Art dévoyé ?

Il semble qu’il n’y ait plus d’art. Pourquoi ? J’aurais bien du mal à définir ce qu’est l’art. Mais ce qui ne me plaît pas semble avoir deux causes : le marché et l’intellectuel. 

Plus précisément ? Par « marché », il faut entendre une sorte de « populisme » : c’est considérer l’être humain comme une « masse animale », ramenée à des instincts aussi bas que possible. Par intellectuel, il faut entendre quelque-chose comme ce qu’est devenu le mot « élite » dans l’esprit de beaucoup de gens : un dévoiement ridicule du sens original du mot. 

Voilà qui rappelle Aristote et son « juste milieu ». Et si « l’art » était, comme chez lui, le « juste milieu » entre les deux dérives extrêmes que sont « le marché » et « l’intellectuel » ? On ne serait probablement pas beaucoup plus avancé. 

Obama l'innocent ?

B.Obama écrit ses mémoires. Je retiens d’un compte-rendu que son passé « d’humanitaire » lui colle à la peau. Mu par des utopies, il a cru qu’il suffisait d’ordonner pour changer le monde.  

découverte de l’homme Obama, un idéaliste, un social-démocrate, un politique talentueux (…) le livre est parsemé de développements justifiant son action pour l’élimination de l’arme nucléaire, son rejet du capitalisme financiarisé et sa conviction que les Etats-Unis peuvent être la nouvelle terre promise, celle de l’abolition des différences sociales et raciales, (…) un homme obsédé par la nécessaire sanction des « fat cats » de Wall Street et la redistribution au profit des pauvres et des chômeurs, convaincu des bienfaits d’une protection sociale universelle, appliqué à une relance keynésienne par l’investissement et pas seulement à la réparation des dégâts de la crise, obsédé par le New Deal et vouant un véritable culte à Teddy Kennedy le réformateur social. (Article.)

Les gens qu’il n’aimait pas ont résisté à ses réformes. Surprenant ?

Il incrimine la montée du populisme. Ce qui fait penser à ce que l’intellectuel dit du nazisme : un mal absolu. Sans s’interroger sur la crise et la misère qui l’ont précédé, et sur l’indifférence, l’aveuglement, ou le cynisme, des partis politiques fréquentables. 

Et si le populiste était une mauvaise solution à un bon problème ? Serait-ce ce qu’ont pensé les gouvernants d’après guerre, et peut-être M.Biden ? M.Obama de « cool » est devenu « cold », a dit la presse américaine. Méfions nous de la raison pure, M.Obama ? Un enseignement pour votre prochain livre ?

Le souverainisme, tombeur du FN ?

Le grand changement de 2020, c’est le souverainisme ! Conséquence inattendue du coronavirus ! 

Après les Russes, les Chinois, les Américains, les Anglais, et contrées de moindre notoriété, précédés par MM. Chevènement, Debray, et autres altermondialistes, nous avons découvert que la globalisation n’était pas bonne pour la santé, et pour l’économie. 

Mais, alors, c’est bon pour nous ! dirait le RN. Car le souverainisme, c’est notre programme ! Peut-être devrait-il tirer des leçons des mésaventures de M.Trump ?

  • On ne votait pas pour, mais contre. M.Trump, le RN ou le Brexit, sont des votes contestataires. Quand un parti de professionnels du gouvernement entend le message de l’électeur, celui-ci n’a plus besoin de faire appel à un apprenti-sorcier. 
  • Le RN a perdu son meilleur ami : l’intellectuel. Il tient les médias et fait les réputations. Il avait besoin du diable, RN ou M.Trump. Or, l’intellectuel est en voie de marginalisation. 

Qui a vécu du souverainisme, périra du souverainisme ?

Qu'est-ce que l'intérêt général ?

Je disais que je ne rencontrais aucune motivation pour l’intérêt général. A quoi on me répond qu’il n’y a jamais eu plus de gens recherchant du sens et engagés dans l’écologie. 

L’écologiste s’est mis à défendre la technologie, histoire de ne rien changer dans notre consommation d’énergie (panneaux solaires, éoliennes, batteries), et il est tenté par le nucléaire ! Ces gens pensent-ils ? Ou suivent-ils des modes ? 

Nous sommes désormais tous des intellectuels, et l’intellectuel doit penser. Et si nous n’aspirions pas à une vie qui ait du « sens », mais à brasser de belles idées ?

Nos idées changeraient-elles ?

L’autre jour, France Culture interviewait un certain Pascal Bruckner. 

Les arguments qui occupent le devant de la scène donneraient le contraire de leurs intentions. L’anti racisme est un racisme, le féministe est anti féministe, et, probablement, l’anti-colonialisme est un nouveau colonialisme. Tout cela nous monte les uns contre les autres, ce qui n’est dans l’intérêt de personne (anti droits de l’homme ?). Ces idée sont importées des USA et ne concernent pas la France, qui a une culture et une histoire à elle. 

Ceux à qui on attribue ces idées dominantes (par exemple Edward Saïd et Franz Fanon) ne les pensaient pas. (Sous-entendu : les champions de ces idées dominantes n’ont pas lu les dits penseurs ?)

Il a été à nouveau question « d’universalisme ». Signification ? Cela semble être perçu, par la doxa dominante, comme la gousse d’ail et la croix en argent par le vampire. Un nouveau groupe d’intellectuels s’en prendrait-il à l’école dominante ? En tout cas, France Culture, vendredi matin, s’interrogeait sur les possibilités de recréer les conditions d’un débat. 

TSF Jazz

Des amis m’ont conseillé d’écouter TSF Jazz. Cela diffuse de la bonne humeur.

J’ai découvert que j’avais tort, comme d’habitude. Pour moi, il y avait le jazz optimiste des origines et le jazz moderne, abstrait, qui me déprime.

J’ai découvert un autre jazz, qui peut être joyeux, ou mélancolique, mais pas déprimant. Le jazz de la vie.

Ce que j’appelais le jazz moderne est le jazz de Radio France, un jazz d’intellectuel. Le propre de l’intellectuel est d’aimer le drame et la misère. Tout ce qu’il touche devient déprimant. Il transforme l’or en plomb. Un vieux thème de ce blog.

Domination : caractéristique culturelle de l'Occident ?

Récemment, j’ai découvert que ce que l’on peut appeler, faute de mieux, une « pensée intellectuelle de gauche » a pour dogme que la culture occidentale est fondée sur la domination. Ai-je raison de penser que cette idée est ridicule ? Quelques faits, qui pourraient la confirmer :

  • Une de mes missions actuelles me fait travailler sur le lithium. Je constate, une fois de plus, que beaucoup de pays vivent de « l’exploitation » de leurs ressources naturelles, par une main d’oeuvre « exploitée ». Elles n’ont pas cherché à développer des industries de transformation. La Chine a compris ce piège. Mais elle a fait comme l’Occident, en pire, elle s’est mise à exploiter les pays en développement. Il semble que, pour que la domination marche, elle ne doit pas dépasser certaines bornes. Les Chinois ne l’ont pas compris. Ils agissent comme des éléphants dans un magasin de porcelaine. 
  • La France semble exclusivement occupée à l’affrontement. Elle ne défend pas ses intérêts internationaux. La presse, en particulier, ne juge pas le citoyen suffisamment intelligent pour l’informer. Quant aux pays du nord, qui semblent plus solidaires, ils tendent à reporter l’exploitation sur les peuples qu’ils jugent « inférieurs ». 
  • La politique menée dans les entreprises ces trois dernières années, dite « du marché », a consisté à les vider de leur substance pour enrichir fonds d’investissement, consultants et dirigeants salariés (qui ont tous fait les mêmes études et appartiennent aux mêmes milieux que les intellectuels). Il en est résulté une panne de croissance et une croissance des inégalités. D’où jeu à somme nulle. De fait, affrontement entre « classes ». 
  • Les intellectuels, qui dénoncent la domination, sont aussi ceux qui ont le plus profité de ces derniers temps. C’est le diplôme qui contrôle l’ascenseur social. Et ils contrôlent les diplômes. Ce qui confirme leur thèse : si toute la société est porteuse du virus, leur appartenance à la société fait qu’ils en sont porteurs. La contre-culture est un aspect de la culture. 
  • Une caractéristique de cette société semble être, comme dans les modèles de Gramsci ou des Lumières, la manipulation des esprits. Cela est revendiqué par l’entreprise comme par l’intellectuel, qui combat l’entreprise. 

Faut-il sortir de ce modèle ? Est-il propre à toute la société ou est-ce une sous-culture ? Serait-il l’aspect négatif de ce qui, par ailleurs, serait une qualité ?… Immense mystère.

D'où viennent nos illusions ?

Le coronavirus nous réveille. Nous découvrons que ce que nous pensions était faux. D’où cela vient-il ?

C’est la question que je me pose depuis au moins le début de ce blog (2008). Voici le moment de faire un point. Il semble que nous ayons été manipulés par deux idéologies soeurs-ennemies.

  • La plus évidente est celle du marché. Le monde doit être réglé par les lois du marché. Cette idée a été poussée non par les milieux d’affaires ou les entrepreneurs traditionnels, mais par les salariés-riches, les diplômés qui contrôlent l’économie. 
  • Moins évidente est l’idéologie de la domination. Celle-ci est poussée par des intellectuels-universitaires, au moins depuis la fin de la guerre, mais se retrouve probablement bien avant, chez Marx, et les Bohèmes. Elle définirait la société (occidentale ?) comme un système d’oppression de minorités par la majorité. 

Ces idées se sont diffusées par la « méthode Gramsci », en jouant sur notre « bon sens » (citoyen = contribuable, etc.) pour nous faire perdre le contact avec la réalité.

Peut-on aller plus loin ? Qu’est-ce qui motive ce type d’idée ? En tout cas, elles ont un point commun. Dans les deux cas c’est une pensée d’intellectuel et de privilégié. L’intellectuel tend à prendre ses rêves pour des réalités. Ce qui expliquerait que nous découvrions que nous vivons dans un monde d’illusions. Quant au privilégié, il tend, probablement, à vouloir conserver ses privilèges.

L'énigme du nihilisme

Les « possédés » de Dostoievski sont des nihilistes (on dit « les démons », aujourd’hui). Le nihiliste a mis le monde à feu et à sang. Or, le nihilisme pourrait avoir ressurgi… Les « votes populistes » ont amené les scientifiques à s’interroger sur ce qui les avait suscités. Ce serait le rejet de la politique menée par une « élite » dirigeante. Or, on constate aussi que, derrière un discours instrumentalisant l’écologie, le féminisme ou le rejet du colonialisme, se cache une résurgence du nihilisme.

Pourquoi cette résurgence ? Comment attrape-t-on cette maladie ?

  • Elle serait à l’origine du totalitarisme. Elle a été étudiée après guerre, notamment par Paul Watzalwick. (Albert Camus et Hannah Arendt l’ont aussi pourfendue.) Il semble que ce soit une maladie de la raison, de l’intellectuel). C’est la croyance en un « absolu ». L’homme, pris au piège d’un « système », serait dans un « jeu sans fin », une sorte de folie, qui le rendrait aveugle à la réalité. 
  • Le nihilisme n’est pas nécessairement une conséquence imprévue de l’idéologie, mais est parfois revendiqué. Car, pour beaucoup, le néant est purificateur (notamment pour Heidegger ?). 
  • Dans L’homme révolté, Camus observe que le nihilisme, en créant le chaos, est du côté du fort contre le faible. Il pourrait, donc, faire le jeu d’une classe dominante. Plus récemment, on a observé que ces thèses extrêmes étaient un trait culturel qui permettait à l’élite de se reproduire (cf. étude faite par Joan C. Williams dans White Working Class). L’affaire se compliquerait donc : le nihiliste ne serait pas nihiliste, mais ferait comme s’il l’était.

Voilà qui donne le tournis ? Serions-nous dans un jeu sans fin ? Mauvaise approche de la question ?