La fin du travail

La pandémie a démontré que le monde pouvait tourner sans nous. On ne travaillait plus et pourtant tout marchait comme avant ! Voilà ce que j’entends depuis quelques-temps.

Cette théorie servirait à justifier l’idée que les machines peuvent nous remplacer.

Mais, le pays n’a pas marché sans nous ! Il a accumulé des dettes, pour nous nourrir au chômage. (Je suis une exception : je n’ai jamais autant travaillé !) Et aujourd’hui, le gouvernement doit faire des prouesses pour éviter aux entreprises plombées par le PGE de sombrer.

Cette politique résulterait d’une leçon tirée de la crise de 2008 : contrairement à l’Allemagne, la France avait laissé ses entreprises faire faillite. D’où chômage et perte de compétitivité nationale, par appauvrissement de notre tissu économique.

Plus récemment : on a vu l’impact de la politique de zéro covid de la Chine sur l’économie mondiale.

La France entre Charybde et Scylla : d’un côté un gouvernement qui nous croit trop bêtes pour comprendre sa politique, de l’autre l’intellectuel gramsciste ? La recette de l’irresponsabilité et de la révolution ?

Les raisons de la colère

Une personne ne supporte pas un emploi de fonctionnaire à 4 cinquième. Elle est prête à le quitter pour lancer une entreprise qui va la faire travailler à plein temps et pour des revenus aléatoires. Voilà ce que j’observe tous les jours.

Le monde du travail serait-il devenu irrespirable ? N’est-ce pas ce que dit Philippe d’Iribarne ? Une société basée sur l’idée qu’il y a une hiérarchie sociale ne va pas. Et ce n’est pas mieux de confondre diplôme et statut social. En France, le rapport à l’autre est toxique ?

Et le comportement de petit chef de M.Macron met le feu aux poudres ?

Montée des périls

Un mot sur la réforme des retraites.

Elle illustre la raison d’être de l’association des interpreneurs, dont je suis un des fondateurs.

Le remous qu’elle a créé montre que notre pays est extraordinairement fragile. Il n’a plus d’armée, d’industrie, est dépendant de l’étranger, et généralement de régimes qui ne lui veulent pas du bien, quasiment pour tout ce qu’il consomme, est criblé de dettes, a des services publics qui ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils furent, et en plus est au bord de la guerre civile. Dans mes cours d’histoire, on parlait de « montée des périls ». Et je n’exagère pas.

Ce dont nous avons besoin c’est d’un changement d’état d’esprit. Mot d’ordre : « responsabilité ». Le citoyen doit prendre son sort en main et faire preuve de solidarité, pour relancer le pays « par en bas ».

Mal français

Ce témoignage met le doigt sur ce qui ne va pas dans notre pays. Ce qui fait que, à cause de sa fragilité, une erreur de notre gouvernement pourrait le plonger dans l’anarchie. 

Nous avons un Etat qui a infantilisé les dirigeants d’entreprise (et probablement la nation) à tel point qu’ils n’ont pas conscience de la nature de leurs responsabilités. Conséquence : l’action de l’Etat produit l’envers de ses intentions.

Le nom du changement : responsabilité !  

Big bang ?

Le gouvernement va-t-il être renversé ? J’entends dire que Mme Le Pen pourrait bientôt diriger la France.

On ne lance pas de pierres, quand on habite une maison de verre ? Curieuse réforme des retraites. Qu’est-ce qui a poussé notre président à prendre ce risque ? Je vois dans la presse étrangère et française qu’il est victime d’un déni démocratique.

Toujours est-il que cela illustre une propriété de l’histoire que l’on n’enseigne pas à l’école. Un incident infime peut la faire changer de cours, radicalement, façon big bang. L’instant d’avant c’est la paix. Celui d’après, la guerre.

Ainsi, ce n’est pas la crise qui a amené Hitler et le nazisme au pouvoir, mais la mort d’un homme politique qui était parvenu à maîtriser les instincts suicidaires de son pays. De même Nicola Sturgeon vient de disparaître, pour avoir pris une mesure malheureuse, alors qu’elle était au faîte de sa popularité.

Le mal de l’Etat

Le paradoxe de notre temps est que notre super Etat centralisé jacobin omnipotent et omniscient est totalement impuissant. Il est pris au piège de ses contradictions. Il est ligoté comme Gulliver. Pitoyable.

« Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l’Europe ! l’Europe ! l’Europe !… mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien ». Eh bien notre président, lui aussi, saute sur sa chaise comme un cabri, et cela n’aboutit à rien.

Que devrait-il faire ? Imiter le dirigeant qui entre dans une entreprise : la mettre en ordre de marche.

Pour cela, il n’y a pas de méthode. Il ne faut que de la volonté. Et surtout comprendre que l’intendance ne suit jamais. Voilà qui devrait être enseigné à l’ENA.

Ruralité nouvelle ?

A l’institut des hautes études des mondes ruraux j’ai assisté à une « introduction aux nouvelles questions rurales », par le professeur Romain Lajarge. Le sujet était inconnu, ai-je bien compris ? Voici ce que j’ai retenu :

La situation de notre pays serait le résultat d’un plan qui aurait mal tourné. Après guerre, il y aurait eu volonté de créer une France urbaine. (La ville, « l’artificialisation », c’était le progrès ?) Les campagnes se sont vidées de leurs populations, mais aussi de leur industrie, partis dans les banlieues des grandes villes. Cela était porté par une logique de « rente foncière ». En France, la richesse, l’ascenseur social, est associée à la propriété.

Mais l’histoire a connu un revirement inattendu. Les banlieues sont devenues tout ce qu’elles ne devaient pas être : zones d’exclusion et de mal être. Et l’industrie s’est délocalisée. Quant à la campagne, elle n’a plus d’agriculteurs, si bien que le commerce extérieur agricole de la France est déficitaire ! Ses terres sont envahies par des taillis. Elle n’a jamais été aussi boisée, mais ses forêts sont inexploitables.

Crise existentielle ? Les urbains sont saisis « d’urbanophobie ». La question du travail, centrale pour la société d’après guerre, a été remplacée par celle « d’habitabilité ». Le changement désiré n’a pas créé d’urbains. Mais des ruraux vivant en ville. Il y a « ruissellement », ces urbains ne quittent pas « la ville », mais « une ville » pour en trouver une où il fait meilleur vivre. Notamment Paris pour Marseille. A l’autre extrême, la situation est inflammable. Bonnets rouges, Gilets jaunes, et après ?

Finalement, l’Etat. (Notre fameux Etat jacobin, omnipotent, dirigé par l’élite de la nation.) Il est pris dans ses contradictions. Sa dernière réforme, régionale, au mieux, n’a rien changé. C’est « l’anarchie » ! En particulier, en termes de construction. « La société se défait de l’intérieur. »

Pour résumer : il n’y aurait pas de mouvement bien ordonné, qui irait de la ville à la campagne, ou, à l’envers, de villes qui résisteraient, comme on l’entend. « Rien ne va plus. » Le Français « ne sait plus où il habite ». Ses gouvernants sont paumés. C’est le chaos.

Pour prendre des voies aux écologistes, M.Macron a décidé, une veille d’élection, du « Zéro artificialisation nette », sans faire aucune analyse de son impact. Comme Cortez aurait-il brûlé ses vaisseaux ? Vaincre ou périr ?

Inquiétant. Plus de service public, plus d’agriculture, plus d’industrie… quel bilan !

PS. Un article qui semble confirmer cette analyse.

Jeune président

M.Macron a une qualité qui rend négligeables ses défauts : il est jeune. Je pense cela depuis quelques temps.

Notre système éducatif ne semble produire que des « vieux ». Lui est combattif, sans complexe. Et, au moins en Europe, il fait bouger les choses, et a changé l’image de la France. Chez-nous, la population semble arc-boutée contre ses initiatives. Faute de sens correct des réalités, ou d’information sur celles-ci, elles sont généralement malheureuses. Mais ce qui parvient à passer, par exemple concernant l’économie, est utile.

Nicolas Sarkozy était un peu du même type. Mais son esprit paraissait incohérent. Si bien qu’il ne produisait que de la chaleur, et aucune action.

Et après ? Notre démocratie a-t-elle trouvé le moyen d’envoyer les vieux à la retraite ?

EDF démantelé

Le parlement aurait imposé à l’Etat de ne pas démanteler EDF. Que se passe-t-il ?

J’ai suivi son histoire de loin. Si l’on regarde ce blog on lira que, pour moi, c’est du déjà vu. Crédit Lyonnais ou France Télécom, cela vous rappelle quelque-chose ? Un service public est pris en main par des hauts fonctionnaires, qui veulent en faire un champion du secteur privé. Pour cela, ils ne savent faire qu’une chose : acheter des entreprises. Or, non seulement ils en évaluent mal le prix, mais ils ne savent pas les absorber. Résultat, les dettes augmentent.

En outre l’Etat avait décidé, semble-t-il, de se séparer du nucléaire. A l’intérieur, les « vieux de la vieille », les ingénieurs, disaient que ce n’était pas possible, et que l’on serait bien obligé d’y revenir. Seulement, depuis un demi-siècle, l’homme de l’art est progressivement éliminé par l’homme de discours.

Aussi, lorsque j’ai vu que, soudainement, l’Etat en revenait au nucléaire et parlait de nationaliser EDF et ses dettes, j’ai cru au retour du sérieux et des ingénieurs. EDF allait réapprendre à construire des centrales. J’ai donc été surpris lorsque j’ai entendu que le gouvernement plaçait à sa tête un ingénieur de l’armement.

Apparemment, démanteler serait une idée de l’Europe. A mois que, comme chez les Anglais, l’Europe ait bon dos. Le véritable motif pourrait être les fameuses dettes. Le gouvernement n’aurait-il pas voulu nationaliser les pertes et privatiser les gains ? J’imagine qu’ainsi, il pensait récupérer un peu d’argent à court terme. Quitte à nous en faire perdre beaucoup à long terme ? (A la manière des autoroutes ?) Mais, comme disait Keynes, à long terme, nous sommes tous morts ? Surtout les gouvernements ?

(Article de Marianne.)

(PS. Le 18 février, je recevais ce message : « EDF faces shouldering more of soaring bill for Hinkley Point
Nuclear power station costs could rise to £32bn as French group warns Chinese partner may not meet extra payments » (Financial Times).)

Inflation

Que donne mes théories sur l’inflation confrontées à la réalité ?

Elles résistent. Curieusement, il semblerait que l’on ait trouvé le moyen d’éviter les crises monétaires. Et cela par un raisonnement complexe et contre-intuitif.

D’abord, il y a le récent Nobel, Ben Bernanke, qui a décidé lors de l’éclatement de la bulle internet, contre toute la littérature de l’économie, qu’il fallait avoir un recours massif à la planche à billets. Cela a produit une « inflation différentielle », en enrichissant massivement le « 0,1% », et en créant une spéculation sur le titre d’entreprise, et l’immobilier. Mais le commun des mortels n’a pas été touché. On a pu dire qu’il n’y avait pas d’inflation. L’INSEE ne s’intéresse qu’au prix de la carotte.

On peut même estimer que cela a créé une nouvelle économie. Ces nouveaux riches veulent investir leur argent. Et c’est bon pour la start-up. Même si elle est généralement un flop, elle permet à des gens de rêver, et à d’autres, en se la passant de main en main pendant une vie professionnelle, de toucher de gros salaires. Tout l’art de Robin Hood consiste désormais à créer des modes qui orientent cet argent vers des activités utiles.

Ce que l’on a découvert, ou redécouvert, c’est que l’inflation est une question de « tuyau ». Si on ne l’adapte pas, le « système » a une capacité à la croissance limitée. Vouloir pousser l’activité économique au delà de cette capacité produit un échauffement, l’inflation. Cela est arrivé lors du redémarrage de l’économie après confinement, et à l’occasion de la relance Biden. Cette inflation devient un mal, si elle crée une spirale d’augmentation des prix. C’est-à-dire si, lorsque il y a à nouveau équilibre entre le flux d’activités et le tuyau, il n’y a pas de contre poussée sur les prix.

Cela révèle aussi la nature du mal : l’inflation, contrairement à ce que pense l’économie, ne touche pas tout le monde de la même façon. Les « isolés », qui sont très nombreux dans une société libérale, peuvent être broyés.

Et les gouvernements ? Au lieu d’accorder des augmentations de salaires, qui sont irréversibles, ils ont apporté un secours à court terme. Ils ont été aidés par la faiblesse des syndicats, et des grandes organisations. De plus en plus l’action syndicale paraît être une défense de minorités privilégiées, aux dépens de la majorité et de l’intérêt général (cf. paragraphe précédent). C’est peut-être ce qu’estime le gouvernement anglais, qui ne bouge pas face à un mouvement de grève massif. Et ce qui explique, peut-être aussi, la réforme des retraites de notre gouvernement.

(Le moment Thatcher de M.Macron ? A ce sujet, il est surprenant qu’il n’ait pas placé l’âge de la retraite à 70 ans. Histoire de montrer sa force. Peut-être sera-ce pour la prochaine fois ?)