, en ne lui accordant pas de majorité, et en lui envoyant périodiquement des avertissements. Il avait oublié que M.Macron était susceptible et qu’il possédait le feu nucléaire, à tous les sens du terme. Il aurait fallu le ménager.

De la difficulté pour un groupe de contrôler ses élus.

La question est, maintenant : ce groupe saura-t-il, collectivement, faire preuve de sagesse, aller au delà d’un ressentiment justifié ? Faire preuve d’une responsabilité dont est incapable ceux qui lui proposent de le diriger ?

Scénario Truss

J’ai envisagé le scénario Liz Truss, lors des présidentielles. Il était possible que le FN prenne le pouvoir. Or, il n’en a aucune expérience. Et, même avec une certaine expérience, comme celle du PS en 1981, on tend à faire des erreurs coûteuses. Seulement, le pays est tellement endetté, qu’il ne peut plus se les permettre.

Lorsque Liz Truss a voulu imiter Margaret Thatcher, elle a créé une crise extraordinairement violente. Elle a été suscitée par les marchés financiers qui ne voulaient plus de la dette du pays. Son prix a augmenté. Du coup, tous ceux qui possédaient des obligations (fonds de pension…), qui, du coup, ne valaient plus grand chose, sont passés à deux doigts de la faillite. Cela aurait pu entraîner le système financier mondial.

Scénario possible ? Le système britannique a éjecté Liz Truss extrêmement rapidement. Qu’en serait-il en France ?