Extrême gauche

« Extrême gauche » est un mot qui a changé de sens. Il y a des années, extrême gauche aurait fait dire, probablement, « anarchiste ». En tous cas, l’extrême gauche était associée au miséreux.

Maintenant « extrême gauche », particulièrement aux USA, signifie « haute bourgeoisie ». Plus exactement « haute bourgeoisie intellectuelle », le fameux Bobo, dont les modèles sont les rentiers français que furent Flaubert ou Baudelaire.

Quand V.Giscard d’Estaing a dit à F.Mitterrand qu’il n’avait pas le « monopole du coeur », aurait-il exprimé la frustration d’une certaine classe de la population ? Pour obtenir ce qu’elle désirait, aurait-elle utilisé ce qu’elle possédait : le langage ?

Monde d’atrabilaires ?

Quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font ;
Je ne trouve partout que lâche flatterie,
Qu’injustice, intérêt, trahison, fourberie ;
Je n’y puis plus tenir, j’enrage ; et mon dessein
Est de rompre en visière à tout le genre humain.

Voici ce que dit le Misanthrope. Homme de notre temps ? Chacun n’a-t-il pas la prétention d’apprendre à l’autre la seule bonne manière de penser, et ce par la terreur ? En « rompant en visière » sur les réseaux sociaux ou ailleurs ?

Explication du titre de ce blog ? Société d’atrabilaires ?

Droits de l’homme

L’Iran exécute à tour de bras. Il suffit de se trouver dans une manifestation pour être condamné à mort, en un claquement de doigts, pour « crime contre Dieu ». (La BBC, ce matin.)

Cela commence à ressembler à notre Terreur.

Curieux que l’on s’émeuve plus de la liberté sexuelle au Qatar que de la Terreur en Iran. Que font nos pasionarias des droits de l’homme ?

Et ne serait-il pas temps de redécouvrir les mérites de nos sociétés occidentales ?

Iran

Christine Ockrent (Affaires étrangères, France Culture, samedi dernier), interrogeait ses invités sur la situation iranienne. Je retiens :

Comme dit dans un précédent billet, le mécontentement semble massif.

L’Iran aurait parié sur l’effondrement de l’UE. Il aurait attendu d’être en position de force pour discuter avec elle. Cela ressemble à la stratégie que je prête aux Russes : on ménage les forts (les USA), on frappe les faibles (l’UE).

Scénario coréen ? Ce type de régime est-il attiré vers une stratégie de la terreur nucléaire ?

Comme pour la Russie, l’Occident aurait peur d’une dislocation de l’Iran. Il fait tout pour l’éviter. Ce qui est étrange, car il n’a eu aucun souci de la dislocation de l’Iraq ou de l’Afghanistan. En tous cas, sachant cela, les Iraniens et Russes peuvent tout se permettre.

Et l’intellectuel occidental ? Il ne s’inquiète plus des droits de l’homme de dictatures à poigne de fer, sa critique porte sur le Qatar et son propre pays. Comme le Russe ou l’Iranien, l’intellectuel ne s’en prend qu’à ce qui est sans danger ?

(Un article revient sur la stratégie de prise d’otage occidental du gouvernement iranien et se demande si l’obsession du nucléaire iranien et d’une déstabilisation du régime par les « modérés » n’était pas un piège tendu par le régime iranien à l’Europe. Et s’il ne serait pas plus judicieux de jouer sur les aspirations légitimes du peuple iranien.)

La fabrique de l’intellectuel

High table, low orders est un feuilleton que rediffuse BBC Radio 4 extra. Comédie traitant des haines et ambitions universitaires au sein d’un collège de Cambridge.

Le système d’enseignement anglais est très différent du nôtre. La sélection pour les études supérieures se fait au moment du bac. Le diplôme d’élite est la licence (que l’on nomme maintenant « bachelor » en France). Il n’y a pas de matière particulièrement noble. Ce qui compte est l’épanouissement du talent. Les artistes sont particulièrement appréciés. Légère exception : philosophie, histoire et politique, car c’est formateur de la pensée, et de la parole, ce qui distingue l’élite du commun des mortels. (Voilà pourquoi l’Anglais considère l’élite française comme inculte et arrogante.)

L’étudiant reçoit ses cours de l’Université, mais, comme sous l’ancien régime, il a aussi un « tuteur », et le tuteur appartient au « collège », qui abrite la vie sociale de l’élève. Le tuteur prépare l’étudiant à ses examens. Ceux-ci visent à distinguer les esprits réellement d’élite, auxquels on décerne un « first ». Cependant, contrairement à la sélection par l’échec française, le système cherche à sauver la face de l’étudiant. Il n’y a pas de note dégradante. Les mauvais résultats tiennent souvent, comme pour Boris Johnson, a une vie sociale un peu trop réussie, ou à quelque passion annonciatrice d’un destin exceptionnel.

L’intérêt de l’émission est, outre la question de la haine, à mort, de l’universitaire pour l’universitaire, loi universelle, de montrer comment est éduqué l’intellectuel. On y assiste lors des échanges entre élève et superviseur. L’intellectuel est formé par un jeu de l’esprit. Marx, ce n’est pas le Goulag, c’est une pensée comme une autre, que l’on doit citer. Et d’autant plus volontiers que la marque de l’esprit supérieur est la provocation. Le propre de l’intellectuel est « d’épater le bourgeois ». Ce qui est un exercice de « raison pure ».

Faut-il s’inquiéter de ce que notre société donne le pouvoir à ce danger public ?

Electricité et changement

On a dit, on va les avoir, on les a eus, disait Tristan Bernard, au sujet des Allemands. Il en est de même de nos centrales nucléaires.

Nos intellectuels nous expliquent qu’il faut s’en débarrasser, et, aussi, qu’il n’y a rien de plus terrible que le CO2. EDF et son art de l’entretien leur donnent une leçon de conduite du changement. (Y eut-il complot ?) Cet hiver nous serons dans le noir et nous aurons froid. Et encore, nous devons nous estimer heureux : en Angleterre, les « Avec Domicile Fixe » meurent du manque de chauffage. Et, aussi, que les chars de M.Poutine aient été arrêtés par les Ukrainiens.

L’intellectuel croit que le changement est une question de mots. Fils à papa, il s’est habitué à ce que l’on fasse ses quatre volontés ? Hé bien, dans la réalité, cela ne se passe pas comme cela. Quand on veut un changement, on doit trouver comment on peut le rendre possible. Et on se met au travail.

Et, en plus, ça réchauffe !

Science et manipulation

Stéphane Audouin-Rouzeau parlait de son grand père. (France Culture, A voix nue.) Il avait fait la guerre de 14. Mais personne n’avait su comprendre ce qu’il avait vécu.

En l’écoutant, j’ai pensé à mon propre grand-père, et me suis dit que les conclusions de cet historien rejoignaient les miennes.

Sa thèse, sur la guerre de 14, est que les cultures européennes l’avaient préparée. Ce qui semble évident, non seulement mon grand père en est un exemple, mais toute la littérature de l’époque, l’enseignement de l’école de ce temps, ou les listes interminables des monuments aux morts des grandes écoles, paraissent le confirmer. Or, il se serait mis à dos toute l’intelligentsia. La thèse de l’historien officiel serait que la guerre aurait été question de domination, lutte des classes, etc. Autrement dit, théorie du complot.

Curieux que la science soit aussi peu scientifique. Il est vrai que c’est aussi le cas pour l’économie. On y a cru, et on y croit peut-être encore, dur comme fer, que l’homme est parfaitement rationnel ! Sont-elles les seules à avoir été dénaturées ?

Serait-il sain de mettre la science en question ?

George Orwell

George Orwell fut l’homme de la propagande anglaise ! Qui l’eut dit ? La BBC révélait qu’il en fut chargé, pendant la guerre.

Certes, c’était un genre d’anarchiste. Il avait fait le coup de poing en Espagne, mais, en l’Angleterre, on lui avait refusé de rejoindre l’armée. Alors, il avait fait contre mauvaise fortune bon coeur. Car il pensait que la fin, abattre le nazisme, justifiait les moyens. Il pensait aussi que le pacifisme, en temps de guerre, était un sport de bourgeois, bien nourri par des marins qui jouaient leur vie pour l’approvisionner.

Education nationale : changement raté

L’Education nationale est un exemple extraordinaire de changement raté. Et surtout de ce que signifie un changement raté.

Il a été décidé, un jour, que tout le monde irait au lycée, aurait le bac, et poursuivrait ses études ensuite le plus longtemps possible. Qu’est-ce que cela a donné ? 

  • Inadaptation de l’offre d’emploi à la demande. L’Education nationale formant des intellectuels, a fait des filières professionnelles (qui font la fortune de l’Allemagne), et artisanales (qui firent la fortune d’un pays de haute culture, comme la France) des voies d’échec. Donc chômage et dépression économique. 
  • Perte de sens : l’orientation scolaire n’a aucun lien avec le talent et surtout la vocation de l’individu. Nous avons produit des générations « absurdes ».
  • Le plus fort : l’Education nationale fut excellente ! Si elle formait, comme actuellement les Anglais, des intellectuels d’exception, cela tenait à la qualité du lycée. On y trouvait des enseignants d’élite : en particulier les normaliens, agrégés « du secondaire ». Contrairement à aujourd’hui, le professeur, intellect d’élite !, considérait le lycéen comme son avenir ! C’était à ce moment que les personnalités se formaient. Les études ultérieures n’avaient que peu d’importance. 
En bref, l’Education nationale, creuset d’intellectuels, pour avoir voulu faire de nous tous des intellectuels, a perdu son âme, et a produit des paumés. 
(Autre effet du changement raté : quand le désastre est aussi effroyable, on ne peut qu’en rire ?)