Rome esclavagiste

Rome a porté l’esclavagisme à un niveau industriel. Les Romains auraient prélevé un million d’esclaves en Gaule, par exemple. Des peuples vaincus pouvaient être intégralement réduits en esclavage. (In our time, BBC 4.)

Mais c’était un esclavagisme qui plairait à nos intellectuels : il n’était pas raciste. Tout le monde était susceptible d’être esclave.

Ce besoin d’esclaves se serait expliqué par le mépris du travail manuel des élites romaines. Ce qui, avec mon mauvais esprit habituel, m’a fait m’interroger sur les actions de nos intellectuels. Car, lorsqu’ils accusent les peuples de colonialisme ou autre, ne se méprennent-ils pas ? N’est-ce pas leurs propres frères, parce qu’ils ne voulaient pas se salir les mains, qui ont réduit l’homme en esclavage ?

Ouvre boîte

Cette histoire n’est-elle qu’une histoire ? Elle dit que lorsque l’on demande à des cadres supérieurs ce qu’il y a dans une boîte ils font des suppositions, lorsque l’on fait de même avec des enfants, ils ouvrent la boîte.

Au début de ma carrière, la « start up » dans laquelle je travaillais a connu une fronde. Pourtant elle n’était constituée que « d’égaux », d’ingénieurs ayant à peu près le même âge, et ayant fait quasi exactement les mêmes études. On raconte qu’un jour son président avait rencontré un ingénieur portant une raquette de tennis. Il venait de rencontrer la culture des start up. Il ne l’a pas compris. Il en a déduit que l’on n’y travaillait pas. Il a voulu imposer le pointage. Le CE ayant refusé la mesure, il a demandé le vote des salariés. Il a été défait par 95% des voix. Il a dû accepter des horaires variables. Ils lui ont coûté très, très, cher. Et ils ont révolté la start up. A tel point que, plus tard, le CE a monté un syndicat CGT. Nouvelle panique. J’ai interrogé les mutins. Ils ne voulaient pas gagner plus en travaillant moins, comme on le croyait, mais, au contraire, être respectés. En fait, pour eux, les gens réellement intelligents résolvaient des problèmes mathématiques, les autres faisaient du management. J’ai proposé une structure « plate », avec beaucoup de responsabilité pour l’ingénieur, et le problème a disparu.

Si elle ne l’est pas, l’histoire de la boîte mériterait d’être vraie. Depuis Saint Platon, qui affirmait avoir découvert par la raison qu’il fallait chercher la vérité en soi, la supposition est la maladie endémique de l’intellectuel. Et nous sommes dirigés par des intellectuels.

Et si la « révolution du faire » commençait par leur offrir un ouvre-boîte ?

Pensée d’élite

Notre pensée est-elle manipulée par la « nouvelle élite », se demandait la BBC.

Un interviewé expliquait que c’était une thèse stupide : les médias sont aux mains des milliardaires. C’est, d’ailleurs, eux qui ont manipulé le peuple afin qu’il vote Brexit.

Cela m’a rappelé une discussion que j’ai eue avec mon voisin. Lors de l’élection présidentielle de 2017, il me disait que la presse votait Macron, alors que je constatais le contraire. Nous lisions probablement deus presses différentes.

Ce qui m’a aussi frappé, à l’époque où je côtoyais les journalistes, c’était leurs CV : on y trouvait aussi bien Libération que le Figaro.

Je crois surtout que nous sommes influencés par notre éducation et que notre éducation est de gauche. Je reçois la communication de Cambridge et de l’INSEAD : dans les deux cas, on ne parle que de changement climatique et de genre. Il n’est plus question des sujets que l’on traitait jadis dans ces institutions. C’est ce que l’on nomme désormais le « capitalisme woke ».

Nihilisme

Le propre de notre société est d’être une société d’intellectuels. Le propre de l’intellectuel, selon Dostoievski, Camus et Hannah Arendt est d’être un nihiliste, un « possédé ». Avaient-ils vu juste ?

Notre société a sous-traité les travaux manuels aux « pays sous-développés ». Elle « fait faire ». Le retraité, quand il en a les moyens, papillonne. Le dirigeant de PME pense « pour vivre heureux, vivons caché ». Le jeune des banlieues, désoeuvré, défie les forces de l’ordre, et met le pays à sac.

L’idéal de l’homme moderne ? Ne rien faire, ou détruire ! Nihilisme ?

Etudier les hommes

Il est plus nécessaire d’étudier les hommes que les livres. (La Rochefoucauld)

Une citation pour notre temps ?

Le succès de la physique au début du vingtième siècle, incompréhensible par l’homme de la rue, a eu le curieux effet de donner le pouvoir à l’universitaire. L’économiste, le sociologue, le philosophe, le professeur de management, l’intellectuel, l’énarque… qui n’avaient vu de la vie que quelques livres et les murs de leur bureau se croyaient pouvoir nous l’enseigner. Comme Platon, ils étaient sortis de la caverne pour s’élever dans le monde des « idées » éternelles.

Mais la science, en partie minée par l’intellectuel, en partie par ses prétentions excessives, a perdu de son lustre. L’humilité et le pragmatisme sont à nouveau à l’ordre du jour. Travaillons, prenons de la peine… ?

La fin du travail

La pandémie a démontré que le monde pouvait tourner sans nous. On ne travaillait plus et pourtant tout marchait comme avant ! Voilà ce que j’entends depuis quelques-temps.

Cette théorie servirait à justifier l’idée que les machines peuvent nous remplacer.

Mais, le pays n’a pas marché sans nous ! Il a accumulé des dettes, pour nous nourrir au chômage. (Je suis une exception : je n’ai jamais autant travaillé !) Et aujourd’hui, le gouvernement doit faire des prouesses pour éviter aux entreprises plombées par le PGE de sombrer.

Cette politique résulterait d’une leçon tirée de la crise de 2008 : contrairement à l’Allemagne, la France avait laissé ses entreprises faire faillite. D’où chômage et perte de compétitivité nationale, par appauvrissement de notre tissu économique.

Plus récemment : on a vu l’impact de la politique de zéro covid de la Chine sur l’économie mondiale.

La France entre Charybde et Scylla : d’un côté un gouvernement qui nous croit trop bêtes pour comprendre sa politique, de l’autre l’intellectuel gramsciste ? La recette de l’irresponsabilité et de la révolution ?

Tocqueville

Le mal de l’universitaire est de ne pas connaître son sujet. J’écoutais les universitaires de In our time, de la BBC, s’entretenir de Tocqueville. L’une d’entre eux, au lieu de voir dans son oeuvre une analyse systémique de la démocratie américaine, qui demeure une référence, n’en apercevait que les aspects anecdotiques. Heureusement que le pauvre Tocqueville n’a pas émis sur les femmes une opinion que la morale réprouve, car, il aurait été brûlé en place publique.

Surtout, il n’y a pas besoin d’être universitaire pour lire Tocqueville, ou bien des philosophes classiques. Ils s’adressaient à leurs contemporains, avec leurs mots.

L’émission s’intéressait à la « dictature de la majorité », propre à la démocratie, selon Tocqueville. Aux USA, les plus belles facultés humaines étaient dominées par les plus basses. Ce qui est probablement toujours le cas.

Les révolutions arabes, la révolution iranienne, la Turquie actuelle… illustrent cette dictature. Le peuple gouverne en fonction de ses valeurs et intérêts, qui, dans un pays pauvre, sont pauvres.

Mais ce n’est pas tout. Des amis me disaient que leurs enfants étaient surpris par ce que leurs enseignants leur affirmaient, affirmations qui évoluaient, d’ailleurs, d’une année à l’autre. Ils leur conseillaient de ne pas les croire, mais de ne pas faire de vagues. La « bien pensance » actuelle est imposée par une minorité qui utilise des mécanismes sociaux, pour imposer ses idées. Ce phénomène est aussi vieux que le monde.

L’esprit de la démocratie est la vertu, dit Montesquieu. Et si la vertu était un principe social et non une qualité individuelle : éviter la dictature ?

Ovid

De la vie « d’Ovid » (In our time, BBC 4).

Un auteur apparemment plein d’humour, pour le peu que j’en ai compris.

Mais, ce qui est insupportable est la propension de l’universitaire moderne, surtout anglo-saxon, à juger le passé avec les normes de notre temps. Comme si, soudainement, nous avions découvert la vérité absolue.

Dans ces conditions, Ovid devient sexiste et macho. Il fait l’apologie du viol (des nymphes par les dieux).

Ce qui me semble une hérésie. Tout le travail de l’historien consiste à se défaire de ses biais modernes, pour comprendre les modes de pensée de l’époque qu’il étudie. S’il le fait, il constate qu’il n’y a pas de bien et de mal, mais d’autres règles du jeu que les nôtres. Et que chacun joue avec, en fonction de ses caractéristiques et de sa situation. En particulier, dans les sociétés anciennes, l’homme n’était pas présenté comme fort, mais, au contraire, comme faible. Il était sujet aux passions. Et ces passions étaient généralement malheureuses. Une grande partie de la littérature traite de ce drame.

Adam et Eve. La femme et le pantin.