2022 : la démocratie ?

Quel est le rôle d’un gouvernement selon les Lumières ? Formuler la « volonté générale » et l’appliquer. Les travaux modernes sur le changement ne disent pas autre chose : le « leader » fait émerger ce que désire le groupe, et propose une façon de le réaliser, reposant sur la collaboration de chacun.

Le manifeste de M.Macron parle aussi de lumières. C’est lui qui nous les apporte. Il partage en cela une idée devenue dominante ces dernières décennies. Celle d’un « leader » bon pasteur qui conduit le troupeau bêlant. 

Cela explique peut-être pourquoi, systématiquement, l’électeur a cherché à imposer un contre-pouvoir au pasteur : pour qu’il soit obligé d’écouter le peuple. 

Les choses vont elles changer en 2022 ?

(Il y a bien une « volonté générale », en dépit du fait qu’un groupe peut contenir des millions d’individus : cela tient à ce que le groupe est une entité en tant que telle, dont l’intérêt est la condition nécessaire de l’intérêt particulier – la condition suffisante de cet intérêt particulier se nommant « justice ».)

Prospective présidentielle

Un anthropologue, Clifford Geertz, a étudié les paris sur les combats de coqs à Bali. Quand les coqs sont inégaux, on peut calculer avec précision des probabilités de victoire. Ce type de combat n’intéresse que le vulgum pecus. Là où l’on voit la véritable noblesse de l’individu, c’est lorsqu’il joue sa chemise dans un affrontement entre égaux. C’est le hasard qui fait la différence. 

Si la finale de notre élection présidentielle réunit Mme Pécresse et M.Macron, il se pourrait que l’on se retrouve dans cette situation, tant ils se ressemblent. 

Un résultat qui, jusque-là, marche à tous les coups, est que l’on réélit une équipe qui gagne. Si l’économie est florissante, le président est réélu. 

Sera-ce le cas en avril ? D’ailleurs, sera-ce l’économie qui fera le vote de l’opinion ? Ou sera-t-elle essorée par la lassitude ? M.Macron n’est guère sympathique, le peuple voudra-t-il le rappeler à l’ordre, comme il l’a fait pour ses prédécesseurs, en votant contre lui ? Ou, au contraire, apprécie-t-il son style de PDG jupitérien, bien adapté à une crise ? Il doit obtenir des résultats concrets, en urgence, alors que son opposante peut se contenter de promettre : gros handicap ?… 

Décidément, combat de coqs ? 

Pas de liberté sans crise ?

Surprenant. M.Macron, qui s’était présenté comme celui qui allait faire entrer la France dans la modernité, globalisée, ultra libérale et numérique, est maintenant le défenseur de l’administration, face aux assauts de Mme Pécresse, qui semble avoir sorti des cartons les discours de campagne poussiéreux de la droite ! (Encore une qui a une guerre de retard ?)

Qui aurait dit, d’ailleurs, que la « solidarité » serait le mot d’ordre de toutes les nations développées. Qu’elle serait tellement efficace qu’elle aurait quasiment éradiqué le risque de faillite ? Que l’on aiderait les nécessiteux à résister à l’inflation ? M.Macron serait-il la cinquième colonne du communisme ? 

Il y a la théorie et la pratique. Dans la crise, l’individu devient pragmatique. Peut-être aussi ses convictions se révèlent-elles. Et voilà, qui sait ?, pourquoi la paix est le plus grand danger que nous courrions ? Il n’y a que le risque qui nous rende solidaires, et qui évite à l’homme d’avoir le temps d’être un loup pour l’homme ? 

Après les fêtes, le déluge ?

En Angleterre, la nouvelle variante du virus s’est répandue à une vitesse stupéfiante et produit des records de contaminés. Mauvaise nouvelle : contrairement aux premiers espoirs, des scientifiques britanniques estiment que, pour le moment, on ne peut pas prétendre qu’elle serait moins dangereuse que la précédente. Or, il se confirme que les vaccins sont moins efficace avec elle qu’avec delta, qui, lui-même, leur posait beaucoup de problèmes.  

Idéalement, il faudrait éviter de se réunir. Mais, ce serait mauvais pour le moral des troupes, et pour le commerce. Alors, la France a fermé les frontières avec l’Angleterre, et on fait comme si… 

Que va-t-il arriver en janvier ? Et quid de l’élection présidentielle ? J’étais surpris qu’on l’est fixée en avril, généralement époque infectieuse, mais là… 

Crise et changement

Les dirigeants de PME ont fait des miracles pendant la crise, mais sont retombés dans la routine, me disait un consultant. Il était très déçu que les entreprises françaises n’aient pas profité des événements pour se moderniser radicalement. Le problème de leur sous-performance reste donc entier. 

Cela rappelle qu’il n’y a pas changement sans « anxiété de survie ». Et que la crise est probablement le moyen le plus efficace de la créer. 

C’est, probablement, un argument en faveur du vote Macron : s’ils reviennent au pouvoir, nos partis politiques traditionnels reprendront rapidement leurs mauvaises habitudes. 

Vivrons-nous un jour à l’âge de la raison ?

Vaccination obligatoire

Comment un Occident ultra-libéral peut-il imposer une vaccination obligatoire ? A l’époque où il y avait des manifestations en France, je me suis demandé s’il ne s’y trouvait pas une partie de l’électorat de M.Macron.

L’Allemagne est, d’ailleurs, extrêmement surprenante. Le vaccin semble y avoir tué la culture du consensus. Et la réaction est extraordinairement violente : il y aurait des appels au meurtre des « provax », disait la radio ! 

Voilà un des paradoxes qu’aime ce blog. Comment l’expliquer ? L’amour de la liberté individuelle du libéral ne s’applique peut-être qu’à lui. Selon la formule des nobles d’antan, ce qui compte est son « bon plaisir ». Il impose aux autres ce qui est bon pour lui. C’est sa définition de la liberté. Elle est logique. 

En fait, le principe du libéralisme est qu’il n’y ait pas de chef humain. C’est une forme d’anarchisme. Dans le cas du libéralisme économique, c’est le marché qui règle la société, sans intervention de l’homme. Par conséquent, le paradoxe n’est qu’apparent. On ne peut pas être à la fois libéral et chef d’un gouvernement. 

M.Macron, cet inconnu

L’UE veut faire passer une loi qui reconnaisse comme salariés les travailleurs employés par les plates-formes numériques. Rien de neuf. Or, la France, seule apparemment, s’y oppose. Pour, semble-t-il, des « raisons économiques ». (Potitico.fr de vendredi dernier.)

Qu’est-ce que cela révèle de notre président ? Y aurait-il des Français qui valent moins que d’autres ? Qu’ils ne viennent pas se plaindre, ils ont un emploi ?…

Ce type d’esprit se retrouve-t-il dans des réformes qui puissent laisser une marque durable sur le pays ? 

Blanc bonnet ?

Qui est Mme Pécresse ? Difficile de la distinguer du président. HEC, sortie seconde de l’ENA. Elle n’a pas  choisi l’inspection des finances, contrairement à lui. Quand elle est entrée en politique, elle avait été approchée par la gauche et la droite… 

Quant à ses convictions ? Elle a été ministre sans histoire pendant la présidence Sarkozy. Seule particularité : son opposition au mariage pour tous. 

Elle se voit « deux tiers Merkel, un tiers Thatcher ». Qu’entend-elle pas là, alors que l’Angleterre renie Mme Thatcher, et que Mme Merkel de la fin n’a probablement rien à voir avec ce qu’elle était au début de son mandat ? Peut-être veut-elle parler de leur caractère ? Mais, quand on a réellement de la trempe, a-t-on besoin de se comparer à quelqu’un ? Enfin une différence avec M.Macron ?

(Source : wikipedia.)

Inconnue Pécresse

Mme Pécresse, présidente de la République, disent les sondages. 

C’est l’effet Zemmour, dont parlait un précédent billet. M.Zemmour nuit à Mme Le Pen, ce qui permet à un candidat traditionnel d’être au second tour de la présidentielle.

Mais Mme Pécresse est un candidat peu évident. Elle et M.Macron sont quasiment du même bord, celui de l’élite privilégiée, aux valeurs « socialement avancées ». Par conséquent, la gauche et l’extrême droite devraient s’abstenir. Ce qui laisse peu de monde. 

Un écart entre eux se creusera peut-être dans les débats. Il serait intéressant, en tous cas, de faire une « étude de perception », pour savoir ce que chacun représente pour l’électorat. Peut-être serait-on surpris du résultat. 

Autre sujet dont on parle peu : l’élection des députés. C’est le point faible de M.Macron. Son parti n’existe pas. Etre élu, pour lui, n’est pas la fin de l’histoire. 

Rien ne va plus ? comme à la roulette ?