Hongrie antisémite ?

L’autre jour on parlait à nouveau de la Hongrie. Parce que, décidément, elle fait le jeu de M.Poutine ? 

Non. Parce que son dirigeant a dit qu’il ne voulait pas d’un « mélange de races ». 

Qu’il fasse ce qu’il veut pour aider M.Poutine, mais qu’il ne dise jamais d’aussi vilains mots ? 

Et si nos bien pensants étaient les idiots utiles des dictateurs ? 

Langue d'intellectuel

Pourquoi le normalien lettres est-il incompréhensible ? Pourtant, il n’y a pas encore longtemps, à la richesse du vocabulaire près, nos auteurs écrivaient simplement. 

Cela fait penser au sonnet d’Oronte, dans le Misanthrope : « L’espoir, il est vrai, nous soulage, / Et nous berce un temps, notre ennui : / Mais, Philis, le triste avantage, / Lorsque rien ne marche après lui !… »

Auquel le Misanthrope répond : « Si le Roi m’avait donné Paris sa grand’ville, / Et qu’il me fallût quitter L’amour de ma mie ; / Je dirais au roi Henri / »Reprenez votre Paris, /J’aime mieux ma mie, au gué, /J’aime mieux ma mie. »

« Ce style figuré, dont on fait vanité, / Sort du bon caractère, et de la réalité » ? L’excès de culture fait lâcher la proie pour l’ombre ? 

Avortement et constitution

J’ai lu que l’on parlait d’inscrire le droit à l’avortement dans la constitution. 

Cela semble significatif d’une tendance de ces dernières décennies : la fascination pour les USA. 

Certaines de nos « élites » importent leurs idées des USA à tel point qu’elles croient y habiter. 

Paradoxalement, s’il y a danger, c’est que la prédiction soit autoréalisatrice. 

Le militantisme des intellectuels américains a conduit, en réaction, à la mise en péril de ce sur quoi repose la nation américaine : la Cour suprême. De même, mettre ce que l’on veut protéger dans notre constitution est contreproductif : cela vide la constitution de son sens. Ce qui est une menace à l’ordre public. 

(Les USA sont une nation très religieuse, contrairement à la France laïque. Le « droit à l’avortement » heurte les croyances d’un grand nombre d’Américains, et, probablement, de la majorité des immigrés. La signification du droit à l’avortement n’est pas celle qu’on lui donne chez nous.)

Cynisme et impuissance

Grand homme, où est ta victoire ? C’est la question que je me suis posée lorsque j’ai découvert les travaux de ce l’on me disait être des héros. Leur pensée, loin d’être géniale, était très compréhensible, et pleine de ridicules et d’erreurs manifestes. Ils étaient des hommes comme vous et moi. 

Lagarde et Michard m’ont fait voir les choses d’une autre façon. Ce qui les intéresse c’est l’innovation. C’est ce qu’a apporté le grand homme à l’humanité. Pour autant, ils ne font pas preuve d’une admiration béate. Ils dénoncent les facilités ou les relâchements (par exemple, chez Sartre), comme, peut-être, le professeur le faisait avec l’élève prometteur, en leur temps. Que la voie se révèle bonne ou non, l’important était de l’ouvrir ?

Comme on le dit parfois, les grands hommes le sont, surtout ?, par leurs échecs. Car ces échecs sont exceptionnellement riches d’enseignements. 

En ces temps de remise en cause, faut-il écouter Lagarde et Michard ? Comme moi, nous étions devenus cyniques, et le cynisme mène à l’impuissance. Tout en gardant un esprit critique (ce qui est le sens original de cynisme), il faut réapprendre à voir ce qu’il y a de grand dans notre humanité ? 

Est-ce pour cela que « inspirant » est à la mode ?

Les paradoxes du poète

Baudelaire est l’archétype de l’intellectuel moderne, du « bohème ». Il incarne toutes ses contradictions. 

Baudelaire voulait vivre comme un dandy. Il prétendait que la société devait à son talent le droit de jeter l’argent par les fenêtres. Après avoir dilapidé un gros héritage, il a été réduit à une maigre rente. Cela lui a permis de vivre sans travailler, sans quasiment rien écrire, en révolté. 

Le plus surprenant est que ce qu’il dénonçait lui était essentiel. Les biens matériels, d’abord, mais aussi la culture de son temps. Il n’y a rien de plus classique que sa poésie. D’ailleurs, c’était un virtuose du vers latin ! 

Il en est de même des apôtres de la « contre-culture » moderne. Les chanteurs anglo saxons, par exemple, sont souvent des fondamentalistes religieux. Ils s’identifient généralement à Jésus Christ. 

Peut-être Durkheim verrait-il dans la contre-culture une pathologie sociale ? Cela ressemble à un des cas de suicide dont il parle, d’ailleurs. Ceux qui sont trop liés à une culture, ses meilleurs élèves en quelque sorte, tendent à se suicider plus facilement que le reste de la population. La contre-culture, manifestation de ce phénomène ? Lorsque l’on croit trop à la culture, paradis artificiel, l’on devient inadapté à la vie ?

(Inspiré de la lecture des Fleurs du mal.)

Le temps des intellectuels

Il n’y a plus d’intellectuels, disait Michel Winock dans une travail qu’il consacre à un trait marquant de notre culture, depuis l’affaire Dreyfus. 

Ce qui m’a choqué. Car ne vivons-nous pas, au contraire, au temps de l’intellectuel ? N’est-ce pas, justement, ce qui est le propre de la « méritocratie » ? Nos entreprises et notre Etat sont gouvernés par les « meilleurs élèves ». D’ailleurs, n’est-ce pas ce que dit l’enquête qui a créé le terme « Bobo » à la fin des années 90 ? 

Mais, il y a peut être intellectuel et intellectuel. Michel Winock reconnaît que nous avons des intellectuels du quotidien. Mais ce n’est pas, probablement, ce qu’il entend comme un véritable intellectuel. Les intellectuels d’antan, c’était les Montaigne, les Descartes, ou les Marx. Ils n’étaient pas dans (uniquement) le feu de l’action. Ils construisaient des systèmes, de nouvelles sociétés, autrement dit une oeuvre. Elle guidait ensuite les hommes d’action, « l’exécutif ».  

De là tous nos « Think tanks » ? Il semble, effectivement, que la société doive réapprendre à penser. Il est possible que les stratégies émergent de l’action. Mais il faut au moins un dispositif qui ne soit pas dans l’action pour comprendre ce qui se passe, et en tirer des conclusions et une façon d’organiser la société qui permette des les mettre en oeuvre. L’intellectuel ?

Changement surréaliste

Les Surréalistes, si j’en crois Lagarde et Michard (billet précédent), ces purs intellectuels, en voulaient à la culture, et à la société. Ils pensaient que le génie était inconscient, que la société l’étouffait. D’où écriture automatique, drogues, etc.

Les romantiques pensaient de même, et les Bohèmes, et aussi la contre culture moderne de Bob Dylan. Le Bobo est un Surréaliste. Ce qui peut expliquer qu’il s’en soit pris à la culture occidentale, qu’il voyait comme une oppression.  

(Paradoxe : le poète, en se révoltant a détruit l’éducation, ce qui fait que, sans éducation, l’on ne comprend plus rien à la poésie, et que l’on ne peut plus en écrire.)

Un sujet pour M.Blanquer ? Les études font tellement de mal à ceux qui les réussissent qu’ils cherchent à éliminer la cause de leurs tourments ?

Le mouton enragé

Condorcet était appelé « mouton enragé ». C’était un homme pacifique et policé, peut être un même un peu ridicule, mais qui s’enflammait pour des idées. 

N’est-ce pas le mal de l’intellectuel ? On dit de Sartre et de Foucault qu’ils étaient des gens charmants. Et pourtant, eux aussi ont appelé à la révolution. 

L’assassinat d’un de leurs députés par un jeune homme qui n’était pas fiché par leurs services de sécurité a amené les Anglais à s’interroger sur le « passage à l’acte ». Ils se demandent aussi si la cause du crime ne  pourrait pas être tout le mal qu’ils disent de leurs hommes politiques. 

Et si la responsabilité des producteurs d’idées était plus grande que ce que l’on pense ?

Wokisme : exercice d'application

« je sens bien qu’en tant que boomer / hétéro cisgenre / blanc j’ai du souci à me faire, je suis du côté des méchants« , écrit quelqu’un que le wokisme traumatise, et qui ne voit de salut que dans la retraite. 

Il n’a rien compris à woke. En effet, il se décrit justement comme appartenant à une communauté opprimée : il a donc tous les droits, et aucun souci à se faire. 

Wokisme pour les nuls

Réunion entre amis. L’un se lance dans une tirade islamophobique. L’autre répond que le problème de l’immigration est l’intégration. Quand il était en terminale il y a 40 ans, il y avait tout autant d’immigrés, mais ils avaient droit à l’ascenseur social. A quoi le premier lui répond qu’il se vante d’avoir étudié dans une terminale plus prestigieuse que la sienne. Wokisme. 

Le wokisme consiste à se placer en situation de victime pour dominer l’autre. Dans cet exemple, on a deux personnes qui viennent du même milieu, populaire, et ont étudié dans le même lycée de banlieue rouge, en même temps… 

Le wokisme, de gauche, peut donc cohabiter avec l’islamophobie, de droite. Ils sont tous deux la conséquence d’une même cause : la volonté de domination. Le propre de notre temps. 

L’antidote ? La générosité, et la solidarité ?