Cohabitation à la française

M.Macron a tous les pouvoirs, et, pourtant, il a un formidable contre-pouvoir : il n’est rien en termes de démocratie locale. Il n’a quasiment aucun maire, conseiller général ou régional, ou sénateur, dans son camp. Le peuple lui a imposé une cohabitation. 

Depuis de Gaulle, au moins, nos gouvernants fulminent. Ils pestent contre une cohabitation qui les empêche de gouverner. Alors ils font tout pour avoir tous les pouvoirs. Mais ça ne marche pas. Même au temps de De Gaulle, le peuple lui avait imposé un sénat opposé à ses vues ! Puis il y a eu la cohabitation gauche droite, puis droite gauche. De fort bonnes années, d’ailleurs. Mais, voilà que l’on a voulu y mettre un terme. Le mandat du président a maintenant la même durée que celui du député. Ce qui a produit une série de présidents omnipotents, dont la politique a suscité l’ire générale. Jusqu’à l’arrivée d’un M.Macron, Jupiter sans base. 

Ce qu’impose le peuple à son élite, ce sont les idées de Montesquieu. Il ne peut pas y avoir liberté sans division des pouvoirs. La démocratie est réalisée quand ces pouvoirs opposés s’entendent. 

(Définition de l’élite ? Des esprits qui se disent supérieurs, parce qu’ils ont lu Montesquieu, alors qu’ils ne l’ont pas compris ? Tandis que le peuple ne l’a pas lu, mais l’a compris ?)

Ciotti ou le Brexit ?

Mais qui est cet Eric Ciotti, qui sort de la primaire LR ? Décidément, je ne suis pas dans le coup. 

Le discours est apparemment RN. Quant à la fiche wikipedia de l’homme, elle présente un apparatchik, un science po, qui a passé toute sa vie dans le monde politique. (Mais, d’une certaine façon, c’est aussi le profil de M.Zemmour.)

Est-ce un bon choix pour LR ? En termes d’image, Mme Pécresse représente le type d’élite, de modèle de société et les valeurs, que rejette une partie grandissante de la population. Si M.Ciotti parvient en finale, la gauche pourrait s’abstenir, et la droite traditionnelle, les partisans de M.Zemmour et de Mme Le Pen, voter pour lui. Ce qui fait beaucoup de monde.

M. Ciotti ce serait notre Brexit ? Pas tant le choix de la raison, qui comprend que les enjeux majeurs ne sont pas nationaux, mais internationaux, que celui de l’accumulation des frustrations ?

Les causes du malheur français

Pourquoi le Français est-il malheureux ? se demandaient MM. Bourlange, Gauchet et Finkielkraut, chez France Culture, samedi dernier. 

Francois, éternels râleurs ? Ces trois personnes ne le pensaient pas. Pour elles, il y a quelque-chose d’existentiel dans ce malaise. Quant à M.Macron il a cru régler la question à coups d’économie. Il s’est sans doute trompé. 

M.Zemmour est un révélateur, disaient-ils. La France a subi une tentative de changement de culture (au sens anthropologique). Cela s’est fait sans discussion, non démocratiquement. Le Français est mis devant le fait accompli. Et il n’aime pas ce qu’est devenu la société. 

En particulier, l’immigration, sujet qu’exploite M.Zemmour. Elle n’est pas vue (par la gauche, selon eux) comme devant s’assimiler dans une culture commune, comme par le passé ; son rôle, au contraire, est de s’affirmer. France Arc en ciel, patchwork de cultures ?

Désunion nationale

Une étude récente parlait de « désunion nationale ». C’est le sentiment qu’ont, en très grande majorité, les Français. Il estiment que le débat est devenu impossible. L’air est irrespirable. 

L’étude que je mène avec les interpreneurs donne, pour l’entreprise, exactement le même résultat. La faiblesse, grave, de notre économie vient de ce que nos entreprises « ne chassent pas en meute ». A l’envers, c’est la force de l’Allemagne, qui n’est, quasiment, que collectif. La surperformance de ses entreprises en résulte naturellement. Le talent de ses patrons n’est qu’un facteur très secondaire. 

Nous n’avons pas trouvé d’autre nation dans notre cas. 

Et cela peut prendre des aspects subtils, et extraordinairement inquiétants. Notre déficit extérieur devenu endémique provient très probablement du fait que les grandes entreprises n’achètent pas français. En outre, contrairement à ce qui s’est passé ailleurs, elles n’ont pas emmené avec elles leur sous-traitance lorsqu’elles ont « délocalisé ». Idem pour l’innovation qui, pour décoller, a besoin de préférence nationale. 

Le phénomène n’est probablement pas nouveau. Michel Winock lui a consacré un livre. Il étudie les guerres civiles récentes qui ont ébranlé notre pays (qui semble, depuis toujours, être en guerre avec lui-même). Son explication ? Le catholicisme. Le Français est un fou d’absolu. 

Reste à trouver comment faire coopérer ces gens pour éviter à la nation de terminer sa dégringolade dans le sous-développement. Il se trouve que « réconcilier la France » était le sous-titre du livre de notre Président…

Le changement de rupture, c'est maintenant

On parle de changement incrémental et de changement de rupture. L’histoire de la grenouille que l’on porte à ébullition illustre ces deux changements. Cela s’applique-t-il à notre cas ? Prise de conscience que la situation s’est, insensiblement, transformée, et que ce qui en résulte n’est pas bon ?

C’est M.Macron qu’on assassine ? « Premier de cordée » et travail que l’on trouve en « traversant la rue », sont-ils d’actualité ? Le petit ne veut plus des conditions de travail qu’on lui infligeait, et le grand se trouve, finalement, fort dépourvu. Les industries qui ont subi les premières ce phénomène, qui n’est pas nouveau, se sont adaptées aux aspirations de leurs personnels. Le rapport de force s’inverse ?

M.Macron va-t-il changer ? 

France 2030

 

Comme beaucoup, j’ai pensé : le plan passe, le Français reste. Aucun intérêt. Ce qui est, au fond, honteux. 

Que dire de France 2030 ? Si on le juge selon les standards des sciences du management (définition d’un « stretch goal »), c’est zéro. Cela ne parle pas de nos préoccupations. Cela ne pose pas de problème. C’est une série de thèmes à la mode, qui peuvent très bien être les conséquences de l’influence d’un habile marketing de tel ou tel lobby. Si le gouvernement ne connaît pas les techniques de l’entreprise, il peut être victime d’un de ses maux : « management fad » en anglais, « mode de management », en Français. 

Mais il y a aussi du bien. Car, contrairement à ce que l’on a longtemps dit, le marché et la concurrence qui lui est propre ne créent pas le meilleur des mondes. L’entreprise a besoin de lignes directrices, d’une forme de protection, mais surtout d’un objectif. Même si celui-ci n’est pas très pertinent, au moins, il existe. Et, qui sait ?, il arrive qu’en cherchant quelque-chose on trouve autre chose, mieux. Travaillez, prenez de la peine, c’est le fond qui manque le moins ! 

Emmanuel Macron, idéal de la 5ème République ?

M.Macron est entouré de techniciens, députés y compris. Il n’a quasiment aucune assise politique. D’ailleurs ceux qui se réclament de lui se ramassent méchamment. Etrange situation. 

Mais n’est-ce pas le rêve de De Gaulle ? Un président au dessus des partis, dont la légitimité est tirée du suffrage universel. 

Cela ne correspond-il pas, d’ailleurs, au profil de M.Macron, dont le modèle vient de l’entreprise plutôt que de la politique traditionnelle ? Une sorte d’extraterrestre ?

Reste à constituer ce qui est au dessous du président : des partis qui aient une signification pour l’électorat. Qui soient réellement porteurs de convictions, et non, exclusivement, d’ambitions. 

Et si l’on était en train de comprendre, 60 ans après, la pensée de De Gaulle ? De Gaulle : une conduite du changement ratée ? 

Le combat des chefs

Election du président de l’association des maires de France. Si je comprends bien, un candidat est soutenu par le parti du président, l’autre, par tous les autres partis, y compris le MODEM. Du jamais vu ? (Article.)

En outre, ces deux candidats ont l’air de dire la même chose, et c’est une critique du gouvernement ! (« Tous deux déplorent, de concert, que l’Etat relègue les élus locaux au rang de « supplétifs » et de « sous-traitants » des bureaux parisiens.« )

Paradoxe du monde politique français. Un président (quasiment) seul contre tous ? 

Eric Zemmour peut-il renverser M.Macron ?

Je dois être le Français qui en sait le moins sur Eric Zemmour… J’ai voulu me renseigner. 

Première impression : Trump. Deux bêtes de scène qui s’en prennent aux valeurs « socialement avancées ». Ils jouent sur la frustration d’une partie de la population. Or, elle a fourni les troupes de choc des partis politiques. 

MM.Trump et Zemmour font vendre, et même beaucoup, si bien que tout le monde a intérêt à parler d’eux, à commencer par leurs adversaires. 

Cela s’arrête là. Eric Zemmour ne peut pas être président. Mais il veut faire battre Emmanuel Macron, si j’ai bien compris. 

Possible ? S’il se présente aux élections et prend suffisamment de voix à Mme Le Pen, M.Macron devra affronter au second tour un candidat d’un parti traditionnel. Alors se posera la question de la popularité de notre président. Car, à prendre son CV, de serviteur de l’Etat embauché par Rothschild, comme hier les généraux par Dassault, et ses déclarations sur les premiers de cordée ou le travail au coin de la rue, ou sa profession de foi, il est facile d’en faire un oligarque du « monde d’avant ». La presse la plus respectable ne s’en prive pas. 

Le monde est complexe, dirait Edgar Morin… 

Covid, c'est reparti pour un tour

L’épidémie de coronavirus, en Grande Bretagne, est en recul. Elle y a fait de très gros dommages. Elle semble maintenant toucher le continent. La Hollande confine. 

Quelle stratégie va adopter le gouvernement français ? 

Quand on considère le cas anglais, on peut se demander si ce n’est pas le « trouble à l’ordre public » qui est la principale préoccupation d’un gouvernement. Boris Johnson a démontré que l’Anglais tolérait un haut niveau de décès, en échange d’une absence de contrainte. Dans cet ordre d’idées, l’intérêt de la vaccination n’est pas son efficacité, mais le fait qu’elle est suffisamment convaincante pour diviser l’opinion, et permettre de régner. 

D’ailleurs, il est possible que la meilleure vaccination soit d’attraper le mal. Serait-ce le pari de M.Johnson ? Ce qui ne tue pas renforce. Si l’on prend en compte les porteurs sains, une grosse partie de l’Angleterre pourrait donc être protégée, et peut-être même pouvoir résister, sans encombrer les hôpitaux, aux nouvelles variantes du virus. 

Nous sommes bien peu de choses ? Peut-il en être autrement lorsqu’une seule personne a la responsabilité de dizaines de millions d’êtres humains ?