Platon

On ne le dit pas, mais Platon avait un talent fou. Il est surprenant à quel point ses dialogues sont vivants. (Talent du traducteur ?) Je suis un contemporain de Socrate, et j’ai envie de l’assassiner.

Platon illustre le propre de la philosophie : elle pose des questions fondamentales. Mais au lieu de s’y arrêter, elle prétend qu’elles ont des solutions. Et ces solutions sont totalitaires, par définition même du terme. Elles dénient à l’homme le droit de penser.

Quels sont les sujets de Gorgias ?

La politique, pour commencer. Il est dit que le peuple est mauvais par nature et que l’homme politique ne cherche qu’à le séduire. Voilà le fameux « populisme » dont on nous rebat les oreilles. Comme l’écrit aussi Aristote, le peuple doit être éduqué. Mais, le peuple, c’est nous !

Lorsque l’on considère la politique de nos gouvernements, depuis un demi siècle, on ne peut que constater que tout en se lamentant de l’arriération du peuple, ils font tout pour l’encourager dans ce sens. Ils lui donnent ce qu’il ne demande même pas ! Le peuple comme mal, une prédiction auto réalisatrice ? Et si, au contraire, ils cherchaient à comprendre le peuple ? A mener ce que Kurt Lewin nommait un « changement planifié » ?

La rhétorique ensuite. Platon en fait une flatterie des plus bas instincts (ceux du peuple !). Mais l’observation commune montre que nous ne savons pas parler. Socrate en donne l’exemple : il roule ses interlocuteurs dans la farine. Il ne cherche pas à comprendre ce qu’ils avaient du mal à exprimer. Il les ridiculise. Or, il arrive que nous ayons des idées justes. D’ailleurs, c’est peut-être toujours le cas. La rhétorique est la technique qui permet de s’exprimer, au sens premier du terme, de parvenir à formuler ses sentiments, par nature inconscients, impalpables. Mais aussi d’éviter de tomber dans les pièges des manipulateurs. Et il faut peut-être plus d’une vie pour cela.

(Remarque. Mon dictionnaire d’ordinateur oppose totalitarisme à démocratie. Je l’entends au sens du CNRTL : « Qui rend ou tente de rendre compte de la totalité des éléments d’un phénomène, qui englobe ou tente d’englober la totalité des éléments d’un ensemble. »)

Responsabilité de l’homme blanc

Curieusement, on ne s’est pas interrogé sur les causes des événements de Gaza.

Qu’avaient en tête les terroristes, qui ont commis des crimes qui semblent (pour le peu qu’on en sait) d’une barbarie sans beaucoup d’équivalents ?

Une possibilité pourrait être qu’ils pensaient que la riposte israélienne, le massacre de leurs concitoyens qui en résulterait (comment frapper le Hamas sans tuer des innocents dans un Gaza surpeuplé ?), provoquerait un conflit qui susciterait l’émoi mondial et la défaite d’Israël.

Cela ne s’est pas produit. Les Palestiniens ont subi sans se révolter. L’Iran s’est trouvé embarrassé. Les voisins ont détourné les yeux. L’intellectuel occidental a bruyamment manifesté. Mais sa conscience ne lui en demandait pas plus. On ne meurt pas pour Gaza ?

Comme les « printemps arabes », les terroristes du Hamas ont-ils été abusés par la bien-pensance occidentale ? Où sont les coupables, dans cette affaire ?

Elite et intellectuel

Elite et intellectuel sont deux mots qui sont entrés progressivement dans ce blog. Originellement, ils ne faisaient pas très sérieux. Mais il a fallu en arriver au constat qu’ils définissaient notre époque.

Ils ne faisaient pas sérieux, parce que ce sont de « faux amis ». Notre élite intellectuelle n’est ni élite, ni intellectuelle. Quelle est-elle alors ?

Politique, au sens actuel du terme. Elle est un virtuose de la parole, mais pas de la raison. Et de la manigance. Elle a exploité le « système » à son avantage.

Au coup d’avant, on a trop insisté sur la raison, en particulier celle de l’ingénieur. Un homme des cavernes ce n’est pas séduisant.

L’homme idéal est un équilibre ? Peut-être aussi faudrait qu’il soit un rien Homo Faber ? Il n’y a pas que le logos dans la vie ?

Le penseur

Croyez-vous au réchauffement climatique ? Ce qui m’a frappé lorsque je suis sorti de mes études c’est à quel point notre monde était devenu un univers de certitudes. On était supposé « savoir ».

Mais qui a jamais su quoi que ce soit ? Tout au plus peut-on dire que nos grands hommes ont fait des contributions à notre pensée collective. Alors, à quoi pouvons-nous prétendre, nous, simples mortels ?

Tout ceci est peut-être une conséquence de ce que nous sommes devenus une nation de diplômés, d’intellectuels. Et l’intellectuel « sait ». Ce qu’il ne supporte pas, ce n’est pas tant la contradiction (combattre les ténèbres et le complot est la justification de son statut) que le doute ?

Inspirons-nous du penseur de Rodin ?

Columbia

Une connaissance me disait que sa fille avait réalisé son rêve : étudier à l’université de Columbia. Seulement, le rêve était devenu cauchemar.

Si je comprends bien, les militants pro palestiniens font régner la terreur sur le campus ! A peine arrivée, la direction de l’université lui a dit de prendre une liste de mesures de précautions. Ce qui pour un Américain n’est peut-être pas effrayant. Mais ce n’est pas la même chose pour un Européen élevé dans un pays civilisé.

Surprenant. Voilà ce qu’on ne lit pas dans les journaux. Et bien curieux pacifiste : l’intellectuel serait-il un mouton enragé ?

Droit à l’information

Je me demande s’il n’y a pas un biais systémique dans la pensée de l’intellectuel.

C’est l’émission Strike de la BBC, qui m’a fait me poser cette question. En effet, elle consacre un long reportage à une provocation orchestrée par le gouvernement britannique à l’endroit des mineurs. On en tire naturellement le sentiment que le dit gouvernement est indigne.

Seulement, d’une part, la BBC n’interroge pas tous les protagonistes, et surtout ne leur donne pas le même temps de parole, et, d’autre part, elle détache ce fait de son contexte, qui est celui d’une véritable guerre idéologique qui dure depuis des années, et lors de laquelle les syndicats de mineurs ne se sont pas privés de donner des coups bas. Et outre, l’avenir n’était plus au charbon, ce qui aurait mérité un minimum de considération.

Un autre exemple est celui de l’Angleterre d’après première guerre. Elle s’est indignée que des enfants meurent en Allemagne et n’a accordé aucun intérêt au sort de la France, qui avait été dévastée par la guerre, et qui craignait d’être victime d’un nouveau conflit. Ce qui a été le cas.

Du diplôme

Le diplôme sanctionne-t-il une quelconque supériorité ou n’est-il là que pour imposer une division artificielle de la société ? Apporter une légitimité au dominant ?

Curieusement, c’est la question que je me pose en écoutant les histoires policières de la BBC. Dans la hiérarchie des mérites, les policiers ne sont pas loin d’être considérés comme la lie de la société, et pourtant, ils font des miracles. Et sans eux il n’y aurait pas de société…

D’ailleurs la plupart des grands artistes d’après guerre ont eu un physique, avant d’avoir un talent. Désormais pour jouer la comédie ou réaliser un film, il faut être diplômé. Qu’y avons nous gagné ?

La « pénurie RH » du moment a fait prendre conscience au recruteur que ce qui comptait était la motivation : quand on veut, on peut, en quelque-sorte.

(Pour le reste, il est possible que ce que le diplôme apportait jadis d’avantages se soit diffusé dans la société, via l’enseignement pour tous, aussi mauvais qu’il soit, la littérature, Internet…)

La fabrique de l’homme bien

L’Education nationale a été qualifiée de « fabrique du crétin ». Les Ecoles de production seraient-elles la « fabrique de l’homme bien » ?

Un moment, les Ecoles de production semblaient avoir pour mission de donner un métier à l’un des 100.000 « décrocheurs » de l’Education nationale. Or, à la surprise générale, on a constaté que non seulement ce que la société considérait comme futur gibier de potence devenait un « professionnel », mais aussi quelqu’un de passionné, de digne, connaissant sa place dans la société.

La devise des Ecoles de production est « faire pour apprendre ». La raison du miracle ? La science sans conscience corromprait-elle ?

(« Pourquoi Monsieur Guizot n’a-t-il pas osé dire que les capacités intellectuelles étaient les plus corruptibles, les plus corrompues et généralement les plus lâches, les plus perfides de toutes les capacités… un savant est une merde. » Proudhon.)

Vive l’ignorance ?

« Société de la connaissance ». L’intellectuel gouverne le monde. Pourquoi est-il, ce monde, en si mauvaise forme ?

Pour mon père, avoir eu la possibilité de faire des études avait été un miracle. Il avait eu accès à la culture et au savoir. Je suis étonné du nombre de Que sais-je ? qu’il m’a laissés. Il s’est intéressé à tout. D’ailleurs, il avait emmené je ne sais plus quel recueil de la Pléiade dans l’hôpital où il est mort.

Pour l’intellectuel moderne, au contraire, le diplôme est la garantie d’un statut social. L’école ne lui apprend rien, elle n’est que sélection ? « Elite » à tête vide ?

Mon père a appris, toute sa vie, parce qu’il ne savait rien. « L’élite » moderne est omnisciente. Elle conduit sans regarder la route ?

L’art de la vérité

Dans La belle noiseuse, de Jacques Rivette, il est dit, si mes souvenirs sont bons, que l’art révèle la réalité de l’individu.

Fus-je photographié par des artistes ? En tous cas, il me semble que la photo reflétait plus les a priori du photographe que ce que je pensais être. En particulier, mes parents aimaient me trouver « tellement gentil » (mais pas très malin).

C’est une théorie que l’on retrouve souvent chez le philosophe. Par exemple chez Bergson.

L’artiste est aimé de l’intellectuel. Il le voit comme le héros de la lutte contre le bourgeois matérialiste (le bourgeois ne perçoit la nature que comme moyen).

De ce fait, l’artiste n’est-il pas, lui aussi, instrumentalisé ?

(Curieusement, dans mon souvenir, les personnages de Rivette étaient extraordinairement bourgeois…)