Drôle de France

Après les élections législatives anticipées perdues par la majorité macroniste, on a découvert le pot aux roses, avec la révélation en plusieurs étapes d’un dérapage jamais vu dans l’histoire des finances publiques en temps de paix : il y a 100 milliards d’euros d’écart entre la prévision initiale du PLF pour 2024 (4,4% du PIB de déficit) et la dérive « tendancielle » à près de 7% du PIB fin 2025 annoncée par les nouveaux ministres de Bercy.

Philippe Mabille, l’oeil de l’éco de la Tribune

Quand un bateau coule, il est une mauvaise idée de perdre du temps à chercher un coupable. Mais comprendre comment il en est arrivé là peut éviter, en faisant le contraire, de sombrer. Quelques observations :

  • On parle d’une politique d’imposition systématique. Or, il est clair qu’il faudrait faire l’envers : public et privé allant mal, ils ont besoin d’investissements pour améliorer leur situation. En particulier, plus on affaiblit l’économie moins elle peut payer d’impôts ! Cercle vicieux.
  • J’interviewe des élus locaux. Ils sont dans une situation difficile. L’Etat leur confie ses responsabilités sans leur en donner les moyens.

Un spécialiste des territoires me disait que la France avait besoin de « croissance interne », de tirer parti de ses atouts, qu’elle néglige. Elle aurait été victime de « mimétisme ». Une « pensée magique », qui lui aurait fait croire au miracle de la French tech ou autre terme à la mode, et à la réforme de l’Etat à la Thatcher ?

Valeur travail et cultivons notre jardin ?

Réalité de la fiction

Un proche disait, en substance, « je sais que ce n’est pas bien, mais je ne peux pas faire autrement ».

Je me demande si notre président ne ressent pas quelque chose de similaire.

Il y a quelques-temps, je lisais qu’il avait nommé Stéphane Séjourné, à la place de Thierry Breton, comme commissaire européen. Raison : la politique internationale est son « domaine réservé ».

Sa dissolution lui a explosé à la figure, il est considéré par tous comme un pantin, mais, voilà, il ne peut pas vivre s’il ne se donne pas en spectacle international ?

Il arrive un moment où l’homme s’évade des contingences quotidiennes pour devenir un personnage de tragédie ?

Enigme systémique

Une des conclusions de la systémique est que nos actions ont pour conséquence le contraire de leurs intentions (« énantiodromie »). Qui veut faire l’ange, fait la bête, disait Pascal. Si bien que la solution à nos problème est, tout simplement, de faire le contraire de nos intentions !

C’est simple, effrayant, et pourtant cela n’a pas pénétré la psyché collective.

Mais qu’est-ce qui est à l’origine de ce phénomène ? Mystère.

L’exemple de M.Macron peut-il nous éclairer ? Il se voulait un rempart contre les extrêmes. Or, les extrêmes ne se sont jamais aussi bien portées. Le centre s’est réduit et s’est divisé. Au fond, à droite et particulièrement à gauche, il tend même à adhérer aux extrêmes. Et le parti présidentiel pourrait bien avoir la tentation paradoxale de se battre contre tous.

Que lui est-il arrivé, à notre président ? Il est possible qu’il ait pensé qu’il était effectivement, l’antidote au FN. Peut-être a-t-il cru que le FN était une maladie de la raison ? Un « populisme », effectivement. Donc il aurait cru qu’il n’avait rien à faire. Alors que, au contraire, il aurait dû chercher à comprendre, comme on a, au moins, tenté de le faire en Angleterre et aux USA, ce qui suscitait le vote extrême, afin de lui couper l’herbe sous le pied ?

L’énantiodromie résulterait-elle d’une paresse de la raison ? Lorsqu’elle arrête de ramer, elle se fait prendre dans des courants qui lui font faire marche arrière ? Roue libre interdite ?

La France vue de l’espace

BBC world service s’interrogeait sur la situation française, ce matin.

J’y ai entendu M.Macron dire qu’avec lui plus personne ne voterait pour les extrêmes. Effet bien connu de la systémique : nous tendons à obtenir l’envers de ce que nous cherchons (énantiodromie).

Une question de « style ». Les citoyens de Carpantras le traitaient de « charlot » (intraduisible en anglais), J.M. Blanquer disait qu’il avait perdu le contact avec la réalité, et la conclusion de l’émission laissait entendre qu’il était un danger pour son gouvernement.

Dette mystérieuse

Bruno Le Maire refuse d’en endosser (seul) la responsabilité. N’a-t-il pas averti au sommet de l’Etat, jusqu’à se voir refuser par Emmanuel Macron la loi de finances rectificative qu’il appelait de ses vœux au printemps, et qui aurait permis de constater et de traiter bien plus tôt le drame budgétaire dont le fardeau vient d’être transmis à Michel Barnier ?

L’oeil de l’éco, de Philippe Mabille

Mystère : « la France est le seul pays européen à n’avoir pas réduit sa dette après la crise du Covid« .

Un précédent article disait que M.Macron était son seul conseiller. A-t-il pensé avoir raison contre tous ?

Budget

Qu’est-ce que c’est que cette histoire de budget ?

D’après ce que l’on entend, l’anticipation de difficultés à faire adopter le budget de l’Etat est la raison pour laquelle notre stratège suprême a décidé de nous dissoudre. Si l’on croit à la théorie de la « burning platform » selon laquelle le changement ne se fait qu’en situation désespérée, ce fut un coup de génie.

Que signifie que le budget ne soit pas adopté ? Les impôts ne sont plus prélevés, les salaires des fonctionnaires ne sont plus versés. L’Etat ne fonctionne plus. Anarchie et loi de la jungle ? Le monde de Mad Max ?

Apparemment, la situation n’avait pas été prévue par la constitution. Diverses mesures d’urgence sont possibles. En dernier recours, le président peut saisir les pleins pouvoirs. Ce qui ne devrait pas être pour lui déplaire.

En tous cas, cela ne permettra probablement pas de grandes subtilités et l’adoption de mesures à long terme susceptibles de redresser une situation que l’on dit désespérée.

Après tout, le Liban continue bien à vivre…

(Opinion de constitutionnalistes.)

Génie incompris

Nomination du premier ministre : Emmanuel Macron pris au piège de sa propre stratégie face à la gauche

En mettant la présence de ministres « insoumis » au cœur du débat sur la formation d’un gouvernement Castets, plutôt que le programme, le chef de l’Etat a créé une brèche dans laquelle Jean-Luc Mélenchon s’est engouffré.

Le Monde du 26 août

Après l’imparable coup de la dissolution, qui lui explose à la figure, M.Macron serait-il à nouveau victime de son génie ?

Se verra-t-il un jour tel qu’il est ?

French President Emmanuel Macron “is a leader who is not followed by others,”

Politico.eu 26 août

De l’utilité du chef d’orchestre

Pendant longtemps, la Belgique n’a pas eu de gouvernement, et elle s’en est très bien portée, me disait un ami. Et s’il en était de même de la France ? Notre classe politique ne semble plus préoccupée que d’elle-même. De même que notre président. Mais la France continue à travailler comme si de rien n’était.

Notre situation actuelle met au grand jour ce que je constatais dans mon dernier livre : l’Etat est tellement pris dans ses contradictions que l’on ne peut rien en attendre. A nous de prendre notre sort en main.

Mauvaise nouvelle ?

Uncanny

« Ghostly » disaient les nouvelles de la BBC, ce matin. Paris ressemble à une ville fantôme. Est-ce que les 600.000 tickets qui n’ont pas été vendus ne vont pas se voir à la télévision ? s’inquiétait-elle, en outre.

Il était question d’une grande « surprise. On parle aussi de jeux écologiques pour la première fois dans l’histoire, et une autre émission de nouvelles de la BBC expliquait que les champions n’auraient pas droit au fast food, mais à la cuisine Michelin. (Ce qui était annoncé du menu m’a soudainement fait trouver des vertus au MacDo…)

M.Macron et Mme Hidalgo retrouveraient-ils la tradition de MM.Louis XIV et de Gaulle ? Ils veulent faire ces jeux à leur image, divine ? Et changer leur nature (qui est celle de jeux !) ?

L’émission commençait par une Marseillaise étrange. Elle m’a fait penser à la « uncanny valley » dont on parle en robotique : lorsque la ressemblance entre l’homme et le robot est presque parfaite, mais pas tout à fait, le robot prend une allure inquiétante. M.Macron et ses jeux ne s’aventureraient-ils pas dans cette « uncanny valley » ?

(Je ne sais pas traduire « uncanny ». Y a-t-il un équivalent en français ? J’ai l’impression qu’on l’emploie au sens d’inquiétant et peut-être même de surnaturel… Ce qui rend mal à l’aise l’étranger, lorsqu’il rencontre un président français, c’est que celui-ci n’est plus tout à fait humain ?)

Drame à l’Elysée

Je me souviens d’un livre dont le titre était « Ces malades qui nous gouvernent ». Peut-être faudrait-il, plus généralement, s’interroger sur ce que produit notre système électoral ?

Politico consacre une curieuse étude à la psychologie de notre président.

https://www.politico.eu/article/magnificent-mind-emmanuel-macron-france-legislative-election/

On n’y apprend rien de neuf, sinon qu’il est « bien plus » que ce que l’on pense. Et cela change tout.

En fait, il n’a pas de conseiller, même mauvais, même bassement courtisan, il est seul avec lui-même. Et, pour lui, le monde est une scène de théâtre. Chaque rencontre est un spectacle, pour lequel il adopte un costume nouveau et joue un nouveau rôle.

Soudainement, ce qui aurait pu sembler gentiment ridicule atteint la dimension du drame shakespearien : l’on apprend que cet homme est tellement enfermé dans ses rêves de grandeur qu’il n’en dort pas, et qu’il hante Paris la nuit !

(On dira que le système américain n’est guère meilleur que le nôtre. Mais il a été prévu pour qu’un président ne puisse être un dictateur. Chez nous, de Gaulle a fait tout le contraire…)