Puissance de l’intellect

La République de Platon fut une révélation.

L’intellectuel, qui se nomme philosophe, veut être le roi de la cité. (Car il n’y a que la royauté qui vaille, la démocratie étant l’antichambre de la tyrannie, dit Platon.)

Son arme ? Il invente la morale. Il définit le « bien », et comment on y parvient. Et cela contredit les usages ancestraux de la cité. Elle est donc, totalement, en tort. Elle est le mal.

Lorsque Tocqueville décrit le mécanisme qui a mis la France et l’Europe à feu et à sang, lors de la révolution, il parle exactement du même phénomène, quasiment dans ces termes.

« Le gouvernement central ne se bornait pas à venir au secours des paysans dans leurs misères ; il prétendait leur enseigner l’art de s’enrichir, les y aider et les y forcer au besoin. »

« le gouvernement était déjà passé du rôle de souverain au rôle de tuteur »

 « tous pensent qu’il convient de substituer des règles simples et élémentaires, puisées dans la raison et dans la loi naturelle, aux coutumes compliquées et traditionnelles qui régissent la société de leur temps »

« dans l’éloignement presque infini où ils vivaient de la pratique, aucune expérience ne venait tempérer les ardeurs de leur naturel ».

« la même ignorance leur livrait l’oreille et le cœur de la foule ».

Une des découvertes de ce blog a été que les techniques de changement vont au delà de celles que l’on trouve dans les livre de cours. « L’influence », la manipulation des esprits, est l’outil de « conduite du changement » le plus utilisé de nos jours. Et il est utilisé par un autre phénomène de société qui est apparu aussi progressivement dans ce blog : « l’intellectuel ».

Art et matière

L’artiste a la côte dans les milieux intellectuels. On lui prête des vertus de clairvoyance. Ce serait une sorte de simple d’esprit révolutionnaire. Il épate le bourgeois.

La théorie de Bergson, si je la comprends bien, explique peut-être cette opinion. Il est dit qu’alors que nous ne voyons de ce qui nous entoure que ce que nous pouvons en faire, l’artiste, quant à lui, le perçoit tel qu’il est. Le roi est nu.

Doute. Il suffit de regarder un tableau ou d’écouter de la musique pour savoir que l’artiste est de son temps, et qu’il n’est qu’un artisan, qui applique des techniques. Et qu’il lui a fallu des décennies pour les connaître. Au moins autant que le commun des mortels, et peut-être bien plus que lui, il cherche autour de lui ce qu’il peut exploiter. Il ne voit que ce qui lui est utile.

En revanche, il n’est pas interdit de penser que, ce faisant, il révèle ou crée quelque-chose d’unique, « d’incompréhensible », et qui, de ce fait, est un défi bénéfique à la raison.

Compassion

De temps en temps, la BBC fait état des sévices qui ont été subis par les victimes du Hamas. Commentaire embarrassé.

Qu’en dire ? semble penser la BBC. Cela ressemble à ce que d’ordinaire on nomme « crime contre l’humanité ». (D’autant que les dits terroristes ne pouvaient qu’avoir pour projet de faire massacrer leur propre peuple, afin de profiter de l’indignation mondiale.) Seulement, ce n’est pas la « ligne du parti ».

Curieusement, la même chose s’est produite après la première guerre mondiale. La France de Clémenceau qui avait été détruite par la guerre demandait à ce que l’Allemagne ne puisse plus recommencer ses exactions. Les tergiversations qui en résultaient avaient provoqué une famine en Allemagne. La haute société anglo-saxonne, Keynes en tête, avait pris fait et cause pour l’Allemagne.

Enseignement ? La particularité de l’être humain est probablement de ne plus avoir d’instinct, comme le dit Maslow. Il n’est plus que mécanique sociale ?

Harmonie

Our findings suggest that if you use different instruments, you can unlock a whole new harmonic language that people intuitively appreciate, they don’t need to study it to appreciate it. A lot of experimental music in the last 100 years of Western classical music has been quite hard for listeners because it involves highly abstract structures that are hard to enjoy. In contrast, psychological findings like ours can help stimulate new music that listeners intuitively enjoy.

Article de l’Université de Cambridge

Curieux qu’on ne l’ait pas fait plus tôt. On s’est demandé ce que l’homme trouvait harmonieux. Curieusement, ce n’est pas ce que disaient nos théories, quelles remontent à Pythagore, ou qu’elles soient le fait des « musiciens » modernes.

Décidément, l’art ne fait pas bon ménage avec la raison ?

Pédantisme

Il y a quarante ans, on parlait de « L’intelligence artificielle ». Maintenant, les gens éduqués n’emploient « qu’Une intelligence artificielle ».

Bien sûr, il y a certainement un raisonnement subtil derrière cette expression. De même que derrière « la covid ». Mais quel est son intérêt ? Il y a certainement des manières tout aussi convaincantes de justifier « l’intelligence artificielle », ne serait-ce que parce que tout le monde comprend de quoi il s’agit ? N’est-ce pas une façon particulière de prendre les choses, une perspective que veut imposer une minorité à la majorité, alors qu’elle n’est pas unique ? Une forme de totalitarisme intellectuel ?

Les idées de Platon

J’ai eu une illumination. En lisant La philosophie des Lumières d’Ernst Cassirer, j’ai eu l’idée de la raison d’être des idées de Platon.

Ce qui m’a frappé en me penchant sur la philosophie, c’est qu’elle utilise des concepts qu’elle ne définit pas. Or, ces concepts sont insaisissables.

D’où le coup de génie de « l’idée ». Platon dit : certes j’aurais bien du mal à vous expliquer ce qu’est la justice, mais il y a quelque part dans les limbes l’idée de justice. Mon propos est un peu approximatif, mais il est globalement juste.

Mais ce n’est pas le plus intéressant. Car les Lumières et lui combattent la loi du plus fort. Ils lui opposent « l’idée » : puisqu’il y a une idée immanente de justice, la loi du plus fort n’a pas lieu d’être. Ne peut-on faire autre chose que de leur donner le paradis sans confession ?

Seulement, ce raisonnement est un sophisme ! La société n’obéit pas à la loi du plus fort. Elle établit, au contraire, des équilibres. Et lorsque l’on veut les bousculer, on provoque une révolte. Platon conduit à une autre forme d’asservissement que la force. Il asservit l’esprit de l’homme à un raisonnement fondé sur une idée erronée. Ce qui a pour conséquence de remettre les clés du pouvoir, comme par hasard, au philosophe. Comme il est dit dans La république. L’idée est la mère de l’aliénation ? L’arme de destruction massive de la « volonté de puissance » de l’intellectuel ?

(Le procédé de Platon est celui que dénonce Aristote. Platon oppose à la force l’extrême inverse, qui est une autre forme de perversion. Le bon chemin est le « juste milieu » entre les deux.)

Valeur travail

Le bac + 5 s’est démocratisé : le nombre d’étudiants choisissant un cursus long a explosé. Avec l’idée que ce serait un sésame pour s’ouvrir les portes du marché du travail. Précarité, niveau de salaire ou de responsabilité… Pour certains, la déception est de taille.

Le Monde d’hier

La faillite du bac + 5 est un des marronniers de ce blog. Curieux que l’on ne découvre que maintenant qu’il a des effets pervers.

La raison pour laquelle nous sommes tous bac + 5 est la même que celle qui fait que je m’appelle Christophe : exposé aux mêmes influences, tout le monde pense la même chose en même temps. C’est un des inconvénients d’être une « société d’individus ». S’il veut éviter le chômage, l’individu a besoin d’être guidé par la société. La démocratie, ce n’est pas l’anarchie !

Mystérieux intellectuel

Fitzgerald disait qu’il avait vécu à l’âge du Jazz, j’ai l’impression que notre âge a été celui des intellectuels. Une des découvertes de ce blog aura été « l’intellectuel ». Eternel sujet d’interrogation, depuis.

En quoi je diffère de Michel Winock, qui estime, au contraire, que les intellectuels ont disparu. A moins qu’il n’ait raison ? L’élite intellectuelle issue de l’affaire Dreyfus a été remplacée par un phénomène de masse ? Nous prétendons tous être des autorités de l’esprit ? En tous cas, ceux qui se revendiquent le plus de ce qualificatif présentent pas mal de paradoxes.

Ils semblent aspirer à faire le bien universel, alors que, de plus en plus, ils sont universellement haïs. En s’érigeant en autorité morale, ils condamnent les peuples auxquels ils appartiennent, alors que ceux qu’ils prétendent défendre rejettent, à coups d’attentats le cas échéant, les valeurs qu’ils promeuvent !

Ce qu’on leur reproche surtout est leur « langue fourchue ». Ils prônent un idéal éthéré, alors qu’ils s’enrichissent au détriment de leurs semblables. Ou encore, me disait une personne qui appartient à une famille d’enseignants militants, ils se battent pour la mixité alors qu’ils font des pieds et des mains pour que leurs enfants n’aillent pas dans des écoles fréquentées par les immigrés… (Pas par haine des immigrés, mais parce que leur niveau scolaire est nul.)

Une émission que citait ce blog se demandait si, aux USA, ce n’était pas la crainte de la submersion du Blanc (moteur bien plus puissant que le prétendu « racisme » du col bleu) qui expliquait les croisades de « l’extrême gauche » privilégiée.

Et si c’était ce type de peur qui possédait tous les « intellectuels » de la terre ? Et si, M.Dostoievski, il suffisait de les rassurer sur leur sort pour ôter à nos « possédés » leurs idées révolutionnaires ?

Yin et Yang français

Depuis la Révolution, au moins, l’histoire de France semble obéir au Yin et au Yang chinois. Réflexion sur quelques billets précédents :

Elle connaît, alternativement, des phases d’exubérance idéalistes, qui se terminent par le chaos, voire la terreur, suivies de remises en ordre autoritaires, et matérialistes, qui finissent dans un ennui qui provoque, dans un grand bâillement, le réveil de l’élan vital révolutionnaire. Dans les premières, les intellectuels sont aux avant-postes. De ce fait, ils écrivent l’histoire, et vouent aux gémonies les secondes, dirigées par des « bonnets de nuit ».

Les révolutions, elles-mêmes, ne sont pas ce que l’on lit. Leurs causes paraissent la plupart du temps matérialistes. On se révolte pour avoir du pain. Quant à l’injustice, qui est leur raison officielle, comme le disait déjà Tocqueville, elle semble plus souvent fantasmée que réelle.

Au fond, l’intellectuel sert la fiction nationale : le Français préfère dire qu’il se révolte pour un idéal, alors qu’il le fait pour ses intérêts matériels ?

Opinions de la BBC

La BBC a eu récemment des ennuis. Le gouvernement anglais considère le Hamas comme terroriste, mais pas la BBC.

Autre fait curieux, Jeremy Corbin, l’ancien dirigeant du parti travailliste, serait considéré comme antisémite. Keir Starmer aurait dû désinfecter le parti. Curieux venant d’un militant gauchiste qui ne semble pas avoir évolué depuis les origines ?

On écrit que la gauche est victime de « sinistrisme« . Elle et ses idées dérivent vers la droite.

Mais, dans ce cas, il semble que c’ait été le contraire. Non seulement elle tend à assimiler Israël et l’Allemagne de la guerre, mais elle traite le petit peuple de « bourgeois », et l’a abandonné à son triste sort.

Ce blog tend à avoir des explications pour tout, mais là ? Mal de l’intellectuel, qui ne connaît pas la mesure ? Et qui confond un simple pêché avec un vice mortel ? Volonté de puissance ?… Mystère.