High table, low orders est un feuilleton que rediffuse BBC Radio 4 extra. Comédie traitant des haines et ambitions universitaires au sein d’un collège de Cambridge.
Le système d’enseignement anglais est très différent du nôtre. La sélection pour les études supérieures se fait au moment du bac. Le diplôme d’élite est la licence (que l’on nomme maintenant « bachelor » en France). Il n’y a pas de matière particulièrement noble. Ce qui compte est l’épanouissement du talent. Les artistes sont particulièrement appréciés. Légère exception : philosophie, histoire et politique, car c’est formateur de la pensée, et de la parole, ce qui distingue l’élite du commun des mortels. (Voilà pourquoi l’Anglais considère l’élite française comme inculte et arrogante.)
L’étudiant reçoit ses cours de l’Université, mais, comme sous l’ancien régime, il a aussi un « tuteur », et le tuteur appartient au « collège », qui abrite la vie sociale de l’élève. Le tuteur prépare l’étudiant à ses examens. Ceux-ci visent à distinguer les esprits réellement d’élite, auxquels on décerne un « first ». Cependant, contrairement à la sélection par l’échec française, le système cherche à sauver la face de l’étudiant. Il n’y a pas de note dégradante. Les mauvais résultats tiennent souvent, comme pour Boris Johnson, a une vie sociale un peu trop réussie, ou à quelque passion annonciatrice d’un destin exceptionnel.
L’intérêt de l’émission est, outre la question de la haine, à mort, de l’universitaire pour l’universitaire, loi universelle, de montrer comment est éduqué l’intellectuel. On y assiste lors des échanges entre élève et superviseur. L’intellectuel est formé par un jeu de l’esprit. Marx, ce n’est pas le Goulag, c’est une pensée comme une autre, que l’on doit citer. Et d’autant plus volontiers que la marque de l’esprit supérieur est la provocation. Le propre de l’intellectuel est « d’épater le bourgeois ». Ce qui est un exercice de « raison pure ».
Faut-il s’inquiéter de ce que notre société donne le pouvoir à ce danger public ?