Musique anglaise

Je me suis mis à écouter la musique de la BBC. Surtout le programme de nuit, le jour. C’est continu, avec des oeuvres complètes et peu de paroles.

L’esprit en est totalement différent de celui de France Musique. La musique n’y est pas compartimentée. Il y a beaucoup plus d’auteurs, et beaucoup plus d’oeuvres par auteur. En particulier, il n’y a pas de rupture entre « contemporain » et « classique ». Il y a évolution naturelle. Mais, il me semble, avec élimination de ce qui s’est révélé comme une expérimentation sans issue. Ou une confusion de l’art et du défi devant « épater le bourgeois ».

On y entend aussi des contemporains ignorés des stars telles que Bach, Mozart ou Beethoven. Et ils sont souvent charmants. Je comprends pourquoi les dites « stars » ont eu tant de mal à émerger. Nous aurions, peut-être, aujourd’hui encore, la même opinion sur elles que leurs contemporains.

Dans ce domaine, la sélection naturelle a été probablement opérée par des musiciens professionnels, non par le public. Qu’on joue toujours ces vaincus de l’histoire (sauf en France ?) laisse penser que le musicien fait acte de repentance. Il est puni par là où il a péché ? Son écosystème est menacé par une insuffisance de diversité ?

Idéalisme

Hegel était-il « idéaliste » ? entendais-je l’autre jour.

On devrait se poser la question en ce qui nous concerne.

Je me souviens d’avoir rencontré des membres de la commission Attali. Ils s’étaient dit qu’en combinant leurs intellects (exceptionnels), ils allaient créer le meilleur des mondes. Comme le projet Manhattan et la bombe atomique.

Seulement, ils avaient oublié que la physique est une science expérimentale. L’équation n’est que la partie émergée de l’iceberg. Et les mathématiques n’ont jamais le dernier mot. Elles sont bricolées.

Du coup, ils nous ont imposé le fruit d’élucubrations artificielles. D’où, l’état « post libéral » du pays.

Serait-il prudent d’avertir les futures générations des dangers de « l’idéalisme » ?

Durkheim et l’intellectuel

Ce qui m’avait surpris lorsque j’enseignais à Dauphine était que certains de mes étudiants avaient à la fois un esprit remarquablement élégant, rencontré nulle part ailleurs, et une grande modestie. N’étant pas passés par les grandes écoles, ils n’avaient pas leur détestable complexe de supériorité.

Puis, le phénomène a disparu. Jusqu’au point où une élève m’a demandé comment se faire embaucher par McKinsey. Ensuite elle a étudié dans un master de l’ENA, tout en se présentant comme diplômée de l’ENA, puis elle est entrée dans un mouvement féminin, pour gratin international. Dauphine avait réussi son changement : elle avait convaincu ses élèves qu’ils étaient une élite.

Quelques temps avant, j’avais découvert le terme « politiste ». Une cousine par alliance, qui sortait de je ne sais plus quelle université, s’en était affublée. Après avoir cherché à entrer dans un parti politique, elle a passé les concours de la fonction publique.

Progressivement, ce blog s’est intéressé à « l’intellectuel ». Au siècle dernier, les intellectuels se comptaient, quasiment, sur les doigts d’une main. L’intellectuel était un trésor vivant, un maître à penser. Alain, Mauriac et Gide, puis Sartre et Camus. Aujourd’hui, il a été « massifié ».

Il est de deux espèces. Le grand bourgeois, issu des meilleures écoles, et le vulgum pecus, qui confond Bac+5 et polytechnique.

Le propre de l’intellectuel, énantiodromie systémique bien connue mais toujours mystérieuse, est qu’il ne pense pas. L’intellectuel est une pathologie sociale, au sens de Durkheim. Il est prisonnier d’une idée fixe, qui ne lui appartient pas, et d’une irrépressible volonté de domination. C’est un « aliéné » ou un « possédé », selon la référence que l’on préfère.

C’est bien de le dire, mais comment éviter que le phénomène ne se reproduise ? C’est déjà la question que posait Durkheim…

Ere de la délation ?

Voici ce que l’on lit sur les marches d’une école primaire. Photo d’un ami.

Le mot « délation » rendait mon père livide. Il avait connu la guerre. Son exclamation lorsqu’un surveillant a demandé à des parents d’élèves que leurs enfants dénoncent ceux qui leur volaient leurs affaires est restée marquée dans les souvenirs de ma famille.

Comment peut-on faire l’apologie de la délation ?

L’affaire de ma vie : l’aide ?

L’honneur de l’homme est de se débrouiller seul. Quoi qu’il lui arrive. Pour lui, mais aussi pour les autres : ça leur évite de se retrouver dans un camp.

Mais il ne peut y parvenir seul, paradoxalement, et contrairement à ce que dit Clint Eastwood. Il doit s’être fait des amis. Une société qui a détruit le lien social est une société de délateurs ?

Possédé ?

La société semble une question d’opposés.

D’un côté, nous vivons une forme de guerre de religions. On s’affronte pour des idées. Misanthropie générale.

De l’autre, il y a des petits gestes gentils. Peut-être une renaissance de la famille et de l’amitié ? Humanisme de l’autre homme ?

Faut-il relire Les possédés ? Nos intellectuels se sont chargés des péchés de la société, pour que nous puissions devenir des « gens bien » ?

Citizen Kane

Sans la Nouvelle vague parlerait-on encore de Citizen Kane ? Question que je me suis posée en écoutant une émission de la BBC, qui rappelait sa paternité.

Citizen Kane est-il le plus grand film de tous les temps ? comme on le dit souvent. C’est un des rares films que j’ai vu deux fois. La première était durant mon service militaire. Après quelques minutes, le reste de la salle a demandé : on change de chaîne ? J’ai répondu : non. Et je suis resté seul.

La société fait des choix définitifs, pour des raisons aléatoires, et nous les respectons comme parole d’évangile, alors qu’ils correspondent rarement à nos goûts.

C’est peut-être ce qui fait le véritable intérêt de Citizen Kane.

Extrême gauche

« Extrême gauche » est un mot qui a changé de sens. Il y a des années, extrême gauche aurait fait dire, probablement, « anarchiste ». En tous cas, l’extrême gauche était associée au miséreux.

Maintenant « extrême gauche », particulièrement aux USA, signifie « haute bourgeoisie ». Plus exactement « haute bourgeoisie intellectuelle », le fameux Bobo, dont les modèles sont les rentiers français que furent Flaubert ou Baudelaire.

Quand V.Giscard d’Estaing a dit à F.Mitterrand qu’il n’avait pas le « monopole du coeur », aurait-il exprimé la frustration d’une certaine classe de la population ? Pour obtenir ce qu’elle désirait, aurait-elle utilisé ce qu’elle possédait : le langage ?

Monde d’atrabilaires ?

Quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font ;
Je ne trouve partout que lâche flatterie,
Qu’injustice, intérêt, trahison, fourberie ;
Je n’y puis plus tenir, j’enrage ; et mon dessein
Est de rompre en visière à tout le genre humain.

Voici ce que dit le Misanthrope. Homme de notre temps ? Chacun n’a-t-il pas la prétention d’apprendre à l’autre la seule bonne manière de penser, et ce par la terreur ? En « rompant en visière » sur les réseaux sociaux ou ailleurs ?

Explication du titre de ce blog ? Société d’atrabilaires ?

Droits de l’homme

L’Iran exécute à tour de bras. Il suffit de se trouver dans une manifestation pour être condamné à mort, en un claquement de doigts, pour « crime contre Dieu ». (La BBC, ce matin.)

Cela commence à ressembler à notre Terreur.

Curieux que l’on s’émeuve plus de la liberté sexuelle au Qatar que de la Terreur en Iran. Que font nos pasionarias des droits de l’homme ?

Et ne serait-il pas temps de redécouvrir les mérites de nos sociétés occidentales ?

Iran

Christine Ockrent (Affaires étrangères, France Culture, samedi dernier), interrogeait ses invités sur la situation iranienne. Je retiens :

Comme dit dans un précédent billet, le mécontentement semble massif.

L’Iran aurait parié sur l’effondrement de l’UE. Il aurait attendu d’être en position de force pour discuter avec elle. Cela ressemble à la stratégie que je prête aux Russes : on ménage les forts (les USA), on frappe les faibles (l’UE).

Scénario coréen ? Ce type de régime est-il attiré vers une stratégie de la terreur nucléaire ?

Comme pour la Russie, l’Occident aurait peur d’une dislocation de l’Iran. Il fait tout pour l’éviter. Ce qui est étrange, car il n’a eu aucun souci de la dislocation de l’Iraq ou de l’Afghanistan. En tous cas, sachant cela, les Iraniens et Russes peuvent tout se permettre.

Et l’intellectuel occidental ? Il ne s’inquiète plus des droits de l’homme de dictatures à poigne de fer, sa critique porte sur le Qatar et son propre pays. Comme le Russe ou l’Iranien, l’intellectuel ne s’en prend qu’à ce qui est sans danger ?

(Un article revient sur la stratégie de prise d’otage occidental du gouvernement iranien et se demande si l’obsession du nucléaire iranien et d’une déstabilisation du régime par les « modérés » n’était pas un piège tendu par le régime iranien à l’Europe. Et s’il ne serait pas plus judicieux de jouer sur les aspirations légitimes du peuple iranien.)